‹ Études philosophiques sur le christianismeChapitre 59 sur 168 · Rousseau, £mt/e, Ut. IV · texte numérisé non relu

Rousseau, £mt/e, Ut. IV

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Nous lisons, dans la parabole du Mauvais riche ^ que ce réprouvé demandant que Lazare ressuscitât pour aller attester aux cinq frères qu'il avait laissés ici-bas la vérité de l'autre vie, et leur en faire éviter les tourments, il lui fut répondu : « Ils ont Moïse et les prophètes; qu'ils les « écoutent... Que s'ils n'écoutent Moïse ni les prophètes, « Us ne croiront pas non plus, quand même quelqu'un (( des morts ressusciterait. »

Telle est en effet la force des prophéties pour celui qui e^n examine attentivement l'antiquité, le nombre, la répétition, la précision, l'antériorité certaine, et l'admirable accord avec l'accomplissement, qu'on peut dire que le miracle qu'elles étalent est aussi grand que la résurrection d'un mort. Rendre la Vie à ce qui n'est plus ne suppose pas plus de puissance que la prédire en ce qui i^'est pas^ lorsque la prédiction est tellement éloignée^ tellement circonstanciée et ponctuelle, qu'il n'y a que routeur de la vie qui peut avoir confié le secret de squ événement. La puissance de prédire se confond alors avec celle dç produire^ et n'en est qu'une dérivation. Le temps n'oppose pas un voile moins épais, un silence moins muet que la mort aux investigations de l'homme; ce sont deux abîmes également fermés; ce sont comme |es deux mains de pieu,' par lesquelles il donne l'étrç qu

le retire : lui seul peut les ouvrir, et faire voir ce que lui seul peut faire.

Qu'on ne dise pas que la prévision de Thomme et le calcul des conjectures peuvent souvent rencontrer juste. Gela n'est vrai que lorsque Tévénement à venir se ratta- ' che par quelque point à Tévénement présent, et rentre dans les lois générales sous lesquelles on se trouve placé, parce qu'alors cet événement n'est pas à proprement parler à venir, il existe déjà dans le présent comme dans son germe; il ne s'agit que de l'en dégager : de même aussi qu'il est vrai que l'art médical peut retenir la vie dans un corps qu'elle n'a pas entièrement abandonné, et en qui elle tient encore par quelque organe. Mais lorsque la vie n'est absolument plus, ou lorsqu'elle n'est absolument pas; lorsqu'elle est tellement enfoncée daps le temps ou dans la mort, qu'il n'en subsiste ^.ucua principe ni aucune relation dans le présent; lorsque son objet est tellement singulier et individuel q^'il échappe à toute induction tirée des lois générales^ et qu'il est enfin jeté loin de toute portée conjectui-ale d^^ns les profondeurs de l'avenir, alors la prédiction est un vrai prodige, et la puissance de prophétiser, de susciter eu quelque sorte l'événement, est absolument égale à celle de ressusciter^. Qu'est-ce donc lorsque l'événement n*est pas seulement éloigné, singulier, hors de toute relation avec les lois générales, mais qu'il est contre les lois générales, contre les lois naturelles mêmes, une exception, un phénomène,

!• Aussi ia qualification de prophète emportait celle de thaumaturge; ïious listons, Eccl,^ c. lxviii, que le corps d*ÉUçée prophétisa après sa ^^^ parce qut l'attouchement de ce corps ressuscita un mort qui ^v'^it été àiïi dans Ici niôme tombeau. A la vuq des miracles apé^s P5f J*»us-Ghri«t>, hs Xuift disaient aussi : a Un gïa^nd prophète s'^t; * *ïevé parmi flous, et Dieu a visité t^pxi çeujile, » (tue, ç. >^yi, y, Tt)

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un prodige? Si prophétiser est un prodige, qu'est-ce donc que prophétiser des prodiges?

Or, telles sont nos prophéties.

Elles forment la plus magniOque preuve de la divinité du Christianisme, et le spectacle le plus curieux qui puisse être offert à l'esprit humain.

Elles sont d'ailleurs disposées avec une si riche économie, qu'on peut dire que si les autres preuves du Christianisme laissent l'incrédulité sans raisons, celle-ci la laisse sans prétextes. On n'a rien argué contre nos prophéties*.

