Salvador, Jésus et sa doctrine, liv. II, p
expression d'étonnement , aucun détail oiseux, aucune amplification parasite, aucun goût de légende, aucun souci de plaire, en un mot, ou même d'élre cru; mais une simplicité sublime et dédaigneuse de toute vaine curiosité. Évidemment ce n'est pas ainsi qu'on invente. . C'est là une preuve non-seulement d'une sincérité éloi-' gnée de toute affectation , mais de la grande conviction où étaient les Ëvangélistes de la divinité de leur Maître. — Cl Jésus-Christ dit à haute voix : Lazare^ viens au dehors; « et le mort sortit, ayant les pieds et les mains liés, et « le visage couvert ; Jésus-Christ dit : Déliez-le, etlaissez-- « le aller. t> — Voîlà tout ce qui est offert à notre esprit. Un événement si prodigieux est raconté comme s'il s'agissait d'une action ordinaire. C'est qu'il était naturel à Jésus-Christ de commander à la mort, et d'être obéi. C'est là ce qu'il nous importait de savoir. Mais Lazare ne se jeta-t-il pas aux pieds de son libérateur? mais ne raconta-t-il pas ce qui s'était passé en lui pendant qu'il était mort? Qu'un poète s'amuse à ces circonstances, comme il a plu en effet à Jérôme Vida' de s'y arrêter, c'est une marque de la faiblesse de l'esprit humain , qui cherche le petit dans le grand même ; mais ce n'est pas ainsi que parlent ceux qui racontent les miracles de Jésus-Christ. Ils les racontent dans le même esprit dans lequel il les a faits, c'est-à-dire, pour fixer notre foi , non pour exciter ou pour flatter notre curiosité ; et Dieu a permis qu'ils nous en aient donné une plus haute idée par leur simplicité même, qu'ils ne l'auraient pu faire par tous les ornements de l'éloquence.
1. Jérôme YiÔA composa, à la soUicitation de Léon X, son poëme de la Christiade, en six chants, qui fut fort applaudi. On a cependant reproché à l'auteur d'avoir mêlé trop souvent le sacré avec le profane, et les fictions de la mythologie avec les oracles des prophètes.
Celte manière, qui n'a pu être inspirée que par la sincérité et la conviction portées au plus haut degré, donne à rÉvangile un air de vérité saisissant. On ne peut se défendre de croire ce qu'on cherche si peu à vous faire croire, ce qu'on redoute si peu que vous ne croyiez pas. ^ Celte absence complète de réflexions et d'ornements i*elève les faits, et leur donne un aspect frappant de rigoureuse fidélité : c'est plus qu'une reproduction, c'est quelque chose de la réalité, comme si les faits eux-mêmes étaient venus s'imprimer sur ce fond de candeur iiialtérable. Une pieuse tradition rapporte que lorsque Jésus- Christ £^l]ait au supplice, tombant sous le poids de sa croix, une sainte femme perça la foule acharnée de ses bourreaux, et , s'approchant de sa personne, appliqua sur sa face adorable un linge blanc pour en essuyer la sueur et le sang dont elle élait dégouttante; et qu'eu récompense de cette courageuse compassion il se fit uk miracle : les traits de l'auguste Victime restèrent empreints sur le voile consolateur. Ainsi, peut-on dire, l'Évangile reproduit les traits de la vie de Jésus-Christ; et, dans sa touchante et véridique siniplicité, il est pour nous comme le voile de Véronique.
Enfin, il est une dernière considérî^iion à laquelle il faut nous arrêter, et qui vient sceller toutes les autres : c'est la sainteté de l'Évangile.
La Bruyère, faisant le portrait de \ honnête homme, dit qu'on ne devrait pas exiger de lui de sern^enl, mais simplement oui ou non, parce que, dit-il, « son caractère « jure pour lui. »
Ze caractère de V Evangile jure pour lui. 0^ ne devrjiit B^s en exiger d'autre preuve. Sa sainteté emporta sa T*rite, Çt §a TOQf^le ^ss^-ç ses (^its,
Quelle sainteté! quelle morale! quelle sagesse! quelle sublimité d'enseignements! quelle pureté de préceptes! quelle perfection soutenue ! L'Évangile présente sous ce point de vue une élévation et une profondeur illimitées, qui se tempèrent elles-mêmes par leur propre douceur, et qui sont à Tâme comme le bleu du ciel. C'est le sublime continu. Là-dessus tout le monde est d'accord, et l'Évangile ne rencontre que des adorateurs.
Et un Livre si saint ne serait qu'un réceptacle d'impostures, qu'un tissu de faussetés? Non, non, cela est impossible : j'en jure par la conscience humaine ! cela n'est pas.
Qu'on ne dise pas que les faits évangéliques sont incroyables : l'Évangile les atteste, et l'Évangile est croyable : cela suffit pour les admettre ; parce que la sainteté du Livre domine l'incrédibilité des faits. Si ces faits sont incroyables, il est encore bien plus incroyable que l'Évangile soit mensonger; et quand je vous accorderais qu'ils sont incroyables , je n'en affirmerais pas moins qu'ils sont vrais.
Remarquez que la sainteté de l'Évangile se résume dans sa véracité; car toute sa morale qu'est-elle autre chose que l'établissement du règne de la vérité par rapport à tout, à Dieu, à nous-mêmes, et au prochain? et son héros qu'est-il, sinon la Vérité, comme il le dit luimôme : Ego mm Veritas f Le mot de la Bruyère que nous avons cité tout à l'heure est tout évangélique ; nous le retrouvons dans ce passage : « Vous avez appris qu'il a « été dit aux anciens : Tu ne seras pas parjure, mais tu « tiendras devant Dieu tes serments; et moi je vous dis : « Pas de serments; mais que votre parole soit : Oui, a oui; non, non; car tout ce qui s'ajoute vient C|u mal^, ^