I.B9 ÉVANGILES. 9i
préteadDu Supportant le poids du jour et de la chaleur^ Us n'ont laissé prendre pied à aucune erre^r, à aucoi^ préjugé^ et ont tenu le champ de la vérité libre de toute usurpation, jusqu'au jour où elle est revenue l'occuper elle-même. Ils ont fait voir, aux esprits sérieux qui les relisent encore, que la fpi chrétienne est vérité ; que squs sa simplicité apparente elle recèle toute une armée de preuves aussi nombreuses et toujours plus fortes que les objectiojps, et qu'à, quelque degré qu'on creuse dans ses fondements, sur quelque point qu'on l'attaquet QQ. ne peut que s'en retirer confus. Enûn, ils ont aiguisé des armes pour les luttes à venir, et, dignes successeurs des Origine^ de$ Cyrille, et des Eusèbe, ils ont préparé aux Juliens et aux Voltaires futurs de sûres défaites.
Grâce à Dieu, nous n'avons pas en présence de tels adversaires, et nous pouvons parler le langage du sens commun et de la simple vérité, certains que l'exigence de nos lecteurs ne dépassera pas la mesure du bon seps
et de la bonne foi.
Dans cette persuasion nous justifierons, comme nous avons f^it jusqu'ici, la vérité évangélique paf des rajisqijT neinents pjiilosophiques, par des argument? pioraux, pp^ nous appuyant sur des faits, mais ssais nous y e^fo^cef ^
Reprenant la position naturelle à notre sujet, nous dirons dès l'abord :
1. Nous craignons fort de manquer à notre parole, et de céder un peu à cette tentation de détail que nous venons de reproeher à nos Tënérablea devanciers. Mais il y a cette dififérence entre leur ppsitipn e^ la nôtre, que pour eux c'était la tentation du besoin^ et que pour nous e'est la tentation des rkhwes t doim Tenon» comme m fitU prodii^uo après un père avare.
92 CHAPITRE lU.
Voilà les Évangiles, c'est-à-dire, quatre histoires contemporaines de la vie de Jésus-Christ : pourquoi ne pas les croire authentiques? pourquoi ne pas les croire vrais?
Vous vient-il dans l'idée de suspecter l'authenticité des Annales de Tacite, des Commentaires de César? Non, certes. Eh bien donc, par quel privilège de défiance l'authenticité des Évangiles trouverait-elle moins de crédit auprès de vous?
Y a-t-il quelque motif de suspecter cette authenticité? a-t-on découvert quelque preuve, quelque indice même, qui mit sur la trace d'une supposition ou d'une altération de ces histoires? Nullement. — Sont-elles démenties par d'autres histoires contemporaines, ou en contradiction avec les circonstances et les mœurs au sein desquelles elles paraissent avoir été écrites? Loin de là, elles sont dans le plus parfait accord avec elles. — Sont-elles dépourvues de ce cachet de vie et de sincérité qui nous persuade dans les autres histoires que nous admettons ? Au contraire, elles le portent au plus haut degré. — Sont-elles enfin accompagnées de ce soupçon accusateur qui ne manque jamais de s'attacher aux œuvres apocryphes? Tant s'en faut : jamais livre n'a joui de plus de confiance; il a toujours été tenu pour la vérité même, à ce point qu'on en a fait la base du serment.
Puis donc que tous les caractères de l'authenticité se rencontrent dans ce livre, pourquoi, je ne dirai pas la méconnaître, mais la mettre seulement en question ?
J'attends une raison, une bonne raison, moins que cela même, une de ces raisons discutables par lesquelles on a. pu prétendre, par exemple, que le passage de Josëphe, relatif à Jésus*^hrist, n'était pas réellement de cet historien.
LB8 ÉTAM61LB8. 93
Mais non : c*est sans aucune ombre de raison que quelpes sceptiques soulèvent cette question et la résolvent, ou plutôt la tranchent d'un geste, comme si ces forts esprits qui demandent tant de preuves étaient dispensés d'en donner.
Car c'est à eux à en donner ici ; ce sont eux qui viennent contester une authenticité universellement reçue, c'est donc à eux à fournir les raisons de leur incrédulité. Les Évangiles sont en possession de cette authenticité : qu'ils la leur enlèvent !