Aussi n'avons-nous pas à discuter, mais à exposer simplement la vérité des prophéties.

Pour le faire avec méthode et en embrasser toutes les conditions, nous examinerons successivement :

1* L'antériorité des prophéties;

2® La certitude de l'événement;

3® L'impossibilité que l'accord des prophéties avec l'événement soit l'effet du hasard ou d'un concert humain;

40 La réalité de cet accord;

S"" Enfin, après avoir ainsi traité des prophéties dont Jésus-Christ est l'objet, nous examinerons celles dont il est l'auteur.

1 . Je n'appeUe pas un argument ee raisonnement sophistique de Rousseau, c Pour qu'une prophétie fit autorité pour moi, il faudrait c trois choses dont le concours est impossible , savoir : que j'eusse « été témoin de la prophétie, que je fusse témoin de l'événement, et « qu'il me fût démontré que cet événement n'a pu cadrer fortuilec meut avec la prophétie ; car fût-elle plus précise, plus claire, plut c lumineuse qu'un axiome de géométrie, puisque la clarté d'une préc diction faite au hasard n'en rend pas l'accomplissement impossible^ c cet accomplissement, quand il a lieu, ne prouve rieu à la rigueur c pour celui qui a prédit. » — On ne discute pas de pareiUes objections, on en profite. — Qu'U est glorieux à la Religion d'avoir pour ennemis des honmies aussi déraisonnables 1 et qu'U faut qu'elle tott

LES PROPUÉTIBS. 161

La première condition d'une prophétie, c'est qu'elle ait précédé révénement. Avant d'aller plus loin, il faut que cette exigence soit pleinement satisfaite.

Or, elle Test ici surabondamment.

Les prophéties sont contenues dans l'Ancien Testament, qui forme la constitution du judaïsme; et il est incontestable que l'Ancien Testament est avant le Nouveau, et que le Judaïsme a précédé le Christianisme.

Déjà cela nous suffit.

Mais notre assurance peut remonter plus haut.

L'histoire profane, comme l'histoire juive, nous apprend (ce que du reste la critique la plus entreprenante n'a jamais attaqué} que, près de trois cents ans avant l'ère chrétienne, Ptolémée, roi d'Egypte, fit faire une ^er^im en grec de tous les livres hébreux qui composent l'Ancien Testament; que cette traduction fut faite par septante docteurs juifs d'Alexandrie, à l'usage de ceux de leur nation qui vivaient parmi Ibs Grecs, ou qui parlaient la langue grecque. Et c'est dans cette célèbre ver^ ^on des Septante, répandue depuis lors dans le monde, que nous lisons les prophéties * .

Nous sommes donc certains que les prophéties ont précédé au moins de trois cents ans l'événement.

Ce fait subsiste sans contradiction.

forte et bien appuyée, pour ne laisser au génie lui-même d'autre parU contre eUe que celui de ces extrémités ! Du reste, en exposant la vél^ité des prophéties, nous nous trouverons répondre implicitement à "argument de Rousseau.

1. Voyez an livre XVIII de la Cité de Dieu, de saint Augustin, les ^^P' ILU et XLiii, intitulés Dessein de Dieu dan$ la traduction de$ ^^piante^ et prééminence de cette traduction*

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n est accompagné d'an autre qui le fortifie singulièrement : c'est que les mêmes prophéties sont citées, dès les temps les plus reculés, dans les nombreux écrits des docteurs juifs qui les commentent, et les appliquent à Tévénement futur qu'elles ont en vue.

Nous pourrions remonter plus haut , et faire Toir que le canon juif dans lequel se trouvent renfermées les prophéties a été clos avant l'arrivée d'Alexandre le Grand à Jérusalem. Les traditions des docteurs hébreux sont unanimes à cet égard ; dans son ouvrage contre Àppion, Josèphe le reconnaît. — Et l'admission des prophéties dans le canon juif nous autorise à les reporter encore au delà, c'est-à-dire à leurs véritables dates, parce que cette admission n'a pu avoir lieu que sur de graves raisons d'aathenticité, à en juger par la scrupuleuse sérérité que la Synagogue a toujours apportée dans la consécration et la conservation des Livres saints, sévérité qui lui a fait exclure du canon le livre des Machabées et celui de TEccIésiaste, malgré la sainteté de leur inspiration.

