IV. r
410 CHAPITUE fIL
lai dannant une ])ase fixe d'où elle a pu partir ayec assaraDC€ii et où elle a pu revenir se reposer. En même temps elle a créé autour d'elle, par la diffusion et la commanautè des mêmes lumières, un contre-poids de sens commun qui Ta préservée de ses écarts individuels, et an levier puissant qui a centuplé ses forces en mettant celles de tou$ à la disposition de chacun en particulier. Enfin, par la communion intime qu'elle a établie entre Tâme et ion Auteur, entre la vérité et la vertu, elle a mis en elle un principe de vie qui est à l'esprit ce que l'esprit est luimême au corps, qui concentre, discipline, inspire ses mouvements, empêche ses richesses de dégénérer et de se corrompre, et, selon l'heureuse expression de Bacon, est comme Tarome de ses connaissances : Fides aroma scieur tiarum.
Muni de ce secours, l'esprit humain, qui était demeuré pendant quatre mille ans comme accroupi à l'état d'enfance, s'est dressé d'une hauteur qu'on ne lui avait jamais connue; il a marché de progrès en progrès, et, par toutes sea conquêtes, il a témoigné magnifiquement en faveur de la vérité d'une Religion sous l'influence de laquelle il a découvert toutes les vérités. « Quand vous voyez, dit « Voltaire, la raison faire des progrès si prodigieux, « mais seulement au moment de la prédication de l'Ë- ^ v^pgile, regardez la foi comme une ^lli^ç q^\ (Joit ve^ir « à votre secours, et non comme un ennemi qu'il faut f^ attaquer. Osez la chérir, et non la craindre^. »
Il semble que la soumission de toutes choses à l'entendement humain ait été le prix de la çouqiission de Tentendement lui-même à la foi. £t cela a dû être, selon .
1. Voltaire, cité dans la Raison du Christianisme ^ au mot AvEeXt
VilïArf bi^rArchique des êtres. De même que, par sa preijiiëre révolte coqtre Pieu, l'homme avait vu par contrecoup $^ voloQté se révolter contre sa raison, sies sens CQQtre sia volonté, la nature coqtre ses sens, et qu'aini^ il avait perdu sur toutes choses et sur lui-même Tempire qu'il avait le premier refusé à sou Auteur : de môme, en proUtant du divin ^ecour^ qui lui était offert pour se relever de $a chute, il a dû se ressentir, même ici-bas, 4^ l^ res^taaratioa qu'il u'atteindra complètement que dau^ le ciel, conformément au mot de saint Paul : hs(aMrqr^ ornnia in Christo. Aussi voyons-nous que sa soumission à la loi du Christ a relevé Tempire de la vérité sur sa raison par les sciences théologiques et métaphysiques ; l'empire dQ sa raison sur sa volonté, et de celle-ci sur ses sen^ par les sciences morales; et l'empire de ses sens sur la nature par les sciences exactes et industrielles : trois branches de connaissances dont le développement prodigieux, $ous la 1*01 évî^ngélique, a porté l'humanité au trône de la plus haute civilisation, et vérifié ce bel adage: ' Servir Di^u^ ces^ régmei'^.
1, On Qppo^er^it vaioeiQen.^ à cet apergu que Tapogéç des lunaièrçji a concouru avec le r^gae de rincirédulité. — J.e réponde, 1" quo le sÀ^te de r incrédulité a'a %ii\, que recueUlir ce que lea siècles de. foi avaient semé, e( que c^est le sièUe des grands talents qui a fait ^^ siècle tk» lunj^i^res. Tous les grai:\ds procédés de l'esprU liuoiain dans les SiCieiicei exactes dont nous somux^s si Qers, li oiélhode de rinductÂon, le« loi4 d^ la méi;.i,aique cé^jsle, TappUcation dd Talgèbre à 1^ géométrie, le calcul diiTérenti,e|, e^c, ont é(é trouvés dans un temps ek pAr des hommes de Coi : Bicon, Newlon, Kepler, Odscartes, Leil>lUU, Ras&d. (Voyez à Ts^ppui les Étojes de FouUnelle et de d'Alembert.) Nous ne aommes gra^dSi plu.s grands qu'eux , qqe parce que nous, sommes montés sur leurs épaules. Ce sont les Moïses de ^a terre promise de la civilisalion inteUecluelU ; il ne leur a pas été donné d*y entrer, mais cq sont eu\ qui nous y ont conduits. Je ne parle encore que des acienoea physiques; car, pour ce qui esl des sciences métaphysiques , beaucoup plus propres à (X^k^ ^ qUQAUoa ps^c lQ^r çapjort
