‹ Études philosophiques sur le christianismeChapitre 117 sur 168 · Luc, X · texte numérisé non relu

Luc, X

ne devait-elle pas en effet inspirer aux Apôtrçs et à leurs successeurs! Qu'avaient à craîndr^e ceux f^ni f^isaiept trembler les démons? et quel gage (Je 1^ vérité de cette

{►arole : Confidite, ego vici munduml C'est là, c'est dans es miracles qu'ils opéraiept, c'est sjarj.,9u|; daps l/anr pouvoir sur les (Jéinons, pianifesté p,ar la gjçérîsop des possédés, que se trouve le secret de leur audace à s'^/^^quer à l'univers païen, et de leur rapide sjuccès. -^insi nous voyons dans les Actes des Apô^r^es , qp'pp ,d)?s plus grands pas que la Doctrine chrjétiepne .^t fj^ijts ^n SCS commencements fut dû à Tévépepî^ept qpp npu? j^vons déjà rapporté des faux exorcistes jpifs, et du piaj qpi leur advint d'avoir voulu contrefaire |a puis3anpç dp npm de Jésus, à l'imitation de Paul. « Ce^ éyépeip/çpt, di3,ept les « Actes, étant venu à la connaissapce de tou$ les Juifs pt « Gentils qui habitaient Éphèse, la terpeur s'abattit f>\\T « tous [cçcidit timor super onjne$), ejt le ppip ^n Seigpeffjr « Jésus fut exalté. Et pjusjeprs qifi ^vaieQt cru vçpaient « confesser leurs péchés. ïl y ep eut ajissi bpaucopp, de a ceux qui s'adonnaient aux sciences occulfes, qui ap- « portèrent leurs livres e^ fes brûlèrent devant iq^ le c( m(|nde. Ainsi croissait laparofe de Dieu pi^iss^piment, « pt se renforçait ^ »

jCet élément de cppversiop devint surtout sppvefaip lorsque le ChristiapisnjjB, sprt| de la Jp,4ée, se trouva l^cp à face avec le pa^anisipe, qjif était p|us p^rtjcpli|^rQPten|; l'oBuvre de l'Esprit de mensong.e. Là, ^^ejon qpe ppus l'avons vu par tant et de si forts ^.émpfgn9,ges. Dieu permit que les iémops s'^pcusaçsept eux-piôpies hàjutejpent, par la bouche des poss!^(|és, cpmpfjç les ^pfpurs et }es pbjet^

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de ce col te infflme et extravagant qui déshonorait T

pèce humaine. Quelle impression ne derait pas faire sur les païens ce spectacle, fréquent alors, de la puissance des Chrétiens sur les démons, et de la confession de ces Esprits de ténèbres, qu'ils n'étaient antres qne lenrs dieux! spectacle auquel les chrétiens les conviaient arec tant de conflance, ou même qu'ils s'offraient à lenr donner en public et aux pieds mêmes de lenrs tribunaux. Ce fait a beau nous paraître étrange, il ne saurait être contesté sérieusement lorsqu'on considère : i"* la conduite des chrétiens, si unanimes, si déclarés et si résolus, non-seulement à l'attester, mais à l'offrir pour expériment de leur foi; 2* le silence de leurs plus violents ennemis, qui, provoqués sans cesse sur un point si décisif, n'y répondent pas un seul mot; 3» enfin, le grand nonibre de conversions qui en étaient le fruit, et tout le paganisme qui en devint bientôt la conquête. C'est là en effet une des choses qui servit le plus au progrès du Christianisme parmi les païens, parce qu'elle était le plus sensiblement disposée dans ce but, selon que nous l'avons expliqué pins haut, et que vient le confirmer ce langage de TertuUien : « Le « pouvoir que nous avons sur les démons, dit-il aux ^ pcâens, nous vient du nom de Jésus-Christ, et des « menaces que nous leur faisons de sa part et de celle « de Dieu. Craignant le Christ en Dieu, et Dieu dans le « Christ, ils sont soumis aux serviteurs de Dieu et du « Christ. Aussi, en notre présence, à notre commande- « ment, effrayés par la pensée et par l'image du feu éter- « nel, txm les voyez sortir des corps, pleins de fureur et « couverts de honte : vous les croyez lorsqu'ils vous • trompent, croyeas-les de même lorsqu'ih vous disent \à « Venté... Les témoignages de vos dieux font beaucoup de

