LA PERSONNE OB JÉSUS-CHRIST
qa*on paisse rien y trouver à surprendre, je ne dis pas en défaut) mais en excès mène de perfection.
Cette dernière observation a déjà reçu son développement : cependant, comme elle est, selon nous, distinctive du caractère de Jésus-Christ, dont le propre est la vérité, le naturel même de la vertu, nous croyons devoir y revenir par un rapprochement que nous empruntons à. Malebranche :
« Qu*y a-t-il de plus pompeux et de plus magnifique que ridée que la philosophie antique nous donne de son sage? mais qu'y a-t-il au fond de plus vain et de plus imaginaire? Le portrait que Sénèque nous fait de Caton est trop beau pour être naturel : ce n'est que du fard et que du plâtre, qui ne donne dans la vue que de ceux qui n'étudient et qui ne connaissent pas la nature. Caton était un homme sujet à la misère des hommes; il n'était point invulnérable, c'est une idée ; ceux qui le frappaient le blessaient. Il n'avait ni la dureté du diamant que le fer ne peut briser, ni la fermeté des rochers que les flots ne peuvent ébranler, comme Sénèque le prétend ; en un mot, il n'était pas insensible. . . Cependant lorsqu'on frappa Caton au visage, il ne se fâcha point, il ne se vengea point, il ne pardonna point aussi ; mais il nia fièrement qu'on lui eût fait quelque injure. Il voulait qu'on le crût infiniment supérieur à ceux qui l'avaient frappé. Sa patience n'était qu'orgueil et que fierté. Elle était cho* quante et injurieuse pour ceux qui l'avaient maltraité; et Caton marquait, par cette patience stoïque, qu'il regardait ses ennemis comme des bétes contre lesquelles il est honteux de se mettre en colère. C'est ce mépris de ses ennemis et cette grande estime de soi-même que Sénèque appelle grandeur de courage, itfrf^or* «ntmo, di«-il/ par-
lant de Tinjure qu*on fit à Caton, non agnovitquam igrun visset. Quel excès de confondre la grandear de courage avec l'orgueil, et de séparer la patience d'avec rhumilité ! . . . Que les chrétiens apprennent plutôt de leur Maître que des impies sont capables de les blesser, et que les gens de biens sont quelquefois assujettis à ces impies par Tordre de la Providence. Lorsqu'un des ofiSciers du grand prêtre donna un soufflet à Jésus-Christ, ce Sage des chrétiens, infiniment sage, et même aussi puissant qu'il est sage, confesse que ce valet a été capable de le blesser. Il ne se fâche pas, il ne se venge pas, comme Caton ; mais il pardonne comme ayant été véritablement offensé. Il pouvait se venger, et perdre ses ennemis; mais il souffre avec une patience humble et modeste qui n'est injurieuse à personne, ni même à ce valet qui l'avait offensé ^.. » Et cependant, chose singulière! ce qui trompe Tincrédulité dans le caractère de Jésus-Christ, c'est précisément ce qui décide notre foi. On ne peut voir un Dieu en lui, parce qu'il sent comme un homme, parce qu'il est susceptible d'être offensé, parce qu'il se laisse traiter ignominieusement, et qu'il s'anéantit dans les mains des hommes. Mais en cela on perd de vue deux points capitaux. Le premier, c'est que Jésus-Christ n'est pas un Dieu seulement, mais un Dieu-homme, et que si comme Dieu il est invincible, comme homme il est passible; et que cette possibilité de l'homme s'accorde avec cette invincibilité du Dieu, en ce que celui-ci s'y soumet volontairement^ et que c'est le comble de la puissance d'un Dieu de se con' tenir elle-même jusqu'à laisser maltraiter et souffrir l'homme qui lui est uni. Le second point de vue, c'est