472 CHAPITRB Vn.
Au surplus, sans nous engager ici dans Tétude historique des progiës de Tesprit humain dans leur rapport avec la foi, nous nous attacherons seulement à un grand fait : c'est que, en général, tout ce qu'il y a eu de vrais philosophes, de belles intelligences dans le monde, tout ce qui a porté haut la tête parmi les hommes, s'est appuyé sur la foi chrétienne. Les plus nobles représentants de la raison, les conducteurs de l'humanité, ont été apôtres on disciples de Jésus-Christ : c'est un fait, a On pourrait tt produire aisément, dit d'Alembert, la liste des grands
pins étroit avec la foi, nous avons précisément dégénéré de ces grands hommes : ils sont restés les colonnes d'Hercule de la philosophie. Depuis eux , nous n'aTons fkit que rétrograder jusqu'au matérialisme, jusqu'au panthéisme antique; et aujourd'hui même, pour couvrir m pauvreté, sa nudité honteuse, la philosophie revêt leurs manteaux. L'incrédulité n'a donc pas produit, mais cueilli à point les fruits de la civilisation : celle-ci est toute chrétienne dans ses sources, et date des siècles de foi. — 2^ Je dis plu;» : l'incrédulité elle-mé-ne atteste implicitement la force du principe chrétien qu'elle a déserté. Ce n'est, en effet, que parce que l'esprit humain a été porté si haut par la force de ce principe, que la tète lui a tourné. Dans le vertige de sa grandeur et l'enivrement de ses richesses, il s'est eru maître absolu de lui-même, parce qu'il s'est senti maître de tout. Ne voyant que ce qui avait été mis sous ses pieds, il a oublié la main qui l'avait ainsi élevé, comme si elle ne lui était pas, par cela même, toujours restée supérieure. Il a commis le péché d'Adam, le péché de l'Ange ; mais c'est parce que le Christianisme l'avait fait comme eux confident do Très-Haut. — Z^ Enfin, pour qui voit la marche des choses comme elle veut être vue, en grand, l'incrédulité que nous achevons de traverser n'est qu'une crise qui ne pouvait durer, et qu'on s'efforcerait en vain de provoquer de nouveau, parce qu'elle n'est pas compatible avec la vérité de la civilisation. Aussi voyons-nous celle-ci s'en dégager tous les jours, et revenir aux grands et immuables principes de la foi chrétienne. Les sciences, longtemps faussées par leur alliance avec la philosophie incrédule, se sont complètement séparées d'elle. Depuis lors elles font des progrès inouïs, et, chose admirable ! eUes ont retrouvé la foi sur tous les chemins de la vérité, et nous rapportent tous les jours des solutions qui la confirment. Quant à cette philosophie, elle est évidemment aux abois, car elle ne se soutient plus que par le désaveu, la feinte, la faveur, toutes choses qui lui sont mortelles. et qui prouvent qu'elle a fkit son temps.
FRUITS DU GHBISTIANISMB. 473
« hommes qui ont regardé la Religion comme Touvrage « de Dieu; liste capable d'ébranler, même avant l'examen^ ce les meilleurs esprits, mais suffisante au moins pour <c imposer silence à une foule de conjurés, ennemis imce puissants de vérités nécessaires aux hommes, que Pasce cal a défendues, que Newton croyait, que Descartes a « respectées^. »
1 . D'Alembert, Éloge de BemouiUi. — Cette Térité ressort surtout de la lecture des Éloget de FonteneUe, lecture qu'on peut dire édiûante, par Theureux accord qu'elle présente entre le génie et la foi. Sur soixante-neuf savants dont FonteneUe a fait Téloge, il n'y en a peutêtre pas trois qui ne brillent autant par la piété que par le savoir ; et il faut louer FonteneUe lui-même de les en avoir hautement loués.
