‹ Études philosophiques sur le christianismeChapitre 155 sur 168 · Cela · texte numérisé non relu

Cela

iemi^adT^^^^ e arbisirict, on Voit là consUUiUon

piug prorond anéaniuwement de la conaiituUon.

FRUITS DU CflUiSTIANISME. ^7

tîficfttioti des ftme^ par Tobservance de sa loi de vérité.

Ce serait faire preuve d'une bifen courte vue, cependant , de ne voir dans cette rësérVe rien de nouveau potkr le monde temporel , et de l'opposer, ainsi qu'on n'a cessé de le faire, au Christianisme, comme une limite distinctive de sa puissancei au delà de laquelle il n'a plus d'action. Tant s'en faut; car c'est danà cette distinction que se trouve toute la puissance du Christianisme, je ne dis pas seulement pour la conduite des âmes vehà Dieu, mais, par celÀm^e, pour la dinectiob supérieure dés choies humaines.

Quoi de plus nouveau en effet, lorsque le Ghristianisflke parut «, çt*un jRoyoume qui n était pas de ce monde ^ qui appelait vers lui toutes les plaintes, toutes les souin^ancés, toutes les détresses de l'humanité, et qui lançait des malédictions formidables contre les richesses, l'inju&ticc, la Volupté, la violence ? Quoi de plus nouveau que de distinguer Dieu de César, de limiter ce qu'on doit i^Udre à tclui-ci pair ce qu'on doit rendre à celui-là, et, dans le conflit dés deux obligation^, des deux royaumes, de dé^crétèr que c'est celui de Dieu qui doit prévaloir? Jusqûélà, comme noils l'avons dit, la société civile cumulait tous les pouvoirs; elle prenait l'homme dans «on bferteau, et, s'arrogèant stat* lui uh droit absolu de vie et de mort au physique et ail moral, elle lui dirait : a Tu ne vivras, tu ne penseras, tu ne sentiras que par moi; tes flieùx seront m^ dieux; la nUiare même n'aura en toi d'înspirktions que celles que je lui permeltràî; et, dans iâ, lutte qui pourrait s'élever entre elles et mes institii^ tions, ce sont celles-ci qui devront l'emporter. » Le Christianisme venait poser en face de ce pouvoir un autre pouvoir totalement distinct, qui consacrait et raffemit-

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sait le pouvoir civil, mais aussi qui permettait et qui prescrivait même de lui désobéir dans tout ce qui était directement contraire à la loi céleste. Sans doute ce pouvoir spirituel était bien en principe dans la conscience humaine , et celle-ci avait dû de tout temps désobéir à rinjonction d'un méfait^; mais jamais il n'avait reçu une expression aussi distincte, aussi explicite, aussi formelle; jamais les deux mondes n'avaient été aussi nettement dégagés qu'ils le devinrent par la révélation que Jésus- Christ vint nous faire de celui de Dieu, de sa loi sainte, des intérêts éternels attachés à l'observance de cette loi, des motifs et des moyens de nous y conformer ; et par l'établissement qu'il laissa sur la terre d'une Institution chargée de le représenter jusqu'à la fin des temps.

A partir de ce moment, l'homme ne fut plus seulement Grec, Romain ou Germain ; il put être Chrétien, Catholique, citoyen du Royaume de Jésus-Christ et enfant de son Église, quelque part qu'il fût, et trouver, dans sa soumission aux devoirs de cette qualité, la plus belle de toutes les libertés, le plus précieux de tous les droits : la liberté de ne pas faire le mal , le droit d'opérer le bien, non pas dans le sens relatif et intéressé d'un pays et d'un siècle , mais dans le sens philosophique et divin, c'est-àiire absolu, du mot; la liberté et le droit de posséder son ftme devant les hommes, et , à travers tous les rapports et tous les assujettissements de sa condition sociale sur la terre, de respirer et de converser dans le Ciel. C'est cette liberté de l'esprit et de la conscience pour laquelle, disait TertuUien, nous avons appris à mourir; cette

1. C'est ce que Sophocle avait mit en action dans sa beUe trsgédie d*Antig<me,

liberté qui lui faisait dire encore cette flère parole : L homme est de Dieu seul.

