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SUR L'APPLICATION DE L'ARMÉE

Ua SRAHDS TRAVAUX D'UTIUTË PUBLigUE.

A jn. U litiittnant-folontl fi

La plus parfaite constitution de la puissance militaire a toujours été l'objet de vos plus profondes méditations.

Tous avez it ce sujet des idées mûres et abondantes dont il est à regretter que l' application n'ait pas encore fait apprécier toute la valeur.

Vous avez publié sur la Constitution des armées de ferre de la France des observations neuves et judicieuses, dictées par le patriotisme le plus éclairé.

Soldat de 92 et général de l'Empire, vous avez parlé de l'armée en homme d'Ëtat, pour qui la paix et la guerre n'ont plus de secrets ;

Vous avez réduit à ce qu'ils valaient beaucoup d'er-

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reurs et de lieux communs propagés par l'ignorance ou l'irréflexion ;

Vous avez rétabli les véritables principes snr la proportion des armes, le recnilement et l'instruction des troupes, l'état des officiers, l'efTectif, les cadres, le pied de paix et le pied de guerre, les réserves, les places fiâtes, la tactique et la stratégie;

Vous avex montré que la puissance militaire d'mi pays ne saurait se constituer isolément, arIHtrairemmt ; qu'elle avait des lois naturelles qu'elle ne pouvait eofreindre, qu'elle était soumise à des nécessités commerciales et à des considérations politiques qu'elle devait réunir et concilier;

Vous avez mcmtré que la constitution d'une amoée devait avoir pour base fondamentale l'adoption d'un système de défense militaire déterminé par des intérêts permanents, facilement appréciables;

Vous avez montré que le système de défense militaire d'un pays n'avait absolument ni valeur ni signification s'il n'était l'exacte expression de son système d'alliances politiques; que le premier doit toujours être l'expression du second, — que l'un et l'autre sont les deux fractions d'un tout; qu'elles s'enchatnent nécessairement et ne peuvent logiquement se séparer, car elles sont i la fois par rapport à elles-mêmes alternativement cause et effet ;

Vous avez montré que le nombre n'était pas le principal élément de la force militaire, et que l'instruction des troupes réclamait de promptes réformes; que c'était commettre une erreur grave et se créer une illusion dangereuse que de donner le nom d'orme de ré-

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Kfoe à des soldats en coogé provisoire et & des conscrits laissés dans leurs foyers; qu'armer une multitude, ce n'était pas constituer une réterve; qu'il ne pouvait y avoir de réserve méritant ce nom que celle qui faisait partie de t'orgauisatioa régimeotaire ; qu'une armée enfin n'existait qu'à de certaines conditions que vous avez décrites, en ayant toujours soin de donner à vos opinions l'appui des autorités les plus imposantes et des faits les plus mémorables de l'histoire militaire de tous les peuples.

Vos convictions sont devenues les miemies, votre expérience m'a servi d'enseignement.

Parmi vos principaux préceptes, j'ai surtout retenu ceux-ci ;

Un État qui prétend constituer sa puissance militaire çkHf savoir :

D'abord nettement ce qu'il veut;

Ensuite exactement ce qu'il peut;

Enfin, historiquement, quelsont ét^ dans le passéet, par déduction politique, quels doivent être dans l'avenir ses ennemis et ses alliés naturels.

Si un Etat se Ueat à cet égard dans l'ignorance, seu* lement dans le doute; s'il subordonne à des circon-^ stances passagères, à d'incoostantes sympathies, d'intariables, d'incommutables intérêts, l'armée qu'il s'efforcera d'organiser n'aura jamais de base SQlide ; tant que la raison de son chiffre et la nécessité de sa dépense ne seront pas sufