‹ Études philosophiques sur le christianismeChapitre 70 sur 168 · IV · texte numérisé non relu

IV

318 CHAPITRE lY.

t ProphitB coHMB MOI, de Yotre aatioB et d'eatre yos

« frères ; c'est Lui que vous écouterez.

« Selon la demande que vous fîtes au Seigneur votre « Dieu près du mont Horeb, disant : Que je n'entende « plus la voix du Seigneur, et que je ne voie plus ce feu c effroyable, de peur que je ne meure 1

« Et le Seigneur me dit : Je leur susciterai du milieu de « kurs frères un Prophète semblable a vous; je Lui met- « tf ai mes paroles dans la bouche, et il leur dira tout ce « que je Lui ordonnerai. - Si quelqu'un ne veut pas en- « tendre les paroles que ce Prophète prononcera en mon « nom, ce sera moi qui en ferai la vengeance* » (Dentér.,

chap. XVIII, V. 15 et 19.)

Ces paroles n'ont aucune signification, si elles ne s'appliquent à Celui qui devait être envoyé, m Messie, objet des précédentes prophéties que Moïse avait lui-même consignées par écrit. En effet :

Ce qui distingue Moïse, avons-nous déjà dit* e^est la qualité de %tWafeiir, accompagnée du don extraordinaire des miracles. Du reste, il ne prophétisait pas, si ce n'est dans cette seule prophétie que nous examinons. Ce n'est donc que par cette qualité de législateur thaumaturge, distinotive et en quelque sorte exclusive en lul< qu'il était possible de lui ressembler ; et un prophète semblable à ItU se pouvait s'entendre d'un prophétisant seulement, mais d'un législateur comme lui, -

En particulier, c'est cette qualité de législateur qui est l'objet de la similitude dans la prophétie en question, puisqu'il y est dit que ce prophète semblable à Moïse est promis au peuple juif, selon la demande que ce peuple fit au Seigneur près du mont Boreh (où la Loi fut doùliée), disant : Que je n'entende plUë la Voinù du Seigneur, et que je

ne vok plus ce feu effroyable^ de peur que je ne meure I Ce motif de la demande est la raison de la promesse, et en éclaire vivement Y objets qui ne peut être qu'un nouveau mode de révélation, qu'une nouvelle loi, qu'un nouveau médiateur de cette nouvelle Alliance, plus douce que l'ancienne. Aussi est-il dit, en parlant de ce prophète semblable à Moïse : C'est lui que vous écoutbhbz. Écouterez, dans quoi? dans ses prédictions? non, dans ses ordonnances; car, est-il dit, je lut mettrai mes paroles dans la bouche, et il leur dira tout ce que je /ut ordonnerai; et si quelqu'un ne veut pas entendre les paroles que ce prophète pkononcbra en mon nom, c'est moi qui en ferai la ven^ geance.

Par là nous découvrons manifestement une chose de plus : c'est que si ce Prophète à venir, dont il est parlé, est semblable à Moïse en tant que législateur ou minisire de l'Alliance de Dieu avec les hommes, il lui est bien supérieur par l'exercice de cette qualité e); le mode de cette Alliance. Car, au lieu que, dans la promulgation qui eut lieu sur le mont Horeb, c'est la voix de Dieu qui se fit entendre séparément, ne laissant à Moïse que le soin d'en rappeler et d'en conserver les ordonnances ; dans la nouvelle Alliance, Dieu se servira de la bouche même de sou Prophète pour parler aux hommes. La parole môme de Dieu entrera, habitera dans ce nouveau Prophète «W5- «fe' d'entre les léommeSj mais en même temps verbe de Dieu. Ces deux choses, séparées dans l'ancienne Alliance, où l'on entendit Dieu d'un côté et son serviteur Moïse de l'autre, seront réunies dans l'Alliance nouvelle, à la plus grande gloire de ce nouveau Prophète^ en qui la fou^ Croyante parole du Sinaï entrera pour s'adoucir à la portée de l'homme, comme aussi pour la plus grande paix de

rhomme à qui Dieu fera cette grâce de parler comme un un homme à un homme, de converser comme un ami

avec son ami^.