Enfin, n'oublions pas l'étude que nous avons déjà faite nous-méme sur le Péntateugue^ où sont consignées les premières prophéties, et le merveilleux accord de toutes les sciences exactes, pour saluer en ce Livre, le plus antique, le plus véridique des livres, uh livre vraiment inspiré. Cette vérité forme aujourd'hui comme la dernière pierre de la pyramide des sciences^.

L'antiquité des prophéties est ainsi soutenue et comme étalée à nos regards par des caractères fixes et patents : la traduction des Septante, la clôture du canon Juif, l'antiquité scientifiquement établie du Pentateuque,

t. Voyez le chapitre intitulé Boise en regard des sciences^ t. I.

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Du reste, le premier de ces caractères nous sufDt, et en même temps justifie les autres. L'époque de la traduction des Septante étant en effet assurée comme elle l'est, V antériorité de près de trois cents ans qui en résulte est suffisante pour remplir la première condition de la vérité des prophéties. Et cette vérité, réagissant à son tour, justifie l'antiquité des prophéties antérieurement à cette date de trois cents ans; parce que la vérité des prophéties, qui ne peut être que de l'inspiration, ne saurait s'allier avec une supposition , une falsification quelconque, et que d'ailleurs celte falsification aurait été dès lors sans objet. — L'antériorité qui se rattache à la version des Septante, outre qu'elle suiDt à la vérité des prophéties, garantit donc, soit par l'inspiration que cette vérité suppose, soit par le défaut-d'intérôt à les reporter frauduleusement au delà , la véritable antiquité des prophéties, lesquelles nous apparaissent alors échelonnées le long d'un espace de quatre mille ans, avant l'événement qui en est l'objet.

L'antériorité prodigieuse des prophéties est donc clairement établie.

Mais ce qui la met hors de toute controverse, c'est que les raisons que nous, venons d'en donner sont enveloppées dans une raison majeure qui écarte et fait taire toute objection.

Cette raison , c'est le peuple juif et son état dans le ïaonde^

Naturellement, la loi mosaïque, toute figurative de la ûDuvelle alliance, devait être abolie à l'avènement de

1- Nous n*aUoDS considérer ici le peaple Juif que dans son état mo- ^fne. NoQg i*avoB8 déjà conai^fè. dan» aon état ancim^ t. I; on P<>Qrrajréunir cea deux tableaux.

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celle-ci, les prophéties devaient s^ensevelir dans le triomphe de leur accomplissement , et le peuple qui en était porteur aurait dû les laisser tomber, pour embrasser leur divin objet. Quand le monument est achevé, l'architecte abat les échafaudages qui ont servi aux construotions, et qui nuiraient maintenant à la beauté de l'édifice; ses plans et ses dessins, devenus inutiles, sont abandonnés et oubliés.

Cela ne pouvait avoir lieu pour Tédifice de la Religion, du moins sur la terre ; et le divin Architecte devait conserver ses dessins et ses plans, pour prouver qu'ils avaient été fidèlement exécutés.

Voici la raison de cette nécessité, et comment il y a été pourvu :

La liberté humaine devant être ménagée dans le plan de la Religion, l'évidence de celle-ci ne pouvait jamais être telle qu'elle ne laissât aucun sujet d'exercice à la foi, et dès lors aucun prétexte à l'incrédulité. De tout temps il a dû y avoir des incrédules. Mais ce qu'il faut remarquer comme un trait profond de l'économie céleste, c'est que les raisons apparentes d'incrédulité n'ont jamais été les mêmes, quoique toujours à peu près d'égale importance. Ce sont des ombres, mais des ombres qui se déplacent, et qui prouvent par cela môme, à l'œil attentif qui suit leur mouvement, que ce ne sont en effet que de vaines ombres. Par exemple , les Juifs contemporains de Jésus-Christ avaient, pour raison de croire, ses miracles; mais ils avaient, pour raison de ne pas croire, l'inaccomplissement apparent des prophéties : l'obscurité, l'hu" milité, la vie pauvre et la mort infâme de Jésus-Christ, contredisant ouvertement les caractères de grandeur, de puissance et d'universelle domination qu'annonçaient les

