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STABILITÉ DU GHRISTIANISHB. 533
Tant qu'elle peut espérer de la réflexion ou du repentir, elle ménage, elle supplie; mais dès que robstination se montre, elle rompt, et cette rupture est toujours fatale à ses ennemis, elle seule se trouve, en définitive, avoir conservé la vie. Du reste, elle attend, parce qu'elle a le temps.
Ainsi, toujours subsister dans un monde où tout se succède, quoique au sein d'une agitation dévorante, quoique prenant toujours une part active à cette agitation,' quoique toujours combattue, quoique toujours inflexible : où est le prodige, où est la marque assurée de la vérité, si ce n'est là? Quoi! une Religion vous donne pour gage de sa vérité un tel prodige, et vous doutez!
Eh bien! ce n'est pas tout : voici le comble; après quoi l'incrédulité ne se comprend plus.
Ce prodige qui confond, qui est au-dessus de la nature des choses humaines, et qui par conséquent était hors de toute prévision, avant qu'il commençât à se réaliser, alors que rien ne pouvait le faire augurer, que tout ce qui existait lui était essentiellement antipathique, dans des circonstances personnelles qui en étaient le néant, ce prodige a été prédit par Jésus-Christ, et il n'est que l'accomplissement ponctuel de sa promesse.
Le fait est des plus certains, des plus clairs; il n'y a pas ici la moindre incertitude dans l'antériorité de la prédiction, la moindre équivoque dans le sens et la por-«^ tée des termes; tout est authentique et littéral : c'est en traits de lumière que sont gravées ces mémorables paroles :
Tu ES Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Ëguse, et les portes de l'enfer ne prévaudront jamais
CONTRE ELLE... TOUTB PUISSANCE m'A ÉTÉ DONNÉE AU CIE»
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ET SUR LA TERRE. GOMMB MON PÈRE vCa ENTOt£, 1E V0T3S ENVOIE AUSSI DE MÊME. AlLEZ DONC, INSTRUISEZ TOUTES LES HATIONSy ET COMPTEZ QUE JE SUIS AVEC TOUS TOUS LES JOURS JUSQU*A LA FIN DU MONDE.
Il n'y a rien à ajouter ni à retrancher à ces paroles pour les faire cadrer avec révénement; elles en ont toute la grandeur, toute la plénitude, toute la portée. Si elles n'avaient pas été dites, et qu'àTheure qu'il est, ou l'événement a atteint un si prodigieux développement, on voulût les faire exprès pour les y adapter, elles ne seraient pas autres. Elles sont tellement directes et précises, en un mot, que si cet événement ne s'était pas réalisé comme il Ta été, comme il continue de Tétre, la fausseté de la Religion était manifeste.
C'est donc sa vérité qui Test. Comme Jésus-Christ s'est engagé envers nous ijar sa promesse, nous sommes engagés envers lui par l'événement. Ces deux choses sont synallagmatiques. Il n'y à que celui qui a fait l'une qui fait l'autre, et celui-là, prévoyant, dominant ainsi l'avenir, ne peut être que Dieu.
Par là Jésus-Christ a perpétué et universalisé sa divinité parmi les hommes; et cette économie est admirable. Il a vécu trente ans sous la forme humaine dans la seule Judée, et puis il a disparu. Mais quoi! est-ce là tout le rôle d'un Dieu, d'un Dieu venu pour sauver le genre humain? Et comment les siècles futurs sauront-ils qu'il est venu dans les caractères démonstratifs de sa divinité, et pourront-ils profiter de sa venue? comment le genre humain pourra-t-il communiquer avec son Sauveur? La foi devra aller en s'affaiblissant avec l'impression temporelle et locale de cette iiUerventioii passagère... Attendez: voici l'expédient d'un Dieu ; il fait une Eglise» il la doue
d'universalité et de perpétuité, et il s'y joint comme il s'était joint à une personne humaine.
