‹ Études politiques (volume 3)Chapitre 22 sur 51 · AUX GRANDS TRAVAUX D'UTILITÉ PUBLIQUE · texte numérisé non relu

AUX GRANDS TRAVAUX D'UTILITÉ PUBLIQUE

7i m. U ItfttimotiHrttcrol tomtt A. DE GIRARDIN.

La.plus parfaite constitution de la puissance militaire a toujours été l'objet de vos plus profondes méditations.

Vous avez à ce sujet des idées mûres et abondantes dont il est a regretter que l'application n'ait pas encore fait apprécier toute la valeur.

Vous avez publié sur la constitution des armées de terre de la France des observations neuves et judicieuses, dictées par le patriotisme le plus éclairé.

Soldat de 92 et général de l'Empire, vous avez parié de l'armée en homme d'état, pour, qui la paix et la guerre n'ont plus de secrets;

Vous avez réduit à ce quMIs valaient beaucoup

d'erreurs et de lieux communs propagés par l'ignorance ou l'irréflexion;

Volfs âtez rétabli les térîlâbles prîrlciplès sur la proportion des armes, le recrutement et l'instruction des troupes, rétÊrt des officiers j l'effectif, les cadres, le pied de paix et le pied de guerre, les réserves^ les places fortes, la tactique et la stratégie ;

Vous avez montré que la puissance militaire d un pays ne saurait se constituer isolément, arbitrairement; qu'elle avait des lois naturelles qu'elle ne pouvait enfreindre, qu'elle était soumise à des nécessités commerciale^ et a désconsîdefatîons pôlîliques qu'elle devait réunir et concilier;

Vous avez montré que la constitution d'une armée devait avoir pour base fondamentale l'adoption d'un système de défense militaire déterminé par des intérêts permanens, facilement appréciables)

Vous avez montré que le système de défense militaire d'un piys n'avait absolument ni valeur niVignificalion s'il n'était l'exacte expression de son système d'alliances politiques; — que le premier doit toujours être l'expression du second, — que l'un et l'autre sont les deux fractions d'un tout; — qu'elles s'enchaînent nécessairement et ne peuvent logiquement se séparer, car elles sont h la fois par rapport à elles mêmes alternativement cause et effet;

Vous avez montré que le nombre n'était p«s le principal élément de la force militaire, et que l'instruction des troupes réclamait de promptes réfor-

mes j **- que c'éWit Gormnotlrè une erreur gravb ei se créer une illusion dangereuse que dé donner 1^ novh alarmée de réêerw à des soldats on congé prorisoif^ el à des consdfits laissés dan6 Idurs foyers; — qu'armer une multitude^ ce fi'élait pas constituer une réserve; — qu'il ne pouvait y avoir de réserve mcrilant ce nom que celle qui faisait pnrliede l'organisation régimenlaire; — qu'une armée enfin n'existait qu'a de eerlaines conditions que vous avez décrites en ayant toujours soin de donner îl vos opinions l'appui des autorités les plus Imposantes et des faits les plus mémorables de l*hisloî^ë militaire cîe tous les peuples.

Vos convictions sont devenues les miennes, vôtrd expérience m'a servi d'enseignement.

Parmi vos principaux préceptes, j'ai surtout fe*tertu celix-ci :

Un état qui prétend constituer sa puissance militaire doit, savoir :

D'abord nettement co qu'il vent;

Ensuile èxàCtdUient ce qu'il peut ;

Enfifj, historiquement, quels Ont été dans 16 passé et, par dédUfcîtîon politîqtie, quels doivent être dans V^^m\t dès enfiemis et ses alliés naturels.

SI un état se tient à cet égard dans l'ignorance 4 s^leflienl dans le doute ; s'il subordonne à des ciroOnstatices passagères, à d^inconstantes sympathies, d'invariables, d'incommutables intérêts, l'armée qu'il s'efforcera d'organiser n'aura jamais de base

solide; tant que la raison de son chiffre et la nécessité de sa dépense ne seront pas suffisamment démontrées^ elles seront de perpétuels sujets de discussion politique, de défiance civile , do mécontentement militaire.

Les proportions d'une armée ne sauraient être trop soigneusement étudiées, trop sévèrement observées, car c'est à propos d'elles surtout qu'on peut dire que la pesanteur s'allège par l'équilibre.

Proportionnellement trop considérables, ou numériquement trop faibles, les armées ont également pour conséquence de mettre l'ordre et la paix en question.

Trop considérables, elles éveillent la défiance , elles créent des coalitions puissantes ou ténébreuses; trop faibles, elles exposent au dédain , elles suscitent des agressions injustes ou téméraires.

Dans les états constitutionnels surtout, le chiffre de l'armée a une grande importance politique ; car pour peu qu'il soit suspecté d'exagération , il rend aussitôt les partis plus ombrageux , plus insatiables de garanties légales, plus difficiles à gouverner; il a pour effet d'exposer l'armée à des débats parcimonieux qui la découragent, la blessent et Tindisposent contre les institutions et les formes représenlalives.

La plus grande force d'une nation réside dans la confiance qu'elle s'inspire a elle-même et dans le respect qu'elle commande. Ce sont deux avantages

( «77 ) qu'une bonne constitution de ses armées peut seule lui donner.

La conslitulion d'une armée est bonne : — lorsqu'elle tire moins sa supériorité du grand nombre de soldats qui la composent que de la perfection de leur instruction sous le double rapport du développement des forces du corps et des facultés de l'es^ prit; — lorsque le nombre des soldats est en juste proportion avec celui des officiers, et que les premiers sont relativement nombreux et les seconds suflisamment rétribues pour qu'ils puissent attendre patiemment les effets de l'avancement; — lorsque les lois de l'avancement ne sont jamais transgressées et que le droit et l.i mortalité le rèfï[lent exclusivement; — lorsque le grade el l'emploi restent toujours inséparables ; — lorsque l'arbitraire et la faveur rencontrent pour invincibles obstacles un système et un code militaires se prêtant un mutuel appui ; — lorsque la durée du service est longue, que les contingens annuels sont faibles el les réengagemens nombreux ; lorsqu'à défaut de gloire à recueillir sur les champs de bataille, le sentiment du patriotisme et de Thonneur est constamment entretenu par l'émulation du savoir; — lorsqtie, enfin , sans nuire au dedans à l'abond ince du travail et au développement (lu crédit public, la force militaire élève au dch')rs à leur plus haute expression, le crédit et la prépondérance poiiliciucs (Tune nation, quand elle lui permet de tenir constamment

( «78) lin langage Imposant, quand elle assure le succès de ses négociations diplomatiques, quand elle facilite la conclusion de Iraîtés avanlageux h son commerce, quatid enfin elle peut se dire, sans se faire illusion, que les forces dont disposent ses alliés lui appartiennent par la confiance qtf'elle leur inspire.

L'organisation d'une armée est mauvaise : — lorsque le pied de pjix est destructeur du pied de guerre; — lorsque les cadres des officiers, sans proportion avec l'effectifdcs soldais, enlèvent au commandement rétendue, l'action et le preslige qui lui sont nécessaires ; — lorsque, dans un état démocratique, il est ariihmétiqucment impossible à l'officier de subsister honorablement avec sa solde; — lorsque enfin le principe sur lequel repose l'autorité mililaîre est une violation de l'esprit général des institutions du pays.

La loi peut imposer au citoyen qu'elle fait soldat dds devoirs plus impérieux et plus nombreux, mai;* elle ne saurait prudemment lui en prescrire de contraires aux droits qu'il tient de la constitution fvolilîquc. Le soldat et le citoyen français ne sont plus qu'un seul homme : une discipline trop absolue qi»i voudr.dt en faire deux , en s'obstînant h mettre do cAléle citoyen cnrcgicnenté et à ne voir exclusivement en lui que le soldat passif, commettrait une faut'^ gr.'ive; car, dans l'ordre des éventualités qu'elle doit prévoir, la gueirc malhcurcnsemcnt ne vient plus qu'après la répression de Téuicule et de Tin-

(^79) stirrection. Sincèrement observée, une constitution politique ne permet, sous aucun prétexte, h aucune loi de se soustraire au plus conservateur des prin-* cipes^ à celui de l'homogénéité. Tout doit fléchir sous son empire, mémo la discipline militaire, qui ne saurait être la même dans un gouvernement représentatif et dans un état absolu.

Il importe essentiellement que le sort de Tarrnée soit justement réglé pour qu'en temps de guerre sa prépondérance ne soit pas exagérée; pour qu'en temps de paix son utilité ne soit pas injustement contestée, imprudemment dépréciée; pour qu'enfin elle reste toujours fidèle au pouvoir et ne soit jamais hostile h l'ordre.

Chez un peuple régi par la forme représentative, c'est il la liberté surtout qu'il importe que jamais l'armée n'ait de justes motifs de plaintes, car son mécontentement pourrait être un poids considérable jeté dans la balance du pouvoir absolu si la royauté n'appartenait à la constitution que par un dévouement douteux.

Nul doute qu'une réorganisation de l'armée qui se proposerait pour but la réalisation de vos idées n'eût pour eflet d'accroître considérablement la force militaire et d'en réduire notablement la dépense, sans blesser aucun droit fondé, sans exciter aucune réclamation légitime ; car vous l'avez dit ( i ) : « Toute

(1) observations sur la constitution des armées de terre de la France en 1835, par le lieutenant-général comte Alexandre de Girardin.

réforme qui a pour double conséquence de profiter à Télat dans l'avenir et d'élre préjudiciable dans le passé à des droits acquis ou à des intérêts privés respectables, ne peut ni ne doit jamais s'opérer qu'autant qu'elle fait au présent h pirt qui lui est due.

» Les révolutions seules méconnaissent les droits légilimes^ Jcs réformes véritables et durables ne s'ac complissent qu'à la condition de les respecter ; elles ne sont jamais rétroactives. »

Dans votre système dé réformes, l'économie qui résulterait d'une juste réduction des cadres permettrait l'incorporation d'un plus grand nombre de soldats. C'est ce que vous avez clairement établi dans un tableam comparé qui commence par lasuppression de i3 colonels et qui finit par une augmentation de 102,000 fantassins;

Un nouveau mode de casernement vous donnerait les moyens d'instruire plus rapidement vos recrues et moins incomplètement vos soldats;

Une augmentation (!e la solde des officiers serait la base nouvelle que vous donneriez à la liquidation de leur pension.

De telles améliorations, accomplies avec l'esprit d'ordre , l'énergie de volonté et la rare persévérance dont vous êtes doué, auraient assurément une grande importance ; mais je ne pense pas que leur acconjplissement fût une raison de rejeter la prise en considération de l'idée que je viens soumeltre au con-

Irôle de voire expérience , si je parviens k vous démontrer qu'elle esl iheoriquemcnl juste el pratiquement profitable.

L'applicalion de l'armée aux grands travaux d'utîlilc publique, tel est le problème économique dont je me suis propose la solution sans m'en dissimuler aucune des difficultés.

J'ai lu tout ce qui a été écrit a cet égard sans y trouver rien autre que des considérations générales plus ou moins bien exprimées.

Je sais que tous les essais entrepris de nos jours ont échoué. Je ne me suis point laissé abuser par les raisons qui ont été données pour pallier un insuccès que j'avais prévu.

J'ai la conviction profonde que, dans les termes où il a été posé, le problème est insoluble; il a pour obstacle invincible le principe môme de notre loi de recrutement.

J'ai donc cherché à atteindre le but par une autre voie.

Sans doute l'idée dont je me propose de vous entretenir ne peut encore être que très-imparfaite , car pour l'étendre ou la rectifier en beaucoup de points, il m'a manqué des connaissances spéciales : mais si elle est juste . peu importe qu'elle soit incomplète. Si le principe est vital , son développement et son triomphe ne sont pas douteux : il survivra aux jugemens précipités qui lecondaoïneront, il vaincra les

résislances qui lui seront opposées ; les obstacles le fortifieront , les objections le perfectionneront.

Je prévois que les critiques les plus sévères lui viendront de l'armée : c'est un fait reconnu que toutes les professions ont des traditions qu'elles n'abandonneraient jamais si elles n'y étaient pas contraintes par la concurrence ; mais si l'armée n'est pas passible de ce genre de lutte , il est une aufre obligation imposée au gouvernement : c'est celle de trouver sur le budget annuel de ses dépenses une économie de deux cents millions, qui , sans désorganiser aucun service public , lui donne les moyens de réaliser d'indispensables améliorations que je range dans l'ordre qui suit :

I. Une dotation annuelle de trente-deux millions environ est nécessaire à Tinstmction élémentaire, qui , selon d'importantes considérations sociales et politiques que j'ai développées ailleurs (i), doit être . générale et gratuite.

Cette dotation pourrait alors lui être accordée.

II. Le traitement du cierge est trop faible ; son exiguïté l'oblige h se faire du casuel une ressource qui a le grave inconvénient, par ce temps où l'on compte pluô exactement qu'on ne ï'aisonne logiquement , où Tarithmétique l'emporte généralemenl sut la piété, d'affaiblir l'autorité religieuse et <'e déconsidérer le caractère ecclésiastique. S'il est

<l) JP« l%tistmeti&n pnèièqme en France.

vrai , commo je le crois, que la force inlclleclucllc scjit II seule qu'on puisse opposer victorieusement au principe cicn)ocr;iliqno loisqu'ila prévalu , qu'elle seule peut le contenir et le diriger, un prêtre et un instituteur éclairés et considérés im{K>rtent plus au maintien de l'ordre moral et matériel que quelques soldats désœuvrés.

Le clergé recevrait donc une augmentation de traitement.

III. La solde d^s ofticiers est insufïisajite. Le sous-oflicier de cavalerie lorsqu'il est pj*omu officier ne reçoit que la moitié de la somme nécessaire à l'acquisition de son équipe aient. L'o/ïicier qui n'a d'autres ressources que sa solde , m^me en s'im|^)osant do dui^s piûvalious, est; placé dans uuc condî* tion fâcbeuse qui nuit à la considération du grade. L'officier supérieur et i'ofiicier général ne sont pas dans une position lie^iucoup meilleure. Leur traitemeut n'est pas en rapport avec les obligations auxquelles ils sont tenus et le rang qui leur est assigné dans la hiérarchie sociale. Siréconjuûe qui devrait d'abord résulter de la réduction à de justes proportions du nombre des officiers, ne suffisait pas pour subvenir à une augmentation convenable de la tolde, il y pourrait encore être pourvu au moyen de la somme xle deux cents millions devenue libre.

IV. Notre matériel militaire^ incomplet et impar* fait, aurait besoin qu'on ic complétât et qu'un l'améliorât d'autant plus que le nombre des spIcLits serait

plus diminué et qu'en tout le principe de la qualité serait leconnu devoir l'emporler sur celui de la quantité ; noire matériel militaire devrait toujours cire l'égal du meilleur, ce qui présentement n'est pas ainsi ; aussi serait-ce en temps de guerre une cause d'infériorité fâcheuse , que la France ne doit plus laisser subsister. Cet objet appelle toute son attention. Le perfectionnement continu du matériel de guerre est l'un des soins et des devoirs les plus impérieux de l'état de paix. Dans beaucoup de cas le désavantage d'un mauvais fusil à l'égard d'un bon ne saurait être compensé par la supériorité du courage militaire ; plusieurs de nos échecs n*ont pas eu d'autre cause que l'impossibilité démontrée où le fusil français s'est trouvé de soutenir l'épreuve de la comparaison avec le fusil anglais , qui porte plus juste et plus loin. En ce qui concerne donc l'amélioration de notre matériel militaire , je pense avec vous qu'aucun sacrifice ne devrait être épargné ; car toute économie sur ce point serait mal entendue et pourrait devenir désastreuse. Non , ce n'est pas une chose indifférente et sans importonce que les poudres, par exemple , fabriquées en Angleterre , soient d'une qualité supérieure h celles manufacturées en France par l'état. Ne sait-on pas que plus le matériel de guerre sera parfait et moins le courage du soldat connaîtra d'obstacles , et plus sa confiance sera grande, et son obéissance profonde ?

fui dépense qu'exigerait le perfectionnement de

notre matériel militaire devrait donc être mise au rang des plus urgentes et des plus utiles.

V. Beaucoup de fonctions publiques sont insuffisamment rétribuées. Il serait important c|u'une revue sévère fût passée ayiint pour double objet l'extinction successive des sinécures et la juste rémunération des services.

La forme démocratique et la concurrence industrielle imposent à notre gouvernement l'obligation de payer cher le droit d^élre sévère sur les conditions de capacité qu'il est tenu de prescrire à ses agens , au nom et dans l'intérêt de sa conservation. L'industrie met la supériorité aux enchères et croît ne jamais la payer trop chèrement. Un organisateur habile , un administrateur vigilant , rapportent toujours infiniment plus qu'ils ne coûtent, en raison des faux-frais qu'ils diminuent et des moyens qu'ils simplifient. Rien n'est plus dispendieux que de payer mai les hommes que l'on emploie, non-seulement parce qu'il faut en prendre (|ualre au moins et souvent plus pour faire l'ouvrage d'un seul , mais encore en raison de l'accroissement de dépense du matériel qui en est le résultai. — Personnel mal rétribué, matériel ruineux, est un axiome dont l'exactitude est reconnue par l'industrie. Les hommes éminemment doués de l'esprit d'organisation et d'administration , c'est-à-dire ceux qui possèdent les connaissances nécessaires a l'exercice du commandement et du contrôle, sont infiniment rares;

( «86 ) d'une part , l'industrie les recherche avidement , d'aulic part un gouvernement démocratique ne peut subsister qu'a la condition de les absorber , et s^îl n'a pas les moyens de soutenir la concurrence, c'est-à-dire de les payer, que deviendra-t-il ?... Car ce n'est plus en France , depuis que la diffamation y règne sous le nom de liberté de la presse ^ que les fonctions publiques compensent la modestie des traitemens par la considération et l'importance sociales. Une opposition inconséquente avec le principe démocratique qu'elle défend , à force de déblatérer contre les fonctions publiques , aura bientôt fini par n'en plus faire que le pis-aller des intrigans et io refuge des incapables. Aussi est-il juste de reconnaitre que si la royauté n'a pas d'ennemis plus dangereux que ses courtisans | il est également vrai de dire que ta démocratie n'a pas d'adversaires plus redoutables que ses apôtres; les flatteurs de la démocratie et ceux de la royauté sont égaux e«i lumières , en prévoyance et en désintéressement !

A oe double p ^int de vue du principe démocrati que et de la concurrence industrielle , le traitement des fonctionnaires publics est une grosse question dont il serait opportun de s'occuper sérieusement si le gouvernement se mettait un jour en voie de réformes et d'améliorations. Le traitement de certaines fonctions publiques , principalement de celles de premier et de second ordre , recevrait donc une juâte €t utije augmentation..

