‹ Études philosophiques sur le christianismeChapitre 58 sur 168 · Matth,, chap. v, v · texte numérisé non relu

Matth,, chap. v, v

Et on veut qu'une morale délicate sur la vérité, au point de ne vouloir pas s'appuyer du serment, soit en môme temps parjure à elle-même, au point de ne s'étayer que par un échafaudage de mensonges? L^absurdité le dispute ici à rimpiété.

Remarquez enfin que ce qui rend cette contradiction plus choquante, c'est que dans l'Évangile la morale et le récit sont entrelacés d'une manière indissoluble; que le miracle y est le plus souvent l'occasion du précepte, et le précepte l'intention du miracle ; que, pour tout dire, le fait n'y est autre chose que la morale en action; qu'ils ont tous deux la môme source et le môme but, et que la solidarité qui les unit est telle, qu'il faut les rejeter ou les accepter à la fois. L'Évangile, avons-nous déjà dit, est comme la robe de Jésus-Christ, sans couture; on ne saurait le partager.

Aussi, quand on le lit, quand on en parcourt les pages saintes, quand l'œil suit ce divin tissu de faits naïfs, de préceptes sublimes, de paraboles touchantes, de miracles bienfaisants, d'enseignements profonds, de maximes célestes, d'exemples saints, et qu'on voit le parfait accord, la fusion de tout cela dans un tond commun de candeur et de vérité, on se sent pénétré d'une persuasion irrésistible. On croit alors; on croit tout. On ne songe plus à rien contester. On se veut mal et on éprouve une sorte de honte d'avoir douté, d'avoir pris des sûretés contre un tel Livre. Toutes les preuves qu'on avait accumulées, on les regarde comme inutiles et superflues; la simple affirmation, la simple déclaration de l'Évangile suffit pour entraîner la foi; et l'incrédule lui-môme, quand il n'a pas abjuré tout sens moral et entièrement perdu le goût du vrai, ne peut retenir alors un de ces aveux d'au^

tant plus éloquents qu'ils ont été plus disputés, et où la force de la vérité se fait d'autant plus sentir qu'elle y est victorieuse.

t Je vous l'avoue, dit-il, la majesté des Écritures m'é- « tonne, la sainteté de l'Évangile parle à mon cœur. « Voyez les livres des philosophes avec toute leur pompe :

< qu'ils sont petits près de celui-là! Se peut-il qu'un livre « à la fois si sublime et si simple soit l'ouvrage des « hommes? Se peut-il que celui dont il fait l'histoire ne « soit qu'un homme lui-même? Est-ce là le ton d'un en- « thousiaste ou d'un ambitieux sectaire? Quelle douceur! « quelle pureté dans ses mœurs! quelle grâce touchante « dans ses instructions ! quelle élévation dans ses maxi- « mes! quelle profonde sagesse dans ses discours! quelle « présence d'esprit! quelle finesse et quelle justesse dans ^ ses réponses! quel empire sur ses passions!... Dirons-

< nous que l'histoire de l'Évangile est inventée à plaisir? tt Mon ami, ce n'est pas ainsi qu'on invente; et les faits c de Socrate, dont personne ne doute, sont moins attes- « tés que ceux de Jésus-Ghrist. Au fond, c'est reculer la « difficulté sans la détruire : il serait plus inconcevable « que plusieurs hommes d'accord eussent fabriqué ce « livre, qu'il ne Test qu'un seul en ait fourni le sujet.

< Jamais des auteurs juifs n'eussent trouvé ni ce ton ni « cette morale; et l'Évangile a des caractères de vérité « si grands, si frappants, si parfaitement inimitables, « que l'inventeur en serait plus étonnant que le héros*. »

L'Évangile est donc vrai, et la Religion du Christ est divine.

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