Or, voulez-vous savoir le solide argument par lequel ils croient y parvenir? le voici : — Il est possible que les Évangiles ne soient pas authentiques; donc il ne faut pas les tenir pour tels. — C'est à ce fondement que se réduit Tincrédulité.
Mais quelque pitoyable que soit ce fondement, il est aisé de l'anéantir, et d'enlever jusqu'à cette possibilité que les Évangiles ne soient pas authentiques. Nous nous réservons de le faire. Il suffit, quant à présent, du bon sens pour en avoir justice.
Quel bon sens, en effet, que les Évangiles aient pu ainsi surprendre la foi du genre humain ! qu'il ait pu se trouver une main assez cachée, assez adroite, assez heureuse, pour les glisser partout, et les faire prévaloir à tel point qu'on n'ait jamais pu savoir où, quand, ni comment elle aurait préparé ou consommé son imposture! Si cela était possible, il faudrait douter de tout, toute authenticité historique serait ébranlée; pas un livre, pas un document ne resterait debout : ou bien il faudrait admettre pour le seul livre des Évangiles une suspension des lois de la vérité historique, et se jeter, pour ne pas y croire, dans un prodige plus grand que ceux qu'on veut éviter.
it tatknxKE m.
Et tépeTL&Éùt telle ^t la disposition de certaiiis eq[)ril3, qnMls ïeftisent tout crédit à ce saint livre ; qu'il suffit dé le citer pour ne pas être cru ; et qu'auprès de lui il n'y a pas de Si ïnéchant livre païen qui n'obtienne la préférence. Je parle au point de vue historique; car, par une contradiction de plus, ce même livre, qui n'est qu'un tissu de fables quant aux faits, est tout d'or quant aux idées ; et ils entourent d'un respect solennel et enthousiaste l*objet1néme de leur superbe et méprisante incrédulité.
Nous Ti'insistons sur ce travers que parce qu'il a gagné quelque^ esprits de bonne foi, mais irréfléchis, qui ne s'en rendent pas compte, et aux yeux desquels îl est boû de le fàffre ressortir.
Mais ce n'est pas assez de le faire ressortir^ il faut ^ chercher la racine : nous croyons l'avoir bien sateîo, et la voici :
En lui-même, et abstraction faite de son objet, le livre des' Évangiles n'aurait jamais soulevé d'incrédulité. On lui aurait accordé la même créance qu'à tout autre, on aurait même vu en lui des conditions d'authenticité toutes particulières, uniques, et on aurait renvoyé aux Petites- Maisons le 'piremier fou dans la tête duqueil il 'aurait «pu tomber que l'histoire qu'il renferme ait été inventée à plaisir. Ainsi ferait-on en effet aujourd'hui do celui qui nierait Texisfelnce et les faits deSocrate ou de César, moins attestés cependant en eux-mêmes que ceux de Jésus- Christ. — Maïs voîci la différence : c'est que les faits de Sofcrate et de César sont des faits naturels, tandis que les Uîis de Ïésuis-Chrîst sont surnaturels; c'est- que ceux-là nous sont étrangers et ne nous demandent aucun sacrifice, taddis qtte ceux-ci nous pénètrent, nous saisissent,
LES ÉTANOIIAB. 98
et noQs obligent à les imiter et à les suivre atee rantorité d'an Dieu : voilà la différence. — Et alors on dit (non sans une apparence de raison, je le reconnais) : a Un fait naturel et sans conséquence est croyable et admissible de sa nature ; et s'il vient à être prouvé, la preuve em* porte son admission, parce que d'ailleurs rien ne s*y oppose. Mais un foit surnaturel, un fait dont la conséquence domine et subjugue la raison, la volonté, un tel fait porte en lui-même un obstacle auprès duquel viennent mourir tous les traits de l*évidence naturelle des choses. On a le droit d'exiger des preuves qui soi^t à sa hauteur, c'est-à-dire, surnaturelles. Or, la vërité *de l'Évangile ne repose que sur des preuves naturelles, cent fois sufQsantes pour un fait naturel, mais insuifisantes pour un fait surnaturel. »
Voilà bien l'objection, si je ne me trompe.