VI. Après s'êlre donne le moyen pécuniaire de soutenir là concurrence* avec Tinduslrie pour le choix du meilleur personnel possible , il serait à désirer qu'à l'aide de cequ'il lui resterait encore de disponible sur les deux cents millions dont il a été précédemment parlé, le gouvernement, passan': des personnes aux choses, s'occupât d'alléger l'impôt foncier, — qu'on ne saurait trop ménager pour les temps de guerre , de crises et de calamités ; — et de supprimer quelques taxes, telles que le droit universitaire et le timbre des imprimés, qui ont le double inconvénient de lui rapporter peu d'argent et de lui susciter de dangereux ennemis. Les impôts qu'on doit conserver sont ceux qui, d'une perception facile et peu coûteuse , ayant le grand nombre pour base de répartition , sont à la fois légers et productifs ; ce sont surtout ceux qui produisent d'autant plus qu'ils sont moins sensibles. Les impôts qu'il est habile de supprimer sont ceux qui , n'étant assis que sur un petit nombre de contribuables, pè-* sent lourdement sur eux, rapportent peu à l'état , lui coûtent cher à percevoir, et ^ourriissent contre lui de justes et bruyans sujets d'accusations.

Ces impôts seraient donc abolis.

Aces améliorations, dont l'importance auraU eu besoin d'être moins sommairement exposée , mais dont les conséquences n'échapperont pas à votre esprit aussi prompt à concevoir que patient à exccuter ; à ces améliorations il faut syouter les autres i*é-

sultaCs non moins imporlans d'un syslème mixte , n'étant ni la garde naiionalc ni l'armée ; n'ayant pas CM temps de paix les graves inconvénions des arnîées permanentes trop considérables, mais en ayant en temps de guerre tous les avantages au moins ; système qui permettrait à la France :

D'armer, si ce nombre était nécessaire, un million d'hommes snns les enlever au travail et sans nuire à la richesse publique ;

De compléter en peu de temps l'ensemble de ses voies de communication ,. — roules, — canalisation des rivières, — canaux , — chemins de fer;

De mettre dans le meilleur état toutes celles de ses places fortifiées dont sa politique , après un mûr examen , exigerait la conservation;

D'améliorer ses ports, d'en creuser de nouveaux s'ils étaient nécessaires ;

De multiplier le nombre dt ses ponts ;

De renouveler tout son casernement d'après le plan que vous avez conçu ;

De construire en peu de temps les bàtimens réclamés par la réforme de son régime pénitentiaire ;

D'opérer ceux des défrichemens et des dessécheraens d'une étendue trop grande pour que l'industrie réduite a ses seules forces les veuille entrepren<lre;

De changer rapidement toute la face du pays ;

De résoudre au moins en partie un grand problème , celui de l'organisation du travail ;

( '89) Enfin , de réduire considérablement les dépenses que lui impose l'occupation de ses possessions en Afrique.

Il me larde de vous exposer les moyens d'application du système que j'ai conçu; mais avant de le (aire, quelques observations sur l'institution des armées permanentes^ sur les sommes considérables que coûte à la France Tenlretien de ses armées de terre , enfin sur les tentatives vaines jusqu'à ce jour qui ont été faites pour en alléger le poids , me paraissent nécessaires.

Ces observations seront l'objet de ma seconde lettre; la troisième et dernière sera consacrée à l'examen du mode actuel de recrutement, au développement et à la rédaction de ma propositiofi.

L'institution des .irmécs permanentes date de l'an i444 î ^"^ ^"^ pour origine un traité d\Tlliance conclu avec les cantons suisses par le dauphin de France, fils de Charles VII.

La formation des légions date de l'.in i534, règne de François I" ; celle des régi mens ^ de l'cin i558, règne de Charles IX.

L'organisation de l'infanterie en bataillons et de

( »90 ) la cavalerie en escadrons date de l'on i635. Elle

appartient au règne de Louis XIII.

La formation d'un corps d'élat-major date du régne de Louis XIV : alors seulement les bataillons, les escadrons, les compagnies, se composèrent d'un nombre d'hommes déterminé. Ce fut sous le mînîslère de Louvoîs que fut reconnue la nécessité de pourvoir d'une manière régulière au recrutement de l'armée. En 1688 s'opéra la première levée des milices perpétuelles; la seconde et la troisième eurent lieu en 1701 et 171g, sous les ministères de Cliamillard et de Leblanc. Mais alors ces milices n'étaient point encore enrégimentées. Elles ne ser-. vaient qu'à recruter les troupes réglées.

Avant i635 , les régimens ne se composaient que de nombreuses compagnies ou bandes de 5oo h 2,000 hommes.

Sous le règne rJc Louis XIV , le recrutement des troupes de ligne avait lieu par enrôlement forcé ou s^olontciire. Les bataillons se recrutaient dans chaque province par la voie du tirage au sort et çn proportionde l:i p jpulation. La durceduservice, d'abord fixée à 6 ans, fut ensuite portée à 8 ans.

La formation d'un corps royal du génie date seulement de l'année 1758.

En 1589, à l'avénement de Henri IV au trône, les forces militaires de la France ne s'élevaient pas au delà de 8,100 hommes.

Ainsi sVsl développée successivement en Europe l'institution des armées permanentes.

On pourrait dire qu'elle s'est développée jusqu*^ l'abus^ car la progression de la dépense a toujours été en raison de l'accroissement de Teffectif. Nulle |)art la double nécessité de ménager le crédit public et de protéger l'indépendance nationale n'a fait naître encore aucun perfectionnement. Par ce temps de progrés, rien n'a été imaginé qui (it que la paix ne fût. presque pas aussi dispendieuse que la guerre.

La paix armée , ainsi qu'a été appelé l'état actuel de l'Europe y est une aggravation du système des armées permanentes.

Et encore, de tous les sujets de reproches adressés par l'économie sociale Ji l'exagération du principe des armées permanentes, le plus grave n'est pas celui de coûter a tous les états modernes des sommes exorbitantes et disproportionnées avec leurs revenus; il en est d'autres dont on peut dire qu'ils sont un monument de l'étal de barbarie dans lequel est resté jusqu'à ce jour l'art de gouverner les peuples, une protestation contre l'incomplète civilisa* tion dont notre siècle s'enorgueillit.

La puissance relative des nations ne s'accroît pas en raison des sacrifices qu'elles s'imposent pour élever a l'envi les unes des autres le chiffre de leurs arméi^s respectives. Un tel système, non, une telle erreur , n'aboutit qu'à les charger d'un |M>ids qui

( «92 ) les écrase. Préférer une communauté de sacrifices h une mulualilé d'inlérêls , c'est c!e la part des gouvernemens un acte qui ne saurait se justifier par aucune raison politique.

Lorsqu'un pays, comme la France, par exem»ple, se vante . d'avoir en temps de paix trois cent mille hommes sous les armes , qui lui coûtent annuellement plus de deux cents millions , que faitelle ? Est-elle plus forte, plus prépondérante^ plus respectable, plus respectée^ plus assurée contre l'éventualité de la guerre , que si son effectif n'était que de cent cinquante mille hommes, et sa dépense de cent millions seulement ? Non , Tunique conséquence d'un tel effectif est d'obliger les nations qui sont ses rivales à lui en opposer un proportionnellement égal. La question maintenant n'est donc plus de savoir quel état comparativement possède l'armée la plus considérable , mais lequel a le crédit le plus solidement constitué, le plus capable de soutenir le plus long-temps le poids d'une telle charge sans atteinte trop sensible à sa prospérité.

Telle est ma conviction sur ce point, que si j'avais à raisonner dans l'hypothèse d'une guerre lointaine et peu probable , que je fusse responsable des destinées de mon pays, de sou indépendance et de sa gloire, et que j'eusse à choisir entre deux systèmes, l'un qui consisterait à maintenii^ un pied de paix ruineux; l'auire, à le réduire de moitié au moins, en appliquant l'impurtnnle économie qui résulterait

de celte réduction , d'abord au plus grand perfeo tionnemcnt du matériel miiitriire, ensuite à la juste «nugmentation de 1» solde des officiers, enGn au dé*grèvement de l'impôt foncier, je n'hésiterais pas

un instant Seulement, dans ce cas, je voudrais

que , selon votre excellent précepte, le perfectionnement de l'instruction des soldats compensât la réduction du nombre.

De nos jours , l'Angleterre a prouvé que le principal élément de la prépondérance politique des peuples n'était plus la force militaire, mais la ri-» cbesse publique résultant d'un bon système de crédit financier.

Âssui^ément le désarmement européen serait une grande mesure que réclame impérieusement l'intérêt de tous les gouvernemens^ celui de la civilisation , celui de l'ordre et de la paix , celui môme de la con* servation du principe monarchique. Nul doute qu'une si grande^ si utile , si urgente mesure ne fût accomplie déjà j si chacun de ces gouverncmens avait pensé qu'il pût sans imprudence agir isolément , et qu'il n'était pas nécessaire que le désarmement fût le résultat d'une convention générale.

Pourquoi la France ne prendrait-elle pas l'initia* tive d'une telle mesure? Pourquoi n'aurait-elle pas la gloire d'apprendre au monde qu'en temps de paix une nalion de premier ordre n'a pas besoin de l'assentiment de ses rivales pour réduire à de plus justes proportions son effectif militaire; qu'aussitôt qu'elle

donne l'exemple du désarmement, elle impose par ce seul fait 51 ax autres gouvernemens , dans leur propre intérêt, Tobligatron de l'imiler ? car tous lefi peuples, sans exception, se composent de contribuables. Enfin, pourquoi la France, qu'on soupçonne injustement d'aimer le (icsordre et rinsl:<bilitc, ne proclamerait-elle pas la première celle vérité civilisatrice, à savoir: qu'en temps de paix, les armées trop considérables ont pour unique effet d'énerver les nn lions et d'affaiblir leurs gouvernemens ?

