Jean, ehaji. lu
leur parle ainsi n'est qu'un avec Dieu, les Juifs perdent de vue ses miracles; tous leurs préjugés se réveillent, et iU prennent des pierres pour le lapider. Et comîne Jésus- Christ, pour les confondre de nouveau par la représentation de ses miracles, leur réplique soudain : Je fais devant vous plusieurs œuvres au nom de mon Père; pour laquelle est-ce que vous me lapidez?... les Juifs évitent cette raison accablante, et poursuivent : Ce n'est pour aucune de vos œuvres que nous vous lapidons^ mais à cause de Votre blasphème, et parce qu'étant homme vous vous faites Dieu. Combien Be ceux d'entre nous qui demandent des miracles pour se convertir eussent fait alors ce queflrent les Juifs!!!
C'est ainsi que les miracles avaient une raison de nécessité toute particulière, dans l'état où était le monde au commencement du Christianisme; c'était la seule preuve, et elle devait être d'autant plus forte que nonseulement elle était la seule, mais qu'elle avait contre elle toutes les autres, et qu'elle devait les balancer jusqu'à ce que celles-ci eussent fini de s'établir : comme ces arcs-boutants qui soutiennent en l'air tout un édifice repris en sous-œuvre, jusqu'à ce que le changement régulier de ses appuis naturels soit terminé.
Mais celte raison, qui rendait les miracles nécessaires à l'origine du Christianisme, nous découvre, par contre, la raison qui les a rendus depuis lors de plus en plus superflus^ et qui par conséquent a dû les faire diminuer. Comme les Juifs n'avaient pas les preuves que nous avons, nous ne devons pas avoir celles qu'ils avaient, et il serait difficile de dire quelles sont les plus fortes.
La vue immédiate des miracles est sahs doute tinè preuve qui doit exciter notre envie ; mais l'établissement tiniver- «^1 ^lu Christianisme, la destruction du paganisme, et la
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conversion de toute la terre idolâtre à la croix de Jésus- Christ, n'est-ce donc rien? n'est-ce pas bien davantage?
Ce grand fait est un miracle qui évidemment a dû mettre un terme à tous les autres, car à partir de là le but des miracles a été atteint : le monde a été chrétien, et n'a eu qu'à continuer à l'être. Les miracles n'avaient pas pour objet de convertir les hommes individuellement, mais la iociélê des hommes, et ceux-ci seulement comme membres de cette société. Avant cette conversion, il n'y avait aucune raison pour les individus de croire que Jésus-Christ fût Dieu, précisément parce que la société où ils naissaient leur inspirait des préjugés contraires. Il fallait donc des preuves directes de cette Divinité, des miracles, parce que tout était à convertir, et la société, et par conséquent les membres de la société des hommes. Mais à partir du moment où cette conversion de la société a été achevée, l'ouvrage des miracles a été achevé. Il n'y a plus rien eu à convertir. Les hommes sont nés tout convertis. Ils ont dû croire sur la foi de leurs ancêtres. S'ils ont perdu la foi, s'ils se sont pervertis^ c'a été leur faute. Dieu ne leur devait plus rien; et alors même, pour revenir de cette incrédulité volontaire et coupable, ils n'ont eu besoin que de rentrer dans le milieu des croyances chrétiennes, où flotte le monde comme dans son élément.
Il en a été du Christianisme, cette création morale, comme de la nature et de sa création matérielle. Au commencement Dieu créa le ciel et la terre; et comment les créa-t-il? nécessairement par des miracles. Depuis lors la nature subsiste, et Dieu ne fait plus de miracles de ce genre; les êtres se reproduisent naturellement^ en vertu du miracle primitif dé la création. Ainsi du Christianisme : il subsiste et se poursuit dans la société dont il
est la vie, sans qu'il soit besoin de renouveler les miracles par lesquels il a été fondé.
Et qu'on ne voie pas dans cette foi traditionnelle une foi aveugle et dénuée de motifs : elle est pleine de logique et de raison. Car, de même que l'existence du monde présuppose la création et ses miracles, de môme l'existence du Christianisme dans le monde conduit, en reremontant, au grand miracle de son établissement, lequel présuppose les miracles qui l'ont fondé. Pour qai considère attentivement les éléments du Christianisme, et le chaos de dissolution et de ténèbres d'où il est sorti, il y a dans son établissement, sans la main d'aucun komme^ un miracle décisif qui répond des autres, qui nous les fait voir dans leur effet, parce que sans eux, comme dit saint Augustin, il serait plus grand qu'eux. Je n'ai pas vu les miracles, mais je vois le monde païen converti ; et alors de deux choses l'une : ou je m'explique le monde converti par les miracles, et je crois aux miracles; qp je ne veux pas croire aux miracles, et alors je suis forcé devoir dans ce monde converti sans miracles un plus grand miracle : dans les deux cas, la vérité du Christianisme et sa divinité.