Presque tous les Saints ont été des esprits supérieur?, et l'ont prouvé par des écrits non moins transcendants que leurs vertus, et dont l'éclat est d'aulant plus imputable au Christianisme, que c'est pour la plupart aux siècles de décadence et de barbarie qu'ils ont brillé, comme de célestes météores dans les nuits d'hiver. Tels ont été saint Thomas d'Aquin, saint Bernard, saint Anselme, saint Bonaventure, et, en remontant, saint Augustin et tous ces Pères de l'Église , qui n'ont pas moins été les Pères de la Raison. Jamais celle-ci ne s'est élevée plus haut que dans les conceptions de ces confesseurs de la Foi. Descartes n'a pas dépassé saint Anselme ; ses fameuses Méditation» sont filles du Monologium de ce grand saint, et se retrouvent même plus avant encore dans saint Augustin. La philosophie du Jour n'en disconvient pas, malgré ses tendances contraires. Il est môme remarquable que pour couvrir celles-ci, et pour mieux abuser de l'autorité de Descartes qu'elle a pris pour passe-port, elle essaye de se rattacher par lui aux grands génies du sacerdoce chrétien, dont elle reproduit avec affectation los écrits philosophiques, avec des introductions et quelquefois sous des titres qui en dénalurent le véritable esprit. Mais ce Jeu, dont le secret est de faire servir l'autorité de la foi à en consacrer la ruine et à la trahir respectueusement^ ne saurait tromper que les simples. La foi sincère qui inspirait Descartes, qui lui faisait mettre ù part les vérités de la foi comme les premières en sa créance, et retenir constamment la Religion en laquelle Dieu lui avait fait la grâce d'être instruit (Discours de la Méthode), cette foi dont sa philo- •ophie ne s'écarta Jamais, qu'elle se proposa même implicitement pour but, creuse un abtme entre sa tendance et celle des métaphysiciens modernes. Yis-à-vis de saint Anselme l'abîme est encore plus profond, et il nous en donne lui-môme la mesure lorsque, parlant des rationalistes de son temps, les Roscelin et les Abeilard, il dit : « Ils « cherchent la raison parce qu'ils n^ croient pas, et nous la cberchont
Quelle preuve de la vérité duGhristianismelCareafin, ces mêmes inlelligences, qui ont fait leur culte de la vérité en tout genre, qui ont vécu dans son étude et dans sa contemplation, qui ont upporCé à sa recherche toutes les forces, tout le désintéressement dont Tesprit humain ^t capable, qui ont montré pÂt* leurs belles découvertes, par leurs grands travaux en métaphysique^ en morale, en mathématiques, en sciences naturelles, qu'ils savaient la conhaîti-e et la trouver, à qtlî hotis là deVôilS, et t[ui en
c parce (|ue nous croyons. » {Citr ï)eui homo, IW. I, c. ii.) Et encore: « Je ne cherche pas à comprendre afin de croire, maiè je crois afin c de comprendre. » {Prnslog., c. 1.) — Aussi u-l-il magnifiquement compris, et nos philosoplies ne se comprennent môûie )pas.