Cela fait, ne serait-il donc pas possible que, dans un esprit de conservation, les gouvernemens , au moins ceux unis par la communauté d'intérêts, s'entendissent un jour pour convenir que désormais leurs armées respeclives auront toutes une base commune, celle, par exemple, d'un chifTre proporlionnel h la population de leurs territoires?

Il est un poiijt sur lequel, de nos jours, tous les hommes d'état sont d'accord : c'est que l'art de gouverner les peuples est devenu partout infiniment plus H.lifTicile : là, chez tel peuple, depuis que l'invasion ou le commerce ont fait pénétrer un nouvel esprit et contracter de nouveaux besoins; ici, chez tel aii- Ire, depuis que les lumières se sont plus généralement répandues, que la presse périodique traite de pair avec le pouvoir responsable, que la concurrence règne arbitrairement , que le travail opère incessamment des révolutions dans ses movens d'exé-

( 195) cution et dans les relations commerciales d'état à état. Dans toute l'Europe , depuis vingt années , la durée de la vie moyenne s'est sensiblement accrue; partout le chiffre des populations s'élève dans une progression soutenue ; partout les guerres tendent à devenir plus ditlîciles et les fléaux plus rares ; partout les causes de la mortalité s'affaiblissent, mais nulle part l'abondance des moyens de subsistance ne s'accroît assez rapidement; partout le prix des objets de luxe tend à s'avilir, nulle part celui des denrées de première nécessité ne s'abaisse : d'où il suit que partout se propage le goût contagieux d'un luxe prématuré , et que partout devient plus incurable et plus hideuse la plaie de la misère.

La misère a changé de face; elle n'est déjà plus généralement l'élat grossier d'une population superstitieuse et rustique, ne ressentant presque aucun besoin ; elle est l'extrémité terrible d'une multitude incrédule et corrompue supportant impatiemment des privations nombreuses.

Partout maintenant l'avantage de conserver la paix n'est donc plus qu'une question secondaire qui vient après la nécessité de maintenir l'ordre. F^es gouvernemens modernes s'estimeraient fort heureux s'ils n'avaient chacun d'autres eimemis à craindre que ceux de l'extérieur ; ce qui les préoccupe et les inquiète bien aulrenjcnt que l'amb'Jion de leurs

rivaux, est la diflicullé de satisfaire 1rs besoins ej; (l<^

( »96 ) contenir tes prétentions plus ou moins fondées de leurs sujets.

Si tous les gouvernemens savaient oxactemenl avec quelle somme d'embarras inextricables chacun d'eux est aux prises, nul doute que celte con^ naissance mutuelle no leur- donnât une commune confiance dont le premier acie serait la réforme radicale et générale d'un abus qui aggrave leurs dif Bcultés intérieures.

L'excès de la dépense, ai-je déjà dit, est le moindre des reproches que fait l'économie sociale à l'exagération du principe* des armées permanentes; ceux plus graves qu'elle lui adresse en ce qui concerne lu France sont :

De ne pas se borner à prélever un impôt exorbitant sur le travail , mais encore de lui enlever des bras d'autant plus précieux que la loi de recrutement donne le droit de les choisir;

De dépeupler plus parliculièreiiicnt les campagnes , et conséquemment de nuire à la culture du sol qui ne saurait être trop encouragée, attendu que, pour rejoindre l'industrie qui l'a devancée , elle a b^oin de faire de prodigieux efforts j

D'arracher violemment tous les ans à leurs familles et à leurs travaux quarante mille hommes laborieux, choisis, parmi les plus robustes et les mieux constitués, pour les rompre péniblement à l'habitude du désœuvrement , les envoyer se corrompre Tesprit et le corps dans les faubourgs infects

(•97) de» Tlllt*s de garnison , el les rendre ensuite à leur première profession cl a leur commune, généralement déshabitués du iratait , énorvt^s , dépravés, le plus souvent atteints d'un vice incorrigible , Phabî»tude delà débauche, et d'un virus hérédilaii^ plus funeste au principe de là reproduction que s'il les frappait entièrement d<g stérilité ;

Enfin d'étioler et dé démoraliser la population.

L'état eîiâgéré des armées permanentes exige donc impérieusement une réforme. En France, difers moyens ont été tentés dans ce but , mais tou^ jours sans succès,, ce qui pourtant n'équivaut pas à dire qu'il n'en fût absolument aucun autre que cdui que je mestiis réservé de proposer.

Diéii que, depuis l'avénerliont des formes repré-* sentatives, nos hommes politiques se succèdent ra-» pidement aUk affaires i il ne s'est pas encore trouvé dnns le nombre un seul homme d'état qui comprit qu'il était tel système politique dont l'adoption permettrait fa la France de réduire de moitié les dépenses de ses armées de terre , tel autre au contraire dont la continuation a pour inévitable conséquence tme augmentation d'efl'ectif toujours crois«sante; que ce qui importe avant tout fa la politique d'un grand peuple^ c'est de bien connaître quels sont ses amis sûrs, ses rivaux dangereux , ses ennemis impuissant; c'est de ne contracter d'alliances quc celles qui portent avec elles la garantie d*intéréts communs^ Il est tel traité de commerce avantageux

( '98 ) à deux nations dont la conclusion pourrait avoirpour conséquence de permeltre à chacune d'elles de désarmer cinquante mille hommes. Mais la diplomatie modcnie ne se doute pas de l'importance de sa mission. Veut-on s'en convaincre, qu'on regarde généralement à quels négociateurs la paix et la prospérité du monde sont confiées. L'éclat de leur nom, la splendeur de leur fortune, l'illustration d'anciens services les font généralement choisir, mais on ne leur demande pas des études approfondies , des qualités reconnues, des idées arrêtées, enfin une aptitude éminente.

Voilà ce qui explique pourquoi vingt-trois ans de paix ont porlé si peu de fruits. La force des choses a fait durer la paix en Europe, niais aucun système ne l'a consolidée.

C'est là ce que vous avez parfaitement démontré dans un de vos écrits (i), où vous avez établi que la suprématie européenne, dont l'Angleterre s'est emparée de fait, reviendrait à la France, à qui elle appartient de droit, le jour où, mieux éclairée sur ses véritables intérêts , elle saurait leur faire le sacrifice dé sympathies passagères, entretenues par un journalisniie ignorant ou soldé (2); le jour où elle se

(0 Sur le remboursement des rentes, par le lieutenant-général comte de GirardiD.

(â) Qu'il mè soit permis de rappeler ici en quels termes je me suis déjjl exprimé à cet é^rd dans la Presse du 19 février 1857 :

« Le système d'alliances dans lequel il nous tarde de voii; enfin s'engager la France d'un pas ferme et sans hésitations , doit rencontrer né-

( '99 ) déciderait enfin à choisir de préférence pour alliée^ les nations auxquelles l'ordre et la paix sont nécessairels , au lieu de s'unir a un peuple qui ne peut subsister et prospérer que pir les révolutions quMI s'efforce de susciter à ses ennemis et qu'il entretient chez ses alliés.

La politique essenliellement subversive de h Grande-Bret^igne n'est plus un mystère diploma-

cessairement pour opposaas toos les esprits superficiels , nourris depuis TÎDgt années de tous les lieux communs qui ont été dits contre la sainte alliance. Il y a long-temps que le journalisme en France n*a d'autre régulateur que la presse britannique ; comment en serait-il autrement?.. . Près-

que toutes ses informations lui parviennent par cette Toie. Les journaux quotidiens n'ont, à Londres, que des rédacteurs infiniment médiocres; mais, par contre, ils ont dans toutes les grandes villes d'Europe des correspondans bleu placés, qu'ils paient fort chèrement. C'est le contraire k Paris ; les journaux français n'accordent qu'une importance fort secondaire aux nouvelles et aux informations de l'étranger; ce qu'ils considèrent comme élant le principal , ce sont les dissertations que chaque matin ils brochent sur toutes les questions k l'ordre du jour , sans en approfondir jamais aucune ; d'où il Fult qu'ils ne peuvent avoir sur les événemens et les faits extérieurs que l'opinion qu'ils empruntent à la presse étrangère, et particulièrement à la presse britannique. De ces deux façons différentes d'entendre le journalisme en France et en Angleterre, il résulte un fait éminemment grave : c'est que. la presse française, poiu* toute la partie relative à nos relations extérieures , n'est qu'une traduction servile et anti-nationale de la presse britannique. De ià beaucoup d'opinions fausses et de préjugés graves qu'il sera difficile de détruire, parce que voilà plus de vingt années qu'ils creusent leur ornière. La presse française, en 1814, n'a donc conquis sa liberté que pour se traîner à la suite de la presse britannique , sans s'informer et sans voir où oélle-cl la conduisait « perfidement , » pour nous servir de l'ancienne expression consacrée toutes les fois qu'il était question de la politique anglaise. »

tique, les faits et les événemens l'ont assez pleinement révélé.

L'alliée naturelle de h France est sans contredit la Russie;

Entre ces deux pays Tobslacle d'une rivalité com* merciale n'existe pas encore;

L'industrie de la France , qui est en arrière sur celle de VÂngleterre , est en avance sur celle de la Russie ;

La Russie est intéressée à la consolidation du gouvernement qui a su maintenir en France, depuis i83o, l'ordre et la paix; tandis qu'au contraire la Grande Bretagne n'aurait qu'à gagner à l'anarchie, qui serait laconséqirencc d'un nouveau renversement, L'Angleterre n'a-t-elle pas toujours su habilement tirer parti de nos discordes civiles pour étendre Fin*' fluence de son mercantilisme?