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prophéties, et que le sensualisme oq Forgneil, qui font le fond de toute incrédulité, cherchaient surtout alors dans Tordre matériel , où ils ne devaient jamais se rencontrer. — Voilà les causes de l'incrédulité des Juifs. — Depuis lors ces causes ont disparu, le déploiement prodigieux de la grandeur spirituelle de Jésus-Christ est venu justifier magnifiquement les prophéties, et d'un sujet apparent d'incrédulité faire un des plus solides fondements de notre foi. Mais en même temps les raisons de croire qu'avaient les Juifs, les miracles, ont cessé, et sont devenus dès lors contestables pour un esprit qui veut éviter de se soumettre. — Sans doute, pour un esprit tourné par la pureté d'intention vers la foi , les miracles devaient aider à croire à l'accomplissement des prophéties, conmie Taccomplissement visible des prophéties doit nous aider à croire aux miracles ; et l'attention étant ainsi dirigée et soutenue par une preuve vers une autre preuve, finit par les saisir et les concilier toutes les deux. Aussi voyonsnous qu'un grand nombre de Juifs spirituels pénétraient déjà l'accomplissement des prophéties en Jésus-Christ» et jouissaient à la fois des prophéties et des miracles; de même que, malgré l'éloignement des miracles, nous pouvons aujourd'hui nous rendre un compte parfait de leur certitude, et cumuler leur effet avec celui des prophéties. Mais l'incrédulité, quand elle part d'un fond de sensualisme et d'orgueil , n'est pas capable de donner cette attention libre et patiente à un sujet dont le résultat lui répugne. Le propre de son humeur est d'être moins occupée des raisons de croire que des raisons de ne pas croire ; et comme on n'arrive à éclaircir celles-ci qu'en partant de celles-là , c'est l'inverse qui a lieu dès lors chez elle, c'est-à-dire le comble de l'aveuglement ; aveu-

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glement surnaturel comme la foi , puisqu*il va jusqa^à ôter la vue des preuves sensibles et présentes. La Religion est toujours ainsi placée dans un clair-obscur^ afin de motiver et d'éprouver en môme temps notre foi. La raison et le mérite de celle-ci consistent alors à admettre l'obscurité en faveur de la clarté qui en est inséparable, et non pas à nier la clarté en haine de Tobscurité, comme font tous les faux systèmes religieux et philosophiques. Cet aperçu fécond nous mènerait trop loin, nous le reprendrons ailleurs : ici il nous suffit de Tavoir montré comme une raison incidente du développement que nous poursuivons.

Il devait donc y avoir des incrédules du temps de Jésus- Christ, comme de notre temps, comme toujours; mais les raisons d'incrédulité devaient être différentes.

Or, Dieu, qui plie toujours le mal au bien, tire de cette diversité l'avantage de faire servir l'incrédulité des uns à confondre l'incrédulité des autres; car nos révoltes lui tournent à instrument, et, en agissant librement pour nous, nous agissons fatalement pour lui.

C'est ainsi que l'aveuglement déicide des Juifs est devenu dans ses mains comme le pivot sur lequel devait rouler à nos yeux toute la vérité des prophéties, et voyez avec quelle riche simplicité !

Ne croyant pas à l'événement, les Juifs sont restés témoins irrécusables de l'antériorité et de l'intégrité des prophéties.

La même incrédulité qui les a empêchés de voir l'événement le leur a fait accomplir, puisque ce n'est que parce qu'ils n'ont pas vu la divinité de Jésus-Christ qu'ib Tonl cruciflé, selon qu'il avait été prédit; et par là ils ont

été acteurs non suspects de révénement , en restant témoins irrécusables des prophéties.

En s'attirant par suite une punition éclatante comme leur crime, ils sont devenus pour toute la terre porteurs tout à la fois et des prophéties dans leurs mains, et de raccomplissement sur leur front.

Enfin, ils accomplissent encore les prophéties, en ce (lu'elles avaient prédit cet aveuglement et cette punition môme, comme ils sont réservés à leur accomplissement futur, en ce qu'elles ont prédit leur retour.

Mais ce tableau est trop vaste ; il faut nous en partager les aspects, et ne prendre d'abord que ceux qui ont rapport à la partie actuelle de notre examen : la certitude des prophéties.

