BULLETIN FRANÇAIS
des actes du gouvernement et des séances iègisîatives.
Ce joumaI, impassible registr ë de l’ètat polit i que , exclusivement ouvert a la reproduction impat tiale des débats législatifs, du texte des lois
(1) Loi du 13 brumaire an VIT, titre III, ~ des actes et registres non soumis à la formalité du timbre.
« 16 û Sont exceptés du droit et de la foi matité du timbre , savoir ;
» Les actes du Corps Législatif et ceux du Directoire exécutif, etc*, etc. »
organiques 3 des actes officiels et des nouvelles d'un intérêt général, ne contiendrait jamais que la rectification brève et sévère des faits erronés, sans apologies, sans attaques et sans commentaires (i)*
Ce tardif hommage rendu par le gouvernement représentatif à la publicité, qui en est l’essence, n'aurait pas seulement pour effet de faire pénétrer de toutes parts la vérité avant qu’elle y fut altérée par l’intérêt des partis et par les nécessités de la polémique journalière*
Aux avantages politiques:
i° D’appeler directement, par une transmission rapide, économique et sûre des communications officielles et des nouvelles authentiques, le pays h juger lui-même les hommes et les actes du pouvoir, avant que son esprit ait déjà reçu une prévention étrangère;
2* De faire disparai Ere beaucoup de divisions et de démarcations de partis , que la presse périodique, pour s'alimenter, est contrainte d’entretenir ;
(0 La publication d'un bulletin analogue a déjà eu lieu*
Le 15 septembre 1792 , il fut arrêté qu’un bulletin de cüluœspüni>\nce serait adressé chaque jour à toutes les communes et auto ri tés de France et aux armées*
La loge à droite du président est réservée pour sa rédaction, (3 novembre 1702* .
Une commission de rassemblée est chargée de surveiller ïa rédaction, l tr nivôse an h , année de la création du Bulletin des lois ( té frimaire ).
Le 13 fructidor an vr, le Bulletin de correspondance est remplacé par nn Bulletin décadaire*
3 ° De former une opinion publique plus éclairée j plus indépendante et plus impartiale;
4 ° De substituer la publicité impassible et véridique a la POLÉMIQUE PASSIONNÉE Ct FALSIFICATRICE \
5 ° De détruire tous monopoles mercantiles de Pu pin ion publique, en restituant à chacun la liberté de scs opinions sur tes faits;
A ces avantages politiques s’en joindraient d’autres moraux et matériels de Perdre le plus élevé :
La publication d’un Bulletin complémentaire du Bulletin des Lois, sur les bases économiques qui viennent d’être indiquées, restituerait 62 fi\ par année au budget de cinquante mille lecteurs; 011 verrait alors aussitôt quelle vie nouvelle recevraient
— la littérature, celle qui tait la réputation des écrivains et la supériorité d’une nation, — les sciences , celles qui donnent l’impulsion aux progrès,
— Péruditîun, celle qui dissipe l’ignorance du passé, détruit les préjugés et rétablÎL tardivement la vérité des faits.
Les bons livres reparaîtraient vite dans la circulation, d’où ils ont disparu;-—les revues, telles qu’elles existent en Angleterre, trouveraient alors en France un public assez nombreux pour leur permettre de rétribuer selon sa valeur un travail consciencieux ; les esprits les plus distingués rechercheraient à Paris, comme à Londres ct à Édimbourg, le moyen de se faire connaître et de se faire apprécier ; — le talent serait sur d’un asile et d’une juste
rénfrunéralion ; —lu polémique changerait de l'orme , elle en revêtirait une plus grave et pins utile; elle abandonnerait les discussions de premier mouvement pour les dissertations réfléchies, laborieuses et consciencieuses ; — elle s’élèverait à toute îa hauteur de la science spéculative, et deviendrait alors l’élément progressif de toute législation.