La première conséquence d'une alliance sincère entre la France et la Russie serait le bienfait d'un désarmement général. L'accord de ces deux puissances consoliderait systématiquement la paix du monde. C'est vainement que l'Angleterre et l'Au* triche tenteraient de s'unir pour la troubler, L'Au* triche est condamnée à l'immobilité, et TAngleterfe le serait à l'impuissance.

La France, infidèle à la grande pensée contincnlale de Napoléon , s'est forme sur ses alliances une Opinion aveugle et contraire h ses propres intérêts; elle s'est empressée de faire cause commune avec

8on ennemi vainqueur à Waterloo, quittant ainsi les traces de l'aigle pour se traîner sur celles du léopard.

Ce que Napoléon avait si bien compris en 1800, avant la mort de Paul I'% lorsqu'il faisait attacher et. flotter ensembleià Florence le drapeau français et le drapeau russe; ce qu'il eut plus tard le tort de vouloir fonder par la guerre, un cabinet éclairé le pourrait maintenant facilement établir par la paix. Le système continental, qui échoua par la force et la violence, réussirait infailliblement par la raison et la persévérance. Le résultat de son adoption serait l'avénemont d'une politique nouvelle qui rendrait simples et sincères tous les rapports politiques et commerciaux des deux mondes avec la France ^ et, sans rompre aucun lien utile , dénouerait beaucoup de difficultés politiques, industrielles et commerciales qui paraissent inextricables et rendent son avenir précaire.

Forte d'alliances nombreuses et puissantes, ayant ; — pour base la communauté d'intérêts identiquci^, -^ pour lien la solidarité du principe monarchique, ^-^ pour but le maintien de l'ordre et de la paix, alors la France n'aurait plus besoin d'armées considérables et coûteuses^* alors toute l'activité de son esprit, toutes les ressources de son crédit, pourraient presque exclusivement st'employer à réaliser les nombreuses améliorations que son état administratif ^ agricole, industriel et commercial l^iisse encore à désirer, et qui juscfo'à œ jour ont rencontré paur principaux

obstacles le défaut de sécurité politique et la routine des budgets.

Fj'enlrctîen de son armée en temps de paix a coûte à la France, depuis i83o seulement, plus de deux milliards. 241^4^0,970 francs^ telle est la somme pour laquelle le département de la guerre est compris dans celle de 1^178,690,702 Francs, à laquelle sMIéve le budget des dépenses pour l'année 1839.

Ainsi donc, le département de la guerre absorbe à lui seul h peu prés autant d'argent que les sept autres départemens ministériels ensemble. Cependant, ^effectif disponible de Tarmée ne dépasse pas 200,000 hommes, et le traitement des officiers, loin de pouvoir supporter aucune réduction, réclame au

contraire une augmentation.

L'organisation sur le papier d'une prétendue armée de réseri^e composée de recrues renvoyées en congé et de conscrits laissés dans leurs foyers ; — la création d'ufie garde nationale mobile — (deux projets qui en réalité n'en font qu'un seul , puisque Tun et l'autre consistent uniquement à donner le nom de soldats et h considérer comme tels des hommes dépourvus de l'instruction militaire , dont ne saurait tenir lieu le plus ardent courage); — l'établissement d'un pied de paix plus ou moins désorganisateur du pied de guerre, et se résumant à congédier les soldats pour économiser leur paie et à s'encombrer d'officiers et sous-officiers privés à la fois de commande* ment et d'avancement; — enfin quelques tentatives

d'application des troupes au percement de .roules stratégiques dans les dépnrtemens de l'ouest, tel est exactement (oui ce qui a été imaginé et pratiqué dans le but de réduire la dépense des armées de terre de la Frimce.

La question de savoir s'il était possible en temps de paix d'utiliser l'armée en l'employant à l'exécution de grands travaux publics, avait été mise à l'ordre du jour par la presse périodique, qui n'avait pas, hésité à la trancher aftirmativement.

Cette question avait acquis d'autant'plus d'importance, que depuis 1 836 les forces militaires de la France avaient dû prendre infiniment plus de développement .

Les chambres législatives ayant voté en i833 une somme de douze millions pour l'établissement de 3o2 lieues de routes stratégiques dans plusieurs départemcns de l'ouest, il fut d'abord entendu que l'administration profiterait de l'agglomération des troupes dans .ces contrées pom* faire dès expériences qui ont été commencées et poursuivies pendant les campagnes de i835 et i836.

Les divers étals de travaux que la direction des ponts et chaussées a distribués aux chambres législatives ont fait connaître les résultats suivans: — sur les quatre tentatives exécutées dans la première campagne , en i835, trois ont donné lieu à des dépenses supérieures de i3', i5 et 3o p. o/o à ce qu'elles eussent été avec des ouvriers civils; une seule a produit

une légère économie de 5 p. o/o ; sur luîs cinq leti* lalivcs de la campagne de i836^ trois ont présénié uneaugmenlnlion de dépense de lo et û5 pé 0/0$ une autre, des prix à peu près semblables; la ciii^ quième^ une économie d'un peu plus do i p'. 0/0 ; mais Ce bénéfice n*a jamais été qu'apparent, car il était plus que compensé par les frais de campement, de vêtement et de nourriture laissés k la charge du département de la guerre, attendu qu'il les eut toujours payés, que les troupes eussent été employées ou non à ces travaux.

ÂinsidoiiC) d'après les expériences (ailes, il n'y aurait d'avantages à employer l'armée que dans un seul cas, celui où il s'agirait de travaux urf^ens, poui^ Tcxécution desquels il serait impossible de réutiir un assez grand nombre de bras sans faille augmenter considérablement les salaires.

A In vérité On a protesté contre l'insuccès. Pour le justifier on a dit qu'il avait eu pour causcP; d'a-^ bord le règlement portant que les troupes ne pourraient élre détachées des corps que par bataillons ou tout au moins par compagnies avec leur person^ nel complet d'ôlficiers; ensuite on a prétendu que les soldats ne devaient pas être rétribués double^ ment eommo militaires et comme ouvriers civils; que si le soldat continuait k recevoir sj solde^ il était juste de la défalquer du salaire qui lui était alloué pour son travail; enfin on s'est élevé jcontre Veta^^ gératîon des Irais de direction et de surveilladcéqui,

( !io5 )

dans la campagne do i836, ont dépassé 4^,000 fr. sur une masse de travaux montant à une somme totale de 316,609 fr.

En ce qui est relatif à la première des trois causes qui viennent d'êlre rapportées, il me parait quMI eût été effectivement impossible de permettre que des bataillons ou des compagnies fussent soustraits à l'autorité et à la surveillance de leurs officiers; car l'cûlon fait, on n'aurait réussi qu'à désorganiser Tarmée sans organiser lo travail.

Je pense donc que s'il est vrai que les soldats ne peuvent être employés avantageusement à d^s travaux publics qu'en les détachant du persoonel des officiers et qu^à la condition de le^ choisifi ainsi que ' l'a deniandé l'<idminis(ration du chemin de fer de Saint-Germain » l'autorité militaire a eu< raison dans la résiatai>ce qu'elle a oppoi^e aux prétentions d'entrepreoeurs ei d'ingéoieurs qui , en résumé , sem blçnl ne voir dans le travail Uu soldat que le moyen d'en tirer un bénéfice analogue à celui qui s'obtient du travail des détenus^ par un système de rabais que xoAdaoHient sévèrement et Thumanité et la science économique.

Ce qui confirme l'exactitude de l'iniluction qui pi*éoède^ ce sont les prétentions de ces mêmes entrepreneurs et ingénieurs qui, en même temps qu'iU voudraient réduire réiKxrmité des frais résultant de la direction et de la surveillance exercée par le contrôle des officiers , désireraient s'attribuer le béné-

...JI.a^ÊtiJmii

fice résultant de Féconomie de la paie du soldat travailleur.

Ces entrepreneurs et ingénieurs, formés k l'école de Saint-Simon, voudraient que l'élat leur concédât les trois points suivans :

Droit de choisir parmi les soldats;

Droit d'écarter les officiers;

Droit de prélever sur le salaire de Vouvrier la paie du soldat.

Alors pour eux, a la question de savoir si Von peut utiliser V armée en temps de paix ^ en V employant à de grands travaux publics ^ » serait pleinement résolue.

Mais est-ce ainsi que la question doit être posée? Réduite à ces termes, je vois bien le bénéfice que ferait l'entrepreneur, mais non l'économie que relirerait Tétat. Si c'est ainsi que le saint-simonisme, lorsqu'il exaltait le^ travaux miraculeux dont l'exécution pourrait et devrait être confiée aux arn\ées désœuvrées, entendait la solution du problème, cela n'attestait pas de sa part une grande puissance d'imagination et de réalisation; et s'il ne devait pas y avoir une autre solution, en vérité, le soin de la chercher ne serait pas digne d'un esprit sérieux.

Ma troisième et dernière lettre vous soumettra le projet que j'ai conçu; lintérét général est le seul but qu'il se soit proposé, et ce but le voici :

Concilier les doubles exigences d'une guerre possible et d'une paix durnhlir;

Améliorer l'institution des armées permanentes, qui n'est plus en harmonie avec l'état politique de l'Europe, la tendance industrielle du siècle, le pro grès général de la science économique et le développement universel de la puissance financière, qui régit les gouvernemens modernes;

Réduire considérablement la dépense des armées de terre;

Organiser le travail sans désorganiser Tarmée.