Et c'est à cela que se rapportent visiblement ces autres ' prophéties, qui viennent comme d'elles-mêmes se placer ici :

« C'est pourquoi il viendra un jour où mon peuple con- « naîtra mon nom; parce qu'alors je dirai : Moi qui par-

« LAIS AUTREFOIS, MB VOICI PRÉSENT.» (IsaïO, Chap. LII,V.6.)

— a Qui est monté au ciel pour y aller prendre la « sagesse, ou qui l'a fait descendre du haut des nues?... « Celui qui sait tout la connaît... C'est Lui qui est notre « Dieu..., c'est Lui qui a trouvé la voie de la vérité, et « qui t'a donnée sur le mont Horeb à Jacob son serviteur, « et à Israël son bien-aimé. Après cela il a été vu sur

« LA TERRE, ET IL A CONVERSÉ. AVEC LES HOMMES. » (Ba-

ruch, chap. m, v. 29-38.)

t. N'oublions pas, pour saisir toute la justesse de cette application, que les deux natures d'Aomme et de verbe de Dieu étaient unies, mais non point confondues en Jésus-Christ : de telle sorte qu^en tant qu'homme (et môme en tant que Verbe^ Fils de Dieu, distinct par la personne^ quoique uni par Vessence avec Dieu le Père) , il pouvait dire, et il disait en effet : « Ma doctrine n'est pas ma doctrine, maii « celle de Celui qui m'a envoyé. (Jean, vu, v. 15.) Je ne vous disque « ce que j'ai vu en mon Père. (Jean, viii, v. 37.) Je ne parle pas de € mon chef; mais mon Père qui m'a envoyé m'a lui- môme prescrit « ce que j'ai à dire, et comment je dois parler. Comme mon Père m'a « ^i^ Je le redis. » (Jean, xii, v. 49 et 60.) — Langage qui se rapporte exactement à celui de notre prophétie, c Je mettrai mes paroles « dans sa bouche, et il vous dira tout ce que je lui aurai prescrit... € L est lui que vous écouterei . fDeutér., chap. xviii, v. 18, 1&); lui^a *'*^®«'»*"'e q»ie Jésus-Christ reçut sur le Thabor (où Moïse oua^dTnJ''*'^''"] ^"^^ *^^*«'' raccomplissement de sa prophétie), wT-lmé 7n "" ?ï ^*^*.*^ ^' enlendn., disant : Celui^i esi mn FiU (Malth ,in Tvtt *" ""*,'?" complaisances, écoutex-le : ipsdmacditb. phéUe'rbeutfV -Ik ^* ' ^^^ audits, avait dit pareillemenl la pro- ^ U Pïom^ifSP* ""!?"' "'' ^^> •• ^'«»^ »in»i q«o raccomplissement prooies^j pe répondent, oomme deux échoa d'une niême toîi.

LES PBOPHiriBS. 221

Voilà la nouvelle Alliance, et le Prophète semblable à Moïse comme médiateur de rAUiance; mais plus grand que Moïse, comme médiateur d'une Alliance plus parfaite et plus intime : ce sera Dieu lui-même, non plu» sa voix terrible enveloppée de foudres et d'éclairs, mais fait visible, fait homme , et conversant avec les hommes comme Tun d'eux.

Dne autre prophétie le dit expressément : « Les jours viendront, dit le Seigneur, où je ferai une « nouvelle Alliance avec la maison de Juda : non une 0 alliance pareille à celle que je fis avec leurs pères, au « jour où je les pris par la main pour les tirer de la terre « d'Egypte. Ils ont violé cette alliance, et je leur ai fait « sentir mon pouvoir, dit le Seigneur. Mais voici le Pacte « que je ferai avec la maison d'Israël lorsque ces jours « seront venus : j'imprimerai ma loi dans leurs entrailles, « el je l'écrirai dans leurs cœurs. Je serai leur Dieu, et « ils seront mon peuple.» (Jérémie, ch. xxxi, v. 31, 32, 33.)

