S IV
Tout ce que nous avons dit jusqu'ici suppose la réalitA de l'accord des prophéties avec l'événement. Or, nous dira-t-on, c'est là toute la difllculté : c'est
l'histoire de la dent dCor. Nous reconnaissons la vérité de tout ce que vous venez d'établir, et vous avez beau jeu à soutenir contre un sophiste que rien n*est plus incontestable que la certitude de ce quon appelk les prophéties; leur antériorité et leur intégrité, garanties qu'elles sont par le témoignage le plus éclatant qu'il soit possible d'imaginer, à force qu'il est intéressé contre le parti que vous en tirez, le témoignage du peuple juif. — 11 ne vous a pas été moins facile de nous faire recevoir la certitude de ce que vous appelez l'événement, puisqu'il compose l'histoire qui nous tient de plus près, notre histoire domestique, celle de ce Christianisme qui nous a engendrés et qui nous engendre à tous les développements sociaux que nous voyons; — enfin, pour ce qui est de l'accord de ces prophéties avec cet événement, il est absurde en effet, lorsqu'on considère la manière dont ces prophéties sont disposées, et le caractère extraordinaire de l'événement, de dire que cet accord, fût-il plus précis , plus clair ^ plus lumi" neux quun axiome de géométrie y ne prouverait rien à la rigueur. — Nous sommes plus justes et moins hostiles, ou plutôt nous ne sommes nullement hostiles à cette vérité ; nous serions heureux que vous la fissiez voir; nous n'attendons qu'elle, mais nous l'attendons. Qu'il nous soit démontré qu'il y a un accord parfait entre les prophéties et l'événement, et nous ne demanderons rien de plus. Nous sommes disposés, engagés même, par ce qui précède, à jouer tout ce qui nous reste d'incrédulité contre la vérité de ce seul point, et à nous rendre de bon cœur si elle est prouvée.
Voyons donc; mais, avant tout, réglons deux difficultés préjudicielles :
1» Le véritable texte des prophéties est en hébreu, au-
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cun de nous ne connaît Thébreu : comment nous garantira-t-on dès lors Texactitude des traductions dont nous serons forcés de nous servir, et qu'elles n'auront pas été faussées, chose si facile, en vue de l'événement?
2*» En admettant cette première difficulté résolue, et que nous ayons sous les yeux une représentation fidèle du texte, il n'y a pas de texte si clair qui n'ait quelquefois besoin d'interprétation; et cela doit être surtout en ce qui a rapport aux prophéties, soit parce qne leur sens naturel se rattache à des mœurs et des coutumes qui n'existent plus, soit parce que leur sens mystique tient à un ordre d'idées religieuses qui nous sont encore plus étrangères. Or, qui nous garantira que cette interprétation sera exacte, désintéressée, et que ce ne seront pas des yeux pleins de l'événement qui liront les prophéties et leur en donneront la couleur?— Franchement , ces deux difficultés nous paraissent bien insurmontables.
— Nullement, et peu de mots vont suffire à les dissiper. La même Providence qui nous a conservé le corps des prophéties a pourvu à ce qu'il nous fût facile de les lire dans une version fidèle, et à ce que les interprétations en fussent sûres et incontestables.
Et d'abord, quant à la première difficulté, rappelonsnous que l'Écriture sainte fut traduite de l'hébreu en grec par septante savants docteurs juifs, sous le règne et par les ordres de Ptolémée , roi d'Egypte, près de trois cents ans avant Jésus-Christ. — Cette traduction fut faite avec toutes les garanties de science et de fidélité désirables; — elle fut reçue par tous les Juifs, et c'est d'elle qu'on se servait lors de l'avènement de Jésus-Christ, c'est elle que citent les Apôtres qui ont écrit en grec; — enfin,
elle a été faite sans préoccupation de révénement, puisqu'elle Ta précédé de trois siècles, et que, fût-elle infidèle, dans son infidélité même son rapport avec Tévénement constituerait la prophétie^. — Or, c'est dans cette traduction que nous lisons les prophéties. La connaissance de la langue grecque est assez répandue parmi nous pour qu'on puisse aisément se rendre compte du véritable sens de ses termes, et de la fidélité des traductions latines ou françaises qui peuvent en être faites. — Ceux mêmes qui ne connaîtraient pas le grec peuvent s'en rapporter à la traduction latine consacrée par le concile de Trente sous le nom de Vulgate, et qui ne présente pas moins de garantie que les Septante. L'origine de cette traduction remonte au premier siècle de l'Église,
1 . C'est une chose admirable que cette garantie providentielle de la traduction des Septante. En elle-même cette traduction jouit d'un crédit incontesté. A une époque où le grec et l'hébreu étaient encore les langues vivantes, saint Jérôme, si profondément versé dans cet deux langues, portait à ses adversaires le défi d'indiquer un passage quelconque du grec qui ne se trouvât pas mot pour mot dans l'hébreu : Mmuti noslri doceant, atsumpta aliqua de Septuaginta teitimonia^ qum non sunt in Hebrxorum litteris {Quœst, hebr, sur la Gen.); et tous les rabbins [Talmud^ traités Mequilla, fol. 9 recto; — Sophérim^ chap. i, §8; — Livre lohhacin^ p. 137, édit. d'Amsterdam; — Livre Ueor- Gnenaîm y partie Hadrat-Zekenim; — Philon, Vie de Moïse, liv. II; — Josèphe, Antiquités, liv. XII), loin de contredire cette assertion, tenaient la version grecque des Septante comme inspirée par le Saint- Esprit. — Quant à sa date, cette traduction semble avoir été faite exprès pour être comme la sauvegarde et le boulevard de l'intégrité des divines Écritures, contre toutes les fraudes que les grands intérêts dont elles devaient plus tard être le juge auraient pu y introduire. Cette fraude, de quelque main qu'elle fût partie, aurait été aussitôt découverte que commise, par la grande publicité que les Écritures reçurent de cette version, et par la facilité de contrôler toujours les Septante sur l'hébreu, et réciproquement. C'est la réflexion de saint Jérôme : Post Septuaginta, dit-il, nihil in sacris litteris potest immutari vel perverti, quin eorum translatione omnis fraus et dolus patefiat. Tel est aussi le sentiment de saint Hilaire sur le Ps. il et sur le Pa. cxxxi,
alors que les trois langues latine, grecque et hébraïque étaient en commerce réciproque, et qu'il était impossible de commettre aucune méprise sur leurs significations respectives. C'est dans cette traduction que se faisaient, dans les assemblées des fidèles, les lectures publiques des écrits des Prophètes et des mémoires des Apôtres, dont nous parle saint Justin, ApoL 1, n. 67. Plus tard, cette traduction fut revue et passée au creuset de la science philologique par saint Jérôme^ qui la collationna sur les Septante, Y hébreu et le chaldéen^ et en tira une version plus correcte et plus scrupuleuse, qui obtint les suffrages des Juifs mêmes ^ ainsi que l'atteste saint Augustin^ C'est de cette traduction que nous nous servons tous les jours, et le concile de Trente l'a consacrée. La Vulgate et les Septante nous dispensent donc de recourir à l'hébreu, et nous présentent toutes les garanties désirables. Pour ceux qui ne cherchent pas à s'exagérer les diHicultés, ces explications doivent sufîire.
