‹ Études philosophiques sur le christianismeChapitre 136 sur 168 · Môme quand il prêchait PAréopage · texte numérisé non relu

Môme quand il prêchait PAréopage

3. N^est^e pas dans Matthieu et dans Marc que nous ayons pris cette délégation faite aux Apôtres par Jésus^lhrist, de la Tonte Phùmms dmne dont il était investi -«-«"«wf

♦. S. Cyril, c. Julian

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tire saint Jean^ et avant qu il eût écrit son Évangile^ la Grèce et ritalie sont couvertes de Chrétiens qui vont honorer les tombeaux de Pierre et de Paul dans Rome même, en dépit de cette môme puissance qui venait de les égorger. Gomment cela s'est-il fait? Julien ne s'aperçoit pas qu'il prête, par ce rapprochement, une nouvelle force au miracle de rÉtablissement du Christianisme.

Mais qu'avons-nous besoin des révélations et des aveux de quelques païens? le fait devient manifeste. C'est au grand jour, c'est de l'orient à l'occident, c'est de fond en comble, que le Christianisme envahit le monde païen, et le dissout en le pénétrant : c'est là l'histoire, la grande histoire, toute l'histoire, à partir du premier siècle. Alors s'élevèrent du pied des trônes des Césars, et face à face avec leur puissance, ces grandes voix des Apologistes chrétiens, si pleines de raison, de calme» de dignité, de conscience» de liberté. Cespremiers accents de la raison chrétienne, de la pure raison et du droit, dont nous jouissons aujourd'hui si pleinement que nous en oublions la source» s'adressant pour la première fois à la force, et lui opposant une puissance spirituelle sur laquelle elle ne peut rien, sont doux à l'ftme; et il est sublime ce combat o& chaque coup porté au Christianisme est un coup reçu par le paganisme, où la vérité use la violence, et plane invinrcible au-dessus des chevalets? Surpris d'une résistance qn'il n'avait encore jamais rencontrée, jamais imaginée, et ne concevant rien au principe qui la nourrissait, le colosse romain devint furieux. Il souleva toutes ses forces, ces mômes forces par lesquelles il avait conquis le monde et se le tenait asservi, et enveloppa le Christianisme d'appareils de mort. Il avait tout ce qui assure le triomphe dans Tordre des choses humaines : la force» la

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Ôêdilctlofî, ropihîon, la vraîsèmBlàricD, ibtd, iï ce n'^èètia térllê; Penddtit que les magistrats décrétaieni la moh ées Chfétfen^, ceux-ci n'ataieiit d'ehcoiiràgèment et de Muge htillé t^art suf \i terre : lii dans k pitié du pèiiplé, (jtil; âtide de spectacles de sang, applaudissait a leur •itij)plice et les y poussait; ni dîihs Topinion dès sages éti des philosophes, qui, Jaloux de leur veHtl et offusqués^ 'de létfr doclHhe, les raillaient; hi dans la rêtolle et la; 'flètehsé ridtili-elle, â laquelle, par principe a'bMrë, ils ' iï'eurfeht jateâis recours; ùl enfin dads la nécessité étië désespoir, ces deriilers stimulants du courage, piiisquë tbtilés les pohes de la Tié et de là société, avec ses honîifeuh ëi ses plaisirs, leur étaient ouvertes, et que jusqu à léiir dernier soiipir il ne tenait qu'à eux d'y reiitrer. Méctlnriûs, baiomniés, Méprisés, abandonnés, repoiissès de là terre entière, subissant mille morts dàiis une seule ïridH, et, Jusque dàhs le fort des plus affreux supplices, llbt*es dfe rlVre, èollicîtôs de vîvi-e, lés chrétiens de tout ràhg, de tout âge, de tout sexe, iiiduraient,.. Et c'est âifasi qùé le Christianisme acheva dé vaincre, et qu'après t^dis siècles de cette affreuse lutte il n'y eiiî plus... que flés Chrétiens.

îei est, en rabcoùrcî, le phénbihèîië dé i'Étàblîssèâient an Christianisme ^

, 1. J.-J. Rousseau lui-même Tespose ainsi r « Après Jik mort é&

l JËSDfi-CHRisT, dodzë pauvres pécheurs et artisans entreprirent d'iii- • stMiire et dé êonvertir le monde. Lédr méthode était Simple j iî^ « prêchaient, sans art, mais aveo un cœur peintre.) «tjdts Ions ioa « miracles dont l)iÉu lionoràil leur foi , je plus frappant était la e sainteté .de \ékt v'à : les disciples àaitirént tèi éx)èmp{k\ et îe sâtf-

1?]^ P.^^*^?.H*^!?'»i?i^f:!?I^P-lr^^ è:Ô«!AJ9ï^ft%J«iiaHlîrt» et

« les injures pleuvaient do toutes parts sur la nouvelle secte, les per-

ÉTABLISSfiMEKT DU CBI^ISTIANISMB. 393

toute divine ?

P'pst ce qm UW m9V^ recbercher.

I. La première chose qui me frappe dans l'origine du Christianisme, c'est l'intelligence parfaite et unanime de sa Doctrine par les douze Apôtres, c'est son établissenieril dans leur esprit. Je n'examine pas encore la résolution de la persuader à l'univers, et moins encore le succès y je^ m'arrête à sa conception dans les Apôtres.

