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de la facilité des premiers chrétiens à être trompés, que leur confiance dans les titres authentiques de leur foi était tellement exclusive, leur défiance de tout ce qui n'émanait pas directement de la sourcç apostolique tellement absolue, qu'ils tombaient à cet égard dans l'excès; et qu'un Père du premier siècle, saint Ignace \ a cru devoir reprocher à quelques-uns de ne vouloir fonder leur foi que sur les écrits authentiques conservés dans les archives de l'Église; conduite en effet qui iie faisait pas assez de place à l'autorité non moins sacrée de la tradition, mais qui prouve le soin que l'on avait de conserver les écrits des Apôtres.
Outre les faux Évangiles dont nous venons de parier, il y avait une seconde sorXe de faux Évangiles. Ce sont ceux que les hérétiques supposaient ou falsifiaient malicieusement pour autoriser leurs erreurs. On conçoit que ceux-ci n'ont jamais pu prévaloir, et que si l'Église extirpait les faux Évangiles de son propre sein, à plus fortç raison repoussait-elle ceux que ses ennemis voulaient y introduire. Nés des hérésies, ces faux Évangiles sont morts avec elles. On peut même dire qu'ils n'ont pas vécu; car, stigmatisés par les Pères de l'Église aussitôt que forgés par les hérétiques, jamais les catholiques ne les' ont admis, et ils n'ont eu cours que parmi un petit nombre de sectaires. Ces faux Évangiles n'étaient d'ailleurs qu'une altération des véritables. C'est ainsi que l'un des plus hardis hérétiques qu'il y ait eus, Marcion, avait ^accommodé à ses erreurs l'Évangile de saint Luc. Malgré les changements qu'il y avait faits, TertuUien nous fait voir que cet évangile, ainsi défiguré, était encore assez
t. Épitre aux Philadelphiens.
conforme an nôtre, quod nostro consonat; c'est ce qui fait le sujet de son quatrième livre contre cet hérétique. On peut se convaincre, en le lisant, que Marcion n'avait retranché de saint Luc que les deux premiers chapitres, où il est parlé de la naissance du Sauveur; que, depuis le troisième jusqu'au dernier, il n'avait osé y changer que quelques paroles. Saint Épiphane rapporte de même en détail tous les changements que Marcion avait faits; pt saint Irénée atteste encore cette conformité de Tévangile de Marcion avec celui de saint Luc. C'est pourquoi Tertullien finit son livre en insultant aux vains efforts de son adversaire : « Tu me fais pitié, Marcion, lui dit-il ; tu as a U*availlé en vain ; je retrouve mon Jésus, même dans ton « évangile : Christus enim Jésus in evangelio tuo meus est, »
Voilà la vérité sur les faux Évangiles^ émanés soit des chrétiens^ so|t des hérétiques. Ils ne sont pas nommés faux parce que tout y est faux et fabuleux, mais parce qu'ils portent faussement le nom d'un apôtre ou d'un disciple du Sauveur, parce qu'il y a quelques faits faux ou incertains mêlés aux faits vrais et incontestables, et enfin parce que quelques-uns renferment une doctrine fausse. De même qu'ils ne sont pas plus anciens que la secte pour laquelle ils ont été faits, de même ils ne* lui ont pas survécu. Toutes ces fausses pièces sont tombées dans le mépris, pendant que les vrais Evangiles ont continué à ^tre deuls respectés, comme des ouvrages partis de la! {aain dea ÂpôtreSé
nous avons cru devoir entrer dans ces quelques détails fustificatifài pour ne laisser aucun doute sur le point de fait qui a servi de base à nos raisonnements. Ces raisonnements subsistent donD avec toute leur force, et il est vrai d'en conclure, comme nous l'avons fait, que l'objec-
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tion tirée des faux Evangiles ne porte pas, et qu'au contraire les /ûmj? Evangiles fournissent des arguments nouveaux en faveur de Tautlienticité et de l'intégrité de nos Évangiles.
IL Voyons maintenant la seconde difficulté, tirée des variantes. Ici encore l'objection va se transformer en preuve.
Il serait déraisonnable de prétendre que Dieu aurait dû faire un miracle perpétuel et éclatant pour préserver les Évangiles de quelque mobilité de texte, sans résultat au fond. Dieu ne fait rien d'inutile, et c'eût été inutile; Dieu ne fait rien d'extraordinaire et d'ostensiblement surnaturel que dans la mesure nécessaire pour motiver notre foi. Au delà il enveloppe son action sous la marche naturelle des choses humaines, et reprend sa nature de Dieu caché^. C'est alors à notre foi de s'exercer pour le découvrir; il suffit qu'elle ne puisse pas être trompée.
A la lueur de ce principe, dirigeons-nous dans l'examen de la difficulté tirée des variantes.
Il était naturel qu'il survînt des variantes dans les manuscrits des Evangiles. Tel a été le sort de tous les manuscrits anciens. La main des copistes et des traducteurs, à moins d'être dirigée extraordinairement par Dieu, devait inévitablement commettre des transpositions, des synonymies, des lapsusy et autres inexactitudes semblables, dont le grand art de l'imprimerie est venu purger les monuments de l'esprit humain. Ce qui est arrivé aux Evangiles est arrivé aux écrits de Cicéron, d'Horace, de Virgile. Malgré cela, les plus sévères critiques croient posséder le texte autlientique de ces auteurs. Pourquoi