PROLOGUE
quelles frêles illusions se composent et s'entretiennent quelquefois nos plus graves jugements! Et on vit en paix comme cela ! et on meurt ! On meurt dans un état dont on aurait terreur soi-même, et dont on aurait h&te de sortir si on s'en apercevait; on le soupçonne quelquefois, et on s'en va avec ce soupçon ! ! ! « En vérité, comme dit ce Pascal, il est glorieux à la Religion d'avoir pour enne- « mis des hommes si déraisonnables. »
Ces considérations nous paraissent devoir réveiller vivement Tattention, au moment où nous allons présenter le tableau des preuves les plus directes de la divinité du Christianisme, et faire cet examen dont nous venons de montrer l'opportunité.
m. Une considération philosophique, tirée de l'économie générale de nos Études^ vient donner à cette dernière partie une efficacité toute spéciale et un caractère de nouveauté.
Plus on réfléchit sur les dispositions de l'esprit humain à l'égard de la Religion, plus on admire à combien peu de chose tient souvent l'illusion de l'incrédulité, et par quels jeux de lumière, pour ainsi parler. Dieu a permis que l'aveuglement pût se faire dans les esprits vains, qui ne mettent pas à la recherche de la vérité tout l'empressement dont elle est digne» et méritent l'erreur qu'ils convoitent.
Nous nous sommes demandé souvent comment <les preuves aussi irréfragables que celles qui sont tirées des faits évangéliques, des preuves telles qu'après tout on n'y a rien objecté de sérieux et de réel depuis dix-huit cents ans qu'elles sont exposées à la contradiction, contre lesquelles Voltaire n'a pu être que bouffon, Rousseau que
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sophiste, qui ont forcé au silence ou k de vains feuxr: fuyants tous ceux qui ont voulu les renverser, et les ont vus même souvent, par la plus étrange contradiction, tomber à genoux devant cette même vérité qu'ils blasphémaient; — nous nous sommes demandé, dis-je, comment /de telles preuves ne faisaient pas une impression également souveraine sur tous les esprits, et copiment, toujours victorieuses, elles n'étaient pas toujours convaincantes?
La solution de ce problème nous a paru venir de deux causes : Tune qui tient à une disposition morale, Fautre à une disposition rationnelle de Tesprit humain.
Et d'abord, pour oe qui tient à la disposition morale, c'est une erreur dont on ne se défend pas assez, que de penser que la croyance des faits est toujours indépendante de la volonté ou de l'état moral de notre esprit, et que cette croyance dès lors n'est susceptible ni de louange ni de blâme. Combien disent : & Les preuves de la Religion ne font pas sur moi une impression convaincante; cela ne dépend pas de moi; on np peut se donner la foi, etc. » : et ils s'endorment sur cet oreiller ! Si ce langage était juste, il y aurait, certes, bien lieu de s'étonner que ces mômes preuves, qui déterminent la foi de l'un, ne fassent aucune impression sur l'autre, alors que l'un et l'autre onl souvent la même portée de jugement, et se trouvent d'accord sur tout autre sujet d'examen. Gomment deux hommes auront-ils généralement la même manière de voir sur toutes choses ordinaires, et cesseront-ils soudainement de s'entendre quand ils viendront à juger le^ preuves de la Religion? comment ce dissentiment aussi profond sur un seul point, comme si Tun des deux eût tout à coup perdu le jugement? Chose d'autant plus singulière que ce point de dissentiment consiste souveiU
