Emile, Uv. IV , t. II, p
LES PROPHÉTIES. i8l
de son sein ? Quel fait non-seulement prodigieux, non-sonlement en dehors de toutes les prévisions, mais contraire à toutes les prévisions, et en particulier à tous les instincts et à toutes les illusions de ce peuple juif, d'où sont sorties les prophéties! Ajoutez à tout cela les particularités les plus accidentelles et les plus contingentes : le lieu, l'époque, la lignée précise d'où devait sortir le Messie, le tout quoique très-obscur en soi, les circonstances historiques les plus caractérisées, les détails biographiques les plus minutieux et les plus poncluels de sa naissance, de sa vie, et surtout de sa mort ; puis derrière, et au second plan, la chute de la nation, la ruine de Jérusalem, la profanation et la destruction du temple à jamais; tout cela dessiné à grands traits, sans que l'histoire ait eu à faire autre chose sur ce dessin que de nuancer les couleurs. — Voilà l'événement prédit; événement qui défiait, comme on le voit, toutes les conjectures de {'esprit comme tous les jeux du hasard.
Qu'est-ce donc si nous venons à considérer maintenant l'époque et la manière de la prédiction?
Si un événement aussi extraordinaire et aussi complexe avait été prédit la veille de sa réalisation, la prédiction eût été miraculeuse, parce que, je le répète, rien ne le comportait, tout l'excluait; il était incroyable à ceux mêmes qui en étaient les témoins et les acteurs, et il a fallu une succession de prodiges pour le réaliser. Or, ce n'est pas la veille que cet événement a été prédit; mais, pour rencontrer le dernier anneau de la chaîne prophétique, il faut remonter à cinq cents ans avant. « Weu « donna à la majesté de son Fils, dit Bossuet, de faire « taire les prophètes durant tout ce temps, pour tenir
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c son peuple en attente de Celui qui devait ôtreraccom- « plissement de tous les oracles ^ »
C'est une chose remarquable entre tant d'autres, en effet, que l'esprit prophétique, qui n'avait pas discontinué de se faire entendre pendant quatre mille ans, se soit tu entièrement pendant les cinq siècles qui précédèrent la venue de Jésus-Christ. Cet espace n'était plus assez considérable; il devenait en quelque sorte indigne de la prédiction, et devait être réservé à constater son antériorité. Nous aurons lieu d'admirer plus loin le caractère indicatif de la dernière prophétie.
Une chose non moins admirable que fait observer Pascal, et qui est frappante d'évidence dans l'histoire du peuple juif, c'est que, « tant que les prophéties ont été « pour maintenir la Loi, le peuple a été négligent; mais, « depuis qu'il n'y a plus eu de prophètes, le zèle a suc- « cédé, ce qui est une providence admirable*. » Zèle charnel et aveugle toutefois, et de plus en plus pharisaîque, qui s'attachait à la lettre en laissant se retirer l'esprit, jusqu'à devenir ce qu'il a été contre Jésus-Christ, ce qu'il est encore : déicide de l'esprit et fanatique de la lettre, comme il le méritait et comme il nous convenait, selon que nous l'avons expliqué dans la première partie de cette Étude.
Remarquons encore, comme un autre trait providentiel, que ce ne fut que lorsque les prophéties eurent cessé, et pendant ces quatre ou cinq cents ans qui s'écoulèrent depuis lors jusqu'à l'événement, que les Juifs, jusque-là séquestrés des autres-nations, commencèrent à se répandre en colonies dans tout le monde, et à y porter avec