Ainsi les miracles ont dû diminuer du moment où le monde a été converti, par deux raisons : la première, parce que le but direct des miracles a été atteint; la seconde, parce que ce but atteint n'ayant pu l'être sans les miracles, nous les fait voir dans leur effet.
Mais il y a une raison encore plus sensible et plus admirable de la diminution des miracles à partir de l'établissement du Christianisme, que nous avons indiquée et qu'il faut approfondir : cette raison est l'accomplissement des prophéties.
Avant Jésus-Christ, les prophéties entretenaient son attente dans le monde par le peuple juif. L'accomplissement successif de plusieurs de ces prophéties concernant les destinées transitoires de ce peuple, motivait sa foi dans celles qui regardaient l'avènement ultérieur et définitif de Jésus-Christ. Ainsi il avait pour raison de croire, les prophéties elles-mêmes se justifiant les unes les autres.
Au moment où Jésus-Christ parut, il fut méconnu, conformément à ces prophéties, qui s'éclipsèrent ainsi dans leur propre accomplissement. Cette preuve qui avait jusque-là guidé le peuple juif disparut dans son objet, ou plutôt devint objection, pierre d'achoppement et de scandale. Alors les miracles durent suppléer à cette lumière perdue, et faire croire, contre toutes les apparences, que Jésus-Christ était Tobjet des anciennes promesses, et que les nouvelles promesses, qu'il faisait lui-même en confirluation et en extension des premières, trouveraient leur accomplissement : notamment, que tous les peuples de la terre se convertiraient à sa Doctrine; que le peuple juif serait rejeté, misérable, et toujours errant par tout l'univers, en châtiment de son incrédulité déicide ; et que la société fondée par Jésus-Christ sur les apôtres, l'Église, triompherait de tous les efforts de l'enfer par la seule vertu de sa croix, et demeurerait à jamais, jusqu'à la fin du monde, assistée de son divin Esprit.
Ces nouvelles prophéties, comme les anciennes, étaient difficiles à croire dans l'état de faiblesse et d'anéantissement où se trouvaient alors leur objet et leur auteur. Leur accomplissement, qui fait aujourd'hui la manifestation de la divinité de Jésus-Christ, faisait alors, par la contradiction des apparences, le scandale et la folie de
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la foi chrétienne. G*est pourquoi les miracles étaient nécessaires pour en cautionner la vérité.
Mais quand cette vérité commença à se justifier ellemême par révénement, que les nations se convertirent, que le peuple juif exterminé, comme il avait été dit, commença à traîner par le monde cette malédiction qu'il s'était attirée ; que TEglise se forma dans le feu des persécutions, et prit peu à peu sur les débris du paganisme cette assiette imposante pi terrible qui est devenue Téoneil de tout ce qui a eu Finsolence dQ s'y heurter : alors le prodige de ces événements, non plus seulement en luimême, comme nous Tavons dit plus haut, mais dans m rapport ponctuel et littéral avec toutes les prophéties qui ravalent annoncé, cq prodige de Taccomplissement des prophéties vint dégager, pour ainsi parler, la parole da Di^u, et faire ces$er la nécessité des miracles particuliers par un grand miracle toujours subsistant.
a Jésus-Christ a fait des miracles, dit à ce sujet Pascal, c( et les apôtres ensuite, et les premiers saints en grand « nombre, parce que les prophéties n'étant pas encore (( accomplies, et s'accomplissant par eux, rien ne témoia gnait que les miracles. Il était prédit que le Messie « convertirait les nations : comment cette prophétie se « fût-elle accomplie, sans la conversion des nations? et « comment les nations se fussent--elles converties au « Messie, ne voyant pas ce dernier effet des prophéties « qui le prouvent? Avant donc qu'il ait été mort, ressus- « cité, et converti les nations, tout n'était pas accompli; « et ainsi il a fallu des miracles pendant tout ce temps- « là. Maintenant il n'en faut pas^ car les prophéties sont « un miracle toujours subsistant^. »