Au lieu de cela, la périodicité semi‘quotidienne , hebdomadaire, semi-mensuelle, à l’ombre de laquelle végètent à Paris beaucoup de petites feuilles littéraires et épigrammatiques, ne produit qu’une publicité faible et bornée, sans aucune valeur morale, sans aucune utilité réelle*
La science veut de patientes études, et la littérature, pour s'élever, a besoin d’espace. Ce mode subalterne de périodicité, jouissant du privilège de ne point déposer de cautionnement, à la condition de s’abstenir de reproduire les nouvelles et les faits , se trouve ainsi, par une inconséquence législative , généralement réduit à l’exploitation des personnalités dans le cercle étroit de la vie privée des citoyens* La littérature qui s’avilit, qui étiole les imaginations jeunes et déconcerte les croyances anciennes, est plus fatale à la civilisation que la guerre la plus meurtrière , que le despotisme le plus aveugle; car son action subtile, impalpable, s’exerce sans armer de déliantes, sans porter d’ombrages, sans provoquer de luttes , jusqu’à ce qu’un de ces rares génies régénérateurs de leur siècle et de leur patrie
apparaisse et ramène sur ses traces les esprits divagai] s, relève les imagin nions déchues , et ranime les convictions morales, sans lesquelles les gouvernemens cl; les peuples ne s’inspirent qu'un égal mépris, qu’un mutuel effroi : senti mens déplorables , d’où naissent la misère et fi usurpée Lion d’une part , l'arbitraire et la corruption de Pau ire,
À la publicité des faits, il faut la périodicité dkirnnic; mais aux travaux , aux investigations et aux éludes de îa science, aux productions distinguées de la littérature 5 il faut une périodicité rare , un cadre large, une forme sévère.
Les deux chambres législatives ne seraient pas moins intéressées que le gouvernement à la constitution cKtinô grande publicité ainsi légale tuent et économiquement établie; évidemment celle que reçoivent leurs débats par la voie du Moniteur* est insuffisante et illusoire, bien qu’elle leur coûte annuel lement d’assez grands sacrifices.
Assurément la fidélité littérale des débats législatifs a une grande importance historique; mais la fidélité analytique des discours, lorsque leur étendue exige cette manière de les reproduire, est d’une utilité actuelle bien plus grande, puisque c’est die qui, le plus souvent , concourt à former et l'opinion publique cl le jugement que portent les électeurs sur leurs mandataires.
Ces deux nécessités seraient également prévues et satisfaites par le projet qui sert d'expression ma lé-
rïcltc à noire pensée; son adoption n’apporterait aucun changement dans la publication et clans la propriété du Moniteur universel , qui , par son mode de rédaction textuelle, conserverait son authenticité et sa valeur historique.
Conséquemment , pendant la durée des sessions législatives j deux rédactions fidèles des débats parlementaires seraient faites, Tune textuelle, qu’en raison de son étendue le Moniteur } lui seul, continuerait de publier; l’autre sommaire, mais fidèle, expressément réservée au Bulletin , et calculée pour n’occuper que l’espace accordé au compte-rendu des chambres par les principaux Journaux ; ceüe dernière rédaction, ainsi réduite a la proportion de trois pages, pourrait être exacte ment transmise chaque soir en épreuve à tous les Journaux quotidiens. De ce service, deux avantages résulteraient :
Le premier,—que les journaux de bonne foi auraient le moyen de collationner sûrement la version de leurs rédacteurs, qui ne saurait matériellement jamais être aussi parfaite que la rédaction recueillie au-dessous de la tribune législative ;
Le second, — que les journaux sans bonne loi ne pouvant alléguer d’excuses de leur infidélité, leur impartialité serait alors placée dans l’alternative ou de se déguiser, ou d’être manifeste a tous les yeux. II ne serait pas impossible qu’un aussi simple soin, pris dans l ! in té ré L de la vérité, prévalût en raison de t'économie importante qu’il permettrait à beaucoup de
journaux de faire sur leur budget : en tout cas, cet essai serait sans inconvénient*
Ainsi que cela a lieu pour le Bulletin des lois^ on s’abonnerait au second bulletin, complémentaire du premier^ sans frais aucuns, chez tous les directeurs des postes, qui seraient chargés d’en opérer le service; on éviterait ainsi tous les détails administratifs et minutieux de ^inscription des noms, de la mise sous bande, des changcmcns de domicile, etc*; tout se borneraiL à recevoir de chaque directeur des postes la demande et le prix d’un certain nombre d’exemplaires; une remise de dix pour cent sur le prix d’abonné ment leur serait allouée pour ce service, ce qui leur assurerait un supplément de traitement assez considérable*
Tous les abonnemens seraient annuels.
