‹ Études philosophiques sur le christianismeChapitre 128 sur 168 · G*e8t là que se glisse le sophisme · texte numérisé non relu

G*e8t là que se glisse le sophisme

2. L'Inspiré^ s'il eût répondu en son nom au Sophiste ^ lui aurait dit : « Non ; mais aussi n'est-ce pas le témoignage des peuples que Je c vous dis être d'un ordre surnaturel : ce sont les miracles, »

3 . Encore 1 est-ce qu'un miracle est une absurdité ? Rousseau n*at-il pas dit lui-môme que la question de savoir si Dieu peut faire des miracles serait impie si elle n'était absurde, et que ce serait faire trop d'honneur ù celui qui la résoudrait négativement y de le punir; qu'il suf^ /irait de l'enfermer.

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« 0 faux raisonneur! je vais tous réfuter. » Et il aurait pu le faire comme suit :

' Il ne faut pas confondre la preuve surnaturelle de la révélation, le fait des miracles, avec la preuve de ce fait, k témoignage des hommes. — La Divinité, pour se révéler à la créature, doit faire acte de créateur, ressusciter unj mort, par exemple : on ne saurait disconvenir que ce fait ne constitue une preuve surnaturelle. — Maintenant, ce fait lui-môme a besoin d'être prouvé ; et comme il s'est passé sur terre , il devient prouvable, comme tous les autres faits terrestres, par le témoignage naturel ou historique. — Cette dernière preuve naturelle empéchet-elle que le fait, qui en est le sujet, ne consititûe une preuve surnaturelle? et la résurrection d'un mort ne sera-t-CjHe plus up miracle, parce qu'eue sejra constatée par le témoignage des hommes? — Est-ce que le ]témoijgnage des hommes, quand il a toutes les conditioAS voulues, n'est pas un moyen de s'assurer de l'existexiçe des faits? Est-ce que la résurrection d'un mprt pu tojç^ ayjtre miracle n'est pas un fait? Pour être surnaturel, m f^^ en esjl-ij moins un fa^t? n'en est-ij pas au coplraire plus éclatant, plus frappant, et (^ès lors plus prouvable par le témoignage? Je vous renvoie à yo,us-même ; « Jj^f faits « de Socrate, dont personne ne doute, avez-vous dit, « sont moins attestés que ceux de Jésus-Christ*; » et encore : « Remarquez bien, monsieur, que je n'établis « aucun doute sur le fond de tous les faits consignés dans « l'Évangile. C'est ce que j'ai déjà dit, et ce qu'il n'est « pas superflu de redire*. »

levais plus loin : à quoi se réduit ce systèi^e? Bien

évidemment à vouloir qu'un fait surnaturel ne soit prouvé que par une preuve surnaturelle, puisque c'est pour ne pas avoir ce dernier caractère que Rousseau rejette le témoignage des hommes sur les miracles. Or, c'est là une palpable absurdité, comme nous l'avons dit ailleurs. Car que serait alors cette preuve surnaturelle, qu'un autre fait surnaturel qui aurait lui-même besoin à son tour d'une autre preuve surnaturelle, et ainsi sans fin? Éyi-* demment c'est un cercle vicieux. Rousseau répond à V Inspiré^ qui lui oppose les miracles : «Je n'ai rien vu de tout cela; », puis il écarte le témoignage des peuples, qu'on lui donne à la place; de son propre témoignage, comme n'étant pas d'un ordre surnaturel. Est-ce que son propre témoignage, la preuve de visu à laquelle il en appelle, eût été d'un ordre surnaturel? W ne disconvient pas que cette preuve de la vue immédiate et personnelle des miracles ne fût une preuve comme il la désire : « A la vue « de ces merveilles, dit-il, qui ne reconnaîtra pas à Fin- « stant le maître d,e la nature? » Or, je le répète, qui lui assurera en ce cas le fait de ces merveilles, n'est-ce pas le témoignage de ses sens, de ses yeux? Et de quel ordre sera ce témoignage, si ce n'est d'un ordre naturel^ absolument du môme ordre que le témoignage des autres hoijames comme lui? Et se peut-il qu'il en soit autrement, puisque c'est à la nature humaine en définitive que s'adresse la preuve, et que dès lors, quelque surnaturelle que soit cette preuve par son sujet, elle doit venir s'adapter à son o'bj'ét, qui est ïa nature humaine, et ï)ar là être elle-même naturelle et humaine^ sous peine d'impossibilité, d^âbsurdité?

Pour être conséquent, il faudrait que Rousseau all^t jusqu'à dire que la vue immédiate d'un miracle ne le

convaincrait pas, et qu'il n'en croirait pas ses propres yeux. C'est, en effet, ce qu'il a osé dire ailleurs : « Quel- « que frappant que pût me paraître un pareil spectacle, t dit-il, je ne voudrais pour rien au monde en être té- « moin; car que sais-je ce qu'il en pourrait arriver? Au « lieu de me rendre crédule, j'aurais grand' peur qu'il ne « me rendit fou*. » Ce serait faire injure à nos'lecteurs, quels qu'ils soient, que d'assimiler leur incrédulité à une incrédulité si passionnée et si folle : ici c'est Rousseau personnellement qui est en cause, et nul sans doute ne prendra fait pour lui'.

Reste donc que les faits surnaturels sur lesquels repose la Révélation chrétienne, les miracles, ne perdent pas leur caractère en étant transmis à notre connaissance par le témoignage des hommes, pas plus que s'ils Tétaient par le témoignage de nos propres sens. Autrement il faudrait dire que toute révélation serait impossible, et que Dieu n'aurait aucun moyen de se manifester à sa créature ; il faudrait dire que la nature elle-même ne raconte pas sa gloire, que nous sommes dupes de nos sens lorsque nous en contemplons les merveilles, et aboutir iSiinsi à l'athéisme par un pyrrhonisme insensé... Que si on recule devant cet abîme, il faut alors reconnaître que les mêmes sens par lesquels nous percevons les merveilles de la première révélation ont pu servir à percevoir les

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