Ce dernier point n'est pas le moins important, car dans tous les pays où la fortune a cessé de se transmettre par voie de substitution, le travail est devenu une loi universelle, absolue, régénératrice, qui n'admet plus ni royauté fainéante, ni aristocratie oisive, ni soldatesque désœuvrée;

Élever au travail des statues dans nos villes ;

Le mettre en honneur dans nos lois ;

L'ériger en obligation dans notre pénalité;

Le consacrer en principe dans nos armées;

Telle est la base fondamentale de la politique pacifique et nouvelle, dont j^éludie les ressources puissantes et dont je souhaite ardemment que la France sache prendre la glorieuse initiative.

Si de toutes les dépenses portées en France au bu Iget de l'état, la plus considérable est renlrel'en

désarmée, de tous les im|>Àts- aussi le moinréga-» lement réparti et le plus génëralement redouté est celui du recrulcmenl, dont voici rhistorique en peu de mots :

t8i4. — La conscription est abolie par la charte.

i8i4 «^ 1818. — L'enrôlement volontaire est le seul mode en vigueur. >

1818. — Une loi, celle du 10 mars, fixe ta durée du service militaire à six années et statue que Parmée se recrutera d'abord par engngemens volontaires, et subsidiairement, en cas d^insuffisance, par appels*

1824. — Une nouvelle loi, celle du 9 }uin, porte de six à huit armées la durée du service militaire actif, et de quarante à soixante mille hommes le contingent annuel.

i83o. — La nouvelle charte déclare qu'à l'avenir le contingent de l'armée sera volé chaque année par les chambres législatives.

i832. --r Toute la législation antérieure relative au recrutement de l'armée est abrogée par la loi du 21 mars.

Le recrutement ne diffère plus alors de la conscription que par le nom.

D'après les termes de la loi du 10 mars 1818, l'armcc se recrutait :

D'abord par des enrôleniens volontaires;

Ensuite, en cas d'insuffisance, par des appels.

D'après ceux de la loi du 21 mars 1832, l'armcc se recrute maintenant :

( ao9 )

b'abôrd par des appels;

Ensuite par des enrôlemens volontaires.

Ainsi le mode subsidiaire de la loi de 1818 est devenu la base fondaaiéniale de la loi dé i83a9dont Je crois nécessaire de rapporter ici les principales dispositions.

Aux termes de cette loi,

L'armée se compose, dans les proportions qui résultent des lois annuelles* de finances et du coii* lingent :

i"" De l'efTectif entretenu sous les dra|>eaiix ;

a^ Des hommes qui sont laissés ou envoyés en congé dans leurs foyers.

La répartition entre lés départemens du iiombre d'hommes à Fournir annuellement est réglée par' un tableau annexé à la loi ;

Un tirage au sort à lieu diaque année dans tous les cantons entre les jeunes Français qui ôiit atteint i'àge de vingt ans révolus dans l'année précédente ;

Les premiers numéros sont attribués de droit aux jeunes gens qui auraient essayé de se soustraire frauduleusement à l'obligation du tirage;

Chacun des jeunes gens appelés dans l'ordre du tableau prend dans l'urne un numéro, qui estiminédiatement proclamé et inscrit;

Une liste par ordre de numéros est di*esséeaufur et à mesure du tirage, les cas et motib» d'exemption y sont mentionnés;

Sont exemptés et remplacés dans TorJre des du-

{ aio ) méros subséqucns, les jeunes gens désignés par le sort pour faire partie du contingent, mats placés dans corfains cns prévus, nu nombre desquels se trouve ]^ premier énoncé, celui de n'avoir pas la taille d'un mètre dnquantc-six centimètres;

Les opérations du recrutement sont revues, les rcclan)ations auxquelles elles ont pu donner lieu sont entendues, le» causes d'exemption et de déduction sont ensuite jugées en sé^iiice publique par un conseil de révision ;

Les jeunes gens compris déKnitivement dnns le contingent cantonnai peuvent se faire remplacer a des conditions déterminées;

Les jeunes gens définitivement appelés ou ceux qui ont été admis à les remplacer sont immédiatement répartis entre les corps de l'armée et inscrits sur les registres matricules des corps pour lesquels lisant été désignés; ils sont ensuite divisés, d'après Tordre de leurs numéros et les proportions déterminées par les lois annuelles du contingent, en deux classes, composées :'la première, de ceux qui devront être mis en activité; et la seconde, de ceux qui seront lansés dans leurs fovers :

I>â dorée du service des jeunes soldats appelés est

de sept années;

Lorsqu'il y a lieu d'accorder des congés illimités, ils sont délivrés dans chaque corps aux militaires ïes plus anciens du service efï'eclif, de préférence à ceux q«i les demanderaient ;

(an >

Les hommes laissés ou envoyés en congé peuvenjt être soumis à des revues et à des exercices . pério* diques;

Tout Français est reçu k contracter , dès l'âge de dix -huit ans pour l'armée de mer, et de seize ans pour Vtivttïée de terre, un engagement volontaire à des conditions déterminées;

La durée de l'engagement volontaire est de sept ans ;

L'état sommaire des engagemens volontaires de l'année précédente doit être communiqué aux cham« bres lors de la présentation de b loi du contingent annuel ;

Les réengagemens ont un minimum et on maximum de durée ) le premier fixé a deux et le second à cinq ans ;

Les réengagemens donnent lieu à une haute paie;

Autant que le permet le service militaire des corps, rinslruclîon prescrite par les écoles primaires doit être donnée aux jeunes soldats qui en sqnt dépourvus.

Telles sont les principales dispositions de la loi du 21 mars 1833, lesquelles se résument à faire du service militaire une obligation civile ciont le sort décide et dont l'argent rachète.

Il nne serait facile de prouver que cotte loi, qui consacre le principe de l'égalité dans une^de ses dispositions , la viole dans une autre ; qu'elle con*> tredit hautement l'esprit de nos institutions ; qu'elle

pèse exclusivement sur ceux qui n'ont d'nutre lortune que le travail de leurs bras; qu'elle jette mal^ enconlreuscment la perturbation dans toutes les professions, et porte atteinte à la liberté des vbnilions. Mais si des critiques tranchantes et stériles, quelque tbnrtëes qu'elles pussent être d'ailleurs , avaient dû être le principal objet de ces lettres, ce n'est pas à vous que je niefusse permis do les adresscr; je sais que votre esprit profondément amélio* rateur fait de ces gens impitoyables autant qu'impuissans , sans compétence , sans imagination et sans autorité , qui dénigrent tout sans jamais proposer rien, le peu de cas qu'ils valent. Exposer avec împartialilé ce qui est, proposer avec bonne foi ce qu'on croit mieux, donner avec clarté les moyens de transition et d'exécution, telle est votre règle, et j'en ai fait la mienne.

La loi du recrutement du lo mars 1818 me pariu't de beaucoup préférable, sauf le chiffre du contingent qu'elle fixait , à celle du 21 mars 1882 , en ce que l'enrôlement volontaire était le principe fondamental de la première de ces lois, et qu'il n'est plus dans la dernière qu'une insignifiante faculté.

Je sais quels argumens ont prévalu en faveur do ce changement. On a prétendu que l'expérience avait démontré Tinsuflisance des engagemens volontaires pour roniretien régulier de reffectif de l'armée ; je ne conteste pas l'exactitude de l'allégation , mais que prouverait elle-même la vérité matérielle du

fiait'/. .. L'expérience est un mot de la majesté duquel on abuse fréquemment. L'expérience n'est pas un tribunal sans appel, il le prouve chaque jour par ses arrêts contradictoires ; il peut condamner souverainement un mode d'exécution vicieux, mais, non un principe juste.

Lorsque le législateur a substitué le régime des appels à celui des engagemens volontaires, lorsqu'il a proclamé ce dernier mode insuffisant et impuis* sant, préalablement avait-il bien profondément réfléchi sur la question de savoir si ce mode était en eflet tout ce qu'il devait être y et s'il n'existait aucun autre moyen de le rendre plus efïicace? J'ai , pour douter qu'on ait ainsi procédé , la raison tirée de principes vrais, d'améliorations utiles, d'innovations, ingénieuses qui ont heureusement survécu à des condamnations inconsidérées et sévères rendues au nom de l'expérience , cet oracle muet à qui l'ignorance prête trop communément son langage.

C'est après avoir attentivement observé quelle était l'atUuence des jeunes gens qui se pressaient pour arriver aux emplois les plus pénibles et les moins rétribués du service des douanes , des contributions directes et indirectes et des postes ; c'est après m'être assuré qu'on décuplerait le nombre des places de gendarmes, de sergens de ville , de gardes forestiers et champêtres , de fac teurs ruraux , d'enQployés des octrois , etc., que cela ne suffirait pas encoi^e pour, satisfaire toutes les de-

mandes , que j*ai réfléchi et que je me suis convaincu qu'il ne serait pas impossible de trouver un mode de recrulcmcnl volontaire qui permettrait sinon de détruire le régime des appels, au moins de le faire redescendre au rang secondaire qu'il occupait dans la loi de 1818.

La composition d'une armée est h son mode de recrutement ce que le fruit est à l'arbre qui le porte; lorsque les fruits qu'on recueille ne sont pas ceux qu'on désire , en greffe une autre lige. C'est cet exemple que j'ai suivi. ,

Un demi-million de Français est soumis h l'obligation du service militaire. Lorsqu'on compare U vie pénible de labeurs et de privations que mènent les jeunes conscrits qu'il faut arracher violemment h leurs champs , avec l'existence — proportion gar* dée — de loisirs et de bien-être qui les attend dans les casernes, on s'étonne d'une aversion si générale et si profonde pour l'état militaire ; elle ne s'cx* plique que pari e qu'il a cessé d'être libre; qu'il est une contrainte sans être une carrière ; qii'il interrompt l'exercice d'une profession sans la remplacer ; qu'il ne tient aucun compte des services qu'il exige et des sept années qu'il enlève au jeune homme h l'époque de la vie où il est dans sa plus grande vigueur , où se décide tout son avenir, où son travail et ses épargnes porteraient les meilleurs fruits

Un exemple rendra ma pensée plus facile à s:iisir.

