‹ Etudes politiques (volume 2)Chapitre 37 sur 53 · LA PRESSE PÉRIODIQUE · texte numérisé non relu

LA PRESSE PÉRIODIQUE

AU XIX e SIÈCLE.

IPEk’Ilffl'IjMilOTftlHE IjAPEEÎ^SÎirÉKlOIrtlï'Pïl ES^&PSPEI-ÉÎÎ A DAÎÎS Ïî’AVÎE^Î^-

Chaque époque a sa passion qui la caractérise et qui la domine r condition de vie si elle est comprise, condition de mort si elle est niée, La grande passion de ce temps-ci, c’est la passion de Fa venir, c’est la passion du perfectionnement social.... Eh bien ! F instrument de cette passion actuelle du monde moral , c’est la presse, c’est Foutil de la civilisa lioîL.„,.

La presse est sortie du domaine delà législation ; elle a cessé d’être un droit politique ; elle est devenue une faculté, un sens nouveau, une force organique du genre humain, son seul levier pour agir sur lui-même.

De Lamartine.

Une politique nouvelle veut des moyens nouveaux* Après le despotisme de la foi, le règne de la réalité ; après l’éducation par la chaire apostolique , rinslnjction par la presse périodique; comme après l’égalité chrétienne est venue l’égalité civile, comme à la domination matérielle des peuples s’apprête à succéder un autre empire.

La force armée ne saurait plus être qu’un moyen extrême et temporaire de répression publique, mais non plus un argument de la raison gouvernementale contre Terreur populaire^ encore moins un élément

solide dOrganisation sociale* Lorsqu’à des victoires civiles dues à la force militaire un gouvernement donne le nom de système de résistance ou (Vintimidation , des difficultés du présent, qu’il ajourne ainsi sans les vaincre* il n’aboutit qu’à faire des périls redoutables dans l’avenir, qu’à provoquer les réactions périodiques et sanguinaires par des triomphes passagers et sanglans.

Gouverner par la presse en s’adressant à la raison publique , Phonorer pour la rendre honorable et utile * s’emparer de l’avenir et consolider le système représentatif par une instruction plus rationnelle donnée sans parcimonie aux douze millions d’en fans dont l’éducation reste encore à faire , affermir l’ordre établi par uno plus égale répartition de bienêtre , telle est la loi impérieuse des gouvernemens nouveaux* *

Entre les mains de l’homme d’état qui la saura comprendre et diriger, la presse périodique, ce pouvoir, le seul aujourd’hui qui s’exerce sans contre' poids et sans contrôle, ne sera plus qu’un moyen de gouvernement, qu’un instrument docile , qu’un auxiliaire universel qui le rendra tout-puissant , comme autrefois PËglise , qui, d’abord redoutable aux trônes j devint leur plus solide appui.

des x>ïvir:x ÉkÉiflEïîs su cowrpss: x*a presse

Périodique.

La presse périodique n*a pas même rempli sa plus essentielle condition , celle de la PUBLICITÉ.

Ce qui est étrange, mais ee qui est vrai à dire, c’est qu’il n’y a pas de PUBLICITÉ en France, en prenant ce mot dans sa juste et rigoureuse acception.

Dans l’état des choses, les faits, quand Us ne sont pas entïÈrenient supposés, ne parviennent à la connaissance de plusieurs millions de lecteurs que tronqués, défigurés, mutilés de la manière la plus odieuse.

Un épais nuage élevé par les journaux dérobe ta vérité, intercepte en quelque sorte sa lumière entre le gouvernement et les peuples.

Rapport an flof ; Ciiaktélaueë , de Poligkac, de Peyronnet , etc,

( Moniteur, 25 juillet mo.]

Telle est la tardive et lumineuse révélation contenue dans le rapport célèbre qui servit d’introduction aux ordonnances de juillet i83o ; révélation tardive, mais de plus encore inutile; car, quelque éclatante qu’elle fût, elle a passé sans apprendre au législateur et à Phbmmc, (Pelât qiï0, sons les noms très-diffère ns de polémique et de publicité, la Presse périodique renfermait deux éMmcns eonsUlniifs essentiellement disiincls, deux principes antagonistes..,; que les confondre, c*étaît exposer de nouvciti

le pouvoir à venir se Ijriser contre le même écueil, sans que l’histoire lui servit de fanal.

L’expérience a pleinement démontré que les subventions, fatales a tous les journaux apologétiques, sont toujours restrictives de toute publicité grande et utile; que la polémique vénale ne sert qu’à diminuer la considération du pouvoir qui la soudoie, et qu’a donner plus de force aux passions qui se mesurent avec lui.

La désuétude, d’autre part, celle mort légale des mauvaises dispositions législatives, a depuis longtemps fait justice de l’article 8 de la loi du 9 juin 1819, vainement reproduit dans l’article 18 de la loi du 9 septembre 1 835 ; dans la pratique, celte disposition n’a jamais pu survivre au grave inconvénient d’engager les gouvernemens dans une polémique dont ils paient les frais et dont ils n’ont jamais le dernier mot.

Depuis l’avénëment du gouvernement représentatif en France, tous les ministres qui se sont succédé ont fait plus ou moins, tous et toujours sans succès, « du journalisme, a Poursuivis par les partis, attirés dans leur arène, tous y sont descendus, s’exposant a une lutte inégale, et sans autre issue pour eux que beaucoup de périls et point de gloire; tous appelant a leur aide la polémiqué, indigne alliée du pouvoir, qui ne s’offrit jamais à lui que pour le trahir, et repoussant la publicité , le seul auxiliaire assez puissant pour assurer son tripmphe.

La publicité , comprimée' maladroitement par des mesures restrictives, a dévié de son origine et de son but; elle s’eet transformée en polémique: la torche a pris la place du flambeau,

La publicité est l’essence des gouvenicniens représentatifs ; la polémique est leur principe de mort.

Si dans un pays la publicité est faible ? altérée, restreinte, la polémique fera de rapides progrès et d’irréparables ravages; si la publicité est au contraire fortement constituée, légalement reconnue , si elle est libre et pure, la polémique sera sans force et sans voix; t’influence de Tune est toujours exactement en raison inverse de la puissance de l’autre : tous les faits viennent à l’appui de la théorie que nous émettons.

En France , la polémique est active et puissante ; par contre, la publicité n’y saurait être plus chétive et plus nulle*

Un document statistique de l'administration des postes, recueilli en septembre 1 835 , établit qu’à ceLte époque la presse centrale se composait de 20 journaux qui comptaient ensemble, dans les départemens, 60,200 abonnés.

La polémique et la publicité se partageaient ce nombre delà manière qui suit :

La publicité 5 représentée par le Moniteur^ 8^G abonnés et 5 oo lecteurs au plus ; la polémique, 5o,ooo abonnés cl 200,000 lecteurs au moins*

Lorsque le journal officiel du gouvernement, celui qui partout doit porter la vérité, devancer le mensonge, rectifier l’erreur,déjouer l’intrigue;celui qui seul reproduit avec authenticité et impassibilité les débats législatifs; lorsque ce journal ne compte qu’un si faible nombre de lecteurs, peut-on dire que ce soit là une publicité représentative, digne de la tribune parlementaire, et qui suffise à la défense du pouvoir et à l’instruction du pays?

D'autre part, la polémique se fractionnait ainsi :

Polémique ministérielle : effectif: 8,i5o abonnés* Polémique opposante : 4 h 20 ° —

Évidemment donc, dans toute lutte engagée entre la presse périodique et le pouvoir ministériel, ce dernier ne peut manquer de succomber aux coups in cessa ris de son adversaire, si, à l’avantage du nombre, celui-ci joint encore l’animosité d’une revanche à prendre, d’un échec à réparer,Tout pour la presse opposante est fortune contre les dépositaires du pouvoir; pour les renverser i! lui suffit d’un intérêt matériel froisse, d’un dissentiment passager, de la plus légère fautç commise,

La polémique contradictoire b laquelle, à deux époques différentes, a donné lieu le projet de remboursement de la rente française est une éclatante confirmation donnée par les faûsà l’observation qui

précède; elle prouve la l ou le-puissance de la presse sur l’opinion publique, dés que cclle-ci n’est pins absorbée par les préoccupations du rétablissement de l’ordre matériel.

Dans un pays où les études politiques sont rarement profondes, où les convictions sont mobiles, les ambitions innombrables; dans un pays où la vanité a perdu son nom pour usurper celui d’égalité , où le droit et l’abus sont sans cesse pris l’un pour l’autre, la puissance et les dangers de la polémique s’accroissent par l’oppression et par la lutte. Le pouvoir est perdu dès qu’il se hasarde dans celte voie, où, plus prudente que lui, l’opinion publique ne le suit jamais.

Dès que la publicité aura acquis tout le développement que comporte l’état de l’instruction en France, la polémique se renfermera d’elle-mcme dans ses propres limites, qui sont « le droit scientifique de discussion ,'u mais non point l’exploitation mercantile des passions et des intérêts de partis.

Le droit d'exprimer librement son opinion personnelle n’implique pas nécessairement celui de se constituer arbitrairement l’organe de l’opinion des autres , encore moins celui de parler arrogamment au nom et comme mandataire du pays; mais, abus ou droit, dés qu’il aura cessé d’élre une spéculation productive de la presse périodique, il ne sera plus une puissance redoutable.

Al franchie de ses entraves fiscales, politiquement

consumée , légalement reconnue, honorée et non plus corrompue, la publicité, loin cl cire nuisible aux gouverne mens intègres et de bonne foi, est appelée à devenir leur guide le plus sûr.

Que la publicité, judicieusement et largement comprise, veille partout, et nulle part alors la polémique n’aura plus de foyer absorbant et redoutable. Que les lois et les faits devancent leurs commentaires hostiles ou infidèles ; que la vérité prenne les devans sur l’inexactitude et le mensonge, et l’esprit de personnalité ne pourra plus alimenter la périodicité quotidienne; partout alors l’opinion publique se fera jour sous toutes ses nuances , tout les fonctionnaires publies auront, pour veiller sur leurs actes, un contrôleur qui instruira le pouvoir central mieux et plus sûrement que ses inspecteurs rétribués*

DES DOIS iRESTHIETITES ET EIS SALES (QUI BENISSE ITT LA PKESSE EÉiRl©DIQUE : tëQWTBADIGTIQîï DE LElUi TEXTE ET DE LEDiU ESPE2T,

U presse porte sa charte avec elle-ni<Hne,et rien ne la compri mera.

Lord Ciiaïam.

, L’expérience a manqué à toutes les lois faites sur la presse périodique ; aussi leur esprit a-t-il toujours été inverse de la volonté qui les dictait, et leur eiïè t produit le résultat contraire de celui qu'on attendait de leur action.

Nos lois, pour atteindre leur but, devaient élever la presse périodique au rang d’institution politique; elles l’ont maladroitement fait descendre au rang de spéculation mercantile et vénale; et lorsqu’au moyen des cautionnemcns et'des taxes elles ont voulu prévenir ses dangers, elles en ont seulement comprimé la force explosive.

C’est ainsi que nos lois ont d’abord démoralisé la presse périodique, et par suite rapidement corrompu les opinions politiques les plus saines, en les poussant à se transformer en objets de trafic et en fevo nus de l’état.

Pour satisfaire la fiscalité du timbre et utiliser le privilège d'un cautionnement onéreux 7 il faut le

dire, les journaux n’ont souvent d’autre moyen de se former une clientèle suffisante que de multiplier les dissentîmens politiques et les antipathies sociales, que de porter périodiquement l’exaspération dans les esprits , le soupçon dans les consciences par h mauvaise foi systématique de la discussion, l'infidélité alternative des comptes-rendus et l’injustice réciproque des attaques à l’égard de tout ce qui esL contraire à chacun d’eux.

Le législateur , cependant, avait le choix entre un grand nombre de moyens, avant d’en venir tout de suite , — par l’application de la censure temporaire, et par Inapplication de monopoles redûutnbles, conséquences directes des prohibitions absolues j des caution nemens exor bilans et des taxes excessives, — à une extrémité aussi dangereuse que celle de la concentration d’une force équivalente dans l’ordre moral a celle de la vapeur dans l’ordre matériel.

L’affaiblissement des forces de la presse périodique par leur déperdition, c’est-à-dire par une liberté sans entraves, moyen conseillé par MM. de Chateaubriand et Benjamin Constant, bien qn’il ne fût pas bon, était cependant préférable, car il offrait îles dangers moins graves , et permettait à une main déjà exercée de le graduer selon l’expérience acquise.

Un autre moyen tout simple de décentraliser la presse périodique, c’est-à-dire de dimînuorscs dangers, sinon de lesdéî mire, s’offrait encore : il suffisait

de joindre ta taxe du timbre au prix du port, et d’élever à dix centimes le droit de poste. Les journaux de Paris, par ce seul fait, perdaient leur omnipotence, les journaux de département croissaient cri nombre , toutes les opinions se faisaient jour et s’effaça icnt dans la diversité de leurs nuances.

Vingt années d’expérience ont surabondamment démontré :

Que les cautionnemens sont des garanties illusoires et des privilèges funestes ;

Que l'impôt du timbre , en matière de presse périodique, est un contre-sens politique ;

Que toutes les mesures restrictives, enfin, dont la presse périodique a été l’objet, n’ont abouti qu’à la jeter dans la dépendance des partis, et qu’à transformer, à son insu-, l’abonné le plus modéré d’un journal en sectaire politique.

Comment pouvait-il en être autrement ? Coinment n’a-t-on pas compris tout de suite, et comment ne comprend-on pas encore qu’aiors que } par l'effet de la législation fiscale , un journal politique ne peut se soutenir qu’au moyen du concours de cinq mille abonnemens, son intérêt le contraint à créer de profondes dissidences d’opinions et de larges démarcations de partis , afin de fomenter des passions exploitables et des haines productives?

Voilà ce que c’est que d’avoir fait la presse périodique justiciable des tribunaux consulaires, de l’avoir assimilée à une denrée commerciale î

JJn résumé , im gouvernement n’est pus fondé a se plaindre des agressions de la presse périodique lorsqu'il pcrsisic a la met Ire hors de la foi commune j a l’assimiler aux condamnés soumis h une surveillance spéciale ; lorsqu’il La traite exceptionnellement avec une légèreté qui est en contradiction flagrante avec le respect qu’il a coutume de montrer pour tous les droits acquis, avec toutes les garanties dont nos lois entourent toute propriété.

Un gouvernement autorise Popposilion ombrageuse de ta presse périodique , lorsque des lois viennent si fréquemment et si précipitamment changer les conditions de Inexistence des journaux 5 qu’ils sont réduits à sc demander si ic fait matériel de leur possession , quelque considérables que puissent en être les revenus , constitue une'propriété légitime; lorsqu’une telle instabilité légale les menace constamment et les fait lotis entre eux si étroitement solidaires , qu’il suffit que dans le nombre deux coupables se trouvent pour que ceux-là même qui s’opposaient aux succès de leurs criminels desseins soient traités, sinon tout à fait en complices, du moins en prévenus , et qu’on se dispense envers eux de reconnaissance et de justice.

Ceux qui accusent la presse périodique ne savent pas que telle est la législation vicieuse qui la régit, que, si quelques hommes politiques sont animés de vues généreuses et utiles auxquelles ifs désirent donner la consistance d’une

opinion , ce n’est pas assez qu’ils y consacrent une partie de leur fortune ; que la première et inévitable condition qui leur est imposée , c’est celle de devenir commerçons, devoir leur opinion réputée marchandise, et leur nom érigé en raison sociale, a moins de se livrer sans réserve et sans défense à la bonne foi d’un gérant absolu.

Disoos-le hautement - les écarts et les excès de la presse périodique, le mal qmaprés i 83 o elle a fait à In liberté plus encore qu’à l’ordre, ne sont pas uni-* quement son ouvrage j ils son t surtout les conséquences inévitables (Tune législation h la fois vexatoire cl impuissante 5 exceptionnelle et inconséquente.

Sans doute la presse périodique est loin d’avoir Futilité, la vertu, Pim parti alité, qu’elle s’attribue, toutefois il serait injuste de méconnaître les services que sa vigilance a rendus et rend encore aux libertés publiques qu’elle défend , aux mœurs nouvelles qu’elle forme, aux intelligences qu’elle développe j aux intérèis matériels qu’elle éclaire, enfin au gouvernement représentatif qu’elle a fondé, et dont elle ne saurait médire sans s’accuser elle-même, car c’est à la persistance de ses luttes qu’il doit sou existence.

3>ES CAniFI$3ffîï2iBlOîS : DE DEUR UrîTET*

Le cautionnement est une garantie restrictive.

lit. Guizot, 1S3».

Le cautionnement a pour but véritable tTexlger une certaine garantie de lumières, d'éducation , de fortune , d 3 intérêt à l'ordre, de la part de ceux qui pourraient le troubler* Le cautionnement, considéré sons le point de vue du mouvement des amendes, est une chose inutile.

Duc de Bivoglie, i&3o +

L’expression matérielle de la pensée de prévoyance et de garanties sociales de MM. Guizot et de Broglie est fausse. L’expérience a depuis long-temps prononcé sur l’utilité des cautionnemens; tous les essais possibles ont été faits sans succès à diverses époques.

Si les eau lion ne mens n’avaient d’autre but que de s’assurer que ceux qui fondent un journal ont un intérêt à la conservation de l’ordre, le mieux , dans ce cas, serait de les réduire et non de les élever ; car il se rencontrerait alors plus de gerans dont le cautionnement et le journal seraient la propriété réelle.

Quand au contraire les cautionnemens sont considérables, quand un grand nombre d’abonnés est né-*

cessairc h la publication d’un journal, que lait celui qui l’entreprend ? il confond les risques d’amendes avec les autres chances de pertes, et met !e tout à la charge de la société commerciale qu’il forme ; il a soin de s’y soustraire personnellement, et le plus souvent même il se dérobe aux chàtimens corporels de la loi en assumant toute la responsabilité du délit, soit sur des hommes exaltés de son parti, soit sur quelques malheureux a qui la perte temporaire de la liberté laisse à regretter peu de bien-être domestique*

Tout, à l’époque où nous vivons, tend à se résumer en primes d’assurances.

Les plus sûrs résultats que produisent une pénalité sévère et des cautionnemens exorbitans sont d’augmenter le traitement des gérans et le taux des primes.

Plus les cautionnemens sont élevés, moins la concurrence est possible; plus les probabilités de bénéfices paraissent assurées et brillantes, plus il est facile dès lors de trouver des actionnaires.

Les cautionnemens demandés à la presse périodique lui restituent en puissance plus qu’ils ne lui enlèvent en liberté; leur unique effet est de créer au prolit de quelques grands feudataires un privilège par lequel l’exploitation exclusive de l’opinion publique leur est livrée en monopole , et de créer ainsi dans

Ré la l une aristocratie d’aulant plus redoutable qu’elle n’cst pas reconnue.

Voilà qoel est, au point de vue pratique de la presse périodique, le résultat de la législation qui la régît en France, tel que Renseignent l’observation et Fèrtpérience,

©eb amenas et iix pœste : de ùëih& effet.

Le peuple en Angleterre se borne à écrire ce qu’on pense ailleurs ; le roi a un droit sur les papiers qui courent, de façon qu’il est payé pour les injures qu’on lui dit ; la république est imminente, les choses ne peuvent durer comme cela,

Montesquieu,

Supprimez les droits sur Le timbre et les frais de poste, Guizot, s novembre mo-

Un esprit chagrin, ennemi de tout système politique durable et de la concorde publique, animait assurément celui qui le pr emier conçut [Idée d’asservir la presse périodique aux exigences de la fiscalité, afin de la tenir constamment en haleine contre le pouvoir par des vexations journalières.

Les convictions ne s’expriment plus lorsque les opinions, pour exercer leur prosélytisme, sont contraintes de se vendre soit aux partis, soit au pouvoir* L’honneur politique n’habite plus le pays ou les éloges et les attaques sont un commerce qui se (ait au profit du trésor public, sous la protection des lois*

L’état qui prélève sa part impure d’une pareille prostitution de l’esprit peut la poursuivre, mais

jamais la réprimer. Scs intérêts, en opposition avec ses desseins , le tiennent incertain et impuissant; il n’ose que des mesures inefficaces.

Pour comprendre bien l’action du timbre sur la presse , il convient de se rendre préalablement un compte exact de l’état des frais d’un journal quotidien.

Ces frais sont de deux natures: l’une décroissante , l’autre progressive .

Les frais décroissons se composent de l’impression, de la rédaction et de l’administration du journal. Ils varient depuis 100,000 fr. jusqu’à 200,000 fr. par an, selon le mérite de la rédaction et l’étendue du format ; ils diminuent relativement en proportion inverse du nombre des abonnés.

N’ajoutant à la somme de 100,000 fi', de frais fixes que les frais progressifs de papier et de tirage, évalués à 11 fr, par abonnement annuel d’un journal quotidien de trente décimètres, et en laissant de côté tous droits de port et de timbre, voici les résultats que présente la publication d’un journal pris au bureau d’abonnement et vendu sans bénéfice aucun : —Au prix actuel de 80 fr. par abonnement annuel, quinze cents souscripteurs seraient nécessaires pour couvrir les frais d’un journal quotidien, cès frais s’élevant à eux seuls à 1 i5,5oo fr.

Si le journal ne compte que cinq cents souscripteurs, il faudrait, pour en équilibrer les frais, que chacun d’eux payât son abonnement annuel a4o fr.

Maintenant^ si Von passe a l'examen du budget, d’un journal dont tes mêmes dépenses fixes s’élèvent annuellement à 200,000 fr., on se convaincra qu’au prix de 80 fr., trois mille abonne mens sont nécessaires pour couvrir les frais, s’élevant à 233 ,ooo fr.

A ces dépenses, si Von joint les droits de poste cl de timbre, qui sont de 3 s fr. /[O c. par abonnement annuel, on se rendra facilement compte qu’en présence de si grandes chances de ruine, les risques d’amende ci les prîmes de cautionnement disparaissent; que ce qu’il faut avant tout, c’est avoir des abonnemens, dùt-on, pour les obtenir, encourir l’amende et la prison; car, entre les deux écueils de la détention pour dettes du journal et de la détention pour délits politiques, il n’est pas un gérant qui ne donne la préférence à cette dernière extrémité.

Voilà le secret de l'existence aventureuse de tout nouveau journal politique quotidien. Maintenant, il est facile de s’expliquer corn ment, dès que cinq mille abonnemens sont nécessaires à l'existence d'un journal, Ü est contraint de multiplier les dissen Limens politiques; les antipathies sociales, d’irriter et de flatter alternativement les partis, afin de créer, ainsi que nous l’avons dit, des passions exploitables et des haines productives.

La suppression du timbre, en ce qui concerne les écrits périodiques, ne causerait pas au trésor publie le préjudice qu’on peut craindre; d’une part, une

forte portion de ses produits retourne ù la presse sous hi forme de subventions ministérielles ; d’au Ire part 3 le trésor public retrouverait dans une augmentation certaine des produits de la poste plus peut-être qu’il ne serait nécessaire pour équilibrer la réduction opérée dans les revenus du timbre*

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