Voici la réponse :
Il est contradictoire de vouloir en dernier ï^ssoH Une preuve surnaturelle d'un fait surnaturel ; car que "povtrait être cette preuve surnaturelle elle-même, (Ju'un autre fait surnaturel qui aurait lui-même besoin d'une autre preuve surnaturelle, et ainsi sans fin ? Évidemment c'est un cercle vicieux.
Par exemple, en preuve de sa divinité, JésUs-Chri^ ressuscite Lazare. Ce fait de la résurrection de Lazare est un fait surnaturel qui prouve la puissance strmaturelle de Jésus-Chrtet : Voilà qui est bien. — Mais ce fait luimême -de la résurrection de Lazare, comment le protiver autrement que par une preuve naturelle? Les téniOiûi^ eux-mêmes de cette résurrection, qfueMe preuve >dnt41S pu en avoir que la preuve naturelle de visuy par laquelle ils jugeaient tous les faits ordinaires de^^eette vie?
96 CHAPITRB m.
Et la raison de ceci est bien simple : c*est que Thomme étant le but de la preuve, il faut que celle-ci soit conforme à la nature de Thomme et s'y adapte, soit naturelle et humaine par conséquent, sous peine de manquer son but.
11 faut donc admettre nécessairement une preuve natuelle, comme la seule accessible à Thomme pour saisir un fait surnaturel. Plus ou moins forte et directe, cette preuve, en définitive, ne pourra jamais être qu'une preuve simplement naturelle.
Ramenée à ce point, je conçois que Texigence de la raison soit grande. Mais enfin, quelque grande qu'elle soit, elle doit avoir des bornes, sous peine d'être déraisonnable ; et ces bornes doivent être ceiles de la nature des choses.
Donc, si la vérité des Évangiles est aussi bien prouvée que la nature des choses le comporte; si toutes les conditions s'y trouvent portées au plus haut point, si la mesure en est comble, s'il n'y a pas place au plus petit doute légitime en cette matière, il faudra bien admettre les Évangiles.
On ne pourrait en effet s'y refuser qu'en rayant la preuve historique de la liste des preuves naturelles, ou bien en revenant à dire qu'il faut plus qu'une preuve naturelle.
Or, nous avons vu qu'il est absurde, dans tous les cas, de vouloir plus qu'une preuve naturelle. Il est incontestable, d'un autre côté, que la preuve historique, lorsqu'elle est parfaite dans son genre, est une preuve naturelle décisive, et qu'on ne peut rejeter sans folie ^. Donc, si
1 . Nous nous réservons même de t&ire voir qu^elle est, à certains
toutes les conditions de cette preuve se trouvent dans les Evangiles, il faudra admettre les Évangiles.
Dés qu'on a la preuve, la preuve incontestable d'un fait, il faut bien rationnellement admettre ce fait. Qu'importe, après cela, qu'il soit naturel ou surnaturel? la preuve en est-elle moins preuve? le fait dès lors en est-il moins certain?
Il ne faut donc se préoccuper de ce qu'il y a de surnaturel dan& les faits évangéliques, que pour exiger que la preuve en soit aussi parfaite qu'on peut naturellement l'exiger. Au delà il ne faut plus s'en préoccuper, sous peine de tomber dans les inconséquences que nous venons de faire ressortir.
Voilà la réponse à l'objection qui est la source secrète de l'incrédulité aux Évangiles : c'est une incrédulité quand même^ c'est-à-dire, sans raison.
Nous avons anticipé, pour résoudre cette objection, sur ce que nous aurons à dire avec plus de développement dans l'étude sur les miracles; rentrons maintenant dans notre étude sur les Évangiles.
Leur authenticité est-elle certaine?
Nous avons déjà vu que rien n'autorise à la mettre en question, qu'elle est notoire^ et qu'il n'y a pas plus de raison de la suspecter que celle des monuments historiques les mieux établis.
Mais ce n'est pas assez, et j'ajoute que les Évangiles se trouvent dans des conditions d'authenticité telles, qu'elles excluent jusqu'à la possibilité de leur supposition ou de leur falsification, et que cette authenticité est nécessaire.
égards, plus forte que la preuve de visu» Il nous suffit, quant à prêtent, qu'on reconnaisse qu'elle est en elle-même décisive.