IV
Réduits ici-bas à quelques flottants débris de yérité, restes d*aa grand naufrage, le mystère de notre destinée nous entoure de toute part comme un yaste Océan. De quelque côté que nous nous tournions, quoi que nous fassions, nous le retrouvons toujours sans fonds ni rives, nous attendant de moment en moment à y être engloutis. G'es^ là une condition bien misérable sans doute, et Forgueil ne serait pas ici de mise. Mais, d*autre part, rincurie et le scepticisme ne sont pas faits non plus pour notre àme, Caite elle-même pour le bonheur et pour la Téritéi. A moins que de fermer les yeux, de s'interdire la réflexion, jd'abdiquer la pensée, et de descendre à la vie animale qui ne s'enquiert ni d'où elle vient ni où elle va, parce que ses appétits brutaux la bornent au présent, il hnt savoir sentir cette grande misère, et être travaillé du noble besoin d'y échapper; il faut savoir tenter la navigation de Tintelligence, et, dans une situation si désespérée, ne p^s répudier le secours d'un vaisseau saaveur qui viendrait à nous pour nous recueillir à son \)ord, et nous remporter aux terres natales.
Ce secours existe-t-il réellement? Y a-t-il pour nous un moyen assuré de nous reconnaître et de nous retrouver sur ce vaste abîme; de savoir au juste ce que nous sommes, ce que 'V)us avons été, ce que nous allons de-
tedlt*; ({uels sont nos destins par delà le temps; ce qui se jpàsée derrièl*e la inort, dans cette impénétrable et muelte Éternité qu'elle oiivi-è et ferme à mesure, sails que nous puissions jamais en Surprendre le secret; de connaître le dessous de ce jeu terrible que iious jôtions forcément avec elle, et de nous gouverner dès à présent datis chacune de iibs actions, de nos volontés et de nois pensées, de tiiânière à gagner à coup sûr les biens et à éviter les maux énormes qui s'y trouvent engagés? Y a-t-il, dis-jè, Hjie Religion certaine qui nous instruise et nous assure de toutes ces choses; qui nous relève de nos ruines et liôUs restaure dans notre grandeur; qui soit pour nodis la lurbière dans Tobscurité , la voie menant à la vife parmi les sentiers qui vont à la mort, une main qui 'sauve , et à laquelle nous puissions nous prendre pour îidus redresser? Le Christianisme, en un mot (car aucune autre religion prétendue ne saurait soutenir une telle questidn), est-il la vérité?
j^biil* dés esprits qui se sentent, pour des hommes, quelle question ! ! !
Voici commient rhistorièn thierry raconte qu'un barbare €j riloiitra sensible :
« Un missionnaire catholique, Paulin, ayant kbordé la terre des Saxons pdur y |)orter la lumière de l'Évangile, s'adressa d'abord au roi Edwin qui les commandait alors,' et réussit à le convaincre de la vérité de sa doctrihe. Mais ^eite conversion toute personnelle laissait à l'apôtre une tâche plus difficile, celle de se faire écouter de la natioil, le roi ayant déclaré qu'il laisserait à celles-ci la liberté de sa croyance. Toutefois, Paulin obtint de lui que le grand coaaeil national^ C(09ip<)sé des magistrats, des riches pobsesseurs de terre, des guerriers de haut grade, et des
prêtres des dieux, serait convoqué pour délibérer sur ce ^ grave sujet. Le roi exposa lui-môme le premier, devant " cette assemblée, les motifs de son changement de croyance ; puis, s'adressant à chacun des assistants l'un après l'autre, il demanda ce qu'il leur semblait à tous de cette doctrine nouvelle pour eux. Le chef des prêtres parla le premier, et confessa l'impuissance de ses propres dieux. Un chef des guerriers se leva ensuite, et parla en
ces termes :
« Tu te souviens peut-être, 6 roi, d'une chose qui « arrive parfois dans les jours d'hiver, lorsque tu es assis « à table avec tes capitaines et tes hommes d'armes, « qu'un bon feu est allumé, que ta salle est bien chaude, « mais qu'il pleut, neige et vente au dehors. Vient un « petit oiseau qui traverse la salle à tire-d'aile, entrant « par une porte, sortant par l'autre : l'instant de ce tra- « jet est pour lui plein de douceur, il ne sent ni la pluie « ni l'orage ; mais cet instant est rapide ; l'oiseau a fui « en un clin d'œil, et de l'hiver il repasse dans l'hiver. « Telle me semble la vie des hommes sur cette terre, et a son cours d'un moment, comparé à la longueur du « temps qui la précède et qui la suit. Ce temps est téné- « breuxel incommode pour nous; il nous tourmente par a l'impossibilité de le connaître^ Si donc la nouvelle
1 . Il est carieax de trouver dans ce Saxoa le même tourment dépeint par Pascal pour porter rhomme à Tétude de la foi, et presque dans les mêmes termes : « Quand je considère, a-t-il dit, la peUU « durée de ma vie, absorbée dans Téternité précédant et suivant, le « wlence éternel de ces espaces infinis m^effraye... Comme je ne sais « d où je viens, aussi ie ne sais où je vais; et je sais seulement qu'en H 5I«?'Î'^ ^® °® ^^'^^^ j« ^™*>e pour jamais ou dans le néant ou « condi ion?*'''*. "^'"1 ^**" '^^'^^ »*»» «a^oi^ à laquelle de ces deui FaugèriTlf^^^^^^ «« partagea (Pensées, édit.
