Jean-Jacques Rousseau, £mi7e, liv. lY
« ne peut être plus éloigné que leurs pensées, leurs prin- « cipes, leurs actions, et leur caractère, ne le sont de « ceux de notre Rédempteur. Amateurs de controverse « querelleuse et de captieux paradoxes, défenseurs jaloux « des principes exclusifs de leur nation, partisans zélés « et entêtés du maintien de la moindre virgule de la loi, a tandis que par des sophismes ils s'éloignent de son es- « prit : tels sont la plupart de ces grands hommes, l'exacte « contre-partie et l'image réfléchie de ces scribes et de « ces pharisiens qui sont réprouvés sans retour, comme « une contradiction manifeste des principes de TÉvangile, « Comment est-il arrivé que des hommes sans instruc- « tion aient imaginé de représenter un caractère qui « s'éloigne à tous égards de leur type national; en dés- « accord avec tous ces traits que la coutume, l'éducation, « le patriotisme, la Religion et la nature, semblaient « avoir consacrés comme les plus beaux de tous? Et la « dififlculté de considérer un semblable caractère comme « l'invention de l'homme, ainsi que l'on a eu l'impiété « de l'imaginer, est encore augmentée en observant « comment des écrivains rapportant des faits différents, « comme saint Matthieu et saint Jean, nous conduisent à « la même représentation. 11 me semble cependant qu'en « ceci nous trouvons une clef pour résoudre toutes les « difficultés; car si l'on commandait à deux artistes de « produire une figure qui donnerait un corps à leurs « idées de parfaite beauté, et que tous les deux mon- « trassent leur ouvrage, dont la forme fût prise égale- « ment sur des types et des modèles très-différents de « tout ce qui avait été connu jusqu'alors dans le pays, et « qu'en même temps ces deux figures se ressemblassent 0 parfaitement, je suis sûr qu'un pareil fait, s'il était con-»
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« signé, paraîtrait presque incroyable, excepté dans la « supposition que l'un et l'autre artiste aurait copié le « même original.
« Tel, par conséquent, doit être le cas ici : les Évan* « gélistes aussi doivent avoir copié le modèle vivant « qu'ils représentent, et l'accord des traits moraux qu'ils « lui donnent ne peut provenir que de l'exactitude avec « laquelle ils les ont respectivement dessinés. Mais ceci « ne fait qu'augmenter notre mystérieux étonnement; «r car assurément il n'était pas comme le reste des hom- « mes, celui qui pouvait ainsi se distinguer, par le ca- « ractère, de tout ce qui était reconnu comme le plus « parfait et le plus admirable par tous ceux qui l'entou- « raient; qui, tandis qu'il se plaçait si fort au-dessus de « toutes les idées nationales de perfection morale, ce- « pendant n'empruntait rien du Grec, de l'Indien, ou de « l'Égyptien, ou du Romain; qui, lorsqu'il n'avait ainsi « rien de commun avec aucun type de caractère connu, « avec aucune loi de perfection établie, puisse néanmoins « paraître à chacun comme le type de l'excellence qu'il « aime particulièrement*. »
Ces sages réflexions, de même que celles que nous avons faites jusqu'ici dans ce chapitre, ont , comme on le voit, une double portée : elles conduisent à reconnaître la vérité du caractère de Jésus-Christ, et se trouvent amener en même temps la conclusion de sa divinité et réciproquement, tant celle-ci brille en sa personne, qu'elle s'y confond avec sa réalité, et qu'elle la prouve.
La meilleure preuve, en effet, de la réalité de la personne de Jésus-Chrisit , c'est que la perfection de son