‹ Études philosophiques sur le christianismeChapitre 145 sur 168 · SU · texte numérisé non relu

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Fruits du Christianisme dans Tordre ii^tellectuel.

I. Il y a autant de faiblesse dans l'esprit de rhomme que de misères dans son cœur. Cette faiblesse, toutefois, atteste sa grandeur, mais déchue, qu'il tente vainieme^t de ressaisir, et qu'il ne peut cependant abdiquer. Les tendances de toutes ses facultés ne lui perxaettjent pas d'ignorer que tout ne finit pas avec le corps, et qu'un mondie surnaturel l'enveloppe ; et la faibleçse (Je ces inômes facultés ne lui permet pas non plus de savoir à quoi s'en tenir sur ce monde surnaturel et ce qui l'y attend. Ijac^.pable de tout savoir, incapable de tout ignorer ; ne pouvant se reposer ni dans la négation ni dans ra|firmation; attiré par la vérité, repoussé dans le doute, sa raison est plus courte que son instinct, et son extrême scipuce est dj9 savoir qu'il ne sait rien. Mot le plus profond qui soit sorti de la bouche de l'homme ! parce qu'il suppose Je sentiment des choses qu'il ne connaît pas, et qu'il exprime la hauteur de son destin par le cri de sa d|éçhé^i^pQ.

Au delà de l'élroitè limite de ce que la raison comprend, s'ouvre et s'étend un espace vide pour elle, où se jouent les fantôméà dé àon ignorance, où sa vtiè expire, où elle ne peut pas distinguer les choses, et où cependant

elle soupçonne qu'il y. a de grandes choses* : penchée sur cet abîme comme Émpédocle, il ne dépend pas d'elle d'en détourner les yeux, parce qu'elle sent que là s'agite pour elle quelque importante destinée ; et il ne dépend pas d'elle non plus de les ouvrir assez pour savoir ce qui s'y passe*. — Cet espace vide que nous portons tous en nous, cet abime, est la région du mystère.

De là sont sortis et sortent encore tous ces systèmes idéologiques et théogoniques dont le tourbillon compose l'histoire de la philosophie humaine, et dont le résultat échappe toujours. De là, en descendant plus bas, sont sorties toutes les superstitions et toutes les extravagances religieuses qui ont tour à tour régné sur cette terre, et l'ont rendue la proie et le jouet de tant de fanatiques et d'imposteurs. De là enfin s'élèvent parfois, pour les esprits les plus rassis, de saisissantes incertitudes, de soudains vertiges, de terribles peut-être^ qui les font se retourner incessamment dans mille conjectures sur leur destinée prochaine, saris pouvoir jamais trouver une solution; car on a beau faire, on ne saurait jamais complètement s'endormir sur les bords d'un tel gouffre : c'est un volcan qui fume toujours.

C'est ce vaste besoin de l'âme humaine que la Religion de Jésus-Christ est venue satisfaire, c'est sur cet abîme qu'elle est venue jeter un pont.

Ce grand bienfait, selon l'ordinaire, en a fait oublier

1. Majus esse quiddam sutpicata e«r, ac pulchrius^ quod extra CW' tpectum natura posuisset. (Senec, Quast. nar., I, Prœfat.)

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