Par là il se met en contact avec les hommes dans la généralité des temps et des lieux. Il fait qu'entre eux et Lui il n'y a plus de temps, il n'y a plus de lieux. Qu'estce qui fait les lieux en effet, si ce n'est la division; qu'estce qui fait les temps, si ce n'est la succession des choses? il ji'y a de temps que pour ce qui passe ; il n'y a de distance que pour ce qui se divise. Là où il n'y a qu'un fait unique, universel et continu, il n'y a qu'un temps, il n'y a qu'un lieu. Les dix-huit siècles passés ne sont dix-huit siècles que pour les événements qui en ont marqué le cours par leur chute, mais non pour l'Église, qui est un seul et mômaévénement toujours et universellement présent, aujourd'hui comme sous Charlemagne, comme sous Constantin, comme sous Néron, comme à partir de Jésus- Christ, lorsqu'il dit à cette Église : Je suis avec vous tous les jours jusquà la fin du monde. Il y est en effet, il n'a pas cessé d'y être depuis ce moment; et en communiquant avec l'Église nous communiquons avec Jésus-Christ aussi directement que les Apôtres à qui il dit ces paroles.
£t, chose profondément admirable! plus nous nous éloignons de ce moment, plus cette communication, qui devrait dans l'ordre naturel des choses s'affaiblir, s'augmente en un sens de la part de Jésus-Christ par rapport à nous. Comment? parce que le prodige de la perpétuité de l'Église s'accroît par la durée, et révèle de plus en plus en elle la présence de Jésus-Christ; c'est un argument que chaque année, que chaque heure fortifie. La manifestation de Jésus-Christ grandit tous les jours par ce moyen avec le prodige de la perpétuité de l'Église ; il en sort, il s'en dégage; tous les accidents humains qui le
cachaient tombent Tun après Tautre comme des voiles, et à la fin il ne restera plus que Lui ; Lui, non pas plus réellement, mais plus manifestement.
Les Apôtres avaient sans doute de la divinité de Jésus- Christ des preuves bien directes : ses miracles, et surtout sa Résurrection et son Ascension. C'est entre ces deux derniers grands miracles que Jésus-Christ plaça la fondation de rÉglise, et la promesse de sa perpétuité surnaturelle. Il ne fallait rien de moins pour faire croire les Apôtres à celle-ci, tant tout dans le monde, à commencer par eux, s'y montrait contraire. Eux, ignorants, grossiers, faibles, abandonnés de la présence visible de Jésus-Christ, qui jusque-là ne leur avait pas même suffi, convertir le monde entier! faire ce que Jésus-Christ lui-même n'avait pas fait ! se soutenir et se perpétuer dans cette entreprise jusqu'à la fin des temps ! Quelle épreuve pour leur foi ! mais aussi quelles preuves que les miracles de la Résurrection et del'Ascension !, — Eh bien ! pour nous c'est l'inverse. Ce qui était preuve pour les Apôtres, la personnalité glorieuse de Jésus-Christ, est devenu épreuve, à mesure que le temps en affaiblit l'impression et en recule le plan historique ; mais aussi ce qui était épreuve pour eux, la conversion de l'univers et la perpétuité de l'Église, devient dans la môme proportion preuve pour nous : ils avaient les œuvres surhumaines du Législateur; nous avons les effets divins de la Législation : et ainsi nous avons tous des mérites et des gages égaux, quoique divers, de la môme foi.
