PROLOGUE
« conséquent, soient diverses comme les manières de « voir de ceux qui doivent les adopter.
« Sur ce raisonnement, qui me paraît juste et simple, « on a trouvé que Dieu avait donné à la mission de ses « envoyés divers caractères qui rendaient cette mission « reconnaissable à tous les hommes, petits et grands, « sages et sots, savants et ignorants. Celui d'entre eux qui « a le cerveau flexible pour s'affecter à la fois de tous ces « caractères est heureux sans doute : mais celui qui n'est « frappé que de quelques-uns n'est pas à plaindre, pourvu « qu'il en soit frappé suffisamment pour être persuadé.
« Le premier, le plus important, le plus certain de ces « caractères, se tire de la nature de la doctrine, c'est-à- « dire de son utilité, de sa beauté, de sa sainteté, de sa « vérité, de sa profondeur, et de toutes les autres qua- « lités qui peuvent annoncer aux hommes les instruc- « tiens de la suprôme Sagesse et les préceptes de la su- « prôme Bonté. Ce caractère est, comme je l'ai dit, le « plus clair, le plus infaillible ; il porte en lui-même une « preuve qui dispense de toute autre : mais il est le « moins facile à constater; il exige, pour être senti, de « l'étude, de la réflexion, des connaissances, des discus- « sions qui ne conviennent qu'aux hommes sages qui « sont instruits et qui savent raisonner.
« Le second caractère est dans celui des hommes « choisis de Dieu pour annoncer sa parole ; leur sainteté, « leur véracité, leur justice, leurs mœurs pures et sans « tache, leurs vertus inaccessibles aux passions hu- « maines, sont, avec les qualités de l'entendement, la « raison, l'esprit, le savoir, la prudence, autant d'indices « respectables dont la réunion , quand rien ne s'y dé- « ment, forme une preuve complète en leur faveur, et
6 ça^PÇTf^s I.
f ^\t qn'i]^ spat p|u$ que des bonmea. Gerî est le «igné « qui frappe de préférefice le3 gens bons et droits , qui }) yoient la vérité psfrtout où ils voient la justice, et n'en- I tendent la voix de Dieu que d^ns la bpucbe d^ la vertu. ! <K JuB troisième caractère des envoyés de Dieu est une fH i&paanation de la puissance divipe, qui peut interrompre f et changer le cours de la nature h la volonté de ceux f^ qui reçoivent cette émanation. Ce caractère est, sans ^ « contredit, le plus brillant des trois, le plus frappant, f le plus prompt h sauter aux yeux; celui qui, se marfc qu^nt p^r un effet sensible , semble exiger le moins g d'examen pt de discussion : par là ce caractère est aussi f çp\m qui saisit spécialement le peuple.
^ Je m'arrête ici , sans rechercher si ce dénombrement fi peu^ ^]\ev plus loin : c'est une discussion inutile à la (V notre, par il est clair que quand tous ces signes se fi trouvent réunis, c'en est assez pour persuader tous les ic hommes, les s^ges, les bons, et le peuple, tous, excepté f }e§ fpqs, incapables de raison, et les méchants, qui ne f veulent être cpuyaincus de rien ^ »
Gq\ qrdre, dans lequel Rousseau classe les principaux gggrps de preuves du Christianisme, nous parait pouvoir ^t^e qiodifié dp U manière suivante :
Le second caractère qu'il relève; celui qui résulte des ^fi0t$ ie vertu et de raison que le Christianisme opère dans ses vrai§ disciples, nous parait devoir être considéré d'abord comme ne demandant aucune étude ni aucune recherche, et étant propre à affecter tous les gens ions et drqiu qui voient, comme dit Montaigne, la marque spé^ çiale de la vérité dans la vertu. La sainteté du Christia-
1. Troiêiime lettrt de la Montagne^ page S5, S6, S7, 8S, 89; Mition de 179a. '
OisiQei ce je ne sais quoi de surhumain qu'il imprime à tout ce qu'il touche, voilà, en effet, ce qui frappe le commun des esprits. Ce caractère est toujours permanent, toujours seQsible; et, pour peu qu'en en fasse soi-même rexpérience en pénétrant dans la pratique, on en reçoit des effets sj subits, si marqués, si immédiats, que toute 9^tre preuve devient inutile, parce que soi-même on se devient uae preuve. C'est la preuve par sentiment et par effet, qui donne de la divinité du Christianisme la persuasion la plus générale et la plus vulgaire. Voilà pour lepi simples de cœur, pour tous les hommes de bonne vo^ lonté sans distinction.
Maintenant, à une grande distance de ceux-ci, se trouvent les esprits spéculatifs ou philosophiques, dont rintelligence aime à remonter aux principes, à saisir les rapports, à suivre les conséquences des choses. Pour ceuxlà, la beauté du système chrétien, renchainement et la fêcondité de ses dogmes, la sublimité, la profondeur et la justesse de ses enseignements, et toutes ces qualités qui révèlent, comme dit Jean -Jacques, ki imtn^imi de fp iuprér^e sagesse et k9 préceptes de Ic^ suprême bonté, composent (nous Tavons vu dans la partie de nos Etudes qui précède) un ordre de preuves qui les ravit d'admiration, et qui ^e lire de la substance même du Christianisme.
Eufin , entre les esprits philosophiques et les simples de cœur, il y a une multitude d'esprits qu'on pourrsût ^peler simplement raisonnables, lesquels sont tout dis* posés à croire, sans scruter l'objet même de leur croyance, mais aur de bonnes raisons de la divinité de son fonde* ment. C'est pour ceux-là que s'ouvrent les preuves tirées des faits miraculeux qui entourent Finstitution du Christianisme.
Mais ce qu'il faut bien remarquer, c'est que ces trois sortes de preuves ne doivent avoir rien d'exclusif entre elles. La tendance des idées, selon les individus et selon les époques, peut porter vers l'une plutôt que vers l'autre : • néanmoins il faut les tenir toutes trois à la portée de 1 l'esprit humain, de manière à ce que, selon sa faiblesse, ! l'une venant à lui échapper, il puisse se prendre aux autres ; et que d'ailleurs elles se font valoir réciproquement.
Le dernier ordre de preuve que nous venons de signaler, la preuve extérieure ou historique, ne saurait surtout être jamais abandonnée sans péril.
Les deux autres preuves , de sentiment et de spéculation, peuvent faiblir, parce que le cœur n'est pas toujours assez pur, ni la raison assez ferme, pour les saisir également. De plus, elles sont indéterminées, susceptibles d'exagération, de méprise, et trouvent dans les passions d'un côté, et dans les abstractions de l'autre, deux écueils où elles peuvent aller se dénaturer et se perdre. L'esprit d'erreur peut les imiter par de faux semblants de vérité et de vertu. Ce sont, en un mot, des preuves extrêmes, et les extrêmes ne sont jamais sans danger.
Pour se préserver de ce danger, il faut balancer ces deux ordres de preuves par la preuve historique, preuve positive, en dehors de nous, indépendante des accidents de notre nature, et que nous pouvons toujours interroger quand il nous plaît; preuve sensible à la raison, preuve décisive pour la foi. Le Christianisme a un immense intérêt à présenter toujours cette preuve, parce que seul il en est en possession ; seul il peut invoquer des faits surnaturels, qui sont comme les titres de sa divine- origine. Il doit les conserver à jamais, et jusqu'au dernier jour il