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pas l'expérience de la doctrine qui nous fait admirer au-
LES HIRACLES. 355
jourd'hui toute la beauté, toute la perfection du caractère et de l'œuvre de Jésus-Christ. Aussi méconnai^sait-on ce caractère; et les incrédules, comme Julien, Celse, Porphyre, n'hésitaient pas à qualifier Jésus-Christ d'impo3leur, et échappaient par là à l'aulorité même des miraclçs, qu'ils disaient avoir été faits par le secours de Ja magie. Aujourd'hui, qui oserait, mépie parmi les incrédules les plus déclarés, proférer une pareille absurdité? L'incrédulité de nos jours ne peut plus éviter de reconnaître Ja beauté du caractère de Jésus-Christ. Aussi s'exécutçt-elle de bonne grâce, et cherche-t-elle à l'exalter comme homme, pour racheter par là l'obligation de Tadorer comme Dieu. Mais elle s'y engaj^e sans s'en apercevoir, en donnant aux miracles un appui qu'ils n'avaient pas eu jusqu'à ce jour, et qui force à conclure par eux, comme nous l'avons vu, de Ja beauté morale du caractère de Jésus-Christ à sa divinité. Par la on est ramené, bien que par un chemin inverse, à la foi. Car, tandis que la vérité du caractère de Jésus-Christ était déduite de l'exactitude des faits évangéliques, ici ^'exactitude de l'histoire évanêélique est déduite de la vérité du caractère de Jésus-
Cjirist.
Cet argument, que son opportunité nous a fait présenter deux fois dans le cours de nos Études^ est aujourd'hui le premier fondement de la vérité des miracles^ : aussi est-ce moins pour asseoir cette vérité que pour la confirmer, que nous allons lajputer quelques fiutres réflexions.
IL Nous ne prpnpns pas Rousseau à partie, avon&nous déjà dît, pour combattre personnellement son auto-
t. C'est contre cet argument qu'est venue se briser la dernière en-» f -éprise 'de tlncrSduîitS, depuis ce» Études,"
rite ; car on est reyena de la fascination de son beau style, et le sophiste, perçant à travers le masque da philosophe, a déprimé la gloire de Fécrivain. Rien n'est beau que le vrai. Le faux lui-même est moins laid quand il se montre, que quand il se déguise sous le fard de la vérité. Alors, en effet, il est doublement faux. Et c'est là le stigmate que la postérité a déjà mis sur Rousseatt\
Ce n'est donc pas Rousseau que nous attaquons, mais rincrédulité en général dans Rousseau; parce qu'après tout ce n'est pas l'esprit, le talent, le génie qui lui ont manqué, et nul n'edt mieux soutenu la cause de l'incrédulité, si elle eût pu l'être : c'est cette cause qui lui a porté malheur. Que si on nous abandonne Rousseaa, on nous abandonne donc la cause de l'incrédulité : que si on n'abandonne pas tout à fait la cause de l'incrédulité, nous ne concevons pas que ce soit pour un motif que Rousseau n'ait pas déjà fait valoir avec plus d'habileté que qui que ce soit, surtout en ce qui a trait SLUxmiracles. Nous continuerons donc à discuter ce célèbre déiste.
Voici un de ses arguments les plus spécieux. Il est extrait de son dialogue très-peu philosophique entre le Raisonneur et V Inspiré au quatrième livre de son Emile:
l'inspiré.
« Mes preuves sont sans réplique; elles sont d'un
« ordre surnaturel.
LE RAISONNEUR
«Surnaturel! Que signifie ce mot? je ne l'entends pas.
l'inspiré.
« Des changements dans l'ordre de la nature, des pro- « phéties, des miracles, des prodiges de toute espèce.
t. Il faut reconnaître toutefois que sa fausseté n'est pas de calcal, mais de passion.
LE RAISONNEUR
a Des prodiges I des miracles! je n'ai rien vu de tout « cela.
l'inspiré. (
« D'autres Tont vu pour vous. Des nuées de témoins.../ (( le témoignage des peuples... '
LE RAISONNEUR
« Le témoignage des peuples est-il cTun ordre sumatu- « rePI
l'inspiré.
a Non; mais quand il est unanime, il est incontes- « table*.
LE RAISONNEUR
« Il n'y a rien de plus incontestable que les principes « de la raison^ et l'on ne peut autoriser une absurdité sur « le témoignage des hommes^. Encore une fois, voyons des w preuves surnaturelles, car l'attestation du genre bu- (K main n'en est pas une... Voyez donc à quoi se rédui- « sent vos prétendues preuves surnaturelles,vos prophé- « ties,vos miracles? A croire tout cela sur la foi d'autrui!
l'inspire.
« 0 cœur endurci ! la grâce ne vous parle point. »
Ce n'est pas ce que F Inspiré lui aurait répondu, mais.