Il fallait deux choses : 1*» que les prophéties restassent toujours assez indépendantes de l'événement pour qu'on ne pût pas dire qu'elles avaient été faites ou altérées en sa faveur; 2** que la preuve en fût répandue avec l'événement, et marchât toujours et partout à ses côtés, pour que tous ceux qui verraient l'événement vissent les prophéties. Or, telle est la double merveille que nous avons sous les yeux.

1* Nous sommes témoins directs des prophéties, et des prophéties indépendantes de l'événement, avant tivém^ ment.

Le peuple qui nous présente les prophéties, en effet; nous donne d'abord de leur certitude la preuve la plus extraordinaire, puisque, bien que le terme fixé pour l'événement soit passé depuis tant de siècles, il ne cesse pas 4e l'attendre encore. Les Juifs attendent encore, ils ont toujours attendu le Messie avec les caractères que nous ^ni donnons; et cette atteste éternelle est la plus haute

expression de la prophétie, est la prophétie même. Il n'importe qu'elle ait dépassé son but; car elle n'a pu le dépasser que parce qu'elle y était dirigée, et en ce sens son prolongement même prouve sa force. Combien les prophéties avaient-elles de clarté et de portée avant l'événement, puisqu'elles lui survivent à ce point qu'elles continuent à le faire attendre si longtemps après qu'il a dû arriver !

J'ajoute que par cela même nous sommes témoins deà prophéties indépendamment de l'événement, avant révénement^ puisque l'événement n'est pas encore arrivé à l'heure qu'il est pour les porteurs des prophéties. — Il est vrai que pour nous l'accomplissement estvisiblement arrivé ; mais aussi n'est-ce pas nous qui présentons les prophéties? — Ceux qui les présentent ne voient pas l'accomplissement : c'est donc tout comme si l'accomplissement n'était pas arrivé quant à eux; et comme ce sont eux, je le répète, eux seuls qui nous présentent les prophéties, il est vrai, vrai à la lettre, qu'en eux nous voyons les prophéties avant ^événement.

Dieu ne pouvait sans doute employer un moyen plus simple et plus effectif de nous assurer de l'antériorité et de la conservation des prophéties; car ce n'est que l'amour de l'événement accompli, et le désir de le faire triomplier, qui auraient pu les forger ou les altérer. Mais les Juifs ont en horreur cet accomplissement, ils ont en exécration sa croyance; ils ont porté dès le premier moment cette horreur et cette exécration jusqu'à se plonger dans le sang de Celui qui est la consommation des prophéties; et, en retombant sur eux depuis dix-huit siècles par une malédiction formidable, ce sang les poursuit et les irrite incessamment contre lui. Et ce sont eux néan-

moins, doublement ennemis de Jésus-Christ et par le crime et par le châtiment de sa mort, qui nous présentent ces prophéties qui prouvent sa divinité et leur déicide... Comment les auraient-ils forgées ou altérées favorablement à cette preuve qui les confond?... Il y a là un abîme que Tincrédulité la plus osée ne tentera jamais de franchir.

Il est moralement impossible que les Juifs aient prêté le secours de la supposition ou de la falsification des prophéties au Christianisme. C'est déjà un prodige qu'ils ne les aient pas anéanties ou altérées contre lui. Mais tel est le comble de leur aveuglement et de la sagesse qui le fait tourner à ses desseins, qu'autant ils ont en aversion Tévénement, autant ils ont en amour les prophéties, préoccupés qu'ils sont d'une interprétation toute charnelle, dont la fausse vue leur donne autant de zèle pour la conservation de ces titres de notre foi, qu'il en faut pour contre-balancer l'intérêt qu'ils auraient à les anéantir ou à les falsifier contre nous.

Nous avons déjà exposé les divers caractères de ce zèle extraordinaire des Juifs pour la conservation des Livres saints, en vue des prophéties qu'ils renferment ^ Qu'il nous suffise de rappeler cette déclaration que l'historien juifJosèphe faisait à la face du monde entier, soixante ans seulement après Jésus-Christ, au fort de l'accomplissement des prophéties contre sa nation, et sur les ruines fumantes de ce temple dont la destruction avait été annoncée d'une manière si précise et si circonstanciée six cents ans auparavant par Daniel : «*I1 ne peut y avoir « rien de plus certain que les écrits autorisés par nous,

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