I»aïe XLV
donc ne croirait-on pas posséder pareillement le texte authentique des Evangiles? Si les variantes étaient on motif suffisant pour les faire rejeter, ne faudrait-il pas rejeter pareillement tous les livres de l'antiquité?
Il devait arriver môme , selon Tordre naturel des choses, que les Evangiles se chargeassent d'un plus grand nombre de variantes que tout autre livre que ce soit, parce que, depuis qu'il est des livres dans le monde, il n'en est aucun qui ait du être lu, copié, traduit, commenté aussi souvent, en autant de lieux, et par autant de lecteurs, de copistes, de traducteurs, d'interprètes que celui-ci ^
On ne devra donc pas s'étonner que le nombre de ces variantes, d'après le calcul des plus habiles critiques, ait été de plus de trente mille.
Mais ce dont on devra s'étonner, c'est que, dans ces trente mille variantes, il ne s'en soit pas trouvé UNE SEULE qui affectât le fond de la pensée et du sens de ce divin écrit.
Les travaux philologiques qui ont été faits pour arriver à la connaissance de ce résultat sont inouïs. Sa recherche a suscité une science toute spéciale et toute récente, à laquelle se sont dévoués des savants de tous les pays et de toutes les convictions^ avec une ardeur digne de l'importance de son objet. « Mais quoique chaque source où
1 . Les critiques ont observé qu'il y avait beaucoup moins de variantes dans les Épftres des Api^tres que dans les Évangiles. « C'est « que les copistes, en écrivant des histoires ou des discours parallèles, . c eomme le sont les quatre Évangiles, et ayant dans l'esprit les ex« ' c pressions d'un autre évangéliste, pouvaient facilement les mettre ' « dans celui qu'ils copiaient. Ils semblent même quelquefois l'avoir a fait à dessein, pour éclaircir un endroit par l'autre. Cela est fort a peu arrivé dans les Épitres de saint Paul, etc. » {Préface générale sur les Epitres de saint Paul, Nouv. traduction de Berlin, 1741, p. 3.)
138 CHAPITRE ni.
(I Ton puisse parvenir ait été épuisée^ dit le savaut poly^- « glotte Wiseman ; quoique les éclaircissements i^ textes « donnés par les Pères de tous les siècles aient été re- « cueillis; quoique les versions de toutes le^ nations, « arabe, syriaque, ôophte^ arménienne et éthiopienne, t( aient été mises à contribution pour leur manière « d'ihtei^f éter le sens ; quoique les manuscrits de tous u les pays et de chaque siècle, depuis le seiisièine ep xett tnonlant/tt^S^fi'âti troUièmey aient été mille fois compulsés t par des essaims de savants, jaloux d'enlever leurs tré- « Sorst quoique des critiques, après avoir épuiaJi les « richesses de l'Occident, aient voyagé en naturaliste a dâUs des contrées lointaines pour découvrir de nôu- ^ veaui témoignages; quoiqu'ils aient visité « noiiime « Scholz ou Sébasliani, les profondeurs du mont Athos, « DU les bibliothèques encore inconnues des déserts de « rÈgjrpie et de la Syrie ; malgré tdut cela, en n'a rien ^ découvert; non, pas méihé uitë sèuêb version pi lit (( pu jeter le moindre doute sur aucun des passages eotlà sidérés Ëtipâiràvaht comme certaide et décisifs... D&ns ^ le fait, si nous parcourôtls le nouveau texte publié pat* ft GrHesbàch, le premier critique (jui ait hasardé d'insérer (< une nouvelle version dans le texte reçu, et si ndus re- « marquons (ce qui est fâèile à cause de la ditférenoe des ti caraetëres] combien soiit peu noinbheuses les oocasioHS « où la grande quantité de documents qu'il a consultés ^ lui a permis de faire quelque recti&catlôù, flous ne ^ poilvoils qu'être surpris de l'exactitude de notre texte « ordinaire, bien qu'il ait été fpriné sans ëhoîi sut' lés « premiers manuscrits qui tombèrent sens la main^ après a l'invention de l'imprimerie. î^our iiiieux dire , nous t devons êprôtiver une grande satisfaetion en voyant lo
« peu â6 différence qui existe entre les meilleurs ma- « nascrits et ceux mérne^ qui sont les moins estimés^ et 6 1^ manière consolante dont s'est conserTée Tintégrité « complète de l'histoire inspirée*. »
Ceux qui ont lu les écrits et qui connaissent le caractère de M^' Wiseman apprécieront quelles garanties de science, de sincérité^ de réserve et de modération, revêt tout ce qui sort de sa plume, et considéreront Texposé que noua venolis de lui emprunter comme celui de la vérité méste^
Voilà donc la difficulté âeà vaHanteA écartée comme celle des faux Évangiles, et non-seulemenl écartée, mais tournée en preuve de la vérité évangélique, puisqu'elle a donné lieu à la constatation d'un résultat prodigieux d'intégrité des Evangiles, d'autant plus prodigieux qu'il est sorti des éléinènls en at)paretice les plus contraires; cotnme si Dieu n'avait abandonné le fondement de sa Religion â toutes les chaiices ostensibles de l'erreur que pour feit*e tessortît îâ borne sécrété qu'il leur a prescrite.