Écoutons saint Augustin expliquant à son peuple cette riche économie ; c'est un beau morceau :
« Jésus se tenait au milieu de ses disciples, » dit-il aux fidèles rassemblés le jour de la fêle de l'Ascension ; « les
« disciples virent cela ; ils le virent souffrir ; ils le virent « attaché à la croix ; et puis ensuite ils le virent présent « et vivant après sa résurrection. Qu'est-ce qu'ils ne vi- « rent donc pas? le corps, c'est-à-dire, l'Église. Ils virent « tout le reste ; mais pour le corps, ils ne le virent point. « Ils virent l'époux, mais l'épouse était encore cachée, ft Et pourtant il la leur avait aussi annoncée d'avance ; « car il a été écrit : C'est ainsi que le Seigneur devait souf- « frir^ et le troisième jour ressusciter d'entre les morts. C'est « là l'époux. Et que dit-il de l'épouse? Et en son nom la « pénitence et la rémission des péchés seront prêchées par « toutes les nations, à commencer par Jérusalem, C'est ce « que les Apôtres ne virent pas encore. Ils ne virent point « l'Église répandue par toutes les nations, à commencer « par Jérusalem. Ils virent la tôte, et par la tête ils cru- « rent au corps : par ce qu'ils voyaient ils crurent à ce « qu'ils ne voyaient pas. Nous sommes comme eux ; nous « voyons quelque chose qu'ils ne voyaient pas. Qu'est-ce « que nous voyons qu'ils ne voyaient pas? L'Église ré- « pandue dans toutes les nations. Qu'est-ce que nous ne « voyons pas et qu'ils ont vu? Jésus-Christ sous la forme « humaine. Or, de môme que ceux-là en voyant cela cru- « rent au corps, c'est-à-dire, à l'Église ; de môme nous « qui voyons le corps nous croyons à la tôte. Puisse aussi « ce que nous croyons nous soutenir mutuellement dans « la foi ! La vue de Jésus-Christ les soutenait, et les fai- « sait cnoire à l'Église qui devait se former dans l'avenir. « Que la vue de l'Église nous soutienne aussi, pour nous « faire, croire en Jésus-Christ ressuscité. Leur foi a été « accomplie; la nôtre le sera de môme. Leur foi à l'Église « a été vérifiée ; la nôtre en Jésus-Christ se vérifiera « aussi. Jésus-Christ tout entier leur était connu comme
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« à nous ; mais ils ne Tont pas vu toat entier, pas plus « que nous ne le voyons tout entier. Ils ont vu la tête et tt ont cru au corps ; nous voyons le corps et nous croyons tt à la tête ^ »
Il y a plus de quatorze siècles que ces paroles ont été prononcées. Combien depuis lors le corps de Jésus-Christ,' qui est l'Église, a-t-il grandi ! Si saint Augustin voyait ce* que les Apôtres n'avaient pas vu, nous pouvons dire aussi' que nous voyons ce que saint Augustin lui-môme n'avait pas vu à son tour. Que voyons-nous qu'il n'avait pas vu? La perpétuité de l'Église, dont il n'avait vu que l'universalité, et dont les Apôtres n'avaient vu ni la perpétuité ni l'universalité, mais le Chef seulement. Et de môme que les Apôtres, sur la foi du Chef, ont cru à l'universalité et à la perpétuité ; de môme que saint Augustin, sur la foi de l'universalité, a cru au Chef; de môme nous, et à plus forte raison, sur la foi de la perpétuité et de Tuniversalité, nous devons croire à Jésus-Christ et à son Église.
La perpétuité de l'Église est donc et deviendra de plus en plus la preuve sensible de la divinité du Christianisme pour les générations qui se succèdent. Elle est en ce moment-ci surtout la grande preuve du jour, parce qu'elle est rendue plus prodigieuse par l'épreuve extraordinaire qu'elle traverse, et par ce grand contraste que fait sa survivance avec le fracas de nos révolutions.
Les ennemis du Christianisme sentent bien que c'est là son côté fort, son vrai miracle; aussi s'évertuent-ils à l'amoindrir et à le dissimuler. Us ne peuvent faire que rJÈglise ne vive, qu'elle ne vive depuis dix-neuf cents ans, qu'elle ne survive miraculeusement à l'assaut le plus furieux qui lui ait jamais été livré. Mais voici comment