‹ Études philosophiques sur le christianismeChapitre 78 sur 168 · Id., cliap. n, V · texte numérisé non relu

Id., cliap. n, V

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gence raisonnable qui ne dût se soumettre. Il ne faut pas ici de raisonnements compliqués ni des investigations profondes, il ne faut que des yeux, et il suffit de les ouvrir. Que rincrédulité, si elle est sincère, devrait être heureuse d'avoir enfin rencontré une de ces raisons de croire comme il lui en faut, comme elle en demande, qu'on n'a pas besoin en quelque sorte de saisir, mais qui vous saisissent, et auxquelles on ne peut résister sans résister à l'évidence !

On a beau chercher, on a beau faire le tour de cette éclatante preuve de notre sainte Religion, on ne saurait y trouver passe à objection quelconque : il faut se rendre, ou se retirer enfin convaincu de ne le vouloir pas.

Quelques explications de détail vont mettre cette conclusion dans tout son jour.

Que les semaines de Daniel soient des semaines d'années, c'est ce sur quoi tout le monde est d'accord. La lecture seule de la prophétie le démontre; car soixante et dix semaines de jours ne feraient que seize mois, et il est ab-, surde de placer tant d'événements considérables et successifs, dont parle le prophète, dans un si court espace de temps. Ce ne peut dox^c être que des semâmes d'années. Il était d'ailleurs d'usage de compter ainsi chez le peuple juif : nous le voyons clairement en maints endroits, notamment dans ce passage du Lévitique qui fixe Tannée du jubilé : Vous compterez sept semâmes d'années, c'est-à-dire, sept fois sept, qui font en tout quarante-neuf ans (chap. xxv, v. 8). Cette manière de compter n'était pas même inconnue aux écrivains profanes : Aristoteen parle ouvertement, et Varron surtout, dans ses livres intitulés les SemainesK - Mais voici qui est plus direct :

X. Arisi., noX, 1U>. 7, sub fine. ^ M. Varro in GeUio, 3, 10.

c*est au chapitre ix que Daniel parle ainsi des soixante et dix semaines; il ne dit pas là si ces semaines sont de jours ou d'années (si ce n'est par l'étendue des événements qu'il y renferme) ; mais vient immédiatement après le chapitre x, où, ayant à dire qu'il fut dans le deuil pendant trois semaines, il ajoute là : Semaines de jours : Lugebam^ dit-il, très hehdomadas dierum, ce qui est traduit mot pour mot des Septante : rptXç tSJo^uàJaç ii^t^v. Or, qui ne voit qu'il n'a qualifié ainsi les semaines de son deuil que pour les différencier des autres semaines dont il vient de parler un peu plus haut, lesquelles par conséquent ne sont pas des semaines de jours, mais des semaines d'années, tout comme s'il l'eût dit expressément? Ce point est donc incontestable ; et il faut bien qu'il le soit, puisque les talmudistes, et en gros tous les Juifs, en . conviennent^ -

Ce point reconnu, le compte est facile. Chaque semaine d'années faisant sept ans (comme les semaines de jours font sept jours), les soixante et dix semaines font septante fois sept ans, c'est-à-dire en tout quatre cent quatre-vingtdix ans, absolument comme le Levitique^ pour fixer l'année du jubilé, posait la règle.

Mais il ne suffisait pas de fixer la durée, il fallait fixer son point de départ et son point d'arrivée; et c'est ce que fait le prophète, en termes on ne peut plus formels, par ces mots : a partir de redit pour la reconstruction de Jérusalem jusqu'à Vavénement du Christ (ab exitu sermonis, ut iterum œdificetur Jérusalem, usque ad Christum ducem). Cet édit, pour la reconstruction de Jérusalem, fut donné par Artaxercbs à la longue main. Cyrus avait déjà, par un dé-

I. Joseph Mcdus. — Jachiad. — Abarbanel. — ManacAès. — BeniBraël.

cret anlérienr, autorisé la reconstruction da temple seul Ce n'est qu'Artaxercès qui permit la réédification des murs et des places de la ville; et cette permission fut donnée par lui la vingtième année de son règne, comme on le lit clairement dans Esdras^ liv. II, chap. ii, v. 1, et dans VEcdésiaste^ chap. xlix, v. 15. C'est donc à partir de la vingtième année du règne d'Artaxercès que les semaines doivent compter.

Or, d'après les meilleurs chronologistes, dont le sentiment se tire des circonstances rapportées par Thucydide, Cornélius Népos et Plutarque, notamment le bannissement de Thémistocle et sa retraite à la pour des rois de Perse, le commencement du règne d'Artaxerxès doit être fixé ^ la dernière année de la 75^ ol|ympiade, qui répond à l'an â80 de Rome, ce qui fait tomber la vingtième année de ce règne, et le départ des semaines, à l'an 300 de Rome environ. Maintenant, ajoutez à ce nombre 70 semaines ou 490 ans, et vous trouverez l'an de Rome 790, et de l'ère chrétienne 37.

