Epist. S. Pétri., Il, cap. i, v
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histoire, mais quatre histoires, quatre témoignages directs et positifs, explicites et précis, unanimes et divers. Nous en avons même huit; car aux quatre Evangiles il faut joindre les Épît?^e$ de saint Pierre, de saint Paul, de saint Jacques et de saint Jude, dont Tauthenticitê n'est pas contestée^ et qui n'attestent pas moins les faits évangéliques que les Evangiles eux-mêmes^ qui sont doOiC autant d'Evangiles.
Nous en avons un beaucoup plus grand nombre; car je prétends que les apocryphes doivent ici compter'. En eux'-mémes, je consens à admettre qu'ils sont sans valeur; mais, joints aux authentiques^ ils deviennent considérables, et en reçoivent une valeur qui réagit au centuple : ce sont des zéros^ si Ton veut, mais des xéfQs que huit unités précèdent.
Je m'explique :
Le Christianisme est fondé sur la certitude des faits qui sont rapportés tout à la fois et dans les vrais et dans les faux Evangiles, Si ces faits n'avaient pas été vrais et universellement connus, il serait impossible que tant de di£Eërents auteurs se fussent avisés de les mettre par écrit, les uns dans la Judée ou en Egypte, les autres dans la Grèce ou en Italie ; les uns avec une pleine côtinaissance, les autres avec des notions peu exactes; ceux-ci dans des vues innocentes, ceujt-là dans le dessein de travestir la doctrine de Jésus-Christ. Car enfln a-t-on connu quelque faux Evangik dans lequel il ne soit pas dit que Jésus- Christ a paru dans la Judée, sous le règne de Tibère; qu'il y a prêché^ qu'il y a fait dès miracles, qu'il y est mort et ressuscité^ qu'il a envoyé ses Apôtres préehéi* sa
1. Voyez la liste nombreuse de ces ËTanglles dans Béfgier, DiC' tionnaire théol., y^ Evangile,
doctrine? Dès que ces faits capitaux sont inootttaitftUea« que nous importe qu'ils aient été écrits par einquanlB auteurs bons ou mauvais, alors qu'il y en a quatre qui lef ont rendus avec toute la bonne foi, toute Fexactitude^ toute Funiformité qu'on peut désirer? Mais le^upocryiAet^ qui ne peuvent pas affaiblir les autheniiqnes, en eonfir** ment puissamment la vérité. On a déjà remarqué que U diversité de certains détails entre les quatre Êvangéltste» est une marque de leur vérité : combien cette vérité de-* vientr*elle plus éclatante dans cette grande diversité que présentent les apùcrypfui^ partis de différentes mains, de divers Ueux, de diverses intentions (mais dans le même temps), et toos cependant d'accord entre eux et d'accord avec les autbentiqufs sur les faits principauii de la vie de Jésils-Ghrist : tant la vérité de ces faits était grande et extraordinaire, qu'elle préoccupait tous les esprits, que tout le monde voulait en rendre compte, qu'elle se faisait jour de toute part, et qu'elle pouvait même favoriser des (apocryphes et donner de la couleur à cette erreur, d'ail-leurs souvent yinocente! En ce sens, les faux Evangiles sont inauthentiques plutôt qu'ils ne sont faux. Ils sont tous plus ou moins vrais, puisqu'ils sont tous à peu près semblables, et que cette similitude sur des faits aussi extraordinaires, exprimés par des organeis aussi divers, ne saurait exister, si elle n'avait la vérité pour base. On peut même dire qu'ils ne sont pas entièrement inauthentiques^ car ils sont authentiques au moins quant à l'époque; et eela suffit pour conclure qu'une époque qui a vu jaillir tant de témoignages divers et cependant unanimes su^ les faits de la divinité de Jésus-Christ, en renfermait certainement la vérité.
Mais ici on m'interrompt î — Cela est très-fort, me
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disent les esprits de bonne foi; ces raisonnements sont très-concluants; tous ceux qui précèdent, dans ce chapitre, nous ont également frappés : cependant, depuis que nous y sommes entrés, nous traînons après nous une préoccupation dont nous ne pouvons nous délivrer, et qui survit à tout ce que vous avez pu dire. D'où vient que vous n'avez que des témoignages chrétiens à nous présenter? Comment les païens n'ont-ils pas vu ce que les chrétiens voyaient? et s'ils Tout vu; pourquoi ne l'ont-ils pas, eux aussi, mentionné dans leurs écrits? Cette absence, ce silence de leur part, sur des faits si prodigieux, nous retient et nous glace. Au contraire, combien nous serions entraînés, si nous voyions les Évangiles contrôlés et confirmés par les histoires profanes ! Me pourriez-vous pas nous donner une raison satisfaisante sur cette difBculté?
— Cette préoccupation est légitime; je l'ai moi-même partagée. Pour la faire cesser, je me suis jeté d'abord dans la compilation de tout ce que les écrivains juifs et païens avaient pu dire sur le Christianisme naissant. J'ai trouvé cette compilation déjà savamment élaborée dans \ Histoire de V établissement du Christianisme^ tirée des seuls auteurs juifs et païens^ de Bullet. J'y ai vu des témoignages curieux, convaincants, qu'il serait trop long de rapporter ici. Mais enfin, je dois le dire franchement, cette lecture â plus intéressé ma curiosité que satisfait pleinement ma conviction; j'y ai plus senti Teffort que le succès : après elle il me manquait encore quelque chose; mais ce qui me manquait, je Tai bientôt trouvé dans une réflexion bien simple, que je me suis étonné de ne pas avoir faite dès l'abord .
Cette réflexion est celle-ci : Que tous les témoignages
que je considérais comme chrétiens étaient des témoignages piâens, et à la plus haute puissance. Les chrétiens, à cette époque, étaient tous des Juifs ou des païens convertis. C'est ce que Tertullien faisait observer iFimus^ disait41, non nasctmur christiani; nous devenons, nous ne naissons pas chrétiens. Ce sont donc des témoignages païens fortifiés de la conversion de leurs auteurs que nous avons, et la plupart écrits de leur sang. Quelle force n'ont-ils donc pas! Ils n'ont pas été inspirés par des préjugés chrétiens, ils ont été au contraire rendus à rencontre des préjugés païens de naissance et d'éducation. Si les auteurs de tous ces témoignages fussent restés ce qu'ils étaient d'abord, païens, ces témoignages vous satisferaient; et cependant ils seraient en réalité moins forts, car ils auraient contre eux la conduite même de lenrs auteurs qui ne s'y serait pas conformée, et on ne manquerait pas d'en faire l'objection; on Ta faite même contre le fameux passage de Joséphe sur Jésus-Christ. La conversion, les travaux, la mort de ces illustres témoins, en confirmation de leurs témoignages, viennent donc corroborer ces témoignages plutôt que les affaiblir, et leur donner une force irrésistible. Si Tacite, si Pline, se fassent faits chrétiens, leur témoignage ne serait-il pas plus entraînant? Quoi donc, slls l'eussent scellé de leur sang? Cependant leur conversion serait venue diminuer le nombre déjà si petit des témoignages païens. Or, tels étaient les premiers Confesseurs, les anciens Pères, les Martyrs, les Apôtres. Les faits évangéliques et apostoliques étaient si frappants, qu'on ne pouvait les voir et rester païen. De sorte que c'est à force de vérité et de puissance que le Christianisme se trouve avoir si peu de témoins païens. Il se les convertissait, comme une mer