Les seules difficultés que pourrait présenter l'exécution de ce plan seraient les difficultés matérielles de tirage, en raison du nombre incalculable d’abonnés, auxquels par viendrait vile et sûrement le bulletin.
Mais ces difficultés sont de celles qui n’arrétent jamais une grande entreprise- On triplerait, au besoin, les compositions, jusqu’à ce qu’un procédé plus expéditif et plus économique naquit de sa nécessité meme. En Angleterre, il y a des presses qui de minuit à midi pourraient tirer 48,000 exemplaires. Il suffirait de doubler la composition pour qu’elles produisissent gfijOOOcxemplaires pendant le même temps. Établi sur ces bases, îc bulletin proposé compte-
rail bientôt plus de cent mille abonnés ; recherché jusque dans les plus fnblés communes, en raison de la modicité de son prix et de l’aulhenlicite de ses nouvelles, partout il ferait pénétrer la vérité avant qu’elle y parvînt altérée ; il remédierait ainsi au grave inconvénient du prix trop élevé des feuilles quotidiennes, — résultat des taxes qui les grèvent.
On n’a pas encore exactement calculé la toutepuissance du bon marché appliqué h la presse périodique (i).
L’économie ne serait pas le seul motif déterminant pour 's'abonner au Bulletin ; à quelque fraction politique qu’on appartienne y il y aurait encore un autre mol if de se décider: ce serait l’avantage de cou naître vingt-quatre heures' plus tôt que par la voie des autres journaux: 7 les dépêches télégraphiques, les communications officiel les, les mouvemens adnn nistratifs , les nominations à tous les emplois; de pouvoir enfin étudier et suivre ainsi la pensée du gouvernement d’après cl le-même.
Nul doute que le Bulletin , réunissant ces deux condiLionSjideùt alors pour abonnés les fonctionnaires publics de tous degrés et tous les hommes impartiaux et véritable ment indépendans. Que serait en effet pour des lecteurs accoutumés depuis ion g-temps à payer 8 o li\ pour le montant de leur abonnement annuel,
(l ) Il ne faut pas perdre de vue que ceci a été écrit longtemps avant que la Presse et le Siècle puissent.
1 -addition Je In faible somme Je ïBfr,, prix Je l'abonnement au Bulletin?... A ce modeste prix, cependant, ks produits seraient encore assez considéra* l>!es pour permettre au directeur qui lui serait donné de rétribuer h'bnorablemcnL le concours des premiers écrivains , afin que , pendant la lacune des sessions législatives, le Bulletin fût, parla supériorité de sa rédaction , corn me par l’é tend n e de sa publicité , le premier journal du monde (i).
Dans ce registre national, vaste enquête permanente, serait accessoirement consigné tout ec qui intéresse et lion or e la France : -— les plus dignes productions de l'esprit et du talent, — les chefs-d'œuvre des arts, — les découvertes des sciences et leurs applications utiles, — les progrès do l'agriculture, — les perfectionnemens de l'industrie en France et à l'étranger, — enfin , tous les moyens d’améliorer le bien-être matériel de toutes les classes* et de développer leurs facultés morales (2).