Nous pourrions multiplier les citations de prophéties semblables ; mais il suffit de celles-ci pour faire voir que l'Alliance faite par Dieu avec le peuple juif sur le mont Horeb, et par le ministère de Moïse, devait faire place à une Alliance plus définitive et plus parfaite; que cette nouvelle Alliance demandait un nouveau Médiateur, un nouveau Moïse, en qui et par qui Dieu s'unirait aux hommes d'une manière plus miséricordieuse et plus in- ^Jme; et que ce futur Médiateur est celui que Moïse désigne lorsqu'il dit : Le Seigneur votre Dieu vous suscitera ^N PROPHÈTE COMME MOI, dc votrc nation et d^ entre vos frères: c'^st lui que vous écouterez, etc. Tout cela est clairement Pi'édit et désigné dans les Livres saints.

S29 CnAPITRB IT.

Quel est ce Prophète? Ce n'est évidemment aticun de ceux de l'Ancien Testament; car aucun n'a prétendu se poser en législateur comme Moïse, et il n'y a point eu en Israël de prophète semblable à Moïse, dit le texte sacré. {Deutéron., chap. xxxiv, v. 9.) Tous les prophètes, au contraire, ont rappelé Israël à l'observance de la loi de Moïse, en attendant la Loi nouvelle qu'ils ne faisaient qu'annoncer ; et il est même remarquable que le dernier prophète finit sa prédiction en disant : Souvenez-vous de la loi de Moïse ^ mon serviteur, dont je l'ai fait dépositaire au mont Horeb, devant tout Israël, (Malachie, chap. iv, v. 4.) — Quel est donc, encore une fois, ce Prophète qui devait apporter une Loi supéineure à celle du mont Horeb, si ce n'est Celui dont les prophéties précédentes ont parlé , le Messie, qui devait être suscité d'entre les Juifs, ses frères; notre Sauveur Jésus-Christ, dont ceux-ci disaient : Un grand Prophète a été suscité d'entre nous^ et Dieu a visité son peuple (Luc, vu, v. 16); Jésus-Christ, auteur de l'Évangile, qui a mis fin à la loi de justice par la loi de grâce ; Jésus-Christ, dont Dieu lui-même a pris en main la vengeance contre la nation qui fa méconnu^ comme l'avait annoncé Moïse ; Jésus-Christ enfin, qui, s'appliquant à lui-même cette prophétie, disait à cette nation infidèle : « Ne pensez pas que ce soit moi qui vous accuserai au- « près de mon Père : votre accusateur, c'est Moïse en qui « vous espérez. Si vous aviez foi en Moïse en effet, vous au- « riez foi en moi; car c'est de moi que Moïse a écrit.» — Noli putare quia ego accusaturus sim vos apud Patrem .• est qui accusât vos Moyses^ in quo vos speratis. Si enim crederetis Moysi^ crederetis forsitan et mihi : DE ME enim ille SCRIPSIT. (Joan., cap. v, v. 45, 46.)

Que tout cet accord est convaincant! Sans doute, pour

bien en saisir tonte la jnstesse, il faut se livrer à qnelqnè examen, à quelque rapprochement; mais il n'y a rien que de simple et de naturel dans ce travail ; il se fait en quelque sorte de lui-même ; et les éléments en sont si bien disposés les uns pour les autres et tous pour le mémo résultat, qu'il suffit seulement de ne pas s'y opposer^ pour qu'il en sorte.

VI. En suivant l'ordre des temps, nous avons vu las prédictions se préciser, se concentrer de plus en plus en Jésus-Christ. — D'abord elles ne disent autre chose sinon que ce Libérateur, qui doit répandre les bénédictions de Dieu sur tous les peuples de la terre , sortira de l'espèsa humaine, et à proprement parler de la femme, d'une façon particulière; — ensuite de la race d'Abraham, i l'exclusion de toutes les autres nations; — puis de I4 tribu de Juda, préférablement aux autres tribui^ : — as^ cord de plus en plus frappant de singularité, car aucune autre nation que la nation juive, aucune autre tribu qi|9 la tribu de Juda, n'a prétendu donner ce S^iuveur au monde, et toutes l'ont attendu de la Judée, et dans la Judée de la tribu de Juda, d'où il est sorti en etTet au moment précis où cette tribu a perdu le êceptre de sâ nation, qu'elle avait porté jusqu'alors.

