‹ Études philosophiques sur le christianismeChapitre 79 sur 168 · Daniel, chap. ii · texte numérisé non relu

Daniel, chap. ii

science phv une mort prématurée , et dont les rares et nombreuses connaissances^ dit le savant philosophe Bonnet, étaient relevées par une modestie^ une candeur et une piété pfus rares encore^ M. de Cbeseaux, fit dans les prophéties de Daniel des découvertes astronomiques qui étonnèrent deux des premiers astronomes de ce siècle, Mairan et Cassini. « Il n'y a pas moyen de disconvenir des vérités « et des découvertes qui sont prouvées dans votre disser- « tation, lui écrivait l'illustre Mairan; mais je ne puis « comprendre (il avait le malheur d'être incrédule) « comment et pourquoi elles sont aussi réellement ren- « fermées dans l'Écriture sainte. » Cassini, sans s'arrêter, comme Mairan, aux comment et aux pourquoi, déclara, bientôt après, avoir trouvé toutes ses méthodes pour le calcul des mouvements du soleil et de la lune, déduites du cycle de Daniel et de l'arrivée des équinoxes et du solstice au méridien de Jérusalem^ très-démontrées, et parfaitement conformes à l'astronomie la plus exacte. « Eût-on soupçonné, ajoute Bonnet, que l'étude d'un « prophète enrichirait l'astronomie transcendante, et « qu'elle nous vaudrait, sur certains points très-difficiles « de cette belle science, un degré de précision fort supé- « rieur à celui que le calcul avait donné jusqu'alors^? » Quelle est donc cette vérité dont les preuves servent en môme temps aux sciences les plus exactes ? qui nonseulement est justifiée, mais qui justifie? ou plutôt qui n'est justifiée que parce qu'elle justifie tout? N'est-ce pas

1 . Recherches philosophiques sur les preuves du Christianisme, par C. Bonnet; Amsterdam, 1783, p. 173, note. — Les découvertes de M. de Cheseaux ont été imprimées dans ses Mémoires posthumes sur divers sujets d'ustronomie et de mathématiques ; Lausanne, 1754, in-4". Ouvrage profond, et qui ne saurait être entendu que des savants les plus initiés dans 1q9 secrets de la haute astrQnomie.

simplement, et dans le sens absolu du mot, 14. Vérité? Et comment ne pas la reconnaître lorsque, venant à la vérifier au point de vue moral par la seule méthode possible, la pratique, on vient à découvrir qu'elle s'adapte à la terre comme aux cieux^ et qu'elle règle les désirs de Thomme cpmme les astres?

Pour suivre la partie chronologique de la prophétie, BOUS avons négligé la partie narrative ; mais qu'avonsnous besoin de faire remarquer ? La chose parle d'ellemême, et le silence seul de l'admiration convient. Les traits se pressent et se succèdent rapidement dans ce miroir de l'avenir, avec une vérité de plus en plus saisissante, et qui ne laisse pas respirer l'étonnement, jusqu'à ce qu'après l'avoir porté à son comble, elle l'abandonne à lui-même sur le vide infini de toute explication naturelle, et le force en quelque sorte à se prendre à la foi.

Ramassant toutes les prophéties antérieures, le prophète détermine enfin à jour fixe le temps promis sur le peuple et sur la ville, ce temps que, dix-sept cents ans avant, Jacob appelait le dernier temps ^ et qui avait été l'objet des soupirs des patriarches et des transports des prophètes, ce temps dont l'attente avait occupé tous les temps.

Au fqnd de cette perspective ainsi arrêtée, il nous fait apparaître, en premier lieu, la reconstruction de Jérusalem en des temps fâcheux.

Puis au delà, au bout de soixante-neuf semaines, et dans la soixante et dixième, est introduite la Jifstipe def siècles, le Saint des Saints, le Christ; — on voit son bapfême; — son j^lfiqnce confirmée avec plusieurs; — ce Christ MIS A mort; — sm peuple, qui doit le renier, rejeté bi-

même; — la consommation des prophéties; — la cessation des sacrifices.

Enfin, sur Tarrière-plan accourt, ayec son chef qui DOIT VENIR, le peuple exécuteur de t arrêt de désolation déjà porté sur le peuple et sur la ville^; l'abomination de la désolation est dans le temple, et la ville et le sanctuaire sont saccagés; la dévastation est à son comble; et, après cette guerre, la désolation, tant de fois prédite, ne cesse plus, et se poursuit et poursuivra jusgu^â la consommation et jusqu'à la fin,.. Et post hebdomadas sexaginta duas occjdetur

ChRISTUS : ET NON ERIT EJUS POPULUS, QUI EUM NEGATURUS EST. Et CIVITA^EM ET SANCTUARIUM DISSIPABIT POPULUS CUM DUCE VENTURO : ET FINIS EJUS YASTITAS, ET POST FINEM ^LLI STATUTA DESOLATIO... ET USQUE AD CONSUMMATIQNEM ET FI- NEM PERSEYERABIT DESOLATIO.

Prenez maintenant Thistoire, l'histoire profane; voye? dans le Talmud et dans les écrits d^s rabbins la consignation de ce fait, que la dissolution du sanfiédrir^ (du sacerdoce piosaïque) arriva quarante ans avq,nt la ruine de Jérusalem, c'est-à-dire, juste à partir de la mort de Jésus-Christ^; qu'à cette même époque le sanctuaire du Temple s oumnt de lui-même^ ; qu'on ne cessait d'y voir des choses étranges, de sorte qu'un fameux rabbin s'écria un jour: «0 temple! ô temple! qu'est-ce qui t'émeut? et « pourquoi te fais-tu peur à toi-même*? » Écoutez, sur le rapport de Josèphe et de Tacite, cette voix extraordinaire qui se fit entendre le jour de la Pentecôte, au milieu d'un bruit aJTreux^ du fond du sanctuaire : Sortons

1. V. la prophétie dlsaïe ci-dessus , p. 238 ; Malheur à Arielï etc

2. Traités sanhédrin^ fol. 41 recto; Gnaboda-iaroy fol. 8 verso.

3. R. David Gans, Chronique^ an. 3718. — Talmud, Traité Yoma, fol. 37 verso.

Page 1