IV. U
Stt 6HAPITBX IT.
t mer et toat l'univers; j'ébranlerai tons les peuples; et « LE Désiré de toutes les nations Yi£NDaA. » (Âggëe, chap. Il, y. 7 et 8^.)
Ce Désiré de toutes len nations^ fils de la femme, de la race d'Abraham, de la tribu de Juda, de la famille de David, fruit d'une Vierge et Enfant-Dieu^ qui doit naître à Bethléem^ qnand le sceptre sera ôté de Juda, pour être une pierre d'achoppement au peuple juif et se convertir tons les autres peuples, nous est suffisamment connu dans toutes les circonstances de sa venue et de sa mission. — Mais sa personne même, sa face, ses faits et gestes^ sont encore recouverts d'un voile impénétrable. Serait-il possible que le prodige de la prophétie ait été jusqu'à lever ce dernier voile, jusqu'à nous donner non- seulement un tableau et une histoire, mais une biographie et un portrait?
« Voici mon Serviteur, dont je prendrai la défense ; « voici mon Élu, dans lequel mon ftme a mis toute son < affection. Je répandrai mon esprit sur Lui, et il annont cera là justice aux nations. — Une criera point; il rii* <x lèvera point sa voiXy et ne la fera point entendre dans les « rues. '^ Il ne brisera point le roseau fêlé, et n^éteindra (f point la mèche gui fume encore. — // ne sera point abattu a ni turbulent y jusqu'à ce qu'il ait achevé d'établir sa jo»- « tice sur la terre. Les pays lointains subiront sa Loi. » (Isaîe, chap. xlii, v. I^ 2^ 3, 4.) — a Alors les yeux seroat « ouverts aux aveugles, Touîe sera rendue aux sourds,
1. Commovebo cœtum^ et terram, et mare^ et aridam^ et mov^ 9mne$ gentes : et teniet Desidbratus odhgtis geatHios. (Aggée.)
Àdtpii09 corwexo nutantem pondère mwndwn, • Terrasque, tr<ictusque maris , cœlumque profundum : Âdêpice veaturo IwtetUur ni omnîé emeh,
(VirgU.^ ael. n.)
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<f les paralytiques retrouveront la légèreté du cerf, et la « langue des muets sera déliée. » (Isaïe, chap. xxx, v. 5, 6,7.)
« Mon Serviteur sera exalté, élevé; il s'agrandira extrô- « 0iement. Il paraîtra d'abord sans gloire devant les hom-' « mes^ et rCaura rien qui le distingue parmi les enfants des « hommes. 11 arrosera ensuite beaucoup de nations, et les c( rois se tiendront devant Lui dans le silence.
« Il montera comme une frêle ^plante et comme une « languissante tige d'une terre desséchée. Il n'y a en Lui « ni beauté ni éclat. Nous l'avons vu : il n'y avait rien t dans son aspect qui nous imposât.
0 Méprisé, le dernier des hommes, homme de douleur, « et qui sait ce que c'est que souffrir. Son visage est « comme obscurci par le mépris, au point que nous n'en « avons fait aucun cas.
<( Vraiment il a pris sur Lui nos langueurs, et il s'est « chargé de nos douleurs jusqu'à devenir à nos yeux « comme un lépreux, comme un maudit de Dieu, et un « abandonné.
a II a été frappé pour nos iniquités, il a été brisé pour c nos crimes. Le châtiment expiatoire qui devait nous « procurer la paix est tombé sur Lui, et nous avons été a guéris par ses meurtrissures.
a Tous nous avons erré comme des brebis ; chacun de « nous a décliné de sa voie : et Dieu a fait venir sur Lui « seul l'iniquité de nous tous.
« Mais s'il a été offert, c'est parce qu'il l'a voulu; il n'a « pas ouvert la bouche pour se plaindre; il a été mené à a la tuerie comme un agneau, et coinme une brebis « muette devant celui qui la tond : il n'a pas même ou-
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« vert la bouche.» [Jésus autem iaeebat... Marc, cap.xiv, V. 61.)
« II est mort dans les angoisses, ayant été condamné <K par des juges; mais qui racontera sa génération? Il a « été retranché de la terre des vivants; Je Vai frappé « pour les crimes dç mon peuple. *
a On avait ordonné son sépulcre avec les méchants^ et il a a été avec le riche dans sa mort; car il n'avait fait aucun « mal, et il n'y avait point eu de fraude dans sa bouche.
« Mais le prix de ses souffrances lui sera donné, il en a sera rempli; et ce Juste par excellence justifiera un iA grand nombre d^ hommes par la connaissance qu'ils auront « de Lui^ ayant porté Lui-même leurs iniquités.
« Le Seigneur Lui départira une nombreuse postérité, « et il partagera les dépouilles des forts, parce qu'il sera « livré lui-môme à la mort; qu'il aura été mis au rang « des scélérats; qu'il aura porté les péchés de plusieurs, « et qu'il aura prié pour les coupables, » (Isaïe, tout le chapitre lui sans interruption.)
Qui a peint ce portrait de Jésus-Christ? est-ce un Évangélisle, ou un Père de l'Église? Quels traits! quel coloris! quelle expression! quel accord avec les faits! quelle justesse, quel naturel dans les emblèmes! Que dis-je! ce n'est point une peinture emblématique d'un avenir fort éloigné; c'est une représentation fidèle du présent, et ce qui n'est point encore est peint comme ce qui est*.
1 . « Un inspiré fit un cantique sur les soufiFt^ances et le triomphe du Serviteur de Dieu, où toute la force prophétique du génie d'isa raël semble concentrée. On eût dit qu*un rayon des regards de Jec sus Teût pénétré à une distance de six siècles. » M. Renan, Fie de Jésut, p. 49.