« doctrine peut nous en apprendre quelque chose d'un a peu certain, elle mérite que nous la suivions^ »
Cette grande question, dont Timportance était si bien sentie par ce barbare, est celle que nous venons d'agiter dans nos Études, et sur laquelle chacun de ceux qui nous ont suivi peut maintenant se prononcer. Comme le roi Edwin, nous avons exposé nos raisons de croire à la vérité du Christianisme, et de l'embrasser. Nous Tavons fait sans doute avec plus de zèle que d'habileté ; nous sommes loin d'avoir tout dit, d'avoir bien dit, et notre faiblesse a trahi plus d'une fois notre dessein : néanmoins, nous nous en remettons aux impressions que nous avons pu faire, de la conclusion qu'on doit en tirer.
La force de cette conclusion nous parait pouvoir se graduer ainsi :
La vérité du Christianisme est possible;
Elle est probable ;
Elle est certaine ;
Et chacun de ces degrés d'ai&rmation emporte, dans une proportion croissante, la nécessité logique d'embrasser cette sainte Religion.
L Et d'abord, pour sentir cette conclusion à ce simple premier degré, la vérité du Christianisme est possible, il faut nous poser la question contraire : Jésus-Christ est-il un charlatan et un imposteur? Sa doctrine, sa morale, ses promesses, ses menaces, tout cela n'est-il qu'un jeu? Le Christianisme est-il décidément une fausseté? Est-ce clair? est-ce démontré? Faut-il être en repos sur
1 . Histoire de lo conquête de V Angleterre y par Augustin Thierry, I. I, p. 105.
cette conclusion, et ne nous inquiéter pas plus de l'Évangile que de TAlcoran, pas plus de Jésus-Christ que de Jupiter ou de Brahma?...
Après les études que nous venons de faire, qui oserait le dire, s'il n'est fou?
Je suppose qu'il ne soit pas rigoureusement démontré que le Christianisme soit vrai, cela conclut-il a le rejeter? Tant s'en faut! car il n'est pas démontré non plus qu'il soit faux ; et il le faudrait pour ne plus s'en occuper. Le moindre degré de possibilité que Jésus-Christ soit Dieu, c'est-à-dire qu'il soit pour nous la vie ou la mort éternelle, suffit pour nous amener à le suivre, et à éprouver de plus en plus la vérité de sa parole. Car puisqu'il n'y a nul danger à le suivre s'il n'est pas Dieu, et qu ît y en a d'effroyables à ne le suivre pas s'il l'est, cette siipple possibilité qu'il le soit suffit pour convaincre de folie quiconque ne le suit pas, et par une expérience personnelle ne cherche pas à savoir ce qui en est en le suivant.
C'est ce que le pur bon sens suggérait au guerrier saxon dans son sage avis : « Si la nouvelle doctrine peut « nous apprendre de l'autre vie quelque chose d*un peu u certain^ elle mérite que nous la suivions*. »
C'est ce qu'une saine philosophie inspirait aussi à un savant du dernier siècle, qui éprouva l'amitié et Tinimitié de Voltaire, à Maupertuis :
« Il n'est pas nécessaire, disait-il, que la vérité dé la « Religion chrétienne soit démontrée, pour condamner « l'impie, il suffit qu'elle soit possible : le moindre degré « de possibilité rend insensé tout ce qu'on dit contre. « Or, quels sont les esprits assez bornés ou assez faux
I . « Si on nous parle 'de choses divines et célestes, la moindre vrai" « $emblance suffit, n Platon, Critim^ t. XII, p. 349. Trâd. Cousin.
<f poar croire Timpossibilitë de la religion démontrée?
« C*est n'être pas philosophe que de nier ce qui n'est « pas impossible ; c'est n'être pas homme que' de braver « un si grand péril*.
« Si le dernier degré d'évidence nous manque, ajoua tait-il très-bien ailleurs, nous avons des preuves assez « fortes pour nous persuader,.. La vérité de la Religion « a sans doute le degré de clarté qu'elle doit avoir pour tt laisser l'usage à notre volonté. Si la raison la démence trait à la rigueur, nous serions forcés à la croire, et « notre foi serait purement passive^. »
Les incrédules sont toujours à demander qu'on leur prouve jusqu'à l'évidence (et Dieu sait quelle évidence!!!) la divinité du Christianisme : cette dernière féflexipn de Maupertuis, que nous avons nous-même faîte souvent, condamne très-bien leur exigence, d*autant, comme il le dit encore, qu'il est de la nature d'une Religion diyine de paraître relativement obscure à la faiblesse de notre raison. Ainsi, nous n'avons pas à ^vomer jusqu'à la der^ nière évidence^ Jusqu'à Yévidence invincible^ la vérité de la Religion : cela n'est pas nécessaire, cela ne doit pas être, cela n'est pas en un sens possible, eu égard à la nature et au but de la Religion. Mais ce qui serait nécessaire, ce qui devrait être, ce qui serait possible dans le parti des i incrédules, s'il était raisonnable, ce serait qu'ils prouvassent, eux, jusqu'à la dernière évidence, la fausseté de la
1. Œuvres de Maupertuis, t. II> Lettre XVII, »«r la Reliaion, S. OËUT., t. I, Essai sur la Philosophie morale, -^ Lès ientimetits et la conduite de Maupertuis ne furent pas en contradictioif avec ces judicieuses paroles : il mourut entre deux capucins, comme dit Voltaire, qui le poursuit jusque dans son agonie. Ce ridicule jeté sur les derniers moments d'un ennemi, observe M. Villemain, était odieux et faux.