4§ps ce guMl y a de moip^ vagQe, 4e pla9 précis, de pins déterminé de sa nature : vm fait : les prophéties par exemplp, les miracles, etc.. D'pik cela yient-ii?... Gela yient de ce que, toutes les foi$ qu'ion fait se trouve lié d'une manière intime ^vec nu principe général, notre façon dp considérer ce fait doit être affectée nécessairement par le point de vue sous lequel nous considérons le principe. C'est ^in$i, et uniquement ainsi, qu'on peut se rendre compte delà (jiYfirçité extraordinaire des croyances humaines en ce qui concerne les fçtif^ politiquea, comme par exemple les çomplot3 et conspiration^ coQtre le gouyernement, et les (}ifférpnts caract^re^ deç hommes poli*tiques qui ont gçcupé d^ haut^^ sf^u^tiqps. A Tégard de la plupart des faits '})iQraux, cette 4iver^ité de situation n'est pas mpin$ reg^arfmabïe. 0u.elque^ personne^ pa* raiss^nt prqsque incapabj^^ d.Q cpipe s^ux grands e^^emples de générosité et dp (léâinlére^^xnent. Néron pouyait-il admettre ayec cpnfiance i^ne histoire comme celle de Godrus? Un liberliq pg croit; pa^ à l^ye^lu de§ femmes, un esprit fort ne croit pa$ à {a vertu des prêtres, etc. Nous pouvons ainsi, dans non^hre de ca^, prédire avee quelque confiance la manière dont le récit de certains faits sera accueilli par telles ou telles persqnnp^. La persuasiqq d'^dlû|s3ion ou le rejet de ces faits peut être quelquefois involontaire dans le premier inpi^en^, c'est-ô.-, dire, se trouver la conséquence inévitable d'un caractère moral déjà bien arrêté ; mais alors ce caractère provient antérieurement d'une série d'actions volontaires qui le rend moralement responsable d'upe per§ua$ioi) qui au moment même pe dépend plus de lui ; et nous ne croyons pas être injuste en attachant le blâme qu Xélq^Q inqr^l i cette çimple persuasion.
Il en est ainsi de la diversité des jugements sur les faits évangéliques. Ces faits étant étroitement liés avec des principes moraux d'une haute importance, il est naturel de supposer que la manière dont ils seront reçus et la croyance dont ils seront l'objet doivent se ressentir beaucoup du degré d'estime dans lequel on tiendra les principes eux-mêmes. Ceux qui admettent les principes se trouveront disposés à admettre les faits, ceux qui repoussent les principes seront aussi naturellement enclins à l'incrédulité des faits; et comme cette appréciation intime des principes moraux est une partie de notre caractère bon ou mauvais, la disposition à la foi ou à l'incrédulité qui en résulte devient un fait libre, susceptible de censure et de blâme, et autorise vraiment à dire que la foi est une vertu, et l'incrédulité un crime. De là cette parole de TÉvangile : « Quiconque croit au Fils n'est point con- « damné; mais quiconque n'y croit pas est condamné a déjà. » — Et comment? — C'est que la lumière est « venue dans le monde, mais que les l.nmmes ont prédit féré les ténèbres à la lumière, parce que leurs actes « étaient mauvais... Tel est le motif de la condamna- « tion ^. »
i. Jean, III, 18, 19. — « La volonté, dit très-bien Pascal, est un a des principaux organes de la créance ; non qu'eUe forme la créance, a mais parce que les choses paraissent vraies ou fausses, selon la « face par où on les regarde. La voloDté, qui se platt à Tune plus « qu'à rautre, détourne Tesprit de considérer les qualités de celle c qu'elle n'aime pas ; et ainsi l'esprit, marchant d'une pièce avec la « volonté, s'arrête à regarder la face qu'elle aime; et, en jugeant par « ce qu'il y voit, il règle insensiblement sa créance suivant l'inclinaa tion de sa volonté, d — a C'est ce qui fait, dit Leibnitz, qu'une « âme a tant de moyens de résister à la vérité qu'elle connaît, et c qu'il y a un si grand trajet de l'esprit au cœur, o [Théodicép, t. II, p. 80). — Et c'est ce qui fait aussi que l'homme peut être justement puni pour n'avoir pas cru , ou pour avoir vécu dans de fausses croyances. Écoutez un des patriarches de la philosophie moderne :