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qui envahit et qui dévore ses rivages, Jusqu'à ce qu'il n'en resta plus bientôt un seul.
C'est là la suprême garantie de la vérité évangéliqtte. Aussi faudrait-il renier toute Thisloire générale de ce temps et sa suite jusqu'à nos jours, pour ébranler cette vérité. Elle seule a pu faire cette impression souveraine qui a rapidement changé la face du monde. En cela les Évangiles ne ressemblent à aucun autre livre. Les autres livres ne tiennent à rien. Sortis de la plume de leurs auteurs, ils prennent rang dans nos bibliothèques, et y demeurent comme de froids monuments de la pensée ou des souvenirs d'un individu, sans que rien les accompagne et les ratifie, pas même souvent la conduite et les convictions de ceux qui les ont écrits. Toute la vie des Èvangélisles, et surtout leur mort, nous sont données en gage de la vérité des Évangiles. Mille autres vies et mille autres îhorts la garantissent. La fondation rapide de tant d'Églises; la désertion des autels et des mœurs du paganisme; le respect et la foi de cent peuples divers, qui ont fait de ce Livre la grande charte de leurs sociétés, le témoin et le juge de leurs serments; la fidélité et le dévouement de tant de millions de martyrs qui sont morts pour sa vérité ; la fureur et la rage de tant d'ennemis, Juifs, hérétiques, païens, incrédules de toutes sortes, en face desquels il a été écrit, publié, prêché, sans qu'ils aient jamais pu le démentir; le triomphe qu'il a fini par remporter sur le monde ancien; la création du monde moderne dont il a inspiré les mœurs, les institutions et les lois; les bienfaits, les vertus, les vérités sans nombre dont il est devenu la source au sein de Thumanité, qui y puise sans cesse tous ses éléments de civilisation, de progrès et d'avenir : voilà les garanties immenses de la vé-
rite de ce Livre; voilà ce qui en fait un Livre à part, qui juge et n'est point jugé, qui n'est pas vrai seulement mais qui est la Vérité même; autre chose qu'un livre, car un livre n'est écrit que sur un papier insensible et périssable, et l'Évangile est écrit sur le monde, et ne passera pasméme avec lui.
Mais, quelque fortes et extraordinaires que soient ces garanties de la vérité du livre des Évangiles, il en est une qui les dépasse toutes, et qui n'a jamais été invoquée en vain : c'est le Livre lui-même; car jusqu'ici nous ne Ta- Yons considéré qu'à l'extérieur, nous ne l'avons pas encore ouvert.
Ouvrons-le. Quel parfum de vérité! et comment la méconnaître à cette simplicité, à cette indigence, à cette Qtidité, si j*ose ainsi parler, du discours? Pas le plus petit ornement, pas la plus légère émotion, pas la plus courte réflexion. C'est la fil tout seul du récit. La main qui le déroule se dérobe entièrement; on ne sait si elle est celle d'an ami ou d'un ennemi. Comme cela convenait bien aa sujet! comme le Dieu se reconnaît bien là à ce refus, à cette inutilité pour lui-même de tout ce luxe d'éloquence et de poésie dont il a revêtu ses précurseurs! comme cette froide impartialité sied bien à la constatation que les Évangélistes avaient à faire, ainsi qu'en un sublimé procès-verbal^ de ces grands événements sur lesquels délaient être contrôlées les prophéties! en même temps Combien le tableau ressort par l'absence même de tout Wiflce! et que cette ingénuité est imposante!