Opposons-leur un de nos savants modernes les plus illustres, le premier orientaliste de ce siècle, au jugement des vrais savants, soit sous le rapport du génie, ou de Timmensitë et la rare pk*o1fbndeur de son érudition, soit pour Tabondahce, la variété , rexcelience des travaux, ou encore la nouveauté, l'importance des méthode», et des accroissements positifs dont il a enriclii la science, le célèbre Silvestre de Sacy, regardé comme le maître de ceux qui enseignent à l'ËuropB. Digne liéritier des sentiments comme de la science du grati(il Anquetilbujierron,!! dicta quelque temp-t avant sa mort, qui arriva le ?1 février 183B, un testament commençant par ces paroles, qui sont le miroir hdMti de son Ame et de sa foi: « Avant de rien régler de ce qui con- « cerne mes al^aires temporelles et les intérêts de ma famltlc. Je regarde a comme un devoir sacré pour moi, qui ai vécu dans un temps où « Tespnt dMrréligion est devenu presque universel et a produit tint c de catastrophes funestes, de déclarer, en présence de Celui âu rec gard de qui rien n'est caché, que j'ai toujours vécu dans Ml foi de c r^glise catliolique, et que si ma conduite n'a pas toujours été, ainsi « que j'en fais l'humble aveu, conforme aux règles saintes qoe cette « foi m'imposait, ces fautes n'ont jamais été chez moi le résultat c d'aucun doute sur la vérité de la tteligion chrétienne et sur la divic nilé de son origine. J'e-^père fermement qu'elles me seront pardona nées par la miséricorde du Père célosle, en vertu du sacriOce de )èu sUs-Christ mon Sauveur, ne mettant ma conûance dans aucun a mérite qui me soit propre et personnel, et reconnaissant dà fond « du cœur que je ne suis par moi-même que faiblesse, misère et indi- « gence *. » Ces nobles et saintes paroles se louent elies-mémeè : il snnlt de les citer.
FRUITS DU GHBISTIANISMB. 475
sont pour nous comme les canaux, comme tes fleuves; ces mêmes intelligences, dis-je, ont reconnu que le Christianisme était vérité, la Vérité Inéme; ils Tout proclamé, ils Font professé, non-seulement par leurs écrits^ mais par leurs actions; ils en ont fait le capital de leur étude et de leur conduite : et on veut qu'ils se soient trompés, trompés tous , trompés à ce point, et que, malgré cette erreur fondamentale, ou plutôt sous Tinfluence de cette erreur, ils aient découvert la vérité en tout le reste!...
Et qui décide ainsi? Ce sont, pour Tordinaire, des esprits qui ignorent la vérité chrétienne, qui ne Foat jamais étudiée que dans des libelle^ où Ton fait profession de la défigurer ; qui vivent à son égjlrd sur un vieux fonds de préjugés dont ils ne se sont pas utie seule fois sérieusement rendu compte : ce sont ces esprits qui prononcent^ sans hésiter, que Bonnet, Euler, Kepler, Leibaitz^ Clarke, Pascal, Bossuet, Newton, Malebraache, Descartes, Bacon, et tant^ d'autres beaux génies qui en ont fait Tétude consciencieuse de toute leur vie, se sont trompés du tout au tout à son sujet!... Qu'ils décident doue aussi qu'ils se sont trompés en métaphysique, tA morale, eh mathématiques, en astronomie, en sciences naturelles, et qu'ils s*inscrivent contre toutes les lumières en désavouant celles de la foi ; ou plutôt qu'ils reconnaissent le lien de vérité qui les unit, et, comme dit Bacon, que peu de scienix mène à Vincrédalité^ et beaucoup de science raïnèm â la foi; vérité dont un esprit distingué de notre siècle. Benjamin Constant, confesse avoir fait personnellement l'heureuse expérience : * Mon ouvrage, dit-il {V Histoire du poly^ « îhéisme)y est une singulière preuve de cette vérité de « Bacon. C'est positivement en approfondissant les faits, « en en recueillant de toutes parts, et en me heurtant
(( contre les difflcnltës sans nombre qu'ils opposent à « rincrédulité, que je me suis vu forcé de reculer dans a les idées religieuses. Je Tai fait certainement de bien « bonne foi, car chaque pas rétrograde m'a coûté. Encore « à présent toutes mes habitudes et tous mes souvenirs ff sont philosophiques, et je défends, poste après poste, « tout ce que la Religion reconquiert sur moi\.. »
Ai -je besoin de faire remarquer que le très -petit nombre d'esprits supérieurs qui ont fait profession d'incrédulité n'affaiblit pas cette vérité, et, au contraire, la confirme, puisqu'il n'est que trop évident, par la comparaison de leur caractère et de leurs écrits avec ceux de leurs nobles adversaires, que la fureur de se distinguer, l'immoralité, l'envie, la haine, toutes les viles passions qui mènent à l'erreur et qui la rendent nécessaire, ont été les racines de leur incrédulité , et, d'autre part, que, malgré ces puissantes causes d'aveuglement, malgré les engagements pris, malgré la honte de se rétracter, ils ont donné au monde le spectacle des plus choquantes palinodies, et avoué cent fois contre eux-mêmes la force invincible de la vérité qu'ils avaient pris à tâche de renverser? Que l'on compare, que l'on mette dans les deux plateaux de la balance, le caractère et les mœurs de Voltaire et le caractère et les mœurs de Bossuet, la vie de Rousseau et la vie de Fénelon; qu'on considère qu'il n'y a pas un seul mot dans les œuvres des uns qui puisse être tourné contre leur foi, et qu'on a pu composer des volumes de ce que les autres ont écrit contre leur propre incrédulité; et on ne pourra s'empêcher de décider avec nous que l'impiété de ces funestes génies est une forte
1 . Benjamin Constant, Lettre ù M. Hochet, publiée par H. d% Chateaubriand, préface des Étudei hiitoriques.
