VOICI VOTRE ROI
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qu'il devait être rejeté (Ps. cvii, 22), méconnu (Isaie^im, 3), trahi (Ps. xl, 10), vendu (Zach., xi, 12), soufBeté (Is., L, 6), moqué (Is., xxxiv^ 16), afiOigé en une infinité de manières (Ps. lxviii, 27), abreuvé de fiel (Ps, Lxvm, 22); qu'il aurait les pieds et les mains percés (Ps. xxi, 17); qu'on lui cracherait au visage (Is., l, 6); qu'il serait tué (Dan., xi, 20, et Isaïe déjà cité), et ses habits jetés au sort (Ps. xxi, 19); que son sépulcre serait glorieux (Is., XI, 10), etc.
Par eux-mêmes plusieurs de ces traits isolés seraient sans signification et sans importance, nous en convenons ; mais lorsque le corps de la prophétie existe déjà d'une manière aussi incontestable que nous Tavons vu; lorsque le véritable. Tunique objet des inspirations prophétiques est si fortement mis en relief, tous- ces traits particuliers viennent s'y rapporter d'eux-mêmes, comme des pierres d'attente dont la saillie et l'irrégularité ne les rendent que plus propres à servir de lien ; car il leur faut un objet, et il est impossible de leur en signaler un autres — L'événement, je ne crains pas même de le dire, doit venir aider à cette interprétation. — Sans doute la prophétie doit avoir en soi un degré de clarté suflQsant pour
1 . « Que si n6anmoin8 , dit ingénieusement saint Augustin , il se c trouve dans les Livres saints de certains endroits qui semblent ne c rien signifier, ils y sont en faveur de ce qui emporte quelque signic fication. Il n*y a que le contre qui fende la terre ; mais, pour quUl a la fende, les autres parties de la charrue sont nécessaires. Dans les c instruments de musique, on ne touche que les cordes, et elles c seules font le son ; et néanmoins on y joint d'autres choses qui c servent à nouer et à bander les cordes. Be même, dans une hisc toire prophétique, on marque quelques événements qui ne signic fient rien, afin d'y attacher pour ainsi dire ceux qui signifient de c certaines choses importantes et dignes de l'esprit de Dieu, qui a « jugé devoir les peindre et les figurer. » (De CivU. Dei^ lib. XIV, c chap. II.
LES PROPHÉTIBS. 249
ne pas dépendre de révénement, et ne saurait être pliée à sa convenance; mais lorsque cette clarté existe déjà manifestement sur les points principaux, lorsqu'il est certain qu'il y a déjà prophétie indépendamment de TévAnement, la connaissance de Féyénement peut yenir ensuite achever de faire apprécier tous les détails de la prophétie en les objectivant, en montrant dans l'objet l'intention et le lien qui n'étaient pas toujours visiblement exprimés dans la prophétie, et qu'on y retrouve dès lors. La prophétie et l'événement s'éclairent ainsi réciproquement, et se font connaître l'un l'autre. L'évidence de la vérité de leur accord est moins simple et moinft immédiate, il est vrai; mais elle est plus probante, parce qu'elle part des deux côtés; parce qu'elle suppose doublement l'action divine, et dans la prophétie qui a clairement prédit l'événement encore enveloppé dans les ob« scurités de l'avenir, et dans l'événement qui a clairement accompli la prophétie, même dans ce qu'elle avait de plus implicite et de plus confus. L'obscurité de la prophétie devient ainsi, dans l'événement qui la dissipe, une source d'évidence égale à celle qui résulte de ses clarlés, en faisant voir qu'il n'y a rien de fatal ou de fortuit dans l'un ni dans l'autre, mais que de toute part Dieu seul agit librement, quoique inévitablement. — Par exemple, il n'y a pas de prophétie si claire, entre toutes celles qu'on peut citer, qui soit aussi probante que le devint la prophétie obscure touchant le fiel et le vinaigre qu'on devait donner à boire au Sauveur, lorsque cette victime volontaire des iniquités des hommes suspendit son dernier souflQe pour donner lieu à l'accomplissement de cette prophétie en demandant à boire, et, qu'après avoir ainsi vêtu librement jusqu'aux particularités les plus secrètes des
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prophéties, il ferma ses lèvres divines, humectées âe ee fiel prédit, par ces mots souverains, en qui respire le Maitre des prophéties et des événements : GonsuvhairuM est!