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L'accord frappant de cet Ecce homo, montré par Isaïe, avec celui qui fut montré hait cents ans pins tard par Pilate, est d'autant plus décisif pour la foi, que Tobjet en soi était inimaginable (car c'est là le propre de toutes nos prophéties), et qu'il faut nécessairement que le prophète Tait Yu pour le représenter ainsi. Naturellement, l'idée d'humiliation et de souffrance ne devait pas s'approcher de l'idée de Dieu, et ne saurait s'allier, dans tous les dis, avec celle de domination et de triomphe. Cela est si vrai, que c'est à cause de cet état d'opprobre que Jésus-Christ a été scandale aux Juifs et folie aux Gentils^ et que, malgré la description précise qui en avait été faite, la nation, si bien avertie par cette description qu'elle avait dans les mains, n'a pu le reconnaître, et s'est fondée, pour le rejeter, sur ce qu'il était sans éclat : Jésus eratullo splendore prœdituSy sed reliquis mortalibus fuit simillimus, Quamobrem constat non esse in eum credendum^;}\istiûB.nX par là doublement la prophétie qui l'avait représenté ainsi, et qui avait dit qu'à cause de cela on ne le reconnaîtrait pas. £t telle est la répugnance invincible à admettre cette alliance d'humanité et de divinité, d'opprobre et de gloire, en un même sujet, que plus tard ces mêmes Juifs, forcés, par les arguments que les chrétiens tiraient de leurs prophéties, à reconnaître que le Messie devait être humilié, ont imaginé deux Messies différents^ un Messie de gloire et un Messie d'opprobre et de douleur* : tant il est clair que le Messie devait être humilié, et tant il était inimaginable en même temps qu'il dût être glorieux et triomphant. Et cependant c'est dans ce double état con-
1. Extrait d'an livre juif tiré des Tela ignea Satana de Wagenseu,
t. II, p. 41.
^. Cette conception des rabbins date à peu prêa du onsidme sîècla»
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tradictoire qu'il est toujours représenté dans les Prophéties. Ce sont, dit justement saint Augustin, comme deun flûtes rendant des sons contraires, quoique toutes deux remplies par le même souffle. L'accord singulier de la prophétie avec Tévénement, en ce point, est donc entié- ' rement surnaturel et divin. j
C'est plus particulièrement à Isaïe, si justement appelé le cinquième Évangêliste, qu'il a été donné de tracer l'ensemble de cette physionomie de Jésus-Christ. Quelques autres traits particuliers et accessoires ont été laissés aux autres prophètes et partagés entre ettx, comn^e pour mieux faire voir Tinspiralion qui les dirigeait tous, semblables à des artistes aux ordres d'un grand maître qui emprunte leur main pour peindre en détail ce que lui seul a dans l'esprit.
Ainsi, Zacharie a été chargé de représenter Thumble entrée du Sauveur dans Jérusalem, et toici comment il Ta fait :
« Fille deSion, tressaillez de joie; fille de Jértisalem, « poussez des cris d'allégresse : voici votre Roi qui va « venir à vous, — ce Roi juste qui est le Sauveur; il est « pauvre, et il est monté sur une ânesse et sur le poulain « de l'ânesse. » (Zacharie, chap. ix, v. 9.)
Cette prophétie est trait pour trait conforme à Tévénement, tel qu'il est raconté dans les quatre Évangiles. Il faudrait s'inscrire en faux contre les Évangiles pour anéantir le prodige de cet accord. Or, ce que nous avons dit sur les Évangiles doit écarter jusqu'à l'ombre d'une défiance légitime. La naïveté des historiens de Jésus- Christ sur ce poiiit particulier de leur récit est même à remarquer : chacun d'eux raconte l'événement 4'uDe manière qui n'est ni contradictoire ni cependant idcn-
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tique avec celle des autres, n'obéissant éridemment qu'à ses propres souvenirs: et Tun d'eux dit, arec une grande simplicité : « Les disciples ne pénétrèrent point ces choses c du premier coup; et ce ne fut que quand Jésus fut glo- « riflé, qu'il leur vint en mémoire que tout cela avait été t écrit de lui, et qu'en le faisant ils avaieht enx-mémea « accompli, sans le savoir, la prophétie. »(Jean,chap.xii, T. 16^)
Le même prophète a fait allusion aux trente pièces d'argent pour lesquelles Judas devait vendre son Maître, ^ qu'il devait rapporter ensuite, dans l'agitation de ses remords, aux princes des prêtres, qui en achèteraient le champ d'un potier. (Matth., chap. xxvii.)
« Ils pesèrent alors trente pièces d'argent, » dit le pasteur des nations dans la vision du prophète, « qu'ils a donnèrent pour ma récompense. Et le Seigneur me « dit : Allez jeter au potier cet argent, cette belle somme « qu'ils ont cru que je valais lorsqu'ils m'ont mis à prix! c Je pris donc ces trente pièces d'argent, et je les jetai « dans le temple pour un potier. » (Zacharie, chap. xi, v. 12, 13.)
Il serait trop long de relever ici en détail tous les traits particuliers de la vie et surtout de la Passion du Sauveur, qui ont été prédits par les prophètes : ils ont dit de Lui
1. C'est cet événement qui donna lieu plus tard à l'accusation portée contre Jésus- Christ, d'avoir voulu se faire passer pour roi des ^uift, et à l'inscription que Pilate fit mettre en hébreu, en greo et en latin, au haut de la oroix :