548 GUAPITBE IX.
Religion chrétienne, et qu'ils en fussent pleinement convaincus. Ce sont eux qui doivent dire des choses parfaitement claires et décisives contre la Religion ; cela est absolument nécessaire de leur part pour justifier ce hardi parti qu'ils prennent de la braver. Gela doit leur être facile, d'ailleurs, parce que rien ne doit les empêcher de voir et de faire voir une fausseté qui serait aussi grossière, comme on voit manifestement la fausseté de toutes les autres religions.
Mais non ; ils se donnent beaucoup de mal sans arriver jamais à une telle démonstration.
Reste donc qu'il est tout au moins possible que le Christianisme soit vrai ; il est possible que Jésus-Christ soit Dieu; il est possible que sa loi soit obligatoire; il est possible que ses promesses comme ses menaces soient suivies d'un éternel effet... : donc nous devons Le suivre.
Si on pouvait s'abstenir de prendre parti pour ou contre Lui, je concevrais qu'on s'abstînt; mais sa doctrine (et cela est un cachet de sa vérité) est tellement précise et 'absolue, que, comme il Ta dit Lui-même : Celui qui nest pas pour lui est eontre lui. C'est prendre parti que de n'en prendre pas; le parti du risque de son éternité contre la possibilité qu'elle y soit engagée... Donc, encore une fois, cette simple possibilité est déterminante.
D'autant que la raison comprend très-bien que Dieu a dû d'abord réduire la lumière de sa vérité à cette proportion de simple possibilité, pour éprouver notre volonté et lui laisser le mérite d'un premier effort ; et que si elle fait cet effort, il est d'expérience que cette lumière n'en reste pas là, mais grandit et satisfait à mesure qu'on lui est fidèle.
N'aurions-nous donc rapporté de nos études d'autre
résultat que celui-ci : La vérité du Ghristianisme est possible^ nous aurions touché le but. Or, sans présomption, nous sommes sûr de ce premier résultat.
II. Nous avons pénétré plus avant; nous devons avoir convaincu tout lecteur attentif que la vérité du Ghristianisme est, non-seulement possible^ mais probable, infini-ment probable; et par là nous avons accru d'autant la force de conclusion pratique qui résultait déjà de sa simple possibilité.
Ce qui rend déjà la vérité du Christianisme probable et très-probable, c'est qu'elle est possible. 11 n'y a rien de trop hardi dans cette assertion.
Il y a une si grande distance entre les œuvres de Dieu et les œuvres de l'homme, que la simulation de Religion divine n'est pas facile à jouer longtemps aux yeux de la raison humaine, surtout de la raison éclairée et défiante, au point où elle est arrivée aujourd'hui.
Voyez toutes les autres religions : quelle est celle qui n'est pas clairement fausse, et de laquelle on puisse dire, comme du Ghristianisme, qu'il est possible qu'elle soit vraie? Quelle est celle sur laquelle nous aurions pu faire ce long et consciencieux travail? Elles ne peuvent évidemment pas supporter l'examen ; aussi elles l'évitent, elles lui retirent tout ce qu'elles peuvent, et s'enveloppent à plaisir d'une frauduleuse obscurité, où, du reste, la controverse ne leur a jamais fait l'honneur de les poursuivre. Il leur faut des contrées sauvages, des peuples abrutis, énervés, sur qui elles régnent par l'ignorance et l'imposture ; et lorsque le grand air de la raison vient seulement à les toucher, elles tombent en poudre comme des momies.
550 CHAPITRE n.
Le Christianisme seul supporte rexamen ; que dis-je? il le provoque, il Tépuise, et il en sort toujours victorieux : il n'y a que les sophistes ou les mauvais plaisants qui y contredisent. Nous avons fait quatre volumes d'études philosophiques sur lui, plus de cent mille ont été faits avant nous, et le résultat a toujours été celui de Bacon : Peu de science éloigne de la foi, et beaucoup de science y ramène. Voyez, dans la courte et faible expérience que nous avons faite de cette vérité, combien ellô s'est confirmée sur tous les points : sur les fSits primordiaux du Christianisme, sur ses dogmes^ sur ses fondements historiques.
Ses faits primordiaux : les passant au triple creuset de la science, dans ce qu'elle a de plus éprouvé, de plus exact et de plus impréconçu, nous avons vu tout ce qui choquait la raison dans le récit mosaïque s'évanouir, et ses mystères se confondre avec les mystères de la nature et de la science, ou plutôt avec leurs incontestables vérilés.