En Jésus-Christ, son auteur, la conception de cette Doctrine, qui a éclairé et sanctifié le mondé, révèle la pliEW sublime sagesse, et nous donne de Lui l'idée d'un être à part, que l'incrédule lui-môme ne sait comment appôlei^ quand il ne l'appelle pas Dieu. Renfermé dans sa seule personne, le phénomène est déjà embarrassant, s'il n'est décisif.

Mais comment cette même Doctrine, si sublime qu'elle fie peut venir que d'un Dieu ; si contraire à tous les penchants et à tous les préjugés de l'époque où elle parut que la sagesse du monde n'y vit que folie ; si profonde et si cachée au sens humain qu'après dix-neuf siècles de dé*^ veloppements et d'applications, nous, qui naissons dan* son sein, nous avons tant de peine à la pénétrer, cooi-^ ment a-t-elle pu passer soudain dans l'âme de dou^e

c sécutions s'élevèrent, et les persécutetira ne firent qu'accélérer le

t progp$9 ae cfîtte ^^Uglon q;U'i(9 youlai^u^ étoufler, Tous les dii^éUepi

« couraient au martyre» tous l^s peuples couraient au baptême : Phis-

i toirô ûe ces preriaiers temps est un prodige continuel. » (Réponse au

396 tnAPITRE TI.

panyres ignorants, et avec cette plénitade qui a déboMé sur le monde entier?

Si Fauteur du Christianisme arait choisi pour disciples quelques-unes de ces grandes intelligences qui depuis Tout défendu avec tant d'éclat, un Ghrysostome, un Augustin, un Thomas d'Âquin, un Bossuet; s'il leur arait tracé lui-même d'une manière nette et laissé par écrit le programme de leur enseignement; s'il avait travaillé avec eux à le répandre de manière à leur servir de centre visible de ralliement et d'unité, et à les former pea à peu sous sa direction jusqu'à ce que sa Doctrine se fût fait jour dans le monde, il serait encore prodigieux qu'il eût réussi, à en juger par tout ce qu'avaient tenté avant lui les chefs d'écoles philosophiques, et par tout ce que nous avons vu depuis en dehors du Catholicisme, dans ces myriades de sectes qui n'ont pas même attendu la mort du fondateur pour fourmiller dans sa doctrine.

Mais Jésus-Christ ne fait rien de tout cela : ce sont douze hommes bornés, grossiers, inhabiles à penser, in* habiles à parler, plongés dans l'ignorance et vieillis dans la matière, qu'il ramasse. Il ne leur parle que par énigmes, il ne les entretient que des plus profonds mystères, il ne leur promet que des tourments, et il s'en fait suivre;... ce n'est pas tout : il s'en fait suivre moins bien pendant sa vie, et n'obtient d'eux qu'une adhésion grossière et fragile, qui cède au premier souffle de l'adveipsité ; il meurt abandonné, et ne leur lègue d'autre enseignement, d'autre livre, que sa croix; il disparait ainsi, et les laisse seuls en cet état, sans leur dire autre chose, sinon d'aller prêcher sa Doctrine à toute créature. . . Et voilà que tout à coup cette Doctrine prend en eux, dilate et remplit ' âCur intelligence, enflamme leur cœur, délie leur langue,

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inspire leur conduite, illumine tout autour d'eux, et les fait tous penser, sentir, parler et agir de la même façon, et d'une façon si forte, si persuasive et si efficace, que ce que leur Maître lui-môme n'avait pas fait de son vivant, ils le font : ils convertissent le monde; et la seule parole de Pierre entraine huit mille hommes en commençant.

Tout est sorti de là, et nul, depuis, parmi les plus grands génies du Catholicisme, n'a prétendu enseigner autre chose que ce qu'ont enseigné les Apôtres : c'est la règle ; et on est plus instruit et plus parfait à proportion qu'on en approche davantage : leurs écrits sont le texte, le nerf et l'ornement des plus beaux discours. Et maintenant je pose ces questions :

Comment cette Doctrine si mystérieuse et si relevée at-elle eu tout d'abord sa perfection dans de tels hommes? Comment ces ignorants l'ont-ils saisie du premier jet? Comment, dans la folie et la faiblesse de la Croix, ont-ils su voir la sagesse et la force môme de Dieu, et prévoir toute la portée de ses développements et de son application dans le monde? Comment ce que tout le monde alors appelait, avec Tacite et Pline, abominable, infâme, criminel, eux seuls soutenaient-ils être grand, juste» saint, adorable, divin? £t comment seuls outils eu raison contre tout le monde? Comment tous les trésors du Christianisme dont nous jouissons aujourd'hui étaient-ils renfermés dans ces vases de terre ^ comme ils s^appelalent eux-mêmes, et s'en échappaient-ils en des notions si sublimés, si ardentes, si bien comprises, si fortement exprimées, si généreusement confessées? Comment ne se sont-ils pas contredits et égarés, quoique livrés à euxmêmes, quoique isolés les uns des autres, quoiqu'il n'y

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