« chrétiens^ parce qu'on ne peut les croire sans croire « au Christ. Oui, ils enflamment la foi à nos saintes Ëcri- (X tures, ils affermissent le fondement de notre espérance... 0 Toute cette confession de vos dieux qui avouent qu'ils ne <!c le sont pas, qu'il n'y a point d'autre Dieu que celui des « chrétiens, suffit sans doute pour nous justifier, et pour « TOUS convaincre d'adorer le mensonge... Je crois n'a- <r voir rien à ajouter à ma démonstration de la fausseté « de vos dieux, et de la vérité du nôtre. L'autorité de vos « dieux mêmes est venue mettre le sceau à l'évidence et à « la force du raisonnement. »

Tout le monde comprend maintenant pourquoi les faits de possession parurent surtout à l'époque de la venue de Jésus-Christ, et se reproduisirent pendant tout le temps que le Christianisme eut à dissiper les ténèbres du paganisme. C'est qu'il fallait que ces ténèbres, pour être dissipées, parussent telles, et que la lumière aussi parût ce qu'elle était. Ce n'est que par opposition que cela pouvait avoir lieu, et par une opposition sensible comme tout Tétait alors. Pour cela, il ne suffisait pas que la lumière brillât dans les ténèbres, les ténèbres ne l'auraient pas comprise ; il fallait que ces ténèbres s'accusassent ellesmêmes, et que le même Esprit qui aveuglait les âmes servît à les désabuser. Averties ainsi par l'autorité même de leur erreur, celles-ci n'avaient plus à faire qu'une opération de foi pour acquiescer à la vérité, en attendant qu'elles la connussent en elle-même. Par la même raison,, ce moyen extraordinaire de révélation a dû cesser quand l'erreur a été entièrement refoulée dans les abîmes, et que son empire a eu fait place à celui de la vérité.

Pour saisir cette explication, et en général toute Téco-

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nomie de la Révélation chrétieiioe, x\ nç fa;i3it jamais perdre de vue ce que nous avons dit souvent : Que la vérité divine, s'adressant à des intelligences libres, doit leur ménager sa lumière de telle sorte cju'.elles aient toujours de quoi la connaître par révide|ace, mais toujo^irs aussi de quoi se l'assimiler par la foi; qu'elles soient averties sans être forcées; et que, cpmme Tair qui entre dans les poumons, cet air vivifiant de Tâme ne lui fasse jamais défaut, jmais n'y çntre cepencjant que ^^raspifation. C'est pour cela que du vivant même de Jésus-Christ, et dans toute sa conduite, noi^s le voyons tour à tojur se montrer et se cacher, entraîner par des miracle? et désespérer par des mystères, parler par paraboles, pour qu'en voyant on ne voie points et guen entendant on n entende points c'est-à-dire qu'on ai^t de quoi regarder ^ et de quoi ^écouter, et de quoji croire \ pour qu'on ait de quoi découvrir^ et de quoi faire^ et de quoj vfériter. C'est pour cela , en particulier, que nous le voyons t^empérer Je témoignage que lui rendaient les démpjis, poi^r ne pas précipiter hors de propiçs et à conlre-teiujps la jouanifestalion d'une yérité qu'il ne voulait faire connattre que par degrés et selon les dispositions des esprits; c'est pour cela, enfin, que ce témoignage a dû être retirjé ^^u moucjie lorsque, victorieuse de l'enfer, cette vérité en a eu refermé les portes, et qu'assise au-(^evaijt, elj^ç a v.^rilîé de plus en plus cette promesse : Elles iîp p^iévapdîi^^ntpas^

1. Bien ^'au^^eç aperçus fé,coi;i(JU ^ iotérât «e sont présentés i nous, maU nous avons dû nous en abstenir; il^ nous aurai^ent entraîné trop loin :'" c'est au lecteur à y suppléer. Nous' lui recommandons sur^pvit 4e ii^,^er ^ur la révolution profonde que le iGhiistllinisine a faiie da^is )e monde moral. Gomment le paganisme, avec ses ignoçiihîes et ses extravagances, ses i)6ucheries humaines, ses prostituiions religieuses, ses mystères infâmes, ses monstruosités de toute sorte, a-t il çu exister au sein même d^s civilisatioi^^ ^ntUfUjP3, ,et y <jre

