IV
314 CHAPITRE y.
se déterminer que sur la certitude, n'est-il pas alors de douter, ou même de rejeter tous les miracles?
Cette question suppose une grande inintelligence des droits et des devoirs de la raison.
La raison se doit à elle-même la recherche et le discernement consciencieux de la vérité.
Tout croire aveuglément est une grande faiblesse sans doute; mais tout rejeter systématiquement n'en est pas une moindre; car si, d'une part, on admet l'erreur, de l'autre on exclut la vérité. C'est même une plus grande pauvreté de tout rejeter que de tout croire ; car la crédulité, en embrassant Terreur, embrasse du moins avec elle quelques principes et quelques débris de vérité, tandis que l'incrédulité n'embrasse rien, et arrive bientôt, de négation en négation, jusqu'à l'atrophie de là raison même. La raison appète la foi, comme l'estomac appète les aliments. Discerner les objets de cette foi est un devoir de prudence ; mais les rejeter tous sans distinction et s'^n abstenir systématiquement est une insigne folie, car c'est aller contre le premier instinct de l'âme, et mettre son orgueil dans son inanition.il y a plus: c'est s'exposer à tous les écarts de cet instinct, d'autant plus désordonné qu'il est plus contredit, et le voir se jeter en des contradictions inouïes , en des crédulités pitoyables , justifiant ce mot de. Pascal : « Incrédules les plus crédules! »
Ne soyons ni incrédules ni crédules ; mais croyants etj philosophes. Sachons faire la part du vrai, du faux et du douteux. « Il faut avoir ces trois qualités : pyrrhoniea, « géomètre, chrétien soumis ; et elles s'accordent et se « tempèrent en doitant où il faut, en assurant où il faut, « en se soumettant où il faut ' . » Ces paroles, qui sont,