Reprenez actuellement la prophétie, et voyez le prodige de son exactitude :

Soixante et dix semaines y sont d'abord données comme formant la durée totale qui doit s'écouler jusqu'à Tavénement de la Justice éternelle, la rédemption de nos iniquités, et la consommation des prophéties, c'est-à-dire, jusques et y compris la mort du Christ : ce qui est en parfait accord avec l'événement, Jésus-Christ étant mort l'an 34, et la soixante et dixième semaine tombant, comme nous l'avons vu, l'an 37. Comptant par semaines, il était impossible d'être plus exact.

Mais Jq prophètp ne se borije pas là, et il va porter la précision dans la précision môme. Il coupe en effet, im-

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médiatement après, les soixante et dix semaines en sept^ '^soixante-deux, — et une dernière semaine ; il fait plus, il coupe celte dernière semaine en deux moitiés^ puis il distribue le temps, ainsi partagé, aux événements, de la manière suivante :

' Les sept premières semaines, soit quarante-neuf ans, sont données à la reconstruction de Jérusalem parmi des temps fâx:heux^ ce qui a eu lieu en effet à la lettre, sous la conduite de Néhémias, et à travers les résistances des Samaritains, des Arabes et des Ammonites, selon que nous le lisons dans Esdras (liv. II, chap. 4, 5, 6, 7).

Viennent ensuite les soixante-deux semaines, après le$~ qtfelles^ dit le prophète, le Christ sera mis a mort ; ce qui place la mort du Christ, de compte général, après la soixante-neuvième et dans la soixante et dixième semaine, soit entre l'an 30 et 37 de l'ère chrétienne, comme elle;* arriva en effet.

Enfin, reprenant cette semaine, soixante et dixième et dernière, comme étant digne en effet, par son importance définitiye, d'être considérée à part, cette semaine qu'on peut appeler la semaine des mystères, le prophète y conc^eplre tous nos regards; et, par un dernier coup de précision, il jQOus en reproduit ainsi l'objet : — « Pendant « une sei^aine, dit-|l, le Christ confirmera son Alliance « avec plusieurs. » Et c'est, en effet, à la trentième année de s^ vie que le Christ commença ses prédications, qui ouvrirent le règne de la nouvelle Alliance. — « Et à « partir de la moitié de cette dernière semaine, continue « le prophète, il sera mis fin au sacrifice, l'abomination » de la désolatipn sera dans le tepiple, et la désolation « ensuite durera jusqu'à la fin. » — Et c'est, en effet, à partir de la moitié de la dernière semaine, c'est-à-dire,

de la trente-quatrième année de Jésus-Christ, que son sacriflce vint mettre fin au sacrifice mosaïque, et que se déroula sur les Juifs cette série de calamités qui aboutit au sac de Jérusalem par Titus, à la profanation et à la ruine du temple, et enfin à cette désolation qui se poursuit encore sous nos yeux^.

C'est ainsi que la prophétie de Daniel annonce le lever des événements absolument comme l'astronomie annonce le lever des astres... Mais les astres ont des mouvements réglés et périodiques qui permettent à la science de les saisir par ses calcuJs, tandis que les événements, et des événements aussi en dehors du cours naturel des choses, et aussi complexes que ceux contenus dans notre prophétie, ne peuvent être prédits, et prédits avec une justesse si mathématique, que par Celui qui change les temps et les siècles, qui transfère et établit tous les royaumes^ qui révèle les choses les plus cachées^ et voit tout ce qui sera comme ce qui est^.

Au reste, cette exactitude prophétique est si réelle, l'explication par laquelle nous l'avons mise en lumière jusqu'à pouvoir la qualifier à' astronomique est si juste et si littérale, que, par le fait, c'est sur elle que l'astronomie elle-même est venue se régler. •

Un jeune astronome du siècle dernier , enlevé à la

1. Une chronologie exacte de la prophétie de Daniel a été dressée par M. Court de Gébelin {Dissertât, sur l'hht, orient., p. 34 et suiv.). Les observations de ce savant montrent en tout point Taccord de la narration sacrée avec le récit de l'histoire profane. Ce qui est plus fort, selon nous, c'est que le désaccord des chronologistes, dans la supputation des quatre cent quatre-vingt-dix ans de cette prophétie, ne soit que de sept à neuf ans. Ce désaccord ne vient pas de la prophéUe môme, mais du défaut de précision de la chronologie générale où elle vient s'enchâsser.

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