‹ Études philosophiques sur le christianismeChapitre 32 sur 168 · IV · texte numérisé non relu

IV

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peet et IHidmiratioa vpCùn profes^ J^wr èà gèrsdhne? aurait-elle eu tant de crédit et de succès, et, à Thenre qu'il est, serait-elle encore, après dix-huit cents ans, la clef de voûte du Christianisme et de toute la civilisation qui en dépend?... Ne voit-on pas qu'on touche eiifln à l'impossible et à Tabsurde, et qu'à force de ne vouloir jpas croire on déraisonne?

Ce n'est pas tout :

La divinité de Jésus-Christ, dit-on, n'îsturait été qu'Une sublime hypothèse imaginée pour faire recevoir sa morale. C'est fort bien; mais qui aurait fait recevoir cette hypothèse elle-même?

On conçoit une fiction qui flatte les dispositions de ceux auxquels on s'adresse, entre dans leurs vues, et les amène par un séduisant artifice à uh résultat avantageux qui leur aurait répugné dès l'abord; mais une fiction qui répugne autant que ce résultat! plus que ce résultat! ! ! 'èvidemibeht cela est coiltradictoire.

D'où viennent toutes les résistances que le Christianisme a rencontrées dans le monde depiiis le soulèvement ^tles Juifs contreJésus-Christ jusqu'à cette incrédulité que je côliibftts eti ce moment, si ce n'est de ce que Jésus- Christ est proposé comm'e Dieu?... Le i'ésultat du ChristiâAi^e, sa morale, ses institutions civilisatrices, etc., sont reçues par l'incrédule : il les admire, les applaudit: c'est là le fondement de son respect et de sa reconnaissance envers Jésus-Christ. Une seule chose le soulève et le révolte : la divinité en Jésus-Christ. Et cependant, par ta plus singulière contt'adictioh, c'est cette divinité qu'il présente cdïttmfe Pàppât séducteur par lequel Jésus-Christ aurait àttîtéte triônde. îl he vbit pas que le sentiment

LA PERSONNE DE lÉSUS-CHRIST. 75

d'incrédulité qui le pousse à faire Tobjection la retourne contre lui-même.

Le difficile dans le Christianisme, disons mieux, Fimpossible, humainement parlant, c'était précisément de faire voir, de faire adorer Dieu, le maître du ciel et de la terre, le créateur des mondes, dans un homme en croix. En face de l'univers païen surtout, loin que ce pût être un moyen de succès, c'était là le grand obstacle, la grande, l'insigne folie. Je conçois que, cet obstacle vaincu, il devenait un moyen; mais pour le vaincre il fallait un moyen supérieur à tout obstacle ; et si pour faire croire à la morale évangélique il fallait faire croire à la divinité de son auteur, pour faire croire à la divinité de son auteur contre toute apparence de raison, tous les penchants de la nature, tous les préjugés de la société, tous les intérêts humains, et avec cette force, cette rapidité, cette universalité, cette perpétuité , cette domination souveraine qui ont triomphé de tout, il ne fallait rien de moins que cette divinité même.

Aucune issue ne se présente donc à l'incrédule pour écTiapper aux impossibilités de son système.

La conduite et l'œuvre de Jésus-Christ se heurtent d'une manière désolante pour sa raison, et ne lui laiissent que le choix des inconséquences, ou plutôt les accumulent pour les lui faire dévorer toutes à la fois.

Inconséquence de voir le sage par excellence dans un homme qui aurait poussé la folie ou l'imposture jusqu'à se confondre avec la Divinité, en simuler la puissance, en dérober les adorations, en exiger les sacrifices.

Inconséquence de voir un insensé ou un imposteur dans l'auteur de la plus sublime et de la plus pure morale qui fut jamais, en qui le monde civilisé vénère un mo-

dële achevé de perfection, le type même de la sagesse et de la vérité.

Inconséquence de voir Tun et l'autre dans un même sujet, et, pour se refuser à reconnaître en Jésus-Christ un Dieu-homme, d'y voir forcément un sage et un fou, un juste et un criminel.

Inconséquence enfin de rattacher le succès le plus prodigieux qui ait paru dans le monde à une grossière imposture qui, outre les obstacles extérieurs qu'elle aurait surmontés d'une manière déjà humainement inexplicable, aurait porté en elle-même des contradictions qui auraient dû la confondre, quand bien même tout eût concouru pour la favoriser.

L'incrédulité se trouve ainsi obligée d'admettre tour à tour, et même à la fois, le oui et le non, le pour et le contre, le mensonge et la vérité, la lumière et les ténèbres, et de les embrasser, de les accoupler monstrueusement dans sa raison^.

Mais cette raison rejette à la fin tant d'inconséquences, et, reprenant son libre exercice, elle s'affirme à ellemême qu'ayant nécessairement à opter entre la divinité et rimposture de Jésus-Christ, elle ne saurait hésiter à embrasser la croyance à sa divinité.

La divinité de Jésus-Christ se présente environnée de mystères.

L'imposture en Jésus-Christ se présente hérissée d'absurdités.

Les mystères qui touchent à la divinité de Jésus-Christ sont de l'essence de cette divinité même, et appartien-

1 . M. Benan semble n^avoir écrit sa Vie de Jésus ^ que pour faire ressortir l'inexorable logique de cette conclusion, en donnant pour ainsi dire en spectacle cette nécessité de déraison de Tincrédulité.

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