preaye e contrario de la divinité de notre foi. La plame des incrédules est comme la lance d'Achille, qui guérissait les blessures qu'elle faisait.
Mais c'est surtout par la comparaison des fruits produits par le génie chrétien avec ceux enfantés par le génie humain en dehors du Christianisme, que la vérité de celui-ci se fait voir. Assurément le génie est également réparti parmi les hommes ; et si Ton considère la trempe^ Platon, Socrate, Aristote, Gicéron, Sénèque, et plusieurs autres philosophes de l'antiquité n'ont rien qui leur soit supérieur; sous certains rapports même, et pour tout ce qui tient aux procédés de l'esprit , cCmme la logique et la rhétorique, il faut avouer qu'ils ont été longtemps nos maîtres. Eh bien ! comparez leurs œuvres métaphysiques et morales (car pour les scientifiques ils n'en ont pour ainsi dire pas) avec les nôtres; mettez les œuvres de Gicéron à côté de celles de saint Thomas d'Aquin, Sénèque à côté de saint Paul, Aristote à côté de Bossuet, Épictète et Marc-Aurèle, à côté de Bourdaloue, de Massillon, de Fénelon, de Pascal, de Malebranche, de Leibnitz, toute la philosophie antique;à côté du petit livre de Vlmitation^ etc., et dites s'il n'y a pas, je ne dis pas dans le faire^ entendons-nous bien, mais dans le fonds^ dans le produit Ae ceux-ci, une profondeur, une ampleur, une justesse, une perfection, une solidité de vue, infiniment supérieures; s'il n'y a pas entre les premiers et les seconds toute la distance du rêve à la réalité, et si on ne voit pas clairement, par cette comparaison, que les philosophes païens, comme le leur disait saint Paul, n'arrivaient à rencontrer la vérité que par hasard et comme à tâtons, et qu'une grande Lumière s'est levée sur le monde en Jésus-Ghrist? « Je voudrais que pour notre plaisir et
;|fjg CBAPITIIB tll.
« notre instruction, dit Voltaire, tons le. P^**^
. K,phe» de l'Àiiaqmté, les Zoroastre. les «^«^ ^ . mégiste,lesNumamôme,reTinssentaajo«rthul»^^^^
. terr^ et qu'ils convemsseW avec j^^' ^^^^^^/^^ . avec les hommes les moins savants de nos m^^'^ * Bont pas les moins sensés : j'en demande pardon a lAn
.. tiquité, mais je crois qu'ils '«-««»» ^^^^''^^ « li pauvres charlatans! ils ne vendraient pas lents
t drogues sur le Pont-Neuf». » ^^a»*»»
Ce qui esl surtout hautement décisif. C'est que, cofflme l'observe Voltaire, ce ne sont pas nos grands peasejir», mais/c* hommet les moins mmnU * nos /»«**, Qû " noœ suffirait d'opposer aux plu* célèbres philosophes dé lA*tiquité; et que ce n'est pas seulement soui le »»»«»«; mais aussi sous la bure, que se trouvent nos Socrt^s w nos Épiclètes, formés qu'ils sontd ««« «cUMX «ttftliM» w rEvmgik, dit encore Voltaire, à laiuelit o* p^vienl im mêmt qu'on n'a pas l'esprit méz étendu pour étadtèf » hautes scttTwet*. .
