IV. û
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Et d'abord, reconnaissons qu'à Theure qu^il est les Évangiles sont tellement répandus dans le monde, tellement contrôlés par Fusage qu'on en fait, tellement consacrés par la vénération et la foi de la société chrétienne, qu'il serait absolument impossible d'y rien ajouter ni retrancher, de manière à faire prévaloir ces altérations sur le véritable texte reçu : cela est incontestable. Les Évangiles jouissent même à cet égard d'un privilège de conservation unique, et dont pas un seul autre livre n'est pourvu (et ce que nous disons des Évangiles, nous pouvons le dire du corps entier des saintes Écritures). Ce privilège se compose de deux éléments qui se combinent d'une manière merveilleuse pour l'élever à la plus haute puissance. Le premier est l'autorité catholique, qui^ du haut de l'Église, veille au^ sacré dépôt; le second est la multitude des fidèles répandus par tout l'univers, qui, par l'usage qu'elle fait de ce dépôt, en entretient elle-même la surveillance et en atteste l'intégrité. Je fais abstraction ici de V infaillibilité de l'Église, je ne la regarde que dans son organisation humaine, et j'y vois deux puissances admirables de conservation de la vérité des Écritures : l'autorité qui empêche la multitude de tçmber dans l'erreur ; la multitude qui empêche l'autorité de tomber dans l'arbitraire. L'autorité voudrait porter une main arbitraire sur le corps des Écritures, qu'elle ne le pourrait pas, empêchée qu'elle serait par les millions de regards, de voix, de plumes, qui lisent, chantent, expliquent, commentent, transcrivent les Écritures pat tout Tunivers. -^ Et, d'un autre côté, cette multitude ne peut s'égarer, se méprendre, et fausser en rien les Écritures dans l'usage qu'elle en
fait, réglée qu'elle est par une autorité qui en maintient
le corps et en exprime la pureté.
Il faudrait admettre que la multitude et rautorité s'entendissent pour commettre une falsification, ce qui est manifestement impossible, parce qu^alors il n'y aurait personne de trompé, et que la falsification serait trahie par sa propre évidence.
Et encore ce concert impossible, je l'admets : alors même je' dis qu'il viendrait échouer contre un obstacle insurmontable, un témoin incorruptible : — l'hérésie.
La falsification en question, en effet, devrait avoir un but, sans quoi elle est absolument inimaginable ; ce but ne pourrait être que de tromper quelqu'un qui devrait être autre que le falsificateur lui-même, autre que le Catholicisme par conséquent, qui, dans la supposition, serait ce falsificateur. Ce quelqu'un qu'on aurait en vue de tromper ainsi ne pourrait donc êlre que l'hérésie ; or, je laisse à penser si la chose serait possible ! L'hérésie, qui ne reconnaît aucune autorité que celle des Écritures, qui concentre sur elles seules toutes ses prétentions, qui les oppose sans cesse, comment admettre qu'elle les laisserait altérer par son éternelle ennemie l'Église, et altérer à son détriment? Quel beau texte de récrimination contre une Eglise qui l'accuse de variation et de nouveauté, que cette nouveauté criminelle? Evidemment il y a là un obstacle infranchissable à la corruption des Écritures par l'Eglise, et réciproquement par l'hérésie; car, bien que Thérésie soit intéressée à cette corruption, à raison du besoin qu'elle a de justifier ses nouveautés, cependant l'Eglise est trop intéressée, de son côté, à confondre ces nouveautés, pour laisser passer un pareil nioyen de justification.
Et remarquez, sous ce rapport, comme les rôles sont admirablement partagés : d'un côté, vous avez pour TAncien Testament, les Juifs; de l'autre, vous avez pour le Nouveau, les hérésies chrétiennes ; et, au milieu, l'Église catholique, qui est en butte à leurs attaques, et qui les surveille.