La seconde diflîculté, qui a pour objet l'interprétation des passages en eux-mêmes, n'est pas moins facile à résoudre. Pour la simplifier, nous consentons à nous priver de toute prophétie dont les apparences seraient douteuses, alors même qu'une interprétation approfondie nous conduirait infailliblement à un sens favorable ; et il en est un grand nombre qui présentent ce caractère, et sur lesquelles la vérité chrétienne a le dernier mot. — Nous en faisons le sacrifice pour nous en tenir à celles qui brillent d'elles-mêmes, et que nous n'aurons besoin que de citer, que de laisser parler. — Et, enfin, nous nous engageons à rapporter, à l'appui du sens qu'elles
. De Doctrina christiana, llv. VIII, c. v.
nous présenteront, le témoignage et rassenliment des Juifs eux-mêmes dans ce qui fait le plus autorité parmi eux, notamment \Q\xr% paraphrases chaldaïques^.
Cette dernière garantie couvre tout, la seconde comme la première difficulté.
Entrons donc en matière.
Avant d'ouvrir le livre des prophéties, remarquons un phénomène qui , en lui-même, a déjà frappé notre attention : c'est que la vérité que nous recherchons rayonne
1. Les paraphrases chaldaïques sont encore une de ces garanties c(u'on peul appeler providentielles. Ce sont des traductions des diverses parties de l'Écriture sainte en langue chaldéenne et syriaque pour le service du peuple juif, à qui ces langues étaient devenues pins familières que rhèl)reu, par suite de sa captivité. Elles sont au nombre de huit. Les JuiTs les appellent Targum, interptétation ou traduction. On les appelle aussi paraphrases, parce qu^elles sont accompagnées de gloses ou commentaires. Les Tartjums ou paraphrases chaldeo-sy' rinques paraissent n'avoir été exécutées que quatre ou cinq cents ans après Esdras, c'est-li-dire vers le temps de la venue de Jésus-Christ. S^luu la tradition des Juifs, Onkélos, auteur de la première paraphrase sur le Pentateuqne, était contemporain de Gamaliel le Vieux, sous lequel saint Paul fit ses éludes; la seconde paraphrase sur les prophètes est de Jonathan-ben-Uzzel, lequel était disciple d'Hill^l, mort à peu près dans le temps de la naissance de Jésus-Christ; les autres paraphrases sont postérieures. — Les Juifs professent pour ces paraphrases un respect presque égal à celui qu'ils portent au texte hébreu luimôme. Les rabbins se sont avisés môme de faire croire au commun d'entre eux que ces ouvrages sont partis de la môme source que les livres sacrés. On comprend tout l'avantage qu^i la vérité chrétienne tire de ces traductiOiis, conformes pour le sens au texte original el à la version des Septaute^ avec lesquels elles composent une triple garantie. On y trouve aussi plusieurs anciens usages des Juifs qui servent à éclaircir les Livres saints. Mais le principal avantage que nous en ti- ; rons, c'est que la plupart des prophéties qui regardent le Messie sont \ prises par les auteurs de ces paraphrases dans le môme sens que nous leur donnons. Cette autorité fait contre les Juifs une preuve invincible, puisqu'ils attribuent aux Targums la môme autorité qu'au texte hébreu. Cette preuve n'est pas moins forte contre les incrédules, parce que le témoignage qu'elle rend & la vérité des prophéties et l'appui qu'elle prôte à leur interprétation sont tout à fkit en dehors de la connaissance de l'événement, et proviennent de la plus antique et de la plus pure source des traditions judaïques.
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autour de ce livre, et lui forme comme une auréole lumineuse, qui révèle et commence déjà le prodige qui est au dedans.
Un fait a déjà été établi dans ces Etudes en dehors de toute autorité sacrée et par des preuves exclusivement profanes, savoir, qu*avant la venue de Jésus-Christ toutes les nations de la terre attendaient, sur la foi d'oracles antiques, un Envoyé du ciel qui devait les régénérer;
Que le point du globe où cet Envoyé devait paraître, et d'où la régénération devait partir, était en Orient pour tous les peuples de TEurope, et pour tous les peuples de rinde en Occident, c'est-à-dire, pour tous, entre l'Europe et la haute Asie, et notamment dans la «Am/^^ , pôle de l'espérance de toutes les nations^.