Ses dogmes : nous avons dissipé ce que l'ignorance et la prévention ise plaisent à y voir de contradictoire avec les principes nécessaires de la raison, et nous y avous découvert les , rapporta les pltts beaut, les plus féconds, les plus lumineux; avec notre esprit et notre cœur, avec nos besoins et nos destinées. Sans doute ces dogmes dépassent en partie la raison, mais ils ne sont pas contre la raison ; ce sont des mvstères et non des contradictions. Ce simple caractère mystérieux d'ailleurs, loin de contredire ' leur vérité, en est la condition essentielle. Comment une religion vraie, c'est-à-dire qui a l'inflni pour objet, ne serait-elle pas mystérieuse dans cet objet, puisque la nature, toute finie qu'elle est, est J)leiné dé choses mystérieuses et souvent révoltantes? Lès vérités mathématiques
GONGIitSIOIl. 551
elles-mêmes ne nous présentent-elles pas des faces paf lesquelles elles nous scandalisent, et sous lesquelles elles paraîtraient fausses à tous ceux qui ne sont pas asse? géomètres? Par quel renversement donc (et c'est à nous à le dire), par quelle absurdité voudrait-on que Tessence fût moins mystérieuse que les émanations, et la Vérité que les vérités? Ce n'est pas que la Vérité soit réellement obscure en elle-même; elle est lumière, et c'est à force qu'elle est lumière qu'elle nous aveugle, et qu'elle parait obscure à notre raison malade, trop débile pour la supporter; le voile du mystère n'est pas sur eUe, mais sur notre œil : c'est le voile de notre faiblesse par rapport à sa sublimité. Ne voyons-nous pas tous les jours, même dans l'ordre des vérités naturelles et entre les hommes, que le degré de clarté dépend de la proportion entre la capacité de celui qui parle et la capacité de celui qui écoute? Et quelle disproportion, quelle incommensurabilité n'existe-t-il pas ici ? La distance qui sépare l'iq* telligence d'un Newton de celle d'un paysan est finie, e( cependant le mystère y trouve place pour ce dernier. Combien ne doit-il donc pas régner dans cette distance infinie qui sépare la Suprême Intelligence de l'intelligence humaine, fût-ce celle d'un Newton ! Si les dogmes chrétiens sont réellement révélés de Dieu, ils doivent donc nous ' paraître incompréhensibles (nous tenions à bien établir une dernière fois cette vérité] ; leur mystérieuse obscurité n'est donc pas un argument d'improbabilité, et les merveilleux rapports qu'ils iious découvrent^ à mesure que nous les étudions davantage et que nous nous les assimilions par la foi, nous portent de plus en plus à reconnaître leur profonde vérité.
Enfin, nous avons fait l'expérience du mot de Bacon
553 CHAPITRB a.
sur les preayes historiques du Ghristianisine, qai en sont proprement les fondements. Plus on les discute, plus elles se vérifient ; plus on est exact et rigoureux, plus on est frappé de leur force et de leur éclat. Il y a même cela de remarquable, et qui est commun à tous les points du Christianisme, que les objections lui profitent. Non-seulement il les résout, mais il en tire toujours de nouveaux aperçus de sa vérité ; et nous avons désiré souvent que, sur rexposiUon que nous en avons faite, il nous fût adressé des objections qui vinssent attiser le foyer de sa lumière, et nous fournir l'occasion de la faire rayonner plus largement.
Remarquez bien que, seul entre toutes les religions, le Christianisme fait cela : seul il a des preuves, seul il discute les objections. On demanderait vainement des preuves aux autres religions ; mais lui, il n'attend pas qu'on les lui demande, il les offre, il les oppose ; et des preuves nombreuses, diverses, formelles, éminemment discutables, des faits : il se livre, il se découvre sans réserve à la controverse sur mille points dont la fausseté d'un seul suffirait pour le confondre : et il n'est pas encore confondu! et, en fin de compte, sa vérité est possible ! ! ! Donc elle est probable^ pour ne pas dire encore certaine.
Sans doute il est attaqué, il a été attaqué de tout temps ; de tout temps il s'est trouvé des hommes, et des hommes d'esprit, quelquefois même de génie, qui lui ont refusé leur adhésion, et qui se sont efforcés de lui ravir celle des autres. C'est là un fait vrai ; nous ne voulons pas le dissimuler. Mais qu'est-ce que cela prouve?
Cela pfouve, cela préjuge au moins magnifiquement la vérité du Christianisme, par trois raisons :
GOKCLUSIOR. 553
D^abord le Christianisme ne peut être vrai sans être saint, et il ne peut être saint sans attaquer les passions, et par conséquent sans être attaqué par elles. C'est sa vérité, c'est sa vie que d'être attaqué ainsi : c'est sa gloire. L'opposition furieuse que le Christianisme a rencontrée chez quelques intelligences supérieures, mais toujours corrompues, prouve éminemment sa sainteté, qui est telle que la corruption aveugle sur sa vérité l'œil même du génie. Et comme sa sainteté est de l'essence de sa vérité, il s'ensuit que les génies corrompus qui le combattent prouvent autant en sa faveur que les génies vertueux qui le défendent. Les sarcasmes de l'auteur de la Pucelle^ les sophismes de Tauteur de YHéloîse contre le Christianisme, confirment les puissantes apologies de Bossuet et de Pascal.