Et il y â Vraffneîlt lieu d'admirer, comme nous le disions en commençant, que cette simple foi du peuple qui croit à l'Éiràilgllè, sàiié éè rendre compté autrement de toutes les di£ScuItés qu'on peut lui faire, soit néanmoins si bien inspirée^ èi bien juâtifiëe^ qu'aj^rës avoir retndé toutefi ces difflcûllês, après s'étrè consumé de recherches et de
1; Wisemati, lOe diseoUfs, Éiitd'èà oHeUtales, -^ Gé t|tli ësf Im- ItoHâttt, é'eet qU« «è résaitaf û été t)bur6tUvi pa^ plHâibuH eHtiques, dânft Veàpéirafice de ti*ouvèr riâtêg^ité des ËcriiureS en défout. — Ad réské, ieCi téftultatt deiit 11 S^âgit, Mi dbservei' Mgf Wlâëinah, BoÀt dbflëlâtàftnt ttoi «ÉéHies <;ue èedt ^tH otit été oHéniis par rétUdé cHttqûé dé VÂritieti mtèmètil ; ëi lé cohpl éftlièè dé hoi fiéHtUf ôè' ësl airiM iaià fteeuverl; par la «oienée, de tout soupçtra d'aUéràlïoh. — Ndlife engageons à lire les détails pleins d'intérêt que renferme sur ce sujet le discours de Mgr Wiseman.
travaux pour s'en rendre compte, le savant arrive, comme le simple fidèle, à ce premier et dernier mot : Je croisa
Tel doit être, en effet, la conclusion de cette longue étude sur les Evangiles. Après avoir montré que leur authenticité était notoire, nécessaire, manifeste, nous Pavons purgée de toutes les vaines difficultés qu'on lui opposait, et les avons fait tourner à sa plus grande certitude.
11 nous reste maintenant, pour compléter cette conclusion, à faire voir le rapport de cette authenticité des Evangiles avec leur vérité.
Un incrédule du dernier siècle disait :
« Ce sont les Evangiles qui fournissent la preuve la « plus complète de la vérité du Christianisme, On ne sau- « rait donc mettre dans une trop grande évidence « Tauthenticité de ces ouvrages, puisque de là dépend le « jugement que nous devons porter de la sincérité de « ceux qui les ont composés^. »
L'incrédulité se repentira toujours d'appeler la lumière.
1 . Il n^y a pas jusqu'à Strauss lui-môme, le plus savant ennemi moderne de la divinité de Jésus-Christ, qui, après toutes ses élucubrations pesantes, n*ait fini par tomber dans cet aveu : a J'ai fait une nouvelle « étude (préface de sa troisième édition). S. Jean a ébranlé la valeur a de mes doutes contre son authenticité et la valeur quMl mérite... a J*ai reconnu aussi qu'une épitre de S. Paul, rédigée trente ans après «c la résurrection, en présence de témoins vivants, est un titre digne (c de foi. » (Préface de la troisième édition, et sect. III , chap iv, jj 36.) — Encore une nouvelle élude ^ et Strauss serait revenu à la foi de son charbonnier : tant est vrai le mot de Bacon, que peu d'étude éloigne, et que beaucoup d'étude ramène ù la foi. Remarquez, du reste, qu'il n'en faut pas davantage que ce qu'avoue ici Strauss pour croire 4 Jésus-Christ.