Voltaire, Volney, Boulanger, le déclarent en termes formels. Ils appellent cet Envoyé, d'après les traditions, grand Médiateur ^ — Juge finale — Sauveur futur ^ — Roi, Dieu conquérant et législateur, — qui ramènerait l'âge d'or sur la terre^ et délivrerait les hommes de l'empire du mai
Plutarque pour les traditions égyptiennes, — Socrate (2"» Alcibiade) chez les Grecs, — Virgile, Cicéron, Tacite et Suétone, chez les Romains, — Confucius et les traditions chinoises, étudiées à leur source par M. Âbel Rémusat, — les traditions mexicaines rapportées par M. de Humboldt, — voilà, pour ne nous en tenir qu'aux plus notables, les garants particuliers de la vérité de ce fait, reconnu et constaté par l'incrédulité elle-même.
Or, ce fait contient implicitement la vérité des prophéties, comme les rayons du soleil, dorant le sommet des montagnes, supposent son disque, bien qu'il soit encore sous l'horizon.
I, Boulanger.
Toutes ces traditions, si unanimes dans leur universelle dispersion, partent nécessairement d'une source commune, à quelque point qu'on la reporte. Et cette source, lorsqu'on la cherche, apparaît dans toute sa plénitude et sa spontanéité au sein de la nation juive, la plus élevée en antiquité, la plus directement intéressée à l'objet de ces traditions, puisqu'il devait partir de son sein ; et enfin la seule qui indique visiblement dans ses prophètes et dans leurs écrits les oracles originaux de cette expectative universelle. Tacite nous dit aussi que sa source était dans des écritures antiques et sacrées, antiquis sacerdotum lit^ teris contineri, ce qui se rapporte visiblement aux livres jaifs^
Maintenant, comment cette croyance avait-elle pénétré chez les autres peuples? C'est ce dont il est aisé de se rendre compte lorsqu'on considère : — !• que les pre- Tnières prophéties remontent à l'origine du monde, et Que chaque branche de la grande famille humaine, en se séparant du tronc, adû emporter avec elle cette précieuse espérance, entretenue par les maux qu'elle devait guérir; — 2° que les sages de toutes les nations , dans la suite, sont revenus puiser à cette même source originelle accrue par des oracles postérieurs, et ont dû rapporter chez leurs concitoyens une croyance qui les intéressait tous également; — 3" que les Juifs, longtemps captifs dans 'Egypte et dans la Chaldée, ont dû y déposer l'impression de cette croyance, d'autant plus qu'un de leurs grands prophètes, Daniel, a fait entendre pendant ce ^6uips, à la cour des rois de Babylone et d'Assyrie , ses plus magnifiques prédictions; prédictions qui firent tant
)• C'est ce que déclare formellement l'historien Josèphe, qui faisait ^^ mêmes allusions à ces oracles que Tacite et Suétone.
de bruit, que plus tard Alexandre le Grand, particulièrement désigné dans Tune d'elles, vint à Jérusalem pour en prendre connaissance ; — 4° enfin , que depuis les dernières prophéties, et dans les quatre ou cinq cents ans qui s'écoulèrent jusqu'à Jésus-Christ, ces mêmes Juifs se répandirent en colonies dans toutes les parties du monde, d'où ils revenaient tous les ans à Jérusalem; et que dans ce flux et reflux, comme aussi par la sublime singularité de leur culte, ils durent attirer l'attention, et pénétrer les peuples qu'ils parcouraient de la connaissance des prophéties dont ils étaient eux-mêmes imbus , et qui intéressaient toutes les nations par le grand événement qui en était l'objet.
Voilà comment on s'explique très-bien l'universalité de l'expectative d'un Sauveur de la race humaine, par dérivation de la source prophétique qui nous apparaît chez le peuple juif.