LES MTRAGIES. 343

Ainsi s'ejçpliqnent Jies états de possession dans leur rapport avec le Christianisme, leur fréquence à son origine, et leur diminution depuis son établissemept. Nous avons vu ci-ayant, d'ailleurs, la preuve Jiistorique ^e leur existence, indépe.çdamment dé cette explication. 1.1 n'y a donc qu'un pyrrhonisine étroit qui pourrait douter de ce,ltç yérité, puisqu'elle a pour elje deux garanties dont Taccord consiitue e^ toutes ch(j)ses la certitude transcendante : le /ait et sa Ipi. Quand on a d'une pa;*t la preuve historique d'un fait, quand d'autre part on a une loi (jiui rexpli(j[ue, et que ce fait et cette loi s'accordent, se correspondent, jouent, pour ainsi parler, l'un par rapport à l'autre avec justesse tout à la fois et avec aisance, alors on a la plus

passé en cours de nature à ce point qu'il y coulait sans bruit comme pans bords, et que c'est pour cela même que nous ne le connaissons (ïu'lmparfaitemènt? comment un état si profond, si invétéré, si incunable qu'on ne le sentait pas, a-t-il cédé rapidement & l'action du Christianisme ? comment a-t-il disparu sans retour ? comment l'humanité en a-t-elle été aussi radicalement guérie, et s'en dégage -t-elle de plus en plus? jSvi^emment, il y a là deux étal» de nature distincts : l'état de déchéance et l'é^tat de réhabilitation ; l'empire de Satan et Vempire de Jésus-Christ. Le paganisme comparé au Christianisme, dam des conditions de civilisation du reste parfaitement ^gales^ accuse un égarement surnaturel, satanique; c'est, j'ose le dire, un état de possession en grand. Le monde païen a élé exorcisé par la croiv de Jésus-Christ, et son prince a été jeté hors^ comme le disait ce ^ivin Sauveur : princeps hnjus mundi ejicfefur foras. La puissance de ce génie du' mal se fait \)\en sentir encore, mais c'est au fond des ^Imes du cœuV, sourdement, et par le phénomène de la tentation morale; ou bien, quand elle éclate au dehors et en actions, elle y est *ti;,'matisée par les mœurs publiques, et ne prescrit jamais. Elle n'est pas dérr«/r<?, mais elle est surmontée, selon l'antique tradition. Esclaves par nos vices, nous sommes du moins libres par nos renaords ; il n'y a pas possession du mal, mais combat, et en somnie victoire aU l>ie'n. C'est, eh un mat, ].'état interse du précédent, et l'accomp^isseoient littéral de cette parole : Ipsa conteret caput tuum, et ut insjdia- *«'''« calcaneo ejusl — bans ce phénomène général rentrent màinb- ^ani leé phénomènes pârticujiiers de ' possession corpore.lle; ,Ce sont des syoïptômes qui ont suivi le sort du principe, et qui ont eu pour ^t^jet de le révéler extraordinairement, en vue de notre guérison.

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haute certitude possible, la certitude complète, la certitude vivante, parce qu'elle se combine du physique et da moral, du fait et de Tidée; et cette certitude est même d'autant plus forte que le fait est plus singulier, parce que son accord avec la loi qui l'explique est une expression d'autant plus rigoureuse de sa vérité.

Après avoir ainsi dissipé les diverses préoccupations qui se forment d'ordinaire autour de la vérité des miracles , revenons maintenant nous fixer au fondement général de son admission.

I. a II faut, selon moi, croire au grand principe des « miracles, ou arriver à cette conclusion absurde, sinon « inconcevable, que le Christ était un fripon, et que ses « disciples furent ses dupes ou des menteurs. »

Ce jugement est d'un homme qui a fait révolution dans la science historique par l'heureuse hardiesse de ses investigations, le célèbre Niebuhr\ Le même amour delà vérité qui lui a fait bouleverser le champ fabuleux de la plupart des origines de l'histoire, lui a fait reconnaître la solidité inébranlable des origines du Christianisme et du grand fait des miracles, qui en est le premier fondement. Tel est, en toutes choses, le résultat de la vraie science : c'est de trouver la Religion en ne cherchant que la vérité ; ce qui ne peut être autrement, puisqu'elles sont une même chose.

La raison que donne Niebuhr de la vérité des miracles n'est pas la seule, mais elle est la plus décisive.

Avant qu'on ait pesé la preuve d'un miracle, le pre-

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