LA PERSONNE DE JÉSUS-CHRIST
traces de Jésus-Christ , quel est le plus saint entre tant dé sàiiltsî Mais prononce-t-on le nom de Jésus-Christ? aussitôt tout rentre dans Tombre autour de Lui, tout dis-, paraît , et l'idée de sa perfection demeure surhumaine ev incomparable. Plutarque, dans ses Hommes illustres^ s'est' plu à faire des parallèles de ses héros; et cela lui a toujours été très-facile, comme cela le sera toujours entre les hommes. Pour Jésus-Christ, on peut affirmer que ce serait impossible. Il est le seul dont on ne saurait trôuvei' le pendant Et remarquez bien la force de cette observation : quand un homme est réellement supérieur en quelque geiire que ce soit, comme Bossuet ou Michel-Ange, sa supériorité n'existe qu'en degré, et non pas en nature, par rapport aux autres hommes ; et alors môme que ceuxci paraissent ne pas avoir atteint cette supériorité, on sent que cela est contestable, et que, tout au moins, le contraire n'est pas impossible et peut arriver. Pour ce qui est de Jésus-Christ, non-seulement sa supériorité est incontestable, mais on peut dire (qu'on me passe le mot) qu'elle est tnarrivable.
le vbiis recommande une autre observation : tous les grands hommes sont plus ou moins l'expression de leur temps, lé résumé et la fleur de leur siècle ; ils le dominent , mais en partant de lui et comme un jet vigoureux dé ses entrailles : cela est si vrai, qu'un grand homme ne vient jamais seul, et appartient toujours à un grand siècle. Ajoutons encore ce trait, que l'originalité d'un grand homme n'est jamais telle, qu'on ne retrouve dans la décomposition de sa vertu ou de son génie des filons imitateurs qui le rattachent à ses devanciers. Ainsi, pour ne parler que des hommes les plus vertueux de nos temps modernes, des saints, il est aisé de voir qu'ils procèdent
tous de Jésas-Christ, qu'ils en sont les imitateurs. Mais Jésus-Christ lui-môme, de qui procède-t-il? qui a-t-il imité? de quelles mœurs, de quelle société est-il l'expression? « Socrate, dit-on, inventa la morale. D'autres « avant lui l'avaient mise en pratique; il ne lit que dire « ce qu'ils avaient fait; il ne fit que mettre en leçons a leurs exemples. Ai^istide avait été juste, avant que So- « crate eût dit ce que c'était que la justice; Léonidas était « mort pour son pays, avant que Socrate eût fait un de- « voir d'aimer sa patrie; Sparte était sobre, avant que « Socrate eût loué la sobriété; avant qu'il eût défini la « vertu, la Grèce abondait en hommes vertueux. Mais « où Jésus avait-il pris chez les siens cette morale élevée « et pure dont lui seul a donné les leçons et l'exemple? « Du sein du plus furieux fanatisme la plus haute sa- « gesse se fit entendre, et la simplicité des plus héroï- « ques vertus honora le plus vil de tous les peuples...^ »
Le propre, en un mot, de la sagesse de Jésus-Christ, c'est qu'elle ne relève que d'elle-même, c'est qu'elle est incréée.
Mais ce qui ne la distingue pas moins, c'est qu'elle est créatrice. Chose prodigieuse, si elle n'est simplement divine ! Cette sagesse incomparable , que nul n'a pu et ne pourra jamais égaler, est en môme temps la plus imitable^ et celle qui a engendré le plus de disciples. Tous les autres sages n'ont pas influé, comme dit Voltaire, sur les moeurs de la rue qu'ils habitaient; et Jésus-Christ a influé sur le monde entier, et tout s'est réformé à son image, est devenu chrétien^ ou tend à le devenir. Les distinctions les plus profondes de mœurs, de climat, de figure et de
t. Jean-Jacques Rousseau, J^mt/e, liv. IV.