En second lieu, il n'y a que ce qui est fort, que ce qui résiste, qui est attaqué. Si le Christianisme n'était pas la vérité, il y a longtemps qu'on n'en parierait plus, qu'on ne ferait plus contre lui des livres; on n'en aurait jamais fait. Qui est-ce qui a jamais songé à attaquer de cette façon Jupiter, Mahomet ou Brahma? La stupidité ou la corruption les adore; ils n'ont jamais connu d'impie; ou si quelque sage leur a refusé son encens, c^est dans son cœur : il ne s'est pas mis en frais d'arguments pour les combattre : il a souri. Pour le Christianisme, c'est différent : il faut faire des livres, et en faire des milliers, des montagnes; depuis dix-neuf cents ans, on ne fait pas autre chose, et c'est toujours à recommencer, et toujours Infructueusement. Évidemment, si le Christianisme n'avait pas pour lui la vérité, sa défense devrait être devenue impossible, sa fausseté devrait être rendue manifeste après tant de discussions; on aurait trouvé enfin contre lui le côté faible, le côté de l'erreur certaine; ce serait
5"l CHAPITRE IX,
fini... Mais non, on continue toujours à Tattaquer. . Donc îl est Intulnérable*
Et en effet, chose admirable ! toutes ces attaques, A longues, si furieuses, n'ont pu encore parvenir à enlever un grain de sable à la masse imposante de son apologie. Le terrain du combat est identiquement resté le même depuis tantôt deux mille ans; le Christianisme n'a pas reculé d'un pas; ses preuves sont les mêmes, toujours les mêmes; pas une n'a faibli sous les coups de la discussion, et n*a eu besoin d'être seulement modifiée. Nous, en l'an de grâce 1870, comme Orfgène en Tan 200, comme saint Justin en Fan 138, nous avons présenté le peuple Juif .dans ses deux états, le caractère de Jésus-Christ, les Évangiles, les Prophéties, les Miracles, le grand prodige de la prédication apostolique et de la conversion de l'univers à la Croix de Jésus-Christ; la divine morale du Christianisme, ses dogmes, ses fruits, sa stabilité, sa perpétuité, etc., toutes ses preuves enfin, avec la même force, avec la même confiance ; et nul ne peut se lever et nous dire : Telle preuve n'en est plus une; on a découvert contre elle yile réponse, tel document, tel fait, qui la dément ou l'afîaiblit : nul ne peut nous dire cela. Loin de à, rincrédulîté la plus hardie en est réduite aujourd'hui à avouer ce qu'élite avait toujours combattu ou éliidé : les Prophéties, rauthenticitè des Évangiles, les Miracles... Je le demande à la réflexion consciencieuse : est-ce que l'erreur peut avoir une telle fortune, une telle intégrité?... Et cepeiidant le temps a changé vingt fois la ftice des choses humaines, et amené des millions de chances funestês à Terreur; et cependant l'esprll humain a marché, s'est éclairé, s'est agité, et en s'iSclairânt et s'agitant n'a cessé, par sa partie corrompue, de chercher le côté
faible de ce Christianisme qui le blesse de sa sainteté ! Chose plus admirsJ)le encore ! Voyez la singulière fortune de cette Religion, si elle n'est la vérité même : Pendant dix-sept cents ans, elle ne cesse de rencontrer plus ou moins dans le monde des attaques qui réprouvent sans lui faire perdre aucun de ses avantages, mais aussi des témoignages de fidélité et de dévouement qui l'honorent et la consolent. Vient un siècle corrompu, mais doué au plus haut point d'intelligence. Sa corruption Taveugle sur la vérité de cette Religion sainte, et son intelligence lui sert merveilleusement à la combattre. Le hasard veut qu'en pi^me temps qup des hommes de génie se liguent contre elle, elle ne trouve à leur opposer que des défenseurs vulgaires. Les grands athlètes de la foi, fiossuet, Pascal, 4^nault, spnt descendus dans la tombe; Voltaire et toute Tannée encyclopédique qui lui obéit entrent en campagne contre Y Infâme^ et ne rencontrent que des adversaires plus propres à déft*ayer leur humeur sarcastique et moqueuse par la simplicité du zèle, qu'à les arrêter par la hauteur du talent. Tout est soulevé dans cet assaut de géants, tout est accumulé : histoire, philosophie, romans, science, poésie, dictionnaire, drame, livres sur livres, Pélion sur Ossa... Eh bien! qu'est-il résulté, en fin de compte^ de toute cette elBFroyable guerre contre le Christianisme? Beaucoup de bruit sans doute, beaucoup de déclamations, de sophismes, de rire, dMnsultes, de ruines, de boue et de sang; mais au point de vue de la vérité qu'est-il résulté? qu'est-ce qui a péri ? qu'est-ce qui a fléchi dans les fondements de notre fol? Rien, absolument rien. Ils ont été trouvés tels après qu'avant Torage, et M. Frayssinous, en remontant dans la chaire de Saint- Sulpice, n'a eu besoin que d'exposer de nouveau la vérité
556 CflAPITHE IX.
da Christianisme à la raison calme pour la faire triompher, comme on voit le disque du soleil se réfléchir de lui-même dans Teau d'un bassin redevenu limpide, après y avoir para brisé et terni dans le tumulte et Tagitation de ses flots.
Ce n'est pas tout : après cette formidable épreuve, une épreuve plus redoutable encore attendait le Christianisme. Les sciences, détournées et faussées dans cette attaque, étant revenues à elles-mêmes et à leur marche vers la vérité, Tesprit humain a augmenté immensément le trésor de ses connaissances, et les a portées à un degré de précision, d'étendue et de diversité prodigieux. Voilà le temps sans doute où Terreur du Christianisme, tout composé de faits géologiques, historiques, philologiques, archéologiques, ethnographiques, va être démasquée ! Tant de lumières sur tous ces points, et si peu d'intentions favorables à la cause du Christianisme! Ce calme froid de la science inexorablement exacte et sceptique n'a-t-il pas quelque chose de plus redoutable pour le Christianisme que toutes les fureurs qu'il vient d'essuyer? Quel prodige que cette grande erreur ait traversé tant de siècles sans être dévoilée! C'est que sans doute on n'était pas assez instruit, on s'y est mal pris! Mais enfin le moment de la raison calme et inflexible est arrivé, le jour de la science luit dans toutes les profondeurs de la nature et de l'histoire : que va devenir le Christianisme?... à jamais confondu?... Non : plus que jamais justifié!!! Son premier mot se trouve être le dernier mot de toutes les sciences.