Gest ainsi que tout tourne à évidence, jusqu'aux obscurités, pour qui sait voir les choses et qui veut les pénétrer. Cela demande examen, attention et suspension de son premier jugement, il est vrai; mais rappelons toujours que cela doit être dans l'économie de la vraie foi, qui n'existerait pas sans ce sujet d'exercice, et ajoutons, comme nous venons de le prouver par un exemple, qu'elle sort de cet exercice plus convaincue qu'elle ne l'aurait été par l'évidence immédiate , parce que cette évidence aurait paru suspecte, j'ose le dire, à force de prévenance, et que rien ne convainc réellement de ce qui est trop visiblement disposé pour convaincre. Une preuve trouvée dans les entrailles du sujet a cent fois plus de force de persuasion qu'une preuve offerte dès l'entrée, parce que c'est la vérité même qui la fournit.
La Religion, comme la nature, est pleine de ces preuves qui se trouvent au fur et à mesure qu'on pénètre dans son sein. Loin d'être entièrement arrangée pour convaincre, on dirait qu'elle est arrangée en partie pour ne pas convaincre ceux qui ne veulent pas être convaincus, pour les choquer, les scandaliser. Des prophéties claires et décisives, par exemple, comme plusieurs de celles que nous avons citées, sont mêlées avec des prophéties obscures et douteuses qui leur font tort, et qu'on dirait avoir été ménagées pour servir de prétexte à l'incrédulité et d'exercice à la vraie foi, qui bientôt est récompensée par une compréhension de plus en plus large de ce qui l'avait offusquée dès l'abord, et par une disposition
plus rationnelle, en raison même de cette expérience, à croire ce qui lui reste encore à découvrir^.
La conduite d'un esprit judicieux et sincère, et qui est capable de comprendre la sagesse de cette belle économie, doit alors consister à saisir les premières preuves lea plus claires qui se présentent, à s'y attacher comme au fondement de sa soumission, en attendant que cette soumission même le rende digne d'en saisir de nouvelles, et de faire par lui-même la précieuse expérience de cette fécondité de la foi.
Or c'est ce qui est toujours facile, à quelque degrâ d'éloignement qu'on se trouve placé. Si la Religion a toujours des obscurités qui servent de prétexte, elle a toujours des clartés qui ôtent toute excuse. Elle a dea preuves invincibles, auxquelles on ne peut résister sans déraison, et d*où on peut toujours partir pour inclinera une soumission raisonnable, et qui ira toujours se motivant de plus en plus.
Dans le cours de cette Étude nous avons donné plusieurs fois des preuves de ce genre en citant des prophéties si patentes qu'il faut s'aveugler pour ne pas en conclure la divinité de la Religion à laquelle elles se rap- Dortent.
Mais il semble que la vérité divine ait voulu franchir
1. É Ce que les Ecritures nous cachent dans les passages obscurs, « dit encore saint Augustin, n'est que ce qu'elles nous expriment c clairement dans les autres. Cependant, de peur que le peu que ff nous coûtent les vérités qu'elles nous apprennent dans ceux-el m « nous en fasse perdre le goût, elles le réveillent en couvrant ailleurs c ces mômes vérités d'une obscurité que nous ne saurions nous em- < pocher de vouloir percer; et quand nousFavons percée, ce qu'elles « nous cachaient nous devient comme nouveau, quoique nous le sua- « sions déjà; et cette sorte de nouveauté nous l'imprime davantage, « et BOtts le fiiH mieux goûter. » (lettre à Yolusien^ a» 18.)
