LA PERSONNE DB IÉ8DS- CHRIST
même du triomphe de Timposteur : Êcrasotu tinfâmef tel doit être le cri de sa conscience et de sa raison; et en le proférant, Voltaire a eu du moins la franchise de son audace.
Ge mot de Voltaire sur Jésus-Christ est la contre-partie logique de celui par lequel Rousseau conclut sa divinité, et ces deux mots sont précieux comme expression et comme épreuve de la force de notre argumentation. Us prouvent énergiquement que le simple respect pour Jésus n'est pas tenable, et que la raison, lorsque aucun préjugé ne la retient sur la pente de la foi ou de Tincrédulité en Jésus-Christ, ne peut aboutir qu'à Fadoration ou à Thorreur pour sa personne.
Mais cependant, objectera -t* on, «— et je conçois qu'on se débatte contre cette conclusion : non qu'elle ne soit parfaitement juste, mais parce qu'elle met en demeure de se prononcer, et de sortir de cet état douteux qui n'est ni de la foi ni de l'incrédulité, état dans lequel languissent une multitude d'intelligences, et dont la philosophie souffre autant que la Religion, parce qu'il n'est pas vrai, parce qu'il n'est pas raisonnable, — mais cependant de cela seul que je ne reconnais pas la divinité de Jésus- Christ, vous ne pouvez pas me forcer à souscrire à son infamie, et mettre dans mon âme ni sur mes lèvres ce qui n'y sera jamais : l'indignation, l'horreur et le mépris pour sa personne. Car enfin, après tout, il a doté le monde d'une morale sublime ; il a dissipé les ténèbres de l'idolâtrie; il a introduit dans l'humanité un spiritualisme sanctifiant; il a affranchi les esprits de la superstition, les cœurs de l'infamie, les tôtes de l'esclavage; il a fondé le règne de la liberté, de la charité ; il a mis la vérité partout : dans les mœurs, dans les institutions, dans les
TO CHÂFITBB n.
tois; il a imjriifië an genre humain une liiafôhe efViliiââh Irice qui se poursuit encore, pleine de vigueuï*, après dix-^uit cents ans; il a semé la terre des menreilTés de ses vertus; il a sauvé, il sauve tous les jours le inonde. Yoilà ses titres à mon respect, à mon adàiiration, à ma Reconnaissance; je ne puis les méconnaître et lès oublier) sans ïne méconnaitre et m'oubUer moi-même : non, { jamais vous ne me loferez blasphémer! • j
— Adorez-le donc; car vous venez de décliner les titres (pli vous y obligent; et de vous fermer fout rétour à Fiû^ crédulité.
— Comment celaf
— Le voici : ».
• Prise en ^Icmême^ l'œuvre de Jésus-GhriSt est tellement incomparable, que celui qui a fait tout ce que vous v^nez de reconnaître a fait une chose qu'il n'est pas doni^é à un simple homme de pouvoir faire. H n'y a pas de respect, d'admiration, de reconnaissance, (jfui puissent acquitter la dette de la raison et du cœur envers' Lui. Il farit un sentiment infini comme le bienfait : il faut croire et adorée.
Rapprochée de sa prétention et de sa conduite^ Fœuvfe de Jésus-Christ donne à cette conclusion une force hré^ sîstible : parce que la prétention et la coridiïîte de' Jésus- Christ ayant été bien certainement de se faire passer pour Dieu, et en cela^' s'il n'est pas Dieti, cette préteôtiïiri eft cette conduite étant celles d'un imposteur, îl faudrait admettre que c'est sur une imposture et pâï* une imposture insigne que s'est élevé et que se soutient un édifice tout de vérité, et que les vertus évangélic(ues qui vivifient le monde sont vivifiées elles-mêmes par une croyance qui les viole ouvertement dans son objet.
