‹ Études philosophiques sur le christianismeChapitre 104 sur 168 · Pensées, édit. Faugère, t. II, p · texte numérisé non relu

Pensées, édit. Faugère, t. II, p

Ainsi, par une admirable compensation de la Providence, qui veut qu'à toutes les époques il y ait à peu près les mêmes motifs de foi, les deux plus grands miracles de la Religion, la réprobation des Juifs et la perpétuité de l'Eglise, deviennent chaque jour plus éclatants, à mesure que nous nous éloignons du temps des miracles. Un homme qui affirmerait que Dieu lui a promis une vie de dix siècles ne serait cru de personne, s'il ne faisait des miracles; mais dès qu'il aurait dépassé trois cents ans, cette longévité sans exemple serait un miracle continuel qui suffirait apparemment pour convaincre les plus incrédules. Or, le peuple juif, dispersé dans toutes les parties de la terre depuis dix-neuf siècles, a subsisté dans cet état de dissolution indissoluble^ inouï auparavant dans l'histoire, plus de temps que n'ont subsisté les empires Jes plus célèbres; et l'Eglise catholique, de son côté, a duré déjà dix fois plus de temps que ne vivent d'ordinaire les systèmes de gouvernement les mieux combinés.

Pascal observe très-judicieusement quelque part que le$ prophéties sont les seuls miracles subsistants qu'on peut faire. Et en effet, les autres miracles particuliers cesseraient d'être tels par leur répétition, et deviendraient des phénomènes naturels. Mais il n'en est pas ainsi des prophéties, parce que là il n'y a pas répétition : c'est un seul fait singulier, mais tellement immense qu'il remplit tous les temps qt tous les lieux, et que c'est cette universalité et cette perpétuité qui font sa singularité. Il se compose de deux parties : la prophétie et l'événement. C'est la séparation de ces deux parties et leur accord dans cette séparation qui font le prodige. Or, quatre mille ans sont d'abord exclusivement réservés à la prophétie, et le reste des siècles à l'événement : la séparation ne peut pas être

plus tranchée ; et son étendue, loin d'afFaiblir le prodige, en est la plus éclatante préparation. Et maintenant, quant au prodige en lui-môme, c'est-à-dire, l'accord de Tévémenl avec la prophétie, la durée ne peut Taffaiblir, tant s'en faut ! puisqu'il consiste précisément dans la durée : c'est là l'événement, c'est là le prodige : la durée de la réprobation des Juifs, la durée de l'Eglise. Ce fait, nonseulement ne saurait devenir ordinaire à force de durer, mais il devient de jour en jour plus extraordinaire ; et ce n'est pas seulement, comme dit Pascal, un mirale toujours subsistant, mais un miracle toujours croissant. Et non-seulement un miracle, mais un double miracle : miracle dans le fait en lui-même, quand bien môme il n'aurait pas été prédit, et miracle dans son accord avec la prédiction.

Rousseau, faisant allusion aux miracles de l'Evangile, ne craint pas de dire que les miracles des imposteurs ie font dans des carrefours, dans des déserts, et dans des chambres; mais que ceux de la Divinité devraient être éclatants et manifestes, et avoir pour théâtre la terre entière, comme de faire que le soleil change sa course, que les étoiles forment un autre arrangement, que les montagnes s'aplanissent^ que la terre prenne un autre aspect, etc.*. Nous n'avons pas à discuter cette grossière et judaïque exigence ; mais nous en tirerons occasion de remarquer que les miracles de l'Evangile (sans accorder qu'ils aient été faits dans des carrefours, dans des déserts, et dans des chambres^ comme il plaît à dire à Rousseau, que nous nous réservons de confondre) le cèdent en éclat et en évidence à celui de l'accomplissemenC des prophéties

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