Est-ce trop de dire après cela que la vérité de cette Religion est possible , qu'elle est probable , infiniment probable?
III. Ce n'est pâs assez dire : elle est certaine. Et sur cette définitive conclusion, nous en appelons avec confiance aux impressions que ces Etudes ont dû laisser dans tout esprit judicieux et sincère.
Nous aurions voulu résumer nous*méme ici ces impressions, et formuler dans toute sa force cette suprême conclusion. Nous Tavons essayé, mais en vain ; toutes les expressions et toutes les formes ont manqué à notre gré, et nous avons éprouvé que les grandes convictions, comme les grandes passions, sont muettes.
Nous croyons, du reste, que ce dernier travail, de notre part, n'est pas nécessaire; il doit être proprement personnel à chacun de nos lecteurs; il doit même être déjà fait en ce moment-ci, ou ne se fera jamais.
Nous ne pourrions, en effet, nous expliquer que par un aveuglement surnaturel, qu'un homme qui nous aurait suivi dans «tout le cours de ces Etudes, avec Tattention que le sujet commande, fût venu jusqu'à la fin sans se dire cent fois à lui-même : Assurément oui, le Christianisme est vérité.
On conçoit aisément l'incrédulité de ceux qui n'ont pas étudié par eux-mêmes les preuves du Christianisme, qui ne s'en occupent jamais, qui les supposent contestables parce qu'on les a bien ou mal contestées et qu'ils ont eux-mêmes intérêt à les contester, et dont l'intelligence et le cœur, incessamment courbés sur les choses ordinaires de la vie, et se faisant de leur habitude une règle unique de décider, ne peuvent se heurter contre des objets qui en diffèrent aussi sensiblement que les dogmes et les mystères du Christianisme, sans les trouver chimériques et absurdes. Ce sont là ces malheureux si bien imaginés par Platon, qui, enchaînés dans un lieu souter-
rain, le dos tourné à la lumière, ne voyant que ce qu'ils ont en face, appellent réalités les ombres qui passent sur le fond de la cayerne, produites par les objets qui se meuvent par derrière entre eux et la lumière, et qui, détachés un instant et venant à se retourner, maudissent le foyer lumineux dont la rencontre subite les aveugle, ne distinguent dans cet éblouissement aucun des objets que nous appelons réels, et veulent revenir à leurs ombres accoutumées , comme étant pour eux les seules réalités.
Mais qu'un homme qui a fait un généreux effort pour surmonter cette première prévention, devenue naturelle à ceux qui ont vécu longtemps dans Téloignement de la Religion ; qui a peu à peu habitué ses regards aux choses d'en haut et à la doctrine sublime de Jésus-Christ ; qui, sans pouvoir jamais saisir, il est vrai, le fond même de cette doctrine nécessairement mystérieuse, pas plus qu'on ne peut regarder fixement le soleil, a néanmoins vu disparaître les incohérences et les incompatibilités qu'à la première vue il avait cru y apercevoir, et leur^^uccéder, au contraire, des traits d'une sagesse infinie, des rapports pleins d'harmonie avec notre nature et nos besoins, des consonnances ravissantes avec notre esprit et notre cœur, une lumière qui fait tout voir, et dans laquelle nous apprenons surtout si bien à nous connaître, à connaître Dieu, notre situation par rapport à lui, par rapport aux autres hommes, par rapport au bien et au mal, par rapport à là vie et à la mort, au temps et à l'éternité; et toutes les choses singulières, surnaturelles et divines, qui y éclatent de toute part, selon que nous avons eu lieu de l'admirer tant de fois :
Qu'un homme qui, après avoir ainsi entrevu la divine
CONGIUSTON* 559
Sagesse dans Tobjet du Christianisme, en a ensuite sondé les fondements ; qui s'est rendu compte solidement et par lui-même de ses preuves si nombreuses, si fortes, si néscessairement décisives ; qui a vu l'accord incontestable et humainement impossible de la Genèse de Moïse avec le dernier résultat des sciences ; l'accord certain de la tradition juive avec toutes les traditions de l'univers sur des points atissi singuliers que Tinstitution du sacrifice, fa déchéance originelle, et l'attente d'un Libérateur ; l'accord admirable de tous les caractères de la venue, de la personne et du régne de Jésus-Christ avec cette attente universelle à laquelle il a mis fin, quant au temps, quant au lieu, quant aux principales circonstances et à l'objet propre de sa divine mission ;
Qui, examinant ensuite les preuves plus immédiates, a contemplé de près cette figure surhumaine et incomparable de Jésus-Christ, où toutes les vertus reluisent dans la plus haute sainteté, toutes les vérités dans la plus profonde sagesse; en qui l'œil de l'envie et de la haine n'a jamais pu surprendre une faiblesse ou une erreur; si touchant dans sa vie, si sublime dans sa mort ; supérieur et néanmoins accessible â tous les hommes ; type adorable de perfection que la nature humaine n'a jamais égalé ni avant ni après, et qui ne dément en rien l'Idée que ce soit la Vérité en personne, la Sagesse incréée descendue jusqu'à nous pour nous relever jusqtf â elle^ le Verbe fait chair;
Qui a réfléchi sur cette alternative nécessaire, que si le Christ n'est paS ce qu'il a voulu paraître, ce qu'il a réussi â se faire croire par l'humanité, Dieu môme, il est, chose monstrueuse ! un imposteur; et le plus hardi, le plus sacrilège, le plus maladroit et tout à la fois ïe plus heureux