Mais voici qui est plus remarquable encore : la /hmtVfe d'entre toutes les familles de la tribu de Juda, h famille dont le Messie devait sortir en particulier, n'est pas moins clairement désignée que la tribu, que la nation, 6t que l'espèce.

Toutes les prophéties subséquentes s'acçor4ent en eflf^t pour annoncer que c'est la famille de David qui devAit

224 CUAPITRB IIP.

donner ce Saureur au monde : cette famille d*o& il est en effet sorti}.

i . Voyez les deax généalogies de Jésns-Christ dans TÉvangile : la première (en S. Matthieu) par Joseph, époux de Marie ; la seconde (en S. Luc) par Marie, mère de Jésus-Christ. Joseph n^est pas pris dans la première de ces généalogies comme père de Jésus-Christ, puisque, par le fait, il ne Tétait pas (les généalogistes eux-mêmes le déclarent); mais il est pris comme parent de la sainte Vierge, parce quMI était d'usage que la femme épousât son parent, et que la généalogie même de la femme se comptât par le mari, comme le plus noble représentant de la parenté commune à tous deux. — Aussi saint Matthieu, en donnant la généalogie de Joseph, donne^-il par cela même la généalogie de Marie par rapport à leurs ancêtres communs ; et réciproquement saint Luc, en donnant la généalogie de Marie, donne de la môme manière la généalogie de Joseph, ou plutôt toutes deux servent à justifier doublement que Jésus-Christ, par Marie, descendait bien de David, puisque non-seulement cette descendance est prouvée directement par Marie, mais encore indirectement par le parent de Marie, Joseph : ce qui est manifeste lorsqu'on remarque que les deux branches généalogiques se nouent dans Zorobabel une première fois, et se confondent dans David y Tune par Salomon son fils atné, l'autre par Nathan son putné. — Reste une légère difficulté : saint Luc, avons-nous dit, donne la généalogie directe de Marie, et saint Matthieu la donne par Joseph. Cependant, dira-t-on, l'une et l'autre généalogie ne parlent que de Joseph, Cela est vrai ; mais, dans saint Matthieu, Joseph figure en son nom et comme fils de Jacob, tandis que, dans saint Luc, il figure au nom de Marie et comme fils d'Héli, ce qui veut dire ici nécessairement yî/s par alliance, ou bien gendre d^Héli, puisque Héli ou Joachim était, comme on sait, père de la sainte Vierge. Ainsi, dans celte seconde généalogie, sous le nom de Joseph lisez Marie, tout le reste étant d'ailleurs la lignée propre de Marie.

Voilà la clef des deux généalogies et de leurs apparentes oppositions : rien n'est plus simple dès qu'on la tient. Il était difficile, du reste, aux Évangélistes de se tromper aussi grossièrement que les premières apparences le font croire. Cette manière de compter devait être usuelle; les familles se connaissaient entre elles, et attachaient un trop grand prix à leur généalogie pour qu'on pût en imposer ; enfin, le recensement général qui venait d'être fait avait dû éveiller et fixer les attentions sur ce sujet.

Au surplus, la qualité de fils de David était notoirement donnée à Jésus- Christ; nous le voyons non-seulement dans l'Évangile, mais dans les écrits de plusieurs hérétiques : Cérinthe, les Carpocratiens, les Ébionistes, bien qu'ils niassent qu'il fût né d'une vierge. Et, ce qui est plus fort, Taveu formel en est consigné dans le Talmud. (Voyes la réfutation du Munimenfidei, par Gousset, 1'^ part., chap. i, n^ 3.)