Il faut bien se rendre à de telles marques de vérité ! Le ^oyen, en effet, de voir des fanatiques ou des imposteurs dans les Évangélistes, eux qui ne sont pas même des apologistes, et qui se possèdent et s'effacent au point de ra-
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conter la Passion et la mort horribles de Jésus-Christ sans lui accorder même une larme, sans laisser échapper un mot d'indignation, un soupir de sympathie! eux qui s'interdisent jusqu'aux moyens les plus légitimes de persuasion, qui se bornent à raconter le fait sans un mot de plus, qui même le racontent sans ordre, sans prélude, sans transition, sans conclusion ! eux qui croient devoir garder la vérité en tout, jusque dans les choses qui les déconsidèrent, en se peignant grossiers, lâches et ingrats, et qui représentent leur Maître avec des traits d'autant moins inventés, que, par leur opposition avec les mœurs et les préjugés de ce temps, ils étaient inimaginables, et devaient par cela même aussi susciter plus d'incrédulité! Quand on se représente tout ce que les Évangélistes avaient à raconter d'incroyable dans la vie de Jésus- Christ, tant de prodiges, et des prodiges si extraordinaires, des prodiges donnés comme récents, comme publics ; quand on se représente tout l'aveuglement, toute la haine, toutes les mauvaises dispositions qu'ils devaient s'attendre à rencontrer, qui fermentaient autour d'eux, ou plutôt qui avaient déjà éclaté contre la personne de Jésus-Christ et contre eux-mêmes; et que d'autre part on voit le calme extraordinaire, la sérénité céleste qui régnent dans les Évangiles, et cette absence complète de toute précaution, de toute explication, de toute justification, on ne s'explique tant de confiance de la part des Évangélistes que par la grande certitude des événements qu'ils racontent, et la profonde conviction où ils sont de la divinité de Jésus-Christ. Il faut même admettre que cette certitude règne autour d'eux, et qu'ils écrivent au sein de la notoriété publique, moins pour apprendre à leurs contemporains les faits de Jésus-Christ, que pour
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rectifier et fixer la connaissance que ceux-ci en ont déjà. Les Évangiles supposent évidemment cette connaissance extérieure, et la supposent au plus haut degré. C'est elle qui dispense leurs auteurs de toute précaution, et qui forme comme le cadre et Tatmosphère de leur récit. Ils n'en disent rien, et par cela même ils la font voir, parce que, dans le cas contraire, ils auraient cherché à justifier Tannonce de faits auxquels tous les esprits auraient été fermés. Mais ces faits s'étaient déjà frayé accès par euxmêmes et par le bruit de leurs nombreux témoins; cela est évident. Déjà même on les avait consignés par écrit avec plus ou moins d'exactitude, mais avec une égale persuasion^. Pour tout dire, saint Luc, dans son début, vient confirmer toutes ces conjectures : « Plusieurs per- « sonnesy dit-il, ayant entrepris d'écrire l'histoire des « choses qui ont été accomplies parmi nous,,, ^ y di\ cru qu'a- « près avoir été exactement informé de toutes ces choses défi puis leur commencement, je devais aussi vous en « représenter par écrit toute la suite, diM que vous recon- « nussiez la vérité de ce qui vous a été annoncée » — Ce passage est le seul des Évangiles qui laisse percer nos regards au dehors, dans la société de ce temps ; il nous la fait voir clairement, occupée des choses accomplies dans ion sein, s'en entretenant, les écrivant; il nous fait voir par là ces choses mêmes pour ainsi dire, toutes ces choses, que saint Luc, lui aussi, va représenter dans toute leur suite.
1 . On peut dire que TÉvangite était conau avant sa rédaction : «r S. Matthieu ne fit le sien qu*à la prière des Juifs convertis, dont beaucoup avaient été, comme lui, témoins des merveilles du Sauveur ; et S. Marc céda aux instances des fidèles de Rome. De sorte que les Évangélistes n'écrivaient que ce qui leur était demandé, ce qui était de notoriété publique. La Foi précéda la rédaction. (Rossignol Leure$ 9ur Jésus-Christ, t. II, p. 47.)
t. S. Luc, chap. I, Y. 1. ~
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Ce petit passage dans saint Luc dit beaucoup pour nous ; et comme il a été écrit sans intention de produire cet effet, comme il aurait pu ne pas s'y trouver, ainsi qu'on n'en trouve aucun de semblable dans les autres Êvangélistes, qui entrent immédiatement dans leur sujet et s'y renferment strictement, il nous persuade d'autant plus, et nous donne en même temps du silence des autres Évangélistes l'idée de la plus naïve sincérité, de la plus simple bonne foi , puisqu'elle va jusqu'à ne pas se voir elle-même, et jusqu'à courir le risque d'être méconnue en ne se faisant pas remarquer.
Ce dernier trait caractéristique, qui se retrouve dans toute la physionomie des Évangélistes, a été relevé avec une grande finesse d'observation par Pascal , à une autre occasion : « Le style de l'Évangile est admirable en une a infinité de manières, dit-il, et entre autres en ce qu'il « n'y a aucune invective de la part des historiens contre « Judas ou Pilate, ni contre aucun des Romains ou des « bourreaux de Jésus-Christ. — Si cette modestie des « historiens évangéliques avait été affectée, aussi bien « que tant d'autres traits d'un si beau caractère, et qu'ils « ne l'eussent affectée que pour la faire remarquer, s'ils « n'avaient osé la remarquer eux-mêmes, ils n'auraient ff pas manqué de se procurer des amis qui eussent fait « ces remarques à leur avantage. Mais comme ils ont agi a de la sorte sans affectation, et par un mouvement tout (i désintéressé, ils ne l'ont fait remarquer par personne : « je ne sais môme si cela a été remarqué jusques ici ; et a c'est ce qui témoigne la naïveté avec laquelle la chose « a été faite*. »
Un autre témoignage de cette naïveté et de la parfaite