560 CHAPITRB IX.
d6 tous les imposteurs : le Fils adorable de rÊtemel, on VInfâme;
Qui s'est assuré jusqu'à la dernière rigueur de Tautbenticité indubitable des Évangiles, de leur intégrité essentielle, et, les ouvrant, y a admiré la grandeur dans ce qu'elle a de plus sublime, la simplicité dans ce qu'elle a de plus naïf, le désintéressement dans ce qu'il a de plus vrai ; rien de recherché, rien d'affecté, mais une droite candeur qui ne se précautionne jamais, ^t qui, ne voyant que la vérité, se renferme dans l'unique soin de la redire à la lettre, et de prendre son empreinte sur le fait, avec des caractères de sincérité si grands, si frappants, si parfaitement inimitables, que l'inventeur en serait plus étonnant que le héros ; Livre vraiment saint, qui se justifie non - seulement par lui-même , mais par le crédit incontesté dont il a joui dès le premier moment dans le monde, que rien n'a pu lui enlever, et qui fait de lui comme la pièce de comparaison de la vérité parmi les hommes :
Qu'un homme qui a considéré cette suite merveilleuse de Prophètes se succédant les uns aux autres pendant deux mille ans, dont le dernier précède de cinq cents ans l'événement, et qui tous ensemble, comme chacun en particulier, ont prédit en tant de manières différentes jusqu'aux moindres circonstances de la venue, de la vie, de la mort et du règne de Jésus-Christ : sa race, sa nation, sa tribu, sa famille: le lieu précis, quoique obscur, de sa naissance, le caractère miraculeux de cette naissance, sa double nature divine et humaine, son obscurité, ses travaux, sa mort ignominieuse ; puis sa gloire, la paix par lui donnée à la terre, la prédication de sa Loi dans tout l'univers, à partir de Jérusalem, la conversion des nations
CONCLUSION. Mi
idolâtres, la réprobation du peuple juif pour Tavoîr méconnu, la ruine de ce peuple, de sa ville et de son temple, la malédiction attachée à ses pas errants jusqu'à la fin, les dates correspondantes, les traits distinctifs , et, pour ainsi parler, la silhouette de tous ces grands et singuliers événements ; — puis, à ces prophéties dont Jésus-Christ est l'objet, venant se joindre les prophéties dont Jésus- Christ est l'auteur, également maître des événements, soit qu'il réalise les premières, soit qu'il publie les secondes, dans la situation en apparence la plus contraire à toutes deux :
Qu'un homme qui a médité sur le prodige de ces événements pris en eux-mêmes, et venant rehausser le prodige de leur prédiction, principalement l'établissement du Christianisme : comment l'univers païen a reçu la loi d'un supplicié ; comment douze pécheurs ont pris le monde ; comment, grossiers et inintelligents pendant la vie de leur maître, timides, lâches et dispersés à sa mort, ils sont devenus tout à coup, par Teffet de cette mort qui devait les anéantir, des aigles de science, des lions de courage, des anges de vertu, et sans lettres, sans armes, sans séduction aucune, sans rien, comment ils ont conçu, ils ont osé, ils ont réussi si parfaitement en conformité de la parole de leur Maître et au rebours de toutes les lois, comme en dépit de tous les obstacles de la nature et de la société ;
Qui a recueilli tous ces témoignages, si nombreux et si pressants, de la sainteté dans ce qu'elle a de plus éminent,de la foi dans ce qu'elle a de plus intrépide, du génie dans ce qu'il a de plus noble et de plus élevé, réunis le plus souvent dans les apôtres, les martyrs et les docteurs de la vérité chrétienne, et formant le gage le plus
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fort de eette Tèrité que des hommes puissent doûiier k d'autres hommes ;
Qui a considéré les fruits du GhristiattisMé, ses dëveloppements et ses applications dans le monde ; cette paissante régénération des mœurs corrompues du paganisme, ce Arein jeté aux mœurs féroces des barbares, et, entre ces deux éléments de dissolution et de destruction, Télément ebrétien prenant le dessus^ s^assimilant le monde, se con- TertiSsant toutes choses, et produisant dans l'ordre moral, dans Tordre intellectuel et dans Tordre social, des vertus, des vérités et des biens que Thumâhité ne connaissait pas, que, malgré ses efforts dans ce qui lui est resté propre, elle ne peut égaler, que, malgré isà perversité, elle ne peut corrompre, et dont lé principe surnaturel se révèle par cette tendance vers la perfection qui distingue les sociétés chrétiennes, et dont lé terme toujours poursuivi et jamais atteint n'est autre que TÉvangile de iésus-Ghrist, c'est--àrâii'e, le ciel ouvert à là terre ;
Qui a fine enfin ses regards sur le prodige de la stabilité et de la perpétuité de cette Religion, qui va de Torfgine du monde à Jésns^Ghrist, et de Jésu^-Ghrist à la flti du monde ; en particulier Sur eé fait qui échat)pe désormais à toute mesure, de Tinviotabie succession de Pontifes par qui, communiquant aujourd'hui avec celui qui est assis sur le siège de Rome, on touche à l>iérre él à Jésus- Christ, et cela à travers dix-neaf cents ans, à trat^rs les décombres et les ruines de Thistoire la plus tourmentée piEur des révolutions qui ont tout dévoré, tout jusqu'ank faits de la veille, tout; exeepté la seul« chose qui a été la plus attaqaée , tout , excepté eette Égliise à qlii f ésus-
ist a dit : Va Je ms avec toi jusqu'à la fin des temps:
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Qa*an bomme^ dis-je, qui a ainsi parcoqru toutes les preuves du Christianisme que nous venons d'énumérer, et toutes celles que nous omettons ; qui les a étudiées, pesées, jugées, non-seulement dans leurs caractères généraux, mais dans cette infinie justification de détails où leur exactitude se fait sentir d'autant plus que c'est la nature même des choses qui les fournit ^ et le travail consciencieux qui les recueille :
Qu'un homme enfin, qui a fait avec nous ce long travail, ce scrupuleux dépouillement, et qui, envisageant le Christianisme sous toutes ses faces, le scrutant dans tous ses points, Finterrogeant dans toutes ses parties, le vérifiant dans tous ses titres, aussi loin que la raison peut aller, que Tinvestigation philosophique peut se poursuivre, a reçu constamment une réponse de vérité, a vu cette vérité sortir de partout, revenir à chaque instant, découler, ruisseler pour ainsi dire, à mesure qu'on pressait son examen, de chaque chapitre, de chaque page, de chaque ligne, nous épuisant d^ sa fécondité inépuisable, comme une source dont le jet s'accroît des moyens mêmes qui sont employés pour la tarir :
Que cet homme doute !!! voilà ce qu'il ne nous est pas donné de concevoir. Et qu'il nous soit permis de le dire, des épreuves diverses, dont les témoignages nous sont revenus depuis la publication de ces Études^ nom assurent que nous ne nous trompons pas.