Il y a plus, et je ne vous ai fait encore" 4ù*iiiie cbrlcë^
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tàon, fin TOUS permettant, même au prix d*ime contradicr tionaussi énorme, de séparer ainsi l'œuvre de Jésus-Christ de sa prétention. £Ues ne fontgu'un, et il faut les admettre ou les rejQ^r toutes deux. Tout ce que vous venez de releyer en .faveur de Jésus-Christ n'est rien, si vous M ôtez sa divinité. Celle-ci.se confond avec son œuvre.
Jout r£vangil6, en effet, sa morale, ses lumières, ses vertus, émanant directement de ce principe, que Dieu est miséricordieusement intervenu en Jésus-Christ pour racheter le gqnre humain. Le dogme de la rédemption, la qroi^ ; voilà TËvangile, voilà le Christianisme. Nous cjroyonsj'avoir démontré dans nos études sur la Rédemp^ tyfT!i : les idées,sublimQs que le Christianisme nous a données sur Dieu et ses divers attributs, sa justice, sa sainteté, sa puissani^e,'^^ miséricQrde; celles non moins profondes qu'il nous ^ dpi^nées sur nous-mêmes, notre misère, nptre grandeur, notre itat primitif, actuel et futur; nos rapports absolus avec Dieu, nous-mêmes et les autres bonu^e^.: toutes ces jE&agnifiques notions qui ont changé la façe.^u maivde, et tous les motifs qui les ont mises en açtion.^lans r^uma^nité, ne sont que des émanations, des irra^iatipns .du .grand sacrifice de l'Hoiwe-Dieu. Le Cl\ristianijmïe xésulte moins des paroles que de la conduite de JésuSîGhrist,.et. n'est, à vrai dire, que Jésus-Christ érigé ^n imitation ^ en modèle. Ce n'est pas tant ce qu'il a4itfliLe ce qu'il, a fait qui a changé le monde, et ce ne sont p^s tant les faits 4e sa vie que le grand fait de sa mort.,La3npjrale êvaagélique est une morale en action, et .le théâtre, de cette action est sur la croix, comme son acteçur nécessaire est un ïïiMiME4DiEu. Aussi voyons-nous que Jlé^usTChrist, durant tout le cours de sa vie, en appelle cm^îAttfittemMtit ja mort.coQmeàJL'objet de sa mission^
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et an principe de son succès. Il en parle sans cesse, tout ce qu'il dit la suppose; il ne fait qu'en préparer l'application en attendant que l'heure de sa consommation ait sonné, et c'est à cette heure qu'il renvoie la conversion de l'univers : Quando exaltatus fuero a terra, omnia traham ad me ipsum. Voilà TÉvangile : prenez-le, lisez-le, et vous n'y verrez pas autre chose. C'est ainsi qu'il est, ainsi qu'il a été reçu, entendu, pratiqué partout jusqu'à nos jours; et s'il a produit tous les fruits que vous admirez, si, à l'heure qu'il est, il en produit encore, ce n'est que par ce moyen.
Lors donc que vous admirez les merveilles du Christianisme, vous n'admirez autre chose que les splendeurs de la divinité de Jésus-Christ; et si celles-là sont véritables, celle-ci l'est également.
Direz-vous que cette divinité n'est qu'une sublime hypothèse, imaginée par Jésus-Christ lui-même pour donner un fondement à son système, et le faire recevoir par le genre humain?.
Mais y pensez-vous? une hypothèse! c'est-à-dire, ce qui est sans fondement, tel est à vos yeux le fondement de ce Christianisnie que vous admirez? Mais ce Christianisme lui-même n'est pas autre chose que la révélation de la divinité en Jésus-Christ. Il est cette divinité même, iq^pliquée au monde comme un moule sur lequel celui-ci est invité à se réformer. Si donc cette divinité n'est qu'une chimère, le Christianisme n'est donc qu'une chimère paffeillemenl. Cependant vous le tenez pour une magnifique réalité; vous êtes frappé de tout ce qu'il porte de vérité, de vie et de fécondité dans son sein. Accordez-vous avec vous-même. Ce qu'il y a de certain, c'est que si vous ôtez la divinité de Jésus-Christ, vous ôtez toute la science et JoutiB la vertu dç la croix; et que si vous ôtez la science