(1) La feuille d Impression, grand raisin, format du Moniteur , tirée à grand nombre, à la mécanique et sur bon papier, revient à là fr, la rame, soit S centimes la feuille, ou 10 fr. 05 e. pour 365 numéros; 7 fr. environ resteraient donc'disponible s pour le paiement : 1» de la remise des directeurs de poste ; — 2° des frais matériels de composition et de ceux d’administration ; — 3 & enfin, de ceux de rédaction, qui doivent être évalués au moins de 200,000 fr. à 300,000 fr., si l’on veut, ainsi qu’il serait désirable, que le Bulletin attire à lui et puisse absorber dans sa rédaction tous les écrivains d’un mérite supérieur. Excluant l’apologie officieuse et se bornant h ia publication et au rétablissement de la vérité, le Bulletin pourrait assez facilement former une coalition de ialens sur un terrain neuf et neutre qui lui serait préparé,
(2) Un reproche grave peut être justement adressé aux cours publics
Le gouvernement, de son côté, serait intéressé à ne négliger aucun moyen de faire qu’à tous égards, sous le rapport de la célérité autant que sous celui de l’exactitude ,Bulletin eût toujours b supériorité. Le grand nombre de ses courriers et de scs agens, le monopole des télégraphes offrent tous les moyens de la lui assurer sans frais. Le mensonge ne l’emporte sur la vérité que lorsqu’elle est tardive, jamais quand elle le devance; plus il serait accordé de place aux nouvelles , moins il en lesterait aux fausses interprétations; plus la publicité aurait d’attraits, et plus la polémique en perdrait.
La publication du Bulletin français aurait lieu en vertu d’une autorisation ministérielle qui pourrait être retirée. Ainsi, le gouvernement n’aurait jamais rien à redouter de son immense publicité, et le sort de la France ne dépendrait plus alors do la défection d’un journal ou de l’accord de six ou sept journaux entre eux.
Le prix d’abonnement ne pourrait dépasser 18 Ir, par année —5 centimes par jour—afin qu’il demeurât bien établi qu’il ne s’agit point d’un monopole livré à la spéculation.
Le Moniteur universel subsisterait sans éprouver
de Paris, que le gouvernement entretient à grands frais : c’est celui de ne pas s'étendre ait delà de leur auditoire, nécessairement très-restreint, et d'être conséquemment sans utilité assez générale pour la France ; leur reproduction sténographiée dans le Bulletin obvierait pleinement à cet inconvénient et porterait scs fruits dans les départeinens.
d’autre dommage que le partage des communications officielles.
Les fonds secrets, n’élant plus en partie détournés cle leur irritable destination , ne seraient plus un vote de confiance 7 toujours délicat à demander pour tout ministère.
Ainsi légalement, politiquement et moralement constituéej dans l'intérêt de l’ordre public, de la prospérité du pays et de la stabilité de ses institutions, la publicité, ennoblie et non plus corrompue, est une idée constitutionnelle que doivent accueillir tous les amis éclairés et sincères des libertés publiques; car il n’est aucun d’eux qui ne convienne que ce qui leur importe c’est moins la polémique qui privé les lecteurs de l’in dépendance de leur opinion ? que la publicité fidèle donnée à tous les actes du gouvernement (i).
(1) Ce projet de la publication d’un Bulletin ne coûtant que 18 francs par an fut soumis, en 1831, à M. Casimir Bélier, alors président du conseil des ministres, qui ne r accueil Ut pas, M. Périer répondit à fauteur qu’H était dans ferreur en attribuant au principe du bon marché une puissance qu’il n*avait pas en matière de presse périodique; que les partis ne comptaient pas, lorsqu'il s 7 a%bsait de satisfaire leurs passions; que si bas qu’en fût le piix, personne ne voudrait s’abonner au Bulletin.