Propriété vraiment divine de celte Boctriné qulièiai» ainsi toute k tous pour réaliser ses merveillfetti enselgaemenU dans tous les esprits, qui se passe du raiSbnnèihent pour se communiquer aux plus petits, et qui se p>réiè au raisonnement pour contenter les pltts habiles ; dont te lumière se resserre en des rayons qui lui peHBètl6W d'enirer dans l'esprit le plus rétréci sans rien ^i'dre de sa substance, et s'épanouit dans lés capacités de riâtèlligence jusqu'à rassasier les pltts Vastes, éh lé» contenant néanmoins dans les limites dtt même enseigttemettt ! Le Chrittianiane ieal présente cette alU&ttbè âê Ut ^MM*-
I . yoUâirè, cit4 dâni U kaison du {hrïsïianiîme, au Inot AvKOX.
phie transcendante avec la Religion populaire. Bossuet, faisant le catéchisme à de petits enfants, et leur commaniquant tout ce qu'il sait, que dis-je? apprenant quelquefois lui-môme (cela s'est vu) les secrets de la perfection évangélique des plus humbles brebis de son troupeau, s'édiûant à leur exemple, et s'instruisant àleurs réponses plus qu'il ne les instruisait par ses questions,: quel spectacle! Je le dis avec une conviction projfonde : Dieu est là. Il n'y a que Celui qui a fait le soleil qui a pu donner à rSvangile toutes les propriétés de sa lumière : lUuminans ormes homines.
ly. C'est que FÉvangile est au plus haut degré ce qu'on appelle un Principe. Il est le Principe par excellence.
Terminons par cet aperçu :
Les hommes ne font pas les principes, ils les reçoiveit et les transmettent. Ils ne les démontrent même pas^ ils les présupposent sur Tautorité du sens commun, et c'est par eux qu'ils démontrent ensuite tout le reste. Aussi les principes sont-ils communs à tout le monde, comme tout ce qui vient directement de Dieu. Les principes n'ont d'autre instituteur que Dieu. C'est la vérité en substance directement communiquée à la raison humaine par son Auteur, la lumière qui éclaire tout homme venant en t» monde. Celte lumière n'a été allumée qu'une fois au commencement, dans une proportion déterminée, et qui ^st égale pour tous. La différence de lumières entre les incUvidiis et entre les peuples ne vjent ensuite que de la dii^ fèreneede fidélité à conserver cette Lumièr^-Principe^à en déduire les conséquences, à en faire l'applicatioa. Mais en elle-même, je le répète, la somme des prôD^es qui constituent cette lumière naturelle ne saurait a«i|^
menter que par nne action pareille à celle qni en a doté une première fois la raison, par une révélation. Toutes les intelligences humaines réunies ne pourraient introduire dans le monde un principe de plus que ceux qui y sont en circulation.
D'autre part, Tesprit humain, qui ne peut se donner à lui-môme de nouveaux principes, peut perdre ceux qu'il a reçus de son Auteur ; il peut les fausser, les renverser; et lorsque cet appauvrissement, ce renversement a été progressif, qu'il est devenu général et en quelque sorte naturel, comme il l'était dans le dernier âge du monde païen, il n'y a encore que la môme main qui les a une première fois institués dans la raison qui peut les rétablir.
Enfin , comme la môme cause corruptrice et dissolvante, qui a une première fois obscurci et renversé la lumière des principes, continue à agir, et doit naturellement amener la 'môme déperdition, la môme subversion, il est clair qu'il n'y a encore que l'Auteur des principes qui, après les avoir rétablis, les avoir accrus, peut les maintenir inviolablement au sein de notre nature, par elle-même impuissante à les conserver, et qui tend incessamment à les pervertir.
Or, tels sont les trois caractères de l'action de Jésus- Christ et de son Évangile dans le monde.