Il serait aisé de faire voir que c'est de cette première liberté religieuse que sont sorties toutes les autres libertés civiles, politiques, et sociales, qui ont été en se déployant jusqu'à nos jours, et dont le plein accord n'aura lieu que lorqu'elles seront retrempées dans leur principe'. Mais ce n'est pas un chapitre, ce sont des volumes qu'il faudrait consacrer à tous ces aperçus, sur lesquels nous ne pouvons que passer.

Toujours est-il que, par l'établissement de son pouvoir spirituel, le Christianisme a relevé l'homme de son assujettissement absolu au pouvoir temporel; que, par la distinction du premier de ces pouvoirs, il lui a donné une valeur individuelle de liberté en face du second, et, par là, un principe d'action sur la société, profitable à celle-ci même, parce qu'il la contre-balance dans ses excès, qu'il la relève de ses chutes, qu'il la régénère dans sa corruption, qu'il la stimule et la fait progresser dans sa durée.

1 . « En soutenant Tindépendanco du monde intellecluel en gênéd rai dans son ensemble, rÉglise, dit M. Guizot, a préparé Tindépen- « dance du monde intellectuel individuel, rindépendaoce de la pen- « sée. L'Église disait que le système des croyances religieuses ne poua vait tomber sous le joug de la force : chaque individu a été amené a à tenir pour son propre compte le langage de l'Ëglise. Le principe a du libre examen, de la liberté de pensée individuelle, est exacte- « ment le même que celui de l'indépendance de Tautorité spirituelle « générale à Tégard du pouvoir temporel. — La séparation du spi- « rituel et du temporel a donc été la source de la liberté de conscience « la plus rigoureuse et la plus étendue. Le grand principe de cette a liberté pour lequel l'Europe à tant combattu, tant souffert, qui a (c prévalu si tard, et souvent contre le gré du clergé, ce principe était a déposé, sous le nom de séparation du spirituel et du temporel, dans « le berceau de la civilisation européenne ; et c'est l'Église chrétienne c qui, par une nécessité de sa situation, l'y a introduit et maintenu. » [Histoire de la civilisation en Europe , édit. Gharp., p. 145 et 64.)

4M CHAPITRE vn.

Depuis ton on vil ee qu'on n*ayait jamais vu : dds apôtres, des martyrs, des anachorètes, des confesseurs, des saints de tout ordre, des instituts de toute nature, se rattachant tous au siège d'un pouvoir spirituel, distinct de tous \e^ pouvoirs; exprimant la perfection évangélique dans ses diverses applications aux besoins des temps, s'inspirant d'un principe supérieur à leurs vicissitudes ; maintenant la lumière de la vérité dans les ténèbres de rignorance ou de Terreur, la règle inflexible du devoir dans la licence ; opposant toutes les vertus à tous les vices; protestant éternellement par la sainteté contre la corruption; et, alors même que le monde les persécutait, forçant le monde à s'accuser lui-même, et à revenir à leur suite dans la voie de la vérité.

Le monde a crié dès le principe contre cette puissance incorruptible et sanctifiante, et Ta appelée Vennemie du genre humain ; de tout temps il y a eu et il y aura lutte eqtre le spirituel et le temporel, entre la fbt et la raison, entre le sacerdoce et le pouvoir; mais, vue en grand, c'est à cette lutte que le monde doit son salut et sa civilisation, parce que c'est par elle que la yé^ité a été ^prouvée et manifestée, qu'elle a conservé sa distinction et son iqdépeadaDicç, nëce$$aire à so^ action sur la société, (iopt la corruption l'aurait fait dégénérer, si elle s'y fût confondue.

Tel est le grand moyen de civilisation que le Christianisme a apporté aux sociétés humaines, et par lequel il les a successivement réformées dans le sens absola de la vérité eu tputes chpseç, uiéuie temporelles et sçusibles.

C'est à ce moyen que les sociétés chrétiennes doivent ces longues existences toujours actives, cette éternelle nnccQ^ et après tant de siècles celte plénitude de vid

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