‹ Études philosophiques sur le christianismeChapitre 160 sur 168 · Sermo IV, in feito ÀscensioniSm · texte numérisé non relu

Sermo IV, in feito ÀscensioniSm

ils éludent le prodige : ils commencent par prononcer qu'elle va mourir,,,; puis de cette facile assertion ils font, par supposition, une réalité, en prenant les devants, et se' transportant en imagination dans ce temps supposé où elle ne sera plus...; et puis ils jouent à ses funérailles, comme si ce temps existait déjà... Ils lui creusent, depuis deux mille ans, une fosse, qui à chaque instant devient la leur, et où elle-même les enterre. Quelle puérilité!!! Il nous semble voir ces insectes des bords de THypanis qui vivent un jour, suivant Aristole, et qui, mesurant Funî* vers à leur courte durée, s'annoncent entre eux, vers cinq heures du soir, que très-certainement la nature doit finir en peu de temps, et que ce monde va disparaître en moins d'une centaine de minutes.

Voulez-vous un mot qui les confonde et vous rassure?

« Maintenant, a écrit une plume illustre, ils voient « l'Église et ils disent : Elle va mourir^ et bientôt son nom « va disparaître; il n'y aura bientôt plus de chrétiens; ih « ont fait leur temps. Et pendant qu'ils disent cela, je les « vois mourir tous les jours ; et cependant l'Église de- « meure toujours debout, annonçant la puissance de Dieiï « à toutes les générations qui se succèdent. »

Ces magnifiques paroles ont été dites il y a quatorze cents ans : elles sont de saint Augustin ^.

Ainsi, il jf a au moins quatorze cents ans que TÉglisê va mourir; et comme les choses se continuent et que l'Église va toujours mourir^ il faut en conclure qu'elle rie mourra jamais.

i . Enarp. in ps, ixx, — « Qu'on vienne encore nous dire : « Getto « Église a vécu assez longtemps, eUe est passée. » 0 parole impie i « Elle n'existe plus, parce que vous vous en êtes séparé? Prenez gardo « que vous allez passer tout & Theure, et qu'elle subsistera tQtUp^rs e( « sans vous. 9 (/^icf., CI.)

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Sans cloute cela est vrai : TÉglise va toujours mourir; et c'est là ce qui fait de sa perpétuité un prodige à la plus haute puissance. Dieu a permis qu'elle fût toujours humainement en péril, pour mieux faire voir qu'elle est toujours divinement assistée. Aussi son histoire, depuis le Calvaire jusqu à Gaëte, jusqu'à Mentana, n'est-elle qu'une succession de crises désespérées qui lui font retrouver le principe de la vie dans ses extrémités, et qui la retrempent dans l'outrage et dans le sang. Elle va mourir, dites-vous: donc elle va vivre; donc elle va enfanter. Elle est morte : donc elle va ressusciter glorieuse. L'Église n'a pas à redouter le tombeau : elle y est née. Sa devise sera toujours CjBlle de l'Apôtre : Cum infitmior^ tune potenssum. Ce n'est pas au nom de la foi seulement que je parle ainsi, c'est au nom de l'histoire : nous l'avons vu.

Le prodige a pris un tel accroissement jusqu'à nos jours, qu'on peut dire qu'il est passé à l'état de ioù Le fait historique de la perpétuité de l'Église depuis dixneuf cents ans, considéré dans tous ses caractères et dans les événements qui le constituent, est tel, comme l'a très- bien établi M. Macauley, qu'on ne peut plus concevoir comment il pourrait cesser. Si l'Église avait dû périr, elle aurait déjà péri cent fois; et il ne peut rien lui arriver, ni des hommes, ni des choses, ni du temps, qu'elle n'ait déjà traversé. Le passé lui répond de l'avenir.

Elle sera donc toujours, comme elle a toujours été; toujours après, comme toujours avant; dans le peuple chrétien jusqu'à la fin du monde, comme dans le peuple juif jusqu'à son commencement; dans la série des Papes en remontant jusqu'aux Apôtres, comme dans la série 4es Prophètes en remontant jusqu'aux Patriarches : s'ap-

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puyant des deux parts, et venant se relier à sa pierre angulaire et son chef, Jésus-Christ.

C'est avec cette suite infinie et cette assiette imposante que se déploie à nos yeux Tédifice auguste du Christianisme, participant de Téternité dans le temps, et formant comme Tisthme de la vérité dans Tocéan des âges.

C'est là vraiment l'œuvre de Dieu, et sa merveille aux regards des hommes.

Sa main seule a pu lui donner cette portée et cette stabilité.

Le patriarche de Tincrédulité lui-même, Voltaire, en a été subjugué :

tf Le judaïsme, a-t-il dit, le sabéisme, la religion de « Zoroastre, rampent dans la poussière. Le culte de Tyr « et de Garthage est tombé avec ces puissantes villes. La « religion des Miltiade et des Périclës, celle de Paul- « Emile et de Caton, ne sont plus : celle d'Odin est t anéantie ; la langue même d'Osiris, devenue celle des « Ptolémées, est ignorée de leurs descendants; le théisme c( pur n'a jamais existé. Le Christianisme seul est resté « debout parmi tant de vicissitudes et dans le fracas de a tant de ruines, immuable conmie le Dieu qui en est « l'auteur.

« La vérité reste pour l'éternité, et les fantômes d^opic nions passent comme des rêves de malades.

« La Religion subsiste depuis six mille ans, de l'aveu « de tous, et les sectes sont d'*>ier. Je suis forcé de croire c et d* admirer >)^

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