Pour donner dès lors aux Prophéties leur véritable importance, il faut les entendre avec leur mille échos renvoyés par toutes les traditions de l'univers, et formant autour d'elles autant de préjugés légitimes, de témoignages irrécusables de leur imposante réalité. En un mot, le prodige existant déjà pour nous au dehors confusément, il ne s'agit que de le ramener à' sa véritable source, et de le voir jaillir du Livre qui le contient.
Ouvrons donc enfin ce Livre extraordinaire, qui, après avoir rempli le monde ancien du bruit de ses oracles, remplit encore le monde moderne de leur accomplissement.
Les Prophéties se présentent h nous, ainsi qu'on Ta déjà observé, comme un tableau où l'intention du peintre est d'abord déposée en germe, — où on la voit successivement
86 dégager, se préciser, se formuler nettement, — revêtir des formes, des couleurs, — sortir en quelque sorte de la toile, ici par un trait, là par un autre, — se personnifier, s'animer, — et, après avoir reçu jusqu'aux particularités les plus signiOcatives de la vie et de l'action qu'elle a pour objet de reproduire, attendre sous le voile le grand jour de l'exposition, où la présence môme de l'original Tiendra faire éclater le prodige de la ressemblance.
Nous qui sommes déjà initiés à la connaissance de l'original, et qui pouvons le reconnaître au moindre trait, entrons, pour ainsi parler, dans l'atelier du peintre, et assistons à tous les degrés de la formation de son œuvre ^.
I. Le premier linéament prophétique se trouve dans le Terset 15, chapitre m, de la Genèse. Au moment même de la chute du premier homme par les embûches du démon, représenté sous la figure du serpent, Dieu, en exerçant les châtiments de sa justice sur les coupables et sur
!• Nous croyons avoir pris jusqu'ici toutes les précautions pour amener une incrédulité raisonnable à la vérité du prodige des prophéties, et de la Religion dont elles sont une des plus éclatantes preuves. Ce qui va suivre achèvera, croyons-nous, cette inévitable conclusion. Mais il est une incrédulité de parti pris qui se jette hors de la raison pour échapper à la vérité, et qui prouve ainsi de nouveau celie-ci, par l'absurde. On ne peut nier ce grand /or?/ des Prophéties, on Tavoue; mais on pense en éluder le prodige décisif par des échappatoires comme celle-ci : « Grâce à une espèce de sens prophétique, qui rend « par moments le sémite merveilleusement apte à vf>kr les grandes * |i^es de Tavenir, le Juif a fait entrer Thistoire dans la religion. » yie de Jéstis^ p. 47.) — Ainsi, des prophéties qui anticipent de deux, f^% huit, et même vingt siècles la vue nette des événements les plus ^imaginables, s^expliquent tout naturellement par une espèce de sens Prophétique^ dont, par moments , le sémite seul serait merveilleusement ^otié! ce sémite, ce Juif qui précisément est un prodige d'aveuglement aans le monde, et qui aurait eu le sens de prévoir ^ ce qu'il n'a jias eu le sens de voir, son propre désastre I Voilà une espèce de naturel qui
demande plus de crédulité que tout le surnaturel ne demande de foi.
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leur postérité, insinue la réserve d'une réparation future qui rendra Thomme victorieux de son ennemi : « Alors « le Seigneur Dieu dit au serpent : « Je mettrai une ini- « mitié entre toi et la femme, entre ta semence et la se- « mence de la femme ; cette semence te brisera la tête, « et tu chercheras a la mordre au talon. » Voici le texte de la Vulgate : Inimicitias ponam inter te et muliererriy et setnen tuum et semen illius : ipsa conteret capui tuum, et tu insidiaberù caicaneo ejus.
Assurément, nous sommes les premiers à le reconnaître, prise isolément, et abstraction faite de toutes les autres, cette première indication prophétique semble ne pas devoir frapper Tatlention. Mais nous en jugerons différemment lorsque nous verrons le rapport de développement qui existe entre elle et les suivantes. C'est ce qui nous porte déjà à insister pour faire voir, dans ce premier germe, une intention et une tendance dont l'objet va nous apparaître de plus en plus.