LES PROPHÉTIBS, 225

Les chants sacrés de ce grand Roi résonnent d'un bout à Taatre de cette prophétique espérance, et renferment les traits les plus sublimes sur ce Règne éternel de son Fils qui est en môme temps son Seigneur^ et à qui toute les na^ tions sont données en héritage. Nous nous abstenons toutefois de les citer, parce que le style lyrique et figuré dans lequel ils sont écrits leur ôte ce caractère précis et décisif nécessaire pour fixer l'incrédulité.

Mais d'autres prophètes vont parler pour lui :

— « f/h rejeton sortira de la tige de Jessé » ( Jessé était le père de David), dit Isaïe, qui écrivait longtemps après le règne de David et de Salomon : « une fleur s'élèvera « de sa racine, et l'esprit du Seigneur se reposera sur « Lui... Il jugera les pauvres dans la justice, et se portera « le vengeur des humbles sur la terre. Il frappera la terre « par la verge de sa bouche , et tuera l'impie par le « soufiBle de ses lèvres... En ce jour-là, le rejeton de Jessé « sera exposé comme un étendard devant tous les peuples; « les nations viendront lui offrir leurs prières, » (Isaïe, chap. XI.)

— « Le temps vient, » dit le Seigneur par la bouche de Jérémie, « où j'accomplirai les paroles favorables que j'ai « données à la maison d Israël, — à la maison de Juda. « En ces jours-là et en ce temps-là je ferai germer de « David un germe de justice... , et voici le nom qu'ils lui « donneront : le Seigneur ( Jéhovah), qui est notre Juste. » (Jérémie, chap. xxm, v. 5, 6^)

On ne peut imaginer rien de plus complet à la fois et de plus précis que cette prophétie. L'avenir final auquel se rapportent les promesses primitives y est indiqué. Ces

1. La même prophétie est répétée dans Jérémie, chap. xxxiiii ^- t^t 15, 16,

ta.

226 CHAFiTRfi nr.

promesses, en tant qu'elles regardent la maison d'Israël (Israël était le surnom de Jacob), c'est-à-dire, la nation juive en général, puis la maùon de Juda en particulier» sont rappelées. Reprenant ces anciennes prophéties, le nouveau prophète y ajoute l'indication de ln.familk d'où doit sortir Celui qui en est l'objet; et c'est de la famille de David ( cette famille dont Isaïe nous a déjà dit : Vh rejeton sortira de Jessé) que Jérémie nous dit que germera ce germe de justice, lequel, en môme temps qu'il sera fils de David, fils de Juda, fils d'Israël, fils de l'homme, et à proprement parler de la femme, sera en môme temps fils de Dieu , Dieu même, car son nom sera Jéhova^ notre Juste : Yehova tsidkèn ou^.

VIL Nous pourrions citer un grand nombre d'autres prophéties, desquelles il résulte que le Messie doit être à la fois fils de David et fils de Dieu. Il n'y a rien d'ailleurs de plus formellement reconnu par les anciens interprètes juirs. Mais ce qu'il importe maintenant de noter, c'est que d'autres prophéties, non moins positives, disent que ce Dieu Sauveur^ fils de David^ sera aussi fils d'une Vierge,

Cette croyance était généralement répandue dans les traditions universelles. Nous avons mis oe fait hors de doute dans notre étude sur Yattente du Libérateur, Dans

1 . Les paraphrases chaldaïques et tous les rabbins juifs postérieurs entendent cette prophétie de la filiation humaine et divine du Messie absolument comme nous. On peut en voir les nombreuses eitations dans la deuxième Lettre d*uu rabbin converti, ]p. 126 et suiv. — Ce qui est encore plus surprenant et non moins incontestable, c'est que les anî'iennes paraphrases chaldaïques , notamment celle de Jonathanben-Huziel, ainsi que beaucoup d'autres commenl,aire« juifs, disent formellement qu'il est prédit que le Messie sera le Verbe de Jéhovah ; et ils justifient cette interprétation par la signification des mots hébreux qui sont employés dans le texte. Voyez encore deu]|^|ième Lçtirc d*un rabbin converti, p. 144 et suiv.

la oatipp jiiiye en particulier, cette naissance min^nleasa était le efir^tère diatii^ctif du Me%m; aussi, qu4n4 Simon le Afagicien éleva la sacrilège prétention de rivaliser avec Jésus-Christ, il eut soin de se donper pour n^re une vierge^. Enfin, dès les premiers moments de leur prédication, les Apôtres ont publié, et les Évangéliste:^ pqt consigné, que Jésus-Christ était né d'une mère vierge.

