‹ Études philosophiques sur le christianismeChapitre 154 sur 168 · Joan., Viii · texte numérisé non relu

Joan., Viii

FRUITS DU CHRI8TUNISMB. 483

rhumanité , d'une action lente > progressiveii et indéfiniment civilisatrice , qui est celle que bûUs di^vons eta* miner.

Il est impossible qu'il en soit autrement : c*cst Teffet de toute doctrine qui a quelqte pbissaHoé, d'agir plus ou moins de haut en bas, du particulier aU collectif; et c'est en raison do la bonté et de l'étendue dé cet effet ([}u'on peut juger de la vérité de la doctrine^ Les sociétés et la grande société des hommes ont une existence collèttiVe, propre et distincte, qui n'est p£» un« vaine abstraicttôh, comme quelques-uns l'ont prétendu. Cette exisCfence é'exprime et s'entretient par ce que Aotis «ippëlons les liens sociaux, tout ce par quoi nous vivons en coihmtn : les lois, les coutumes, les institutions^ lesihœurs, l'^illioii. Chacun de nous a bien sans douté sa libertés et les mdUvements de cette liberté «mènent «ne grande diverâité d'idées, de mœurs et d'actions, è U surface des dioseé, comme des passagers sur te pont d'uti vaisseàQ "s'y iUeU- YCfnt dans tous les sens : mais cependMl le vaisseau marche dans un sens ou dans un autre, et ce motiveîtrèiit, quel qu'il soit> emporta tous les passagers. Le ïniliéu dans lequel nous naissons agit ainsi sur iiots» et là s&>* ciété sur ses membres* Mais., par cbnlre^ les fuètnbres doivent agir sur la société, si, par événetiefnt, ils vien^ nent à s'inspirer d'un Principe supéfielir i celai qui là fait mouvoir. Alors, mais alors seulemèût , II sera tr&f de dire, avec M. Guizot, que c'est Thomibe lui-diéi»e qui fait le monde; que c'est en raison des idées, des sentiments, des dispositions morales de l'htnnthe, que lé monde se régie ot marche. Ce qui 8iip{)dse {À^alablMàfètft

. I. t6lrtWlB, m eiSit &>kVaU i^aisMi Âàlàl lê^ kôci^tès antiques, du moins très^peu : nous alload'en domnr la rlàsoÀ dfefiâ ttlk itistatit.

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dans rhonime, je le répète, la liberté de s'inspirer moralement d'nn Principe distinct, et supérieur à la sodèté.

I. Or, avant d'examiner les résultats que le Christianisme a opérés dans Tordre social , nous devons faire remarquer, dans le moyen même dont il s'est servi , un premier résultat bien précieux, car il est comme le levier de la civilisation moderne : je veux parler de ce principe d'action des individus sur la société, que les sociétés antiques ne connaissaient pas.

Chez les peuples païens la société était tout, les individus rien. Ceux-ci étaient entièrement absorbés dans celle-là. Cette divinité qu'on appelait la Pairie ne permettait à ses enfants de respirer que pour elle; elle leur inspirait toutes ses haines, toutes ses passions, tous ses préjugés ; sa puissance ne se composait que de leur anéantissement personnel, et sa liberté que de leur servitude. Il n'y avait pas même de refuge pour eux dans cet autre monde des âmes qui s'ouvre en espérance aux gémissements des opprimés, et reçoit leurs plaintes en attendant qu'il venge leurs griefs. Les dieux étaient complices de la société dans sa tyrannie, ou plutôt n'étaient que cette société elle-même divinisée, et pesant de tout le poids de l'Olympe sur la terre. Minerve, Vénus ou Jupiter, c'était la Grèce, c'était l'Asie, c'était Rome personnifiées; et pour que l'identification de la puissance temporelle et spirituelle fût plus complète , les souverains de la terre partageaient à leur tour les droits et les honneurs de la Divinité : l'anthropomorphisme et l'apothéose se donnaient la main. Achevons de rendre la vérité de cet état par cette dernière observation , que ce qui existait en grand se reproduisait en particulier : ce que le citoyen

était à la patrie, les enfants et la femme Tétaient au père et au mari, Tesclaye Tétait au maître; tout ce qui était faible Tétait à ce qui était fort : dévoué fatalement à une volonté supérieure, et ne s'appartenant en rien. Et ce quil y a de remarquable, c'est que cette compression s'exerçait à l'inverse du nombre : c'était comme une pyramide de servitudes, dont la liberté publique occupait le sommet.

Cette organisation si homogène et si concentrée, où les individus n'étaient que les molécules d'un tout compacte^ devait opérer des résultats prodigieux de force et de grandeur matérielles. Il faut même dire que, à Tapogée de son action, à ce point héroïque que présentèrent les républiques de TAntiquité, il y eut une grandeur morale véritable dans cette identification suprême des volontés privées avec la volonté publique, cette grandeur qui s'attache toujours à Tidée de sacrifice quand la volonté Taccepte et va au-devant : tel fut le temps des Miltiade pour Athènes , des Léonidas pour Sparte , des Régulus pour Rome.

Mais ce temps fut court, comparé à la longue vie des sociétés modernes, acheté par des sacrifices énormes, et suivi d'une irrémédiable corruption. La valeur individuelle, la liberté propre de l'homme, ayant été abîmées dans la qualité de citoyen, quand celle-ci , par son extension même, venait à disparaître, il ne restait plus que des esclaves. Tous les droits et tous les sentiments de la nature étant froissés, mutilés, violés, dans ces constitutions impitoyables qui ont fait dire au grand Corneille :

Je rends grâces aux Dieux de n'être pas Romain, Pour conserver encor quelque chose d'humain,

un état si faux et si violent ne pouvait pas longtemps

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darer; et, ponrpcu qu'il faibKt, il dCTait bientôt tomber. Aucun contre-poid» ne le préserrait de ses propres excès» aocnn élément ^tal et réparateur ne pouvait le transformer et le faire revivre. Il y a même cela de singulier que ce qui fait vivre nos sociétés modernes, ce qui les fait grandir, la justice naturelle, la mutuelle assistance, la répartition des biens et de» charges, la liberté individuelle, le progrès dans la vérité, etc., étaient des pnncipes de mort pour les sociétés antiques et devaient nécessairement en sunener la dissolution» puisque ces sociétés n'étaient autre chose que la violation organisée de tous ces grands principes \ Ceux-ci, il est vrai, par cette violalion même, avaient comme disparu de la conscience du genre humain; mais ce qui en restait instinctivement était suflSsant pour dissoudre la société sans l'être assez pour la régénérer; et alors on dev^t arriver à cet état indéQnissable de corruption que présentait le monde païen dans les derniers temps^, où il a y avait plus ni soumission ni liberté, mai&, en toute choses servitude et licence.

Le Christianisme vint. Il n'adressa aucun mot directement réformateur à la société temporelle de l'humanité. Il prit le monde social tx)mme il était, et déclara ne pas s'en mêler : M&n Royaume n'est pas de ce monde^ dit-il. Il sanctionna même les Puissances par égard pour le prindpe d'ordre qui s'y trouvait contenu, et prescrivit de rendre à César ce qui est à César, ne demafl* dant pour Dieu que ce qui est à Dieu, c'est-à-dire la sanc-

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