1* C'est Yauteur de la chute, le serpent, dont la tête doit être écrasée par le fils de la femme, et qui ne pourra plus que machiner des embûches contre son vainqueur. Évidemment, c'est là la plus haute expression de la réparation pour l'humanité.
2° Ce n'est pas Adam ni Eve directement qui remporteront cette victoire, c'est dans leur descendance qu'elle doit éclater, semen; c'est par conséquent l'avenir qui en contient l'accomplissement.
3° Ce n'est pas de la descendance de Vhomme qu'elle doit sortir, ni môme de la descendance de Vhomme et de la femme ; mais, chose singulière et bien expresse, c'est de la descendance de la femme, semen muueris. C'est la femme même dans un de ses descendants, selon les Sep-
LES PROPUÉTIES. SOI
tante et la Vulgate (ipsa conteret), qui opérera cette révolution : intention évidente de faire de la réparation la contre-partie de la chute ; et comme la femme seule avait reçu et transmis le mal, de lui faire seule porter et transmettre le remède. C'est à quoi saint Paul fait allusion dans son épître aux Galates, quand il dit : a Lorsque « fut venue la plénitude des jours, Dieu envoya son Fils, « fait de la femme, pour nous racheter : « At ubi venit plenitudo temporis^ mtsit Detts Filium suum, fagtum ex MULiERE, ut redimeret^ etc. ^
Ces interprétations , dira-t-on , sont intéressées ; et quoiqu'elles sortent du sujet, il faut Tœil d'un chrétien pour les y voir, et la chaleur de son zèle pour les féconder.
Je réponds qu'il n'en est rien, et qu'il su(Bt, comme nous l'avons déjà dit, de savoir le rapport de cette première prophétie avec les suivantes , pour y découvrir dans son germe le sens qui va bientôt naturellement en
sortir.
J'ajoute (ce qui écarte tout reproche de prévention) que les anciennes paraphrases chaldaîques ont bien aperçu comme nous qu'il s'agissait, dans ce passage, du Messie, devant venir, comme dit saint Paul, dans la plénitude des temps. La paraphrase de Jonathan-ben-Uzzel dit en effet : « A la vérité, il y aura un remède pour eux (Adam «etÈve),mais pas pour toi ; car ils t'écraseront du talon.» ■^ Et la paraphrase de Jérusalem ajoute : « C'est-à-dire ^ 'û fin desjours^ aux jours du Roi-Messib ■. »
î' ÀdGalatas^ cap. iv, t. 4.
î» Disserialions sur le Messie, par Jaeqaelot, p. 77 ; — !'• Lettre *«n rabbin converti, p. 67 ; — Traduction polyglotte des paraphrases, PW Wallon.
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Enfin , rappelons-nous Taccord frappant de la fable grecque de Prométhée^ d'après Eschyle, et de la fable égyptienne d'his et de Typhon, d*aprës Plutarque, avec ce passage de la Genèse; accord tel, selon les éclaircissements dans lesquels nous sommes entrés (t. II, pag. iil et suivantes de ces Etudes)^ qu'il est impossible à la raison la plus défiante de ne pas se rendre à Tévidence de Tinterprétation que nous venons de présenter. Le lecteur voudra bien, pour la conscience de cette vérité, relire en ce moment cette partie de notre travail, que nous ne pouvons reproduire ici, ni en abrégé, parce que ce serait Taffaiblir, ni en totalité, parce que ce serait trop long, mais qu'il importe cependant de replacer sous les yeoxi à la grande justification d'une interprétation qui sert tellement la cause de notre foi, qu'on la croirait inspirée par une prévention toute chrétienne, et qui en est cependant tellement indépendante, que nous la trouvons pins explicite et plus favorable encore dans les écrits des païens. Il ne faut qu'un peu de suite et qu'un peu d'effort d'attention pour en demeurer convaincu; et certes le sujet en vaut bien la peine.