II. Passons à la seconde prophétie
Selon la première, c'est de la descendance de l'humanité en général (quoique particulièrement de la femme) que doit sortir le vainqueur du serpent.
Maintenant nous allons voir la généralité de cette pré' diction se particulariser de plus en plus.
Dans toute l'humanité, ainsi appelée à produire ultérieurement son Libérateur, Dieu va prendre un seol homme, Abraham, et de cet homme il va faire un peuple distinct ; et c'est de ce peuple, dont la fonction spéciale
LES PHOPUÉTilSS. 203
sera de Tannoncer avant, et de lui servir de témoin après, qae doit sortir ce Descendant de la femme^ par qui doit s'opérer le salut du genre humain .
« Le Seigneur Dieu dit à Abraham : « Sortez de votre « pays et de votre parenté, et venez en la terre que je « vous montrerai, — Je ferai sortir de vous un grand apeupk. — Et tous les peuples de la terre seront bénis « £N vous. » In T£ benedicentur universœ cognationes terrœ, (Genèse, chap. xn, v. 3.)
Plus loin, et après le sacrifice dlsaac, la même promesse est renouvelée à Abraham avec plus de force et de précision.
« Je jure par moi-môme, dit le Seigneur, que puisque « vous avez fait cette action, je vous bénirai ; — je mul- « Hplierai votre race comme les étoiles du ciel et comme « le sable des mers; — et toutes les nations de la terre se- « ront bénies en Celui qui sortira de vous. » Benedicentur in Semine tuo omnes génies terrœ, (Genèse, chap. xxii, V. 18.)
Opération sublime ! par suite de la première promesse, et pour préparer visiblement de loin sa réalisation. Dieu fait exprès un peuple. A cet effet il prend un homme, comme un bloc^ comme une carrière, selon la forte expression d'Isaïe, dans laquelle il va tailler, et d'où il va extraire^ ce grand peuple, qui ne ressemblera à aucun autre peuple, ni dans les temps anciens, ni dans les temps modernes, et qui sera le dépositaire, l'instrument et le
1. Attendue ad petram unde excisi estis, et ad cavernam laci de quà prscUi eslis, A itendite Abraham pairem vestrum, et ad Saram^ qux peperit vos} quia unumvocavi «im, et benedixi ei, et multiplicavi eum. (Isaias, cap. u, v. 1 et 2.)
204 CUAPITRE Vf.
témoin perpétuel de la bénédiction qui doit se répandre un jour sur toutes les nations.
Toutes les nations de la terre seront bénies en vous, — EN Celui qui sortira de vous^. — Tel est le but précis et définitif de ce choix d'Abraham et de la formation du peuple juif. Ce n'est pas pour lui et par une faveur capricieuse et gratuite que le choix de ce peuple est fait : c'est comme instrument, et pour servir à la manifestation des desseins de la miséricorde de Dieu sur l'humanité en général ; c'est pour nous Gentils^ pour nous tous humains, que Dieu a tiré ce peuple de l'humanité, comme un plan choisi et cultivé avec soin, d'où devait sortir un jour la tige bénie sur laquelle nous serions tous entés; ce sont tous les hommes, ce sont tous les peuples que Dieu aimait et avait en vue dans le seul Abraham, dans le seul peuple juif; l'Ancien Testament n'était que le préambule du Nouveau, et les Juifs, en tant que peuple de Dieu, n'étaient que grevés de substitution envers toutes les nations de la terre, appelées à recueillir le bénéfice du Testament. C'est ainsi qu'il faut entendre Yélection du peuple juif en vue de la, vocation des Gentils, et comme devant s'absorber dans cette vocation pour laquelle seule elle est faite. C'est faute de saisir ce rapport que le peuple juif a donné dans l'orgueilleuse prétention de dominer toute la terre, et que, par l'effet de cet aveuglement charnel, il a été rejeté en dehors du salut commun. C'est aussi faute de saisir cette large vue, que l'incrédulité se choque de la conduite de Dieu à l'égard de ce seul peuple dans les temps anciens. Certes, l'état misérable de ce même peuple dans les temps modernes, au sein de la bénédiction univer-
1. Cette traduction est de de Sacy ; nous la justifierons complètement dans un instant.
selle dont il est seul exclu, est bien propre cependant à faire voir que ce n'est pas pour lui seul que Dieu en usait ainsi, et que les vrais héritiers d'Abraham ne sont pas tant les Juifs que tous les Chrétiens, soit juif, soit gentiP.
Mais, dira-t-on, pourquoi Dieu s'est-il ainsi servi du peuple juif? quelle nécessité d'un tel intermédiaire? Ne pouvait-il pas nous appeler tous immédiatement au salut qu'il nous réservait, sans tant d'ambages?
Saus doute Dieu pouvait user de mille autres moyens; il pouvait même se passer de moyens, et il n'y a eu rien de nécessaire en soi dans la voie qu'il a suivie. Mais si l'on considère qu'il convenait/>oMr nous qu'il agît de telle sorte que nous le vissions agir assez pour reconnaître sa Providence, sans cependant y être irrésistiblement forcés, nous serons frappés de la sagesse de ce plan de la Religion. Le salut que Dieu nous réservait pour se rendre plus apparent et plus sensible, pour donner lieu à notre amour et à notre foi, sans lesquels il ne pouvait nous profiter, devait se détacher à nos regards, devait être annoncé, préparé, personnifié, de loin, dans une action libre et visiblement providentielle : voilà le motif du choix d'Abraham, de la distinction du peuple juif, et de la prédiction du but pour lequel ils ont été faits.
Au reste, le fait justifie ici l'intention. — La formation spéciale du peuple juif pour opérer plus tard la conversion des Gentils, et la prédiction de ce double fait et de son intention expresse plusieurs siècles avant qu'il s'opérât, constituent une grande et belle prophétie qui
1* Toutes ces idées sont renfermées dans ce mot de Jean-Baptiste ^ax Juifs : « Faites donc de dignes fruits de pénitence , et ne vous
* prenez pas toujours à dire : Nous sommes les enfants d* Abraham.
* Car, je vous le dis, Dieu peut de ces pierres même susciter des en- « fants d'Abraham. » (Malth., m, 9.)