Parmi ce gnmd nombre de preuves, il s'en trouve plusieurs qui sont de la dernière force, et dont une seule bien examinée, bien pesée, suffirait pour décider l'esprii le plus exigeant, s'il est impartial. Cependant, Quelque forte que soit chacune de ces preuves, je veux bien ne m'arrôter à aucune prise séparément. C'est l'ensemble.
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l'ensemble de toutes, que jeconsidëre. Et je soutiens que de cette réunion de tant de preuves, de tant de marques diverses de la divinité du Christianisme, il sort une voix si forte, si éclatante, qu'il n'y a personne qui ne doive rougir de ne point s'y rendre, ou d'affecter d'y être sourd.
Si le Christianisme n'est pas vrai, il est faux. Or, la supposition de la fausseté du Christianisme au milieu de tant de preuves de sa vérité ; la supposition que toutes ces preuves parties de si loin, de tant de côtés divers, à travers tant d'événements et de vicissitudes, sans le secours des hommes et contre leur volonté, par l'effet seul du hasard, ou plutôt du dessein le plus infernal, soient venues se rencontrer toutes avec un inaltérable accord sur un seul point pour y produire une fallacieuse apparence de vérité, est la supposition la plus monstrueuse, la plus impie , la plus antiphilosophique qui se puisse concevoir : c'est le rêve d'un fou.
On n'est pas quitte aisément avec le Christianisme, et l'incrédulité engage cent fois plus la raison que ne le fait la foi. Elle demande qu'on lui explique les mystères; mais on lui demande à elle d'expliquer les preuves : et tant s'en faut que ces deux défauts d'explication se compensent ! car les mystères du Christianisme sont dans les cieux, et ses preuves sont sur la terre. Les mystères doivent être insondables comme tout ce qui touche à l'infini, et les preuves doivent être explicables comme tous les faits ter^ rostres qui tombent sous la raison et sous le sens. Je ne puis vous expliquer entièrement, la Trinité, Tlncarnation, la Rédemption, etc., et si je le pouvais, la Religion par cela même ne serait pas divine. Mais vous, vous devez pouvoir m'expliquer entièrement, dans le sens do Tincrédulité, l'accord de Moïse avec les sciences,
les prophéties, les miracles, l'établissement da Christianisme, la personne de Jésus-Christ, la perpétuité de l'Église, etc.; car ces faits survivent à votre incrédulité, et vous n'en êtes dégagé qu'à condition de m'expliquer comment ils peuvent s'accorder avec elle ; ou bien vous ne quittez des mystères incompréhensibles que pour embrasser de monstrueuses contradictions.
Mais non, vous ne pouvez m'expliquer ces faits dans le sens de l'incrédulité, et moi je les vois venir d'euxmêmes à l'appui de ma foi ; et au-dessus de ces preuves je vous fais voir dans les mystères mêmes, sinon la raison dernière, au moins des raisons secondes, dont la merveilleuse beauté devient elle-même une source nouvelle de preuves aussi fortes, en un sens, que les premières.
Ainsi tout entraîne à croire, tout empêche de ne pas croire : la foi s'élève portée sur les preuves et attirée par les mystères du Christianisme, et l'incrédulité s'abime dans les contradictions inextricables où ces preuves rejetées la font tomber,, et va se perdre dans les désolants mystères de la nature et de la raison.
Le Christianisme tient par tant de racines à la vérité, qu'on ne peut l'arracher sciemment de Tintelligence sans que lavérité suive, sans que toutes ses règles disparaissent, sans que tous ses principes se confondent, et qu'il ne reste plus que le gouffre du scepticisme le plus absolu^.
La vérité n'est pas , si le Christianisme n'est pas la Vérité.
Si le Christianisme ne vient de Dieu, il se retourne contre lui; il accuse sa sagesse et sa bonté, il dément en
1 . Combien les dernières attaques de Tincrédulité Justiflent-elles toutes ces conséquences ! MM. Proudhon et Renan et toute leur école ont plus fait à cet égard que bien des apologistes.