Jean, ehap. x, v. 26, Se
naire, ce sont les preuves éloignées qui noitô paraissent avoir dû être les plus fortes ; et de même que nous disons que la vue des miracles nous convertirait, de même ceux que les miracles ne convertissaient pas disaient que la vue de Taccomplissement des prophéties, dont nous jouissons aujourd'hui, les aurait convertis.
Quelle est la plus grossière de ces deux illusions? Il serait difficile de le dire, tant des deux parts les sommes de preuves se compensent; et c'est là le motif qui fait que les premières [les miracles) ont dû cesser proportionnellement, à mesure que les secondes (Caccompiissement des prqphéties) en ont pris la place.
Remarquons, en effet, que du vivant de Jésus-Christ nm ne le prouvait que ses miracles; je dis plus, tout prouvait contre ses miracles.
Aujourd'hui nous naissons chrétiens, nous suçons, nous respirons le Christianisme dès le sein de nos mères; et tout, autour de nous dans la société, nous en inspire les croyances et les mœurs. C'est en quelque sorte à plaisir que nous sommes incrédules; il faut que les passions nous fassent violence pour cela»
Quand Jésus-Christ parut, c'était l'inverse : les préjugés païens, et peut-être encore davantage les préjugés juifs, étaient contre la foi. La nature mêîne était du côté de ces préjugés, et faisait avec eux un poids Imihensè. Ce n'étaient pas de faux incrédules, des incrédules de mauvaise foi, comme la plupart de ceux de nos jours, qu'il fallait confondre; c'étaient devrais, de sincères et de légitimes incrédules, qu'il fallait convaincre : que dis-je, des incrédules? ce n'étaient pas des incrédules particuliers, c'était la masse de la société, c'était le monde entier, c'était la nature humaine, c'était oe mUieu profond
et vaste où s^agitait Thumanité, qu'il fallait refondre, et faire passer de la sagesse des hommes à la folie de Dieu.
Or, pour opérer ce renversement, il ne fallait rien de moins que des miracles. Les miracles n'étaient pas seule* ment la plus forte preuve, mais la seule preuve que Jésus- Christ pût employer.
Même les prophéties, loin de prouver Jésus-Christ pendant sa vie, prouvaient contre Lui, et le surnaturel se joignait au naturel pour lutter contre la lumière.
Elles étaient de deux sortes, les anciennes et les nouvelles : quant aux anciennes, généralement interprétées dans le sens humain, elles avaient fait concevoir Tattente d'un avènement glorieux et triomphant à la manière des grandeurs terrestres; et non-seulement Jésus-Christ ne répondait pas à cette attente, mais 11 la heurtait de front par l'humilité et l'abjection de sa vie et de sa mort. Quant aux nouvelles prophéties que faisait Jésus-Christ : qu'il convertirait le monde; que, quand il serait élevé en croix, il attirerait tout à lui, etc., elles déconcertaient encore davantage toutes les idées, parce qu'elles faisaient de son humilité et de son abjection, non plus un accident, mais un choix, mais un principe de succès qui bravait toutes les espérances et toutes les conjectures.
Il résulte de là que les preuves que nous avons aujourd'hui de la divinité de Jésus-Christ (le succès de sa doctrine et l'accomplissement de ses promesses), non-seulement les Juifs ne les avaient pas /?owr, mais ils les avaient contre la croyance à Jésus-Christ; de sorte que, sans les miracles, ils n'avaient aucun motif pour croire en Lui, et que ce seul motif avait à balancer, à forcer toutes les raisons naturelles et même surnaturelles d'incrédulité, qui, depuis lors, sont devenues des raisons de foi.
Aussi voyons-nous partout dans TÉvangile les témoins des miracles de Jésus-Christ partagés entre la force de ces miracles et celle des préjugés naturels et surnaturels que nous venons de rappeler. Préoccupés, infatués de leurs prophéties, et surtout du charnel aspect sous lequel ils s'étaient habitués à en envisager l'objet, ils ne pouvaient revenir du désenchantement que leur causaient la simplicité et l'obscurité de Jésus-Christ; ils ne pouvaient se résoudre à voir en lui ce Christ qui devait les délivrer de tous leurs ennemis; et dans cet homme qu'ils avaient vu naître au milieu d'eux, comme l'un d'eux, dans ce fils du charpentier dont les parents existaient encore dans la plus basse condition, qui lui-même y était resté caché pendant trente ans, et qui n'en sortait que pour s'entourer de disciples pris plus bas encore, et se signaler, si j'ose ainsi dire, par le luxe delà pauvreté et de la faiblesse; dans cet homme, dis-je, ils ne pouvaient jamais'plier leur orgueil pharisaïque à adorer le Dieu. Cette répugnance invincible étendait un voile épais sur leur esprit, sur leurs yeux, et leur dérobait l'éclat des miracles. Forcés quelquefois par cet éclat et retenus par leurs préjugés, ils étaient en lutte avec eux-mêmes ; et, s'assemblant autour de cet homme extraordinaire qui faisait leur désespoir, ils lui disaient : Jusques à quand nous tiendrez-vous l esprit en suspens ? Si vous êtes le Christ, dites-le nous clairefnent^; c'est-à-dire, soyez-le comme nous voudrions que vous le fussiez. Mais Jésus-Christ, sans sortir de son divin caractère, leur répondait avec simplicité : Je vous parle ^ et vous ne me croyez pas. Les miracles que je fais au nom de mon PMe rendent témoignage de moi. Mon Père et ^oinous ne sommes qu'un. A cette idée que cet homme qui