LA PERSONNE DB JÉSUS-CHRIST
nent à un ordre surnaturel qui doit nécessairement les comporter, et où la raison peut les admettre.
Les absurdités que traîne après elle Timposture en Jésus-Christ bouleversent Tordre naturel des choses qui sont le plus du ressort de la raison, et où celle-ci ne peut les souffrir sans abdiquer.
L'incrédulité croit faire acte d'indépendance en rejetant la croyance à la divinité de Jésus-Christ, et elle ne s'aperçoit pas qu'elle ne peut le faire qu'en tombant aussitôt sous le joug de la croyance à son imposture, cent fois plus coûteuse à la raison.
La question n'est pas, Croire ou ne pas Croire; mais, Croire ceci ou cela.
Si croire, en effet, c'est admettre ce qu'on ne comprend pas, il est incontestable qu'on ne comprend pas l'imposture en Jésus-Christ, et qu'en ce sens il y a croyance, comme dans le cas d'admission de sa divinité.
Mais il y a cette énorme différence que croire à la divinité de Jésus-Christ, c'est croire ce qui, de sa nature, doit être incompréhensible dans son objet; mais ce qui est démontré vrai dans ses fondements : un phénomène divin, qui comme tel est objet de croyance; mais historique, et comme tel objet de raison : ce qui est en un mot de foi raisonnable.
Tandis que croire à l'imposture de Jésus-Christ, c'est se résigner à admettre, sans la comprendre, une chose qui de sa nature doit être compréhensible : un phénomène purement humain; c'est aveugler à plaisir sa raison, et l'interdire dans le champ de son exercice naturel : bien plus que cela, c'est admettre ce qu'on comprend trèsbien, mais ce quon comprend très-bien être faux et impossible^ et aller contre les lumières de sa raison.
Et c*e&t là précisément ce qui fait que la foi chrétienne est essentiellement raisonnable , quoique son objet soit incompréhensible : c'est que son contraire est absurde. — Et encore son objet n'est-il pas tellement incompréhensible qu'il ne soutienne lui-même admirablement sa divinité, nous l'avons vu, aux yeux de la raison.
Couronnons cette étude par un jugement célèbre sur la grande vérité qui en est l'objet.
Nous voulons parler du jugement de Napoléon sur Jésus-Christ.
On sait que vers la fin de sa vie, et dans cet intervalle qui lui fut laissé entre le trône et le tombeau, ce grand tiomme, grand par la nature et par la fortune, et doublement instruit par les succès et les revers, se donnait, du fond de son exil, le grand spectacle des choses humaines; et que cette activité qu'il avait mise à en faire les destinées, il la mettait à les juger. Du haut de son génie et de sa fortune, à la distance où celle-ci l'avait jeté de la scène du monde, comme pour lui en ménager la perspective et lui donner par avance les vues de la postérité, son regard parcourait le champ de l'histoire, et, s'y voyant luimême le premier^ il en mesurait toutes les grandeurs à la sienne, et se mêlait familièrement aux plus illustres.
Une seule l'arrêta, et lui parut d'autant plus surhumaine qu'elle le dépassait infiniment. Jaloux toutefois, comme ufl des plus fiers représentants de Thumanité, de ne pas s'en laisser imposer, mais aussi dans une situation où il n'avait plus à compter qu'avec la vérité, il appliqua au jugement de cette grandeur singulière toute l'expérience qu'il avait des hommes et des choses, et en particulier celle de l'art du succès, qu'il avait si bien employé