Comment tant d'intérêts opposés pourraient-ils se prêter à une falsification du corps des Écritures, commun à tous? Comment admettre que les Juifs aient laissé passer la supposition des Évangiles, qui les confond par leur rapport avec les prophéties ? Comment admettre que les chrétiens laisseraient passer une altération des prophéties, qui leur importe à un si haut degré par ce même rapport? Et, parmi les chrétiens, comment admettre, entre l'Eglise catholique d'un côté et les hérésies de l'autre, une supposition quelconque, dont le but é^ant nécessairement de blesser l'une d'elles, soulèverait par cela même une éclatante réclamation?
Eh bien ! je veux cependant encore admettre ce surcroît d'impossibilité, et j'accorde qu'à un moment donné les catholiques, prêtres et fidèles, les hérétiques avec leurs mille sectes, et les Juifs dans leur dispersion, aient fait une trêve solennelle, et cependant assez secrète pour que rhistoire n'en ait pas gardé la moindre trace, et que l'objet de cette trêve ait été de falsifier les Écritures de concert , et dans je ne sais quel intérêt. Dans ce cas monstrueux d'impossibilité, il y aurait encore un ennemi commun qui aurait fait avorter cette tentative insensée, et l'aurait couverte de confusion : cet ennemi, c'est l'incrédulité.
L'incrédulité à laquelle on oppose de toute part les Écritures, cette incrédulité à laquelle je m'adresse en ce
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moment, a-t-elle, oui oa non, intérêt à les discuter, à les contredire, à les confondre? C'est à l'incrédule à se le dire à lui-même. A-t-elle usé de cet intérêt, de ce droit? Elle en a usé et abusé jusqu'au fiel, jusqu'au sang. Comment donc aurait-on pu tromper tant d'acharnement, tant de haine? et qui ne voit enfin que l'éYidence de cette impossibilité est à bout?
Ramassons tout ce que nous venons de dire, et pressons-en le dernier résultat.
!<" A l'heure qu'il est, les Écritures ne sont pas seulement dans les mains du pape, des cardinaux, des évêques, des prêtres, disséminés dans tout l'univers, mais encore de la multitude innombrable des fidèles catholiques; et leur usage dans tant de mains en rend la falsification impossible, parce que cette falsification ne pourrait provenir que de l'arbitraire de l'autorité ou de l'erreur des fidèles, et que les rapports de la multitude des fidèles avec l'autorité des pasteurs sont tels, qu'autant cette multitude empêche cette autorité de tomber dans l'arbitraire, autant cette autorité empêche cette multitude de tomber dans l'erreur (sans parler du privilège de l'infaillibilité).
^ En admettant que cela f&t possible, il y aurait encore un nouvel obstacle : c'est que les Écritures ne sont pas seulement dans les mains des catholiques, mais encore dans celles des hérétiques, ennemis des catholiques; et dans celles des Juifs, ennemis des chrétiens; et qu'il faudrait surprendre la vigilance ou obtenir la complicité de tous ces hérétiques et de tous ces Juifs, lesquels ne sauraient s'y prêter qu'à leur détriment, et par conséquent sans abdiquer.
^*> Enfin, ei> dehors des catholiques, en dehors de»
hérétiques, en dehors des Juifs, il reste encore d'autres surveillants des Écritures, et ce sont les incf édûlês, lesquels, toujours en guerre avec la foi, toujours'attaquant, toujours attaqués, et attaqués par les Écritures, ne saleraient les laisser falsifier contre eux sans pousser up cri d'autant plus fort, d'autant plus terrible, que* oe serait cette fois-ci le cri de la vérité.
Voilà ce qu'on j)eut dire de là situation actuelle dès Écritures.
Or, — notez bien ceci, •— cette situation à tomot^rs été la même.
Toujours il y a eu des pasteiirs et des fidèles dans l'Église catholique, toujours il y a eu des hérétiques et des Juifs en dehors de cette Église, toujours il y a eu dés incrédules en dehors des hérétiques et des Juifs; et toujours incrédules, Juifs, hérétiques et catholiques, ont eu les mômes Écritures sous les yeux, dans les mains; toujours enfin ils ont été respectivement Içs uns à tégard des autres dans un état d'hostilité exclusif de toute colïusion ou de toute tolérance, pour commettre ou souffrir la plus légère supposition dans un corps de titres qui les intéressent tous également.