Deux j&unes gens, âgés de vingt ans, sains de

corps et ayant h taille predcrite, apparienant nu même canton et h la môme profession ; n*ayant ni l'un ni Tantrele moyen fJc &6 faille remplacer, vion-» nent de lifer àu sort , pour me servir de l'expression consacrée : l'un est tombé ; Faiilre , plus favorisé, reste libre de continuer l*exercice de m profession •

Plusieurs années se sont écoulées.

I^e dernier des deux s^est perfectionné dans la pratique dé son art ; il a su (aire des épargnes qui lui ont permis de contracter un mariage plus ou moins avantageux : pendant ce temps, ati contraire, le second n'a rien pu amasser; obligé h son retour de recommencer un Second apprentisage , comment |Wi«rra?tîl lutter contre un concurrent qui a sur lui fâvantage d'une clientèle felie, d'un crédit établi?

La difficulté de répondre h cette question est la meilleure démonstration de l'atteinte grave portée au principe de la concurrence par le régime des appels ; elle met h découvert le désordre resté în aperçu que ce mode de recrulcment jette dans toute .notre organisation sociale; elle explique la résis* tance qu'opposent au service militaire les classes pauvres.

Lorsque l'on pense que si leurs porter restaient ouvcrles, nos hôpitaux et nos prisons seraient com-^ blés et nos casernes vides ; lorsque d'une part on voit des malheureux se faire condamner à rempri^o.jncment afin d^abriter leur tête et d'assouvir leur faim :

( =»'6 ) lorsqu'on siippule le nombre des mendians que repoussent les hospices et que, d'autre part, on sait qu'il cxislc des jeunes gens qui se mutilent cruellement, d'autres qui simulent d'horribles infirmilésafin de se soustraire aux effets de la loi du recrutement, on ne peut s'empêcher de s'arrêter à ce grave sujet de méditation , on ne peut s'empêcher de reconnaître que la société ne repose pas encore sur ses véritables bases , qqe l'ordre n'y règne que faiblement , et qu'en même temps que la Providence nous protège ,

je hasard et l'ignorance nous gouvernent.

De grands monarques et de grands ministres ont tenu dans leurs mains les destinées de la France, de grands écrivains ont traité les plus hautes questions de l'économie sociale , et cependant il semble que jamais aucune grande pensée n'ait dominé nos in* stitulions , nos lois, nos mœurs, nos établissemens. J'aperçois des anneaux épars qui se rouillent , se heurtent, s'cnlassent, s'égarent, se tordent , se brisent ; mais je ne vois pas la chaine qu'ils devraient former, et je prévois que si jamais une main vigoureuse entreprend de river et de souder ensemble tous ces anneaux, le plus grand nombre sera jeté au rebul ou succombera dans l'épreuve qii'il devra subir , car la force de traction réside moins dans l'excès de pesanteur que dans l'égalité de proportions.

Sijamjis un homme d'état, doué d'un vaste génie, parvient à faire prévaloir çn Francç l'esprit dç

( 3J7 ) conséquence , s'il parvient jamais à conlenir Tensemble dans Tunilé, à /'ondcr enfin l'prdre moral, qui esl à l'ordre matériel ce que la profondeur et l'étendue sont à la superficie , ce que la prévoyance politique est à la répression judiciaire; il faudra opter alors entre le principe de l'égalité démocratique et le privilège du remplacement militaire (i), entre la liberté des professions et l'obligation d'élre soldat; il faudra admettre ou rejeter en son entier le principe de la concurrence , réformer l'état général de la. société ou le mode actuel de recrutement , car ce sont autant de contre-sens et d'antinomies; or, ce qui aide surtout à distinguer l'erreur de la vérité, c'est que l'une est souple, et l'autre inflexible.

On peut dire de ta loi de recrutement de iSSa qu'elle ne voit ni plus haut ni plus loin qu'elle ; elle n'est pas moins aveugle que le sort qu'elle a choisi pour auxiliaire ; les perturbations sociales qu'elle cause et l'action fâcheuse qu'elle exerce sur les lois en vertu desquelles les générations se reproduisent l'inquiètent peu. Les incorporations ont lieu sans distinction des professions: aussi lorsqu'un régiment est employé à des travaux de terrassemens, ne doit'On pas s'étonner que l'ouvrage qu'il exécute

(1) En Prnsse, la fortune ne dispense personne de l'état nnilitaire ; la loi est égale pour tout le monde ; seulement, quand la carrière des armes n'est pas celle que l'on se propose de suivre , on n*est tenu qu'à une seule année de service effectif, mais à la condition , dans ce cas, de supporter jtous les frais de son ét^uipement.

coûlô plus cher que s'il avait été fait spécialement et exclusivement par des ouvriers terrassiers.

Il y a pour cela plusieurs motifs.

D'abord il est facile de comprendre que d'anciens tailleurs, cordonniers, tisserands, etc., n'excellent pas tout de suite dans des travaux falignns auxquels ils sont toujours restés étrangers, et pour lesquels il est possible même qu'ils aient de la repu* gnance ;

Ensuite la loi de recrutement ne contient aucune disposition qui astreigne les citoyens dont elle a fait des Soldais à d'autre obligation que celle du service militaire propremeot dît ;

Enfin Taiguillon de la nécessité n'a pas sur le soldat travailleur que le gouvernement nourrit , loge , babille et chausse , la même action que celle qu^il exerce sur le journalier auquel le pain de sa journée est nécessaire pour vivi^ et faire subsister sa famille. L^e journalier opère individuellement pour son compte , le soldat travailleur opère oollectivoment pour le compte de son régiment ou de sa com^ pagnie ; le journalier est vêtu de haillons qu'il craint peu d'^idommager ; il n'en est pas ainsi du soldat travailleur, il est obligé de prendre soin de ses vétcmens qui ont une durée prescrite : toutes choses de pou d'importance apparente^ mais qui cependant veulent être relevées et prises en considération, car lorsqu'il s^agit de grands travaux il n'y a pas de pc* tits détails.

Ces seuls molifs suffiraient pour expliquer comment les essais qui ont été faits en i835 et. i836 dans les départemens de l'Ouest^ n'ont pas eu le succès qu'on en avait espéré ; mais^il est encore un autre obstacle qui n'existerait plus si vos idées sur l'instruction des olHciers avaient été adoptées.

L'instruction que œçoivent les oliiciers d'infanterie n'est ni assez, profonde , ni assez variée \ elle se circonscrit trop étroitement dans les limites de la théorie élémentaire ; l'art de conduire de grands tra* vaux avec intelligence^ ordre, économie, exige d'autres connaissances, d'aulres facultés que celles qui peuvent suffire pour commander quelques manoeuvres , tous les jours les mômes.

£t puis enfin si les officiers dont les régimens sont chargés de l'exécution de certains travaux , ne retirent d'un surcroit de peine et de surveillance aucun avantage , est-il raisonnable d^espérer qu'ils déploieront le zèle qui serait nécessaire au succès ? Or, si les officiers montrent peu de zèle , les soldats n'auront pa^ d*émuiation ; car en matière d'industrie et de travau'x publics, c'est de Timpulsion que vient la force.

Ainsi s'explique pourquoi n'ont pas réussi les essais d'application des troupes aux travaux publics ; si le problème économique n'a pas été résolu, ce n'est point , je le répète , par les motifs qui ont été allégués et que j'ai rapportés dans ma seconde lettre; c'est que d'abord l'armée n'a jamais eu d'intérêt

( ^'^^ ) à ce qu'il le fût ; c'est qu'ensuite les termes en ont élé mal posés.

Une armée ne saurait passer sans préparations , sans transitions, sans modifications, de l'habitude du désœuvrement k la faligue du travail , (le l'art do tuer a l'art de créer: telle est la première réflexion qu'il me semble qu'on aurait dû faire, et qui paraît cependant n'avoir jamais été faîte par personne. Celle réflexion eut conduit naturellement à l'examen de la question de savoir si , dès que Tarméè recevait deux destinations , l'une guerrière, lautre pacifique , au lieu d'une seule pour laquelle elle avait été jusque-là exercée , il n'y avait aucun changement à faire subir à son mode de recrutement. Cette question en eût alors soulevé d'autres ; les esprits sérieux et logiques, les hommes sensés et pratiques se fus^ sent demandé :

I" Si la légalité permettait d'employer forcément les soldats aux travaux publics, lorsque la loi de recrutement ne leur en imposait pas l'obligation ;

2* Si cette obligation élail compatible, — et s'il était possible qu'elle fût profitable , — avec le l'égime des appels et Tarbitraire des incorporations ;

3" Si une loi de recrutement , sur des bases entièrement nouvelles, ne devrait pas être la conséquence nécessaire du but qu'on se proposait d'atteindre ;

4*" Si cette loi ne devrait pas organiser le travail des soldats , c'est-à-dire déterminer : — d'abord les

( aai )

avantages qu'ils en retireraient , ^—ensuite l'écono* mie que ce travail procurerait à l'élat , — enfin la part à faire à la prévoyance et à Tépargne ;

5"* Si d'importans cbangemens ne devraient pas être introduits dans le mode d'instruction , dans le système- de casernement et dans ^habillement des soldats ;

6* Si enfin l'instruction des otïiciers ne devrait pas alors recevoir d'urgentes améliorations , et si leur traitement ne devrait pas être considérablement augmenté. .