Or,*c'est ce qui avait été prédit dès les ten^ps lea plus reculés.

D'abord, dans la première de toutes lep prophéties, il est dit, comme nous Tavons remarqué, que c'est le iSi?;?!^ mulieris qui écrasera la tête du serpent; ce qijie les Septante ont entendu d'une manière tellement propre et ej^clçsive, qu'ils ont identifié cette semence de la femmei avec la femme même, et que c'est h Bile qu'ils ont fait rapporter le \eThe conteret : îfsa cojîtebbt CApur (trjiduction littérale des Septante) , forçant aix^si la lettre du text^^ ep v^e de son véritable esprit.

Mais cette prophétie devait devenir plus explicite; et, compie cas eaux encore troubles qui ^ après s'être montrées un moment à la surface de la terre, s^y enfonoeat pour reparaître à une grande distance clarifiées et jailli?santés, nous la voyons surgir tout à coup dans ce célèbre passage d'Isaïe, où se trouvent tout à la fois la filiation naturelle du Messie de la maism de David^ — sa naissanee surnaturelle pomme fils d'une Vierge, — et sa filiation Avine comme fils de Dieu.

ft Ecoutez, maison de David ; ne vpus sufflt-il pas de « lasser la patience des hommes, sans lasser encore eeUe

« de mon l)|eu?-r- C'est ppurquqi le geigneur youç dou-

1» s. Glem., in JR^o^ii., fib. P, f^ x)?.

« nera lui-même un prodige : Voici que la Vierge^ se « trouvera enceinte ; elle enfantera un fils , et elle loi « donnera le nom i'Immanouél (Dieu avec nous). » — (Isaïe, ch. vu, v. 44.)

— a Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu « une grande lumière, et le jour s'est levé pour ceux qui « habitaient dans la région de Tombre de la mort.

« Ils se réjouiront lorsque vous serez venu, comme on se « réjouit pendant la moisson, et comme les victorieux se « réjouissent lorsqu'ils ont pillé les ennemis et qu'ils « partagent le butin.

« Car UN PETIT ENFANT NOUS EST NÉ, et un fils nous a « été donné '. La principauté est posée sur son épaule. « On l'appellera V Admirable \ le Conseiller, Dieu puis- « SANT, le Père de réternité, le Prince de la paix,

« Son empire s*étendra de plus en plus, et la paix qu'il « établira sur le trône de David naura point de fin; il « possédera son royaume pour l'affermir et le fortifier

1. Dan^ le latin U y a Ecce virgo concipiet; et comme le latiD n'admet pas d^article, on ne saurait s'il faut traduire la vierge ou une vierge. Aussi les Bibles françaises, faites seulement sur le texte latin, portent une vierge; mais le texte grec des Septante, reproduisant fidèlement l'hébreu, porte, iq TrapOsvoç, la Vierge; sur quoi saint Ghrysostome fait observer : « Il ne dit pas seulement Voici qu*une vierge, c mais Voici que la vierge, avec Tarticle ; une vierge fameuse et « unique, celle qui nous a été annoncée. »

2. G^est au prétérit que parle le prophète, et cependant il s^agit d*un événement futur. Cette manière se rencontre quelquefois dans les prophètes, et on ne doit rien en inférer contre la réalité de la prédiction lorsqu'elle ressort de l'ensemble de leurs paroles. Le goût avertit, au contraire , que c'est là un caractère inimitable de la véritable inspiration. Enlevés sur les ailes de l'Esprit- Saint, les prophètes voient ee dont ils parlent à la lumière de Dieu, qui n'a ni matin ni soir, et chez qui règne un jour étemel. Cette manière de s'exprimer porte anssi un cachet de certitude. Gomment douter d'une chose que le prophète envisage déjà et vous montre comme accomplie 7

8f Ou plutôt le Miracle (Pelé), dit M. Dracb.