Voltaire appelle quelque part le? Écritures &(?o$^ter de
" fi*»'
la partie adverse. C'est fort bien dit. Or, ce dossier n'a cessé d'être donné en communication^ depuis l'origine du procès, à toutes les parties qui y figurent contre nous, Juifs, hérétiques, et incrédules. Ils l'ont toujours eu dans les mains, nous le leur avons mis nous-mêmes, nous les avons forcés aie lire et à le discuter en le leur oppo§^nt. Ils l'ont retourné de toute manière pour leur défense ou pour leur attaque ; ils en ont fait leur proprç dossier en le commentant, l'interprétant, le torturant, pour en tirer
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contre nons mille inductions fausses et sacrilèges. Et c'eët ee éùssier^ tout froissé par leurs propres mains pendant dix-huit cents ans, tout chargé de leurs injurieuses objections, tout souillé du venin de leur impiété, qu'ils BOUS rejettent aujourd'hui^ comme suspect d'inauthenticité?... fls ne sont plus recevables^ ils ne Font jamais été, parce que les Écritures ne leur ont jamais été cachées, et qu'elles ont été écrites sous leurs propres yeux, sous les yeux des Juîfe et des païens, qui en égorgeaient les auteurs, mais qui ne les démentaient pas.
Tout au moins devrait-on rapporter autre chose qu'un simple soupçon vague et inarticulé, une pure allégation, moins que cela, une simple possibilité d'inauthenticité; car voilà tout ce qu'on soulève contre les Évangiles. C'est se moquer ouvertement du bon sens et de la vérité, que d'émettre un tel soupçon en présence de la libre et incessante publicité de discussion et d'examen dont nos Écritures ont été l'objet depuis Tinstant de leur création. Si leur authenticité était réellement contestable, ce ne serait pas un simple soupçon, mais une preuve accablante qu'on devrait produire, parce que leur supposition n'aurait pu être que manifeste. Mais c'est à cause de cela même qu'on ne rapï)orte pas une telle preuve, parce que ce qui fait que cette supposition ne pouvait être que manifeste fait qu'elle était impossible.
Ce qui enfin achève de confondre ce singulier soup^ çon, c'est qile les premiers incrédules, Juifs, hérétiques et païens, en qui l'incrédulité était fortifiée par des préju^ de naissance et des raisons d'État, et qui n'ont dé- ' pleyê fli moins de vioieùce ni moins d'Iiabileté contre }^ GhristiatmsHie que leS îhcréàules modernes, né l'ont pâ? partage;' qUMlé'â^oût jamaié élevé le plus léger dput^ sur
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l'authenticité des Ëcritores» des Évangiles en particulier; et cela, bien qu'ils en aient fait le champ banal de leur discussion, et que, contemporains de leur origine, ils aient été en position de démentir celte authenticité s'ils Teussent pu : mais ils ne Tout pas même osé, eux qui osaient, comme nous l'avons dit, en immoler les auteurs. C'est qu'on ne peut pas immoler la vérité.
Il nous semble que, dans tout ce que nous avons dit jusqu'ici, il y a de quoi fixer un esprit bien fait; car nous lui avons montré en premier lieu que, par cela seul qu'il n'y avait nulle raison de suspecter l'authenticité dont les Évangiles sont en pleine possession, il fallait l'admettre, puisque telle est la règle sur laquelle reposent tous les fondements de l'histoire; — en second lieu, que les Évangiles sont et ont toujours été dans des conditions de controverse et de discussion telles, que la simple possibilité de leur supposition ou de leur altération est radicalement inadmissible; que tout au moins devrait-on rapporter une preuve éclatante d'une telle supposition, parce qu'elle n'aurait pu être que manifeste; mais qu'on ne le fait ni saurait le faire, parce que ce qui aurait rendu cette supposition manifeste la rendait par cela môme tmpossibk.
