Pensées, édit. Faugère^ t. II, p
LES MIRACLES. 3i2i
On conçoit par ce qui a été dit que le miracle ait cessé, mai» l'état de possession devrait se reproduire. Que s'il n'existe pas, c'est qu'il n'a pas existé, c'est qu'il était illusoire; et alors le miracle de sa guérison s'évanouit, tous les autres miracles reposant sur la môme autorité sont compromis, et le doute le plus légitime envahit toute la croyance.
C'est à cela qu'il faut répondre.
Ce sujet profond ouvre un grand nombre d'aspects qui tentent la curiosité; mais l'économie générale de ces Etudes^ au point où nous sommes arrivés, nous oblige à nous restreindre au côté direct de la difficulté supposée.
L'état de possession, dont il est tant parlé dans l'Évangile et dans l'histoire des temps apostoliques, est considéré comme un état naturel par sa fréquence, ou surnaturel par ses caractères.
Si on le considère comme un état naturel, on ne saurait en conclure qu'il n'a jamais existé de cequ'iln'existe plus, pas plus qu'on ne pourrait dire que la lèpre n'a jamais existé, parce qu'il n'y a plus aujourd'hui de lépreux.
Si on le considère comme un état surnaturel répété (et c'est là en effet, selon nous, son vrai caractère), il échappe par son ordre à toute règle et à toute analogie naturelle d'existence et de durée, et on ne peut rien conclure de sa diminution ni de sa cessation.
De cela seul qu'il n'existe plus, on ne peut donc conclure qu'il n'a pas existé, on ne peut même tirer aucune induction qui en affaiblisse la croyance.
On trouve même dans son caractère surnaturel une raison d'analogie avec les miracles, qui lui rend applicables toutes les raisons que nous avons données de la diminution de ces derniers. t
Ces courtes réflexions pourraient suffire; mais nous al-
Ions donner une plus ample satisfaction à ceux qui s'affecteraient encore de la difficulté, en traitant successiyement de la certitude de Tétat de possession, et de Fexplication de ce phénomène.
1** Un fait indubitable ressort de la lecture de FÉvangile, des Actes des Apôlres, et de la polémique chrétienne des deux premiers siècles : c'est que Y état de possession par le démon, tel que nous Fentendons, était dans ce temps-là considéré par tout le monde, chrétiens, juifs, païens, comme un état avéré, notoire. On ne soupçonnait même pas alors Fincrédulité qui s'est formée à ce sujet depuis qu'on n'en voit plus d'exemples. On disait un homme qui a le démon^ comme on dirait aujourd'hui un homme qui a le mal caduc,
— Cet exemple est compromettant, dira-t-on : il est probable, en effet, que ce qu'on appelait alors avoir le démon n'était autre chose que l'état épileptique^ frénétique, ou lunatique.
— Non ; car ces dernières maladies, à Fégard desquelles, du reste, l'art médical n'a pas fait un pas, étaient caractérisées et nommées alors comme aujourd'hui, et Fétat de possession en était distinct.
Ainsi nous lisons dans saint Matthieu « que, le bruit « des miracles bienfaisants de Jésus-Christ s'étant ré- « pandu dans toute la Syrie, on lui amenait toutes sortes « de malades, ceux qui avaient des maladies de langueur, « les frénétiques, ceux qui avaient des démons, les lunati- « ques, les paralytiques.... » Variis languoriàusjtormentis comprehensos^ et qui djsmonia uabebant, et lunaticos^ etparalyticos^.
Vous voyez par ce passage, 4® que Fétat de possession
i. Matthieu, ly, 24.
était publiquement avéré ;2« qu'il était distinct des autres états avec lesquels il nous paraît qu'on aurait pu le confondre, tormentrs comprekensos^ — lunalicos,
A chaque page des Évangiles nous trouvons des exemples semblables qui témoignent de la notoriété et de la distinction de l'état de possession : a Jésus s^arréta dans « un lieu champêtre, environné de ses disciples et d'une tt multitude énorme de peuples qui étaient venus de K toute la Judée, de Jérusalem, et des côtes maritimes, et « de Tyr, et de Sidon, pour l'entendre et se faire guérfr « de leurs maux. Ft ceux qui étaient tourmentés par ks « esprits immondes étaient guéris^, et on lui amenait en « GRAND NOMBRE des possédés du démon^ et ils étaient gué- « ris; et la foule, frappée de stupeur, se disait : N'est-ce « pas là le fils de David? Ce que les pharisiens ayant ouï, « ils dirent: // ne chasse les démons que par Béel-Zébuth, « prince des démons*. » — Jésus, ayant appelé ses douze « Apôtres, leur donna puissance et autorité sur tous « démons^ avec le pouvoir de guérir les maladies*. » — « Or, les soixante et douze s'en revinrent avec joie, lui- « disant: Seigneur, les démons mêmes nous sont assujettis « par votre nom*. » Qu'on nous dispense de citer d'autres exemples; ils sont communs, et nous aurons lieu d'en citer de nouveaux dans un instant : mais ceux-ci suffisent pour établir que l'état de possession était notoire^ et distinct des maladies. Ce n'est pas seulement sur le témoignage particulier 4es Apôtres que la certitude de qe fait repose, c'est sur le témoignage de la société tout en-