D'aussi importantes questions ne se tranchent pas sans donner lieu à dé vives controverses et sans exi* ger dé mûres réflexions. Les convictions que déjà je me suis laites dans le silence de la méditation sont celles-ci, que je vous soumets :

La même loi de recrutement ne peut imposer en même temps l'obligation d'être soldat et celle d'être ouvrier; si le service militaire est Jorcé ^ le travail des troupes en temps de paix doit rester volontaire; la loi , au nom de Tinlérét général , peut bien faire d'un bon commis ou d'un excellent coiffeur , un médiocre soldat ; mais elle ne saurait , sans violer la raison , le contraindre au métier de terrassier. Or, si le travail des soldats reste volontaire , s'il n'est pas une loi commune imposée à toute une compagnie , à tout un régiment , il sera préférable d'y renoncer, sous le double rapport du maintien de la discipline et de l'économie ; car , ainsi que je l'ai déjà

dit, on no no réussirait qu'à désorganiser larince sans organiser le travail. Si au contraire le travail des soldats est une obligation de la loi du recrute* ment, s'il e%i forcée les enrôlemons devront être volontaires; mais des enrôlemens volontaires suffironl'ils au recrutement de l'armée? Celte question, je l'ai prévue , et lorsqu'elle viendra à son ordi^ , vous verrez comment je propose de la résoudre ; quant à celle de savoir quelle sera l'alternative que devra préférer la loi de recrutemenl , voici ma conclusion : — Enrôlement çolontaire et travail of^lir gatoire; car alors, mais alors seulement, le travail militaire pourra, sans porter atteinte à la discipline , soutenir la concurrence, et la soutenir avec'avan^ tage ; le soldat produira plus qu'il ne consommera ; le budget de la guerre éprouvera un allégement considérable; l'institution des armées permanentes aura entièrement changé de hase^ puisque la paix n'en tirera pas moins do services que la guerre. Atitrement, le travail des troupes sera toujours imparfait et dispendieux , funeste a la discipline militaire sans être profitable au trésor public. Ainsi donc , nécessité d'une loi de recrutement entièrement nouvelle et d'un s^'stéme d'incorporation tout différent.

Je passe au second point , celui de l'organisation du travail :,

Dés que le travail des troupes serait légalenii nt obligatoire , dés qu'il s'opérerait ainsi que je l'ai conçu, l'organisation en serait facile et les produits

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assurés; trois parts alors pourraient en être faites : la première remboursomit à l'état ses avances pour fraifi de nourriture^ de campement, de vêtement, de chaussure et d'entretien des soldats ; la seconde formerait la paye ou la retenue de chaque semaine; b troisième, versée au crédit du compte de chaque soldat dans une caisse d'épnrgnes spéciale, formerait un fonds commun dont les intérêts cumulés seraient nciensuellement capitalisés.

Le fonds d'épargne de chaque soldat travailleur ne serait remis à lui , ou exclusivement à ses père et mère , qu'après qu'il aurait cessé d'appartenir a l'armée«

Le fonds commun hériterait des placeurs dans certains cas prévus; il profiterait do toutes les rcter nues encourues pour* cause d'insubordination ou d'inconduite; ce qui permettrait d'amender le code pénal militaire, de l'adoucir snns le rendre moins efficace. Les officiers > qui contribueraient au fonds commun en proportion de leur traitement , y partie ciperaient en raison de leur grade. Ainsi, en même temps que s'établirait pour les officiers un mode de pension conforme à vos idées et que s'oi^aniserail on système de pécule pour les soldats , je voudrais donner à toutes les professions l'exemple d'un établissement modèle dont le travail et l'épargne serraient la base et où seraient réunis tous les avantages de la communauté et de la mutualité.

Do cette f.içon, l'armée deviendrait ^icilement la

meilleure école normale du travail et de la prévoyance, rinstrument le plus parfait d'instruction et de moralisation publique , Ton des moyens les plus efûcaces de la réforme sociale que j'appelle de mes vœux.

Au Heu de rendre annuellement au pays un con* tingent d'hommes ayant plus ou moins perdu la pratique de leur profession , habitués au désœuvrement des casernes, l'armée au contraire le recruterait périodiquement de bons travailleurs^ instruits, économes et disciplinés , formés sous ses drapeaux, et rapportant dans leurs communes un pécule qui leur permettrait de s'y marier et de s'établir avantageusement. Alors l'armée deviendrait un actif moteur de civilisation; elle répandrait Taisance au lieu de la tarir, elle extirperait les jargons barbares, les préjugés absurdes qui dans les campagnes sont encore la honte de notre siècle.

Je passe au troisième point, celui relatif aux changemens que devraient subir le casernement et l'habillement des soldats.

Voire système de casernement, qui consiste d'abord dans là construction de nouvelles casernes , disposées de telle sorte que peu de mois suffiraient aux recrues pour apprendre et savoir la théorie élémentaire, et ensuite dans rétablissement de champsde-Mârs, où les soldats s'accoutumeraient à bivouaquer, à braver lesinlcm()érios des&ûsons et s'exercerciioni à '.oasles travaux propres à développer chez

eux la force y la souplesse et l'agilité du corps , la dextérité des mains, le bon sens et la réflexion ; votre système de casernement s'accorderait si bien avec mon mode de recrutement et de travail que je voudrais que Tun servît de preuve à Taulre, en chargeant de la construction de vos casernes et de l'élablissement de vos champs-de-Mars^mes soldats travailleurs.

Leur habillement donnerait lieu à la question de savoir si l'uniforme militaire devrait être simplifié afin de servir à deux fins, ou s'il ne serait pas préférable d'y joindre en double emploi une tenue de travail; mais c'est un point que résoudraient des expériences faites avec l'ordre rigoureux d'une comptabilité intelligente et l'esprit judicieux d'une enquêté désintéressée.

J'arrive enfin aux améliorations que devrait recevoir l'instruction des officiers , dont le traitement, je Tai dit, pourrait alors être considérablement augmenté. A cet égard , il suffirait de faire subir de faciles modifications et d'utiles additions aux programmes d'études du " Collège royal Militaire de La Flèche^ de V École spéciale Militaire de Saint- Cjrr et de V École d^ application d'Ètat-Major^ afin que leur enseignement se rapprochât aussi étroitement que possible de celui de V Ecole Polytechnique et de V École d' Artillerie et du Génie. Vlus l'esprit des officiers sera cultive, plus les connaissances qu'ils auront acquise» seront variées, plus ils s'avanceront

dans la direction d'étude& qui Aiit la science de Tingénîcur, et plus ils ^ rendront indëpendans de hi profession militaire en devenant moins impn^MTcs à la carrière industrieile , dans le cas où il leur conviendrait jamais de quitter Tune pour embrasser Taulre.

Maintenant que vous pouvez déjà pressentir que ridée que j'ai conçue innove sans détruire, qu'elle améliore tout sans rien bouleverser, qu^elle consiste prindpalement k rendre volontaire l'enrôlement foiH>é des citoyens, et à rendre obligatoire le travail wlontaire des troupes, je puis aborder avec fran^* chiseet liberté Tentier développement d'un système qui j s'il est démontré praticable, tirera l'odicicr et le soldat duxilésceuvrement , détournera l'un île Vestaminet et l'autre de la cantine où ils passent leurs jouraées, ajoutera à l'instruction du pix^mter et en atnélîoix^ra la coudilioiii âocroitra la force miisat* laire du second et le fera jouir du bien£iit de l'épeir gne y enCm ne ch-nngera radicalement qu'une seule diosc, — la loi du iYx:rutemcnt.

Jusqu'à présent » les «aint-simoniens et les joui tUKùix', les publicistes et les administrateurs qui onit proposé d'appliquer 1 armée aux travaui: publics, ont priS| si je puis m'expi^iiner ainsi, le contre-fiîed <ic ih qiicstio)} ; la faute grave qu'ils ont commise a ébé <ic vouhiir faire descendre Tinstituiion militaire au raii|^ de l'industrie, tandis qu'il s'agissait ^J'éJever l^iadus* Irîe à la hauteur de Tiiistitulion mîlitai4'e et de pro-

filer Jcs avantages d'une hiéfaixhie et d'une discipline fortement organisées.

Aussi ne doit-on pas s'ëlonner auc les officiers les plus expérimentés^ interrogé^ sur la question desavoir si remploi judicieux des forces da l'^ro^é/e, en tempsdd paix, popi^^it m balancer U dépense e|; produire méms un excédant de recette^ aient répondu ni«gativeoiecH;. J'ajouterai que je crois que tes expérienr ces ordonnées daas les départemens de TOuest par M. le maréchal Soult n'ont jamais été^ dans la réalité^ qu'une innocente concession faite par |ui à |a popularité G^»h pffi^^ pérjpdjqii^- UeiiF^qae h jl^Vapce H pes diffux jLyi^os D'avaioiii jamais obtenu d'^uine concession des hommes d^état qui Tont gouvernée , die ne porterait pas tous les douloureux stigmates des révolutions qui font meurtrie!

Uîea de plus siiH^e que ma ptoposjtion : elle consiste i* à rétablir l'article i*' de la loi du lo mars i8i8qui posait en principe le système des engagemens volg^ilaires et n'admettait que subsidiairement lerégm^ .diçs jgij>p,çlsj 2* à maintenir, ,am(eji(Jler oy supprimer les divers articles de la loi du 21 mars i832 ; 3" à renverser enfin les termes de la question, c'est-à-dire à Êûne des ^uafrier^-soldais / au lieu de Éaire .des W<//?;W-iwyrji§rs,

Voici à peu prés en quels termes eUe devrait être conçue :

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