‹ Études philosophiques sur le christianismeChapitre 146 sur 168 · Malgré moi l'infini me tourmente · texte numérisé non relu

Malgré moi l'infini me tourmente

Je n'y saurais songer sans crainte et sans espoir; Et, quoi qu'on en ait dit, ma raison s'épouvante De ne pas le comprendre et pourtant de le voir.

(Alfred de Musset, Espoir en Di$u.)

le besoin, précisément parce qu'tl Fa comblé; et il n'est pas rare de trouver des gens qui se flattent de pouvoir se passer du secours de la foi , et de se tenir au-dessus de toute crédulité sur le pied ferme de la raison.

Or, c'est là une grande illusion. L'incrédulité, dans son sens absolu^ n'est qu'un mot : il n'a jamais existé d'incrédule». Je m'explique :

Sans doute il y a eu un trop grand nombre d'incrédules, si on entend par là ceux qui ont rejeté les dogmes de la Religion chrétienne ; et encore n'y en a-t-il pas tant qui les aient complètement déracinés de leur esprit. Tous ceux qui paraissent et qui se croient môme incrédules, en ce sens relatif, ne le sont pas toujours. La plupart ressemblent à ceux qui ont peur la nuit, et qui chantent en marchant pour s'étourdir : quand un péril subit les saisit à la gorge , ces faux braves deviennent plus croyants qu'il ne faut, et on ne peut souvent les ramener du désespoir.

Mais les incrédules achevés, ou, pour parler plus exactement, les in-croyants ^ sont-ils in-crédules? Tant s'en faut! car, comme ditBossuet, t les absurdités où ils (( tombent, en niant la Religion, deviennent plus insou- « lenables que la vérité dont la hauteur les étonne ; et ft pour ne pas vouloir croire des mystères incompréhen- « sibles, ils suivent l'une après l'autre d'incompréhen- « sibles erreurs*, » On ne remarque pas tout ce qu'il faut croire pour ne pas croire , parce que ce qu'on croit alors est d'accord avec nos passions, qui nous le cachent. Mais, considérée en soi et d'un œil philosophique, l'impiété ne peut rejeter aucun article de la foi chrétienne

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