SSâ CHAPITRE IV.
toutes les limites de sa manifestation dans une dernière prophétie qui nous reste encore à faire connaître, et après laquelle il est absolument vrai de dire que la résurrection même dun mort ne convaincrait pas celui qui serait assez obstiné pour ne pas se rendre.
On devine que nous voulons parler de la prophétie de Daniel.
XI. Entre toutes les prophéties de Daniel , il y en a trois de célèbres : la première, touchant le règne d'Antiochus Épiphane ; la seconde, touchant la succession des royaumes et le triomphe du Christianisme, en explication de la statue vue en songe par Nabuchodonosor; la troisième et la plus célèbre, qui est la prophétie des soixante et dix semaines, et qui a trait directement à Jésus-Christ.
Nous ne parlerons pas de la première, parce que son objet ne nous touche pas d'assez près; nous avons déjà exposé la seconde dans notre étude sur la venue et le règne de Jésus-Christ; c'est à la troisième que nous allons nous attacher.
Avant de l'aborder, et pour fermer derrière nous toutiî issue à la défiance que sa clarté même pourrait faire naître, remettons-nous bien dans l'esprit toutes les preuves d'antériorité des prophéties que nous avons déjà données. Ces preuves invincibles couvrent les prophéties de Daniel connue toutes les autres. C'en serait donc assez. Mais la Providence a voulu que des garanties particulières fussent données à celles-ci. Il en est deux bien décisives.
La première est l'aveu forcédupaïen Porphyre, qui, dans l'emportement de sa prévention, intéresséà écarter la première prophétie de Daniel touchant le règne d'Antiockts
Épiphane (si bien justifiée par révénement, quelle a plutôt raconté des choses passées^ dit-il, que décrit des événements futurs)^ osa alléguer, sans ombre de preuve, que le livre de Daniel avait été composé par un inconnu sous le règne de ce prince^ Démenti et confondu sur-le-champ par les Juifs, son imputation tomba, mais la marque en est restée comme le plus haut point où ait osé monter l'incrédulité à Tendroit des propliélies, à la grande justification des deux autres prophéties de Daniel sur Jésus- Christ, que cette attaque insensée laissait subsister dans une antériorité suffisante, quoiqu'elle ne fût pas complète; semblable à ces crues d'eau qui recouvrent un moment les piles d'un pont sans atteindre jusqu'à ses arches, et dont l'impuissante et passagère furie ne sert qu'à rehausser la prudence do l'architecte qui a su la prévoir et la braver*.
La seconde garantie est dans cette déclaration de Josèphe, dont la source, la date^ et les circonstonce-ç, préviennent toute objection : « Tous ces malheurs fondirent sur « notre nation sous le règne d'Antiochus, comme Daniel « l'avait prédit longtemps auparavant; — il a parlé « a/ussi de la puissance des Romains et de leur empire, —
1. Porphyr. apud Hieronym.y prxf, Jn Daniel. — Renouvelé par Renan, Vie de Jésus.
2. M. Renan 8*exécute ainsi à l'égard de cette prophétie : « Dutt rant les persécutions d'Antiochus Épiphane, le livre de Daniel pa- « rut. Ce fut comme une renaissance du prophétisme, mais sous une a forme toute différente de l'ancienne, et avec un sentiment bien plus « large des destinées du monde. Le livre de Daniel donna en quel- « que sorte aux espérances messianiques leur dernière expression. Le « Messie ne fut plus un roi à U fa;;on de David et de Salomon, un « Cyrus théocrate et mosaïste; ce fut un Fils de l'Homme, apparais- « sant dans la nue, un être surnaturel revêtu de l'apparence hu- 0 maine, cliargé de juger le monde et de présider à l'âge d'or. » JPag. 15.