Nous pourrions nous en tenir à ces vues générales et ne pas sortir de la défensive, car nous avons pour nous la force des arguments moraux, et cette force n'oblige pas moins que celle des faits; elle est même plus rigoureuse à certains égards ; elle est dans tous les cas éminemment légitime et juste, lorsqu'elle n'a à combattre que des arguments de même nature. Et puis, d'ailleurs, n'est-ce pas un fait, et un grand fait, que la possession universelle ^authenticité en laquelle sont les Évangiles?
N*est-ce pas encore un fait, et un grand fait, que Yabsenee de tout fait contraire, surtout dans la position avantageuse où serait l'incrédulité de relever un pareil fait, s'il existait? N'est-ce pas un fait, et un grand fait, que les Évangiles aient toujours été dans les mains de nos adversaires^ , Juifs, hérétiques, ou incrédules; qu'ils aient été écrits en leur présence, et qu'il ne soit venu à leur pensée d'en contester l'authenticité que dans les siècles postérieurs? Or, telles sont les simples et larges bases sur lesquelles nous avons élevé notre argumentation : en fait et en raisonnement elle est donc complète.
Néanmoins, nous allons la porter plus loin. Prenant d'une main le flambeau de l'histoire, de l'autre, celui de la critique, nous allons faire toucher au doigt l'authenticité et l'intégrité des Évangiles, en les montrant de tout temps et dès leur origine tels qu'ils sont de nos jours, tels qu'ils sont sortis de la plume de leurs auteurs. L'authenticité des Évangiles ne sera pas alors seulement notoire, nécessaire^ mais elle sera manifeste,
S ni.
Posons une règle. — * Les Évangiles, incontestables, sont cependant contestés : c'est la pièce à vérifier, — Pour opérer cette vérification, prenons des titres, des écrits, non-seulement incontestables, mais incontestés, reconnus de toutes parties comme authentiques et véridiques; — rapprochons les Évangiles de ces écrits, et voyons ce que ceux-ci en témoignent. — La règle est sûre, elle est juridique; et si nous voyons les Évangiles reconnus et visés dans ces pièces de comparaison incontestées, il faudra bien nécessairement reconnaître qu'ils participent de
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leur authenticité, et qu'ils ne peuvent pas avoir été Tobjet d'une supposition postérieure.
Comme il est inutile de s'arrêter à des temps qù }es Évangiles étaient évidemment réputés partout authentiques, et que toute la difficulté imaginée à leur égard se rapporte aux temps primitifs, abordons ces temps primitifs.
— Le premier monument qui se présente en remontant est THistoire ecclésiastique d'JEusèbe, écritç y^rsl'an 324. Cet historien, faisant le catalogue 4es givres ^^rés, met au premier rang les quatre Évangiles (de saint Matthieu, de saint Marc, de saint Luc, et de saint Jean), les Actes des Apôtres, les Épîtres de saint Paul, la première de saint Jean, et la première de saint Pierre, « Vodlà, « dit-il, ceux qui sont reçus d'un consentement univbîia sel\ » Ce témoignage est positif, nul n'a jamais songé à le contester ; et il en résulte que les Évangiles étaient, au commencement du quatrième siècle, en possession de la môme réputation d'authenticité que de nos Jours, Il est donc au moins démontré qu'ils n'ont pas été supposés depuis cette époque.
— Le second témoignage marquant qui nous frappe ensuite, en remontant, est celui d'Origène^ ^ûf^t il faut placer les écrits vers l'aii 245, un siècle avapt Eus$be,Çe grand docteur nous dit, au commencement de sion commentaire sur saint Matthieu, qu'il a appris par 1,35 tradition qu'il y a quatre Évangiles qui sont seuils reççs sans
CONTESTATION DANS TOUTE L'ÉGLISE Dig DiEU QUJ EST SOUS LE
CIEL, quœ sola in universa Dei Ecdesia ^uœ &ub cœlo est, citra controversiam admittuntur : celui de saiQt Ms^tthieu,