Parmi tes successeurs de M, Caeiinier Périer au ministère de Tintérieur, il ne s’en est pas trouvé un seul qui eut le temps de consacrer un jour ou deux à l’examen approfondi d’une proposition qui, si elle avait été adoptée en 1831, aurait peut-être changé l’esprit du journalisme et du pays , et, par suite, prévenu les crises qui ont mis plus d une fuis nos institutions en péril !
BASES ELLES K'WUS LÉSÎÏSLA'XJOM' MTUTELLE
IDE LA JPH3GSSE.
La presse t amie ou ennemie ( garde mieux les frontières et le dedans du royaume que des armées....
ÀYouonsde : une moitié peut être de nos électeurs ont plutôt riattinct que la Connaissance de la liberté. Ils la sentent; ils ne la raisonnent pas encore, lis agissent par Impulsion.
Le pauvre et îerielie ne s’améliorent qu'en s'éclairant.
COftUEKUS.
Dans l’élal; où sont les choses, que faut-il faire pour restiluer à la presse périodique l’utile fonction qui lui est réservée clans l’ordre social et politique?— Précisément le contraire de ce qui a été fait.
Il faut que la publicité cesse d’être contrainte à appeler la polémique, et les partis à son aide pour payer leur part de l’impôt exorbitant et cependant peu productif du timbre.
Il faut. que le gouvernement représentatif rende hommage au principe de la publicité, non point par des sacrifices impurs laits sous le nom de subventions à la vénalité par la corruption, mais en constituant politiquement lui-méme, sur une base légale et morale, la publicité officielle.
Il faut que la responsabilité des éditeurs d’un écrit périodique ne soit plus une garantie illusoire, une fiction déplorable; mais qu’elle devienne une fonction publique considérée à l’égal des plus utiles et des plus dignement remplies.
Il faut que Page , l’expérience ci la position sociale de l’éditeur responsable d’uri écrit périodique présentent toutes les garanties vainement demandées jusqu’à ce jour } noria la moralité des hommes, mais à la quotité variable des caulionnemens ; il faut que ces garanties soient telles enfin que leur réunion suffise pour élever sans crainte la presse périodique au rang d’institution sociale et pour détruire sans retour les préventions défavorables qu’a pu faire naîire Pabus de sa liberté.
Il faut que la publication d’un écrit périodique cesse d’être assimilée par la loi à une exploitation commerciale, afin que (es hommes honorables et instruits, animés de vues utiles et généreuses^ ne soient plus retenus, pour les expiimer et les propager, par la crainte de sacrifier leur fortune et de compromettre leur nom , ou de s’exposer à un autre danger plnsgravc encore, celui de se livrer sans défense et sans réserve à la bonne foi d’un gérant absolu, bien qu’agent subalterne.
Il faut que les vexations commises chaque jour dans l’ombre par les agens du fisc ne soient plus,de la part de la presse périodique , qu’elles disposent a
l'acrimonie, des cause», indirectes d’opposition contre I ’adm i nis[ rat ion pu b I i que,
(1 faut que Von ne puisse plus justement adressera la presse périodique le reproche que font au pouvoir les adversaires de la centralisation ; il faut qu’elle représente avec plus de vérité les opinions et les besoins de tous les départe mens de la France. Il restera encore à la presse centrale une assez belle attribution 3 celle de l’initiative de toutes les grandes questions.
Il faut qui! puisse y avoir autant d’écrits périodiques qu il y aura d’hommes éclairés intéressés à l’ordre ou désireux de concourir à la propagation d’idées utiles.
Il faut enfin qu’aucune entrave ne soit mise à la liberté de la presse périodique ; qu’aucune faveur n enchaîne son indépendance \ qu’aucun privilège exceptionnel n’en détruise l'égalité, et surtout qu’aucune subveniion n’en puisse jamais rendre la modération suspecte de vénalité.