1® Il a rétabli dans leur splendeur primitive les principes de la raison et de la morale naturelles ; il les a repris en sous-œuvre à une époque où ils étaient tellement obscurcis, tellement renversés, que ce rétablissement fut réputé folie et crime de lèse-genre humain^ comme di tTacite : Odio humant generisconvictisunt. {AnnaL^ lib. XV, c. 44.)
às^" Il a étendu, il a porté plus haut, il a augmenté la lumière naturelle de la raison par des principes nou-^
FRUITS DU CnRISTlAlflSME. 484
veaux et supérieurs à ceux qu'il rétablissait, selon qu'il l'a dit lui-même : Non vent solvere legetn^ sed adimpiere^; c'est-à-dire qu'il a fait doublement et d'un seul coup ce qu'évidemment les hommes ne pouvaient pas faire, et ce qui n'avait été fait qu'une fois au commencement par le Créateur, et avec une telle identité que les principes évangéliques sont devenus communs, vulgaires, naturels, comme ceux de la première révélation, sans que nous puissions les en démêler; à ce point que ceux-mémes qui combattent le fait de la révélation évangélique en retiennent les lumières, en vivent, et n'ont pas autre chose à lui opposer que ces lumières mêmes, qui ne viennent que de lui.
3* Enfin, il a stabilisé ce corps de principes, rétablis et coniplétés, sur une assiette fixe et désormais immuable; de manière qu'il ne peut plus être, comme auparavant, altéré ni renversé. Il en a fait quelque chose de vivant et d'animé d'une vie propre et personnelle, qui se conserve, qui se défend, qui se propage, qui envahit tout ce qui s'oppose à son extension : un phénomène visiblement surnaturel dans l'ordre mqral et même dans sa constitution sensible, qui est l'Église. La lumière naturelle avait été en s'afiFaiblissant : la lumière évangélique a été en s'épanouissant. Le monde avait défiguré la vérité primitive: la vérité évangélique s'est transfiguré le monde ; et par ce dernier effet, comme par les deux autres, son auteur, Jésus-Christ, a magnifiquement justifié ce qu'il a dit de
1. La Religion naturelle, a très-bien dit Voltaire, est U commence' ment du Christianisme, et le Christianisme est la toi naturelle perfectionnée; mais il faut dire aussi que cette Religion naturelle, commencement du Christianisme, était comme détruite quand le Christianisme Tint la perfectionner ; et qu'ainsi il la rétablit et la perfectionna ea même temps, comme il la maintient depuis.
IniiJe mis te Vérité et la Vieijemi» la Lamière dummde ;> suis le PamciFfi^.
Siii.
rraitt tlti ClïriBti&iilsine danb l'brdrô social.
fei la vérité dix Chrislianisme est éprouvée par les fruits directs de sa doctrine et de sa morale dans leur rapport avec le monde supérieur, elle Test davantage encore, selon nous, par ses résultats indirects dans Tordre temporel et sensible.
Comme il ne peut être vrai sans être la Vérité à sa plus haute puissance, tout doit se ressentir de son influence.
Cependant il faut faire une distinction très-importante.
Le but direct du. Christianisme est de sanctifier Thomme par le secours dp la grâce, de le sauver du mal> et de le faire arriver au Royaume céleste. Ce but regarde chaque homme pris en particulier. C'est une action immédiate et privée qui se renferme dans les âmes pour y opérer, par le concours de la volonté, Tceuvre de leur sanctification individuelle, à travers tous les obstacles extérieurs, et sans avoijr aucun égard aux circonstances temporelles de Thumanité. En ce sens le Christianisme a porté son fruit dès le premier jour, et n'a fait, depuis lors, que le reproduire. en vue seule de réternité. Du reste, il s'accommode de tout, môme d'un Caligula et d'un Néron; il rend à César ce qui est à César, et son Royaume n'est pas de ce mo idë.
i-J!îf!'J^^' ^ ^ proposant d'abord ce but direct» le 2^»iîatiisme â dû ^gii- fhdirècteihent él ^at tMè tfè m- •ôquewe sur rétat temporel, collectif et sensiWe de