Lettres de !a Montagne, p
« Jésus, éclairé de Tesprit de Diea, avait des liunîëres « si supérieures à celles de ses disciples, qu'il n'est pas « étonnant qu'il ait opéré des multitudes de choses extra- « ordinaires, où l'ignorance des spectateurs a vu le proie dige qui n'y était pas. A quel point, en vertu de ces « lumières, pouvait-il agir par des voies naturelles^ incon- « nues à eux et à nous? Voilà ce que nous ne savons « point, et ce que nous ne pouvons savoir^. »
La clarté 9 a dit Vauvenargues, est la bonne foi des philosophes. A ce titre, il nous serait permis de douter de la bonne foi de Rousseau dans ce passage, car il est passablement louche. Tirons-le au clair :
Jésus, éclairé de l'esprit de Dieu^ n'est assurément pas un imposteur : voilà qui est clair et convenu ; ne l'oublions pas. — Il a opéré une multitude de choses extroùrdinaires^ pourquoi? assurément pour accréditer sa mission : voilà qui est encore clair. — Quel était le caractère qu'il donnait et qu'il voulait qu'on reconnût à sa mission? on caractère divin; cela est incontestable, et Rousseau ne le nie pas. Il fallait donc que la multitude des choses extraordinaires qu'il faisait dans ce but parussent non-seulement extraordinaires, mais divines^ c'est-à-dire surnaturelles; telle devait être son intention, sa volonté. Rousseau le reconnaît implicitement, et cela ne pouvait ne pas être. — Ces choses, qui devaient paraître surnaturelles, étaient-elles surnaturelles en effet, ou ne l'étaient-elies pas? Elles ne Tétaient pas, dit Rousseau : l'ignorance des spectateurs a vu le prodige qui ny était pas. — Nous touchons ici au nœud de la difficulté : Jésus, éclairé de l'esprit de Dieu, devait voir cette ignorance des spectateurs