Des droits de timbre et de poste. — Supprimer le droit de timbre ? élever par compensation le droit de poste, substituer à la formalité vainc des cautionneniens une garantie plus efficace, telles sont les bases de la législation rationnelle qu’attend encore en l 1 rance la presse périodique La suppression pure et simple du droit de timbre serait un pt ogres utile, mais J on une réforme suffisante; sa suppression , combinée avec l’augmentaliou du droit
déport, est tout tin système nouveau , dont la conséquence serait d’étendre la presse départementale et de restreindre au contraire la presse centrale, par l’extrême différence du prix d’abonnement qui s’ensuivrait nécessairement.
La diffamation publique trouverait alors des barrières; elle ne couvrirait plus toute la France d’un seul coup d’aile ; l’administration des postes n’en serait plus aussi gravement complice , elle ne porterait plus si loin et sur un aussi grand nombre de points l’attaque et le mensonge.
On a souvent cité la liberté dont la presse jouissait en Angleterre, sans danger cependant pour sou gouvernement et ses institutions. Plusieurs publicistes n’hésitent point à attribuer aux mœurs britanniques et à la gravi Lé des esprits dans ce pays l’honneur d’un résultat dont la cause est d’un ordre infiniment moins élevé, puisqu’elle réside tout entière dans une matérialité.
En Angleterre, les journaux n’étant point transportés, comme en France, par !'administra lion des postes, moyennant un faible droit indépendant de la distance, il n’y a point dès lors de centralisation de la presse, de monopole de l'opinion publique par voie d’abonnement : il y a tout simplement des journaux qui ne sont astreints à aucun cautionnement, mais aussi dont la poste anglaise ne se charge qu'en les pesant et les taxant comme lettres.
Ces journaux n’ont pas d’abonnés, ils n’ont que
ries acheteurs. Le malin , on choisit parmi les journaux qu’apportent les voitures publiques le plus intéressant en raison de l’opinion qu’il exprime ou de la nouvelle du jour qu’il publie le premier.
Avec Faversion et la crainte exagérée que la presse a toujours causées au gouvernement français, ce soin de sa part de colporter économiquement, rapidement et journellement les attaques dont il est Pobjct*, peut paraître an moins surprenant, mais ce contre-sens apparent ne s’explique pas seulement par notre pente naturelle vers la centralisation : il y a une autre cause, c'est l’amour de la France pour la police.
Celle passion malheureuse, qui ne regarde jamais que d’un œil, n’a vu dans la centralisation de la presse qu’un moyen pour le gouvernement de scruter toutes les opinions, en se chargeant du transport des journaux au domicile de leurs lecteurs.
Aussi est-ce a la police que la presse centrale doit ^France sa toute puissance.
On peut objecter qu’aux États*Unis il u’en est pas du transport des journaux comme en Angleterre ? que le service publie des postes en opère la distributiün moyennant un très-faible droit, et que dans l’Amérique du Nord, pas plus qu’en Angleterre, la presse n’a pas encore renversé le gouvernement établi, .
On pourrait répondre à l'objection que cela tient sans doute à deux causes ; d’abord à la grande variété des feuilles qui se publient dans les étais de L’Union,
ensuite au caractère plus commercial que politique de leurs journaux ; mais il v a une troisième cause qui domine les deux autres, c’est la forme fédérative de ce gouvernement, qui exclut toute tendance de centralisation , même dans l’expression de l’opinion publique.
Voilà ce qui explique comment l’Amériquedu Nord et l’Angleterre supportent sans crainte et sans danger la puissance de la presse. La lilsiot) des deux droits de timbre et de poste en une seule taxe de port détruirait la centralisation delà presse parisien-* ne, qui est l’abus d’un droit 5 favoriserait la multiplication de toutes tes nuances d’opinions constitutionnelles , créerait dans chaque département } dans chaque arrondissement électoral , des journaux, expression de leurs intérêts moraux et matériels ; s’il en était ainsi > les vrais intérêts se feraient mieux connaître; les idées, pour se développer et mûrir, n’auraient plus autant besoin de venir chercher la chaleur ardente du foyer central.