LBS PROPHÉTIES. 229

< dans Téqnitë et dans la justice, depuis ce temps/tt^^tf^i , « jamais. » (Isaïe, chap. ix, v. 2, 3, 6.)

Quelques rabbins modernes, préoccupés de Tapplicalion que les chrétiens faisaient de cette prophétie à la naissance miraculeuse de Jésus, ont tenté d*en détourner le sens en l'appliquant , soit au fils d'Isaïe, soit au roi Ézéchias ; mais leurs efforts ont jélé vains. — Cette prophétie se compose de deux parties, celle de : Voici que la Vierge enfantera^ chap. vii, et celle de : Un petit enfant nous est né, chap. ix. — Ces deux parties sont liées entre elles par le même sujet, la naissance (Tun enfant^ et d'un enfant-Dieu: car, dans la première partie, il est appelé Dieur-avec-nùus et dans la seconde. Dieu puissant. Aussi, de Faveu de tous les commentaires rabbiniques, la seconde partie n'est qu'un développement de la première. — Or, comment appliquer à un enfant ou à un homme ordinaire, comme le fils d'Isaïe ou bien Ézéchias, ces expressions : V Admirable, le Conseiller^ Dieu puissant^ Père de f Eternité^ Prince de la paix ^ son empire s'étendra , de plus en plus depuis ce temps jusqu'à jamais^ et la paix qu'il établira naura point de fin? -^ Le poids de toutes ces expressions, qui épuisent la langue de Fadmiration la plus enthousiaste, et seraient sacrilèges et blasphématoires, si elles prodiguaient ainsi à un simple mortel le nom incommunicable; le poids, dis-je, de toutes ces expressions n'enlève-t-il pas leur application à tout autre qu'à Celui que les prophéties précédentes nous ont déjà accoutumés à regarder comme le Fils de Dieu, Jéhovah notre Juste, — à qui toutes les nations viendront offrir leurs prières^ etc., — en un mot , le Messie ?

Aussi, c'est ce qu'afSrment sans hésitation les plus anciennes traditions judaïques, telles que la paraphrase

â80 GHAPITRB IV.

chaldaïque de Jonathan-ben^fiuziel, — le MedrascbrajbtA, sect. debarim^ fol. 287, col. 8, — le livre Bm-Cira^ fol. ii verso, édit. d'Amsterdam, 1760, et les cabalistes. lU entendent tous cette prophétie du Messie.

a Mais ce que j'admire le plus, dit le savant M. Pracb à qui nous empruntons ces renseignemoDtfi, c'ieist Tfive^ arraché au R. David Kimhhi par la force de la vérité, C^ rabbin, dont les efforts pénibles pour se 4éf0fidre centre la clarté importune du texte font éprouver je ne «^s quelle fatigue accablante, traîne son explication, comme par les cheveux, au travers de trois chapitres^ Au dernier verset, oà il me semble la voir arriver tout eQsaaglaAtéef l'auteur Tabandonne, et finit par reconnaître dans notre prophétie Tannonce des temps du Roi^iless,ie ; c'e^t là qu'il arrête son prolixe commentaire. On dirait qu'épuisé de forces, succombant sous le poids de la vérité, il se laisse tomber à genoux, avoue enfin ce qu'il a voulu nier, et pousse un long soupir ^ »

C'est donc avec vérité que le premier Évangéliste, saint Matthieu, racontant la conception miraculeuse de Jésusr Christ, a fait lui-même à cet événement l'application de notre prophétie. « Or, tout cela se fit, dit-il, pour £|,ocofi|- « plir ce que le Seigneur avait dit par le prophète en ce^ tt termes : Une Vierge eencevra, et elle enfantera un fils à « qui on donnera le nom (/'Emmànuex., c'est-à-dire. Dieu « AVEC Hous. » (Matth.^ chap. i, v, 22^)

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