Les journaux de Paris donneraient l’impulsion et l’exemple, les journaux des départemens le suivraient; ils entretiendraient entre eux l’émulation, dés qu’ils n’auraient plus à lutter péniblement contré le monopole actuel dg la presse centrale, dès que leur existence serait matériellement possible.
Le sort de la France alors ne dépendrait plus tout entier de Paris, de la défection d’un journal ou de l’accord de six ou sept journaux entre eux.
Des CAüTioNNEMiiiVs. — La condition d’ci mobilité substituée au dépôt du cautionnement placerait la pvessc périodique entre les mains d’hommes expérimentés, indépendans par leur fortune du pouvoir et des partis, intéressés matériellement en qualité d’éligibles au maintien de l’ordre; les engagerait indirectement, par serment, envers la forme actuelle du gouvernement et la dynastie régnante; elle aurait enfin les avantagés sui va ns :
i° Elle donnerait au gouvernement des garanties moins douteuses, car elle ajouterait celles de l’Age et de l’expérience à celles de la fortune. Aucun homme âgé de trente ans ne pourrait plus être désormais gérant d’un journal, tandis que la loi lui permet maintenant d’en remplir les fonctions;! vingtun ans.
2° Le cautionnement, fourni le plus souvent par des tiers au moyen d’une prime convenue, progressive en raison des risques que lui fait courir celui qui remprunte, n’a toujours été qu’une formalité vainc et qu’une garantie politique illusoire; le cens d’éligibilité serait au contraire une condition tr p honorable à remplir pour que le gérant ne l’eût pas toujours involontairement présente» la pensée dans l’expression de scs opinions.
On ne saurait trop désirer que les gérans des écrits périodiques soient éligibles ; indépendamment des garanties pécuniaires qu’ils offriraient en cas d’amendes, ce serait un moyen de déférer en quelque
sorte leurs doctrines à l’opinion publique elle-même par une candidature permanente.
Ce but honorable , s’il eût , depuis vingt années, toujours été présent a Pambition des gérans responsables, en eût relevé la condition; ü les eût fait plus dépende ns de Popinion publique ; la presse périodique fût tombée moins souvent aux mains de brouillons et de controversîstes obscurs ; elle eût compté plus d 9 hommes politiques préparés par la théorie à la pratique des affaires.
Un des vices de la presse périodique , c’est qu’elle exerce sans contrôle un contrôle si actif, c'est que le plus grand nombre des écrivains dont le journalisme est la profession soit trop étranger aux intérêts généraux qui sont de plusieurs natures ; plus on relèvera la presse périodique, plus elle sera éclairée, digne et conciliatrice, et plus Pon créera de chances qu’elle cesse d’étre l'interprète des passions des partis pour devenir l’organe des intérêts et des vœux du pays.
« La presse périodique ne saurait avoir plus de droits que la tribune parlementaire, » a dit M. le duc de Broglie à l'occasion de la législation de septembre iS 35 ; aussi demandons-nous pour l’une et pour l’autre , que les mêmes conditions de capacité leur soient imposées, qu’une égale considération leur soit accordée , et que, dans l’intérêt de la pacification publique et du développement progressif et rationnel de la liberté sociale , la tribune parlementaire et
la presse périodique se traitent en émules , cl non plus en ennemies.
Cela est possible par Pëlévahou morale de la fonction de gérant responsablo.et par la suppression matérielle du timbre, dont la conservation fait obstacle à l'impartialité des journaux.
Aussi long-temps que cinq mille abonnés seront nécessaires a l’existence d’une feuille quotidienne , à cause de l'énormité de la taxe.» U n'y aura point , il ne peut y avoir dans la presse périodique de place pour les organes d’une opinion indépendante , calme et médiatrice,
La garantie d’éligibilité admise par la loi, la suppression du timbre également consentie , les journaux ne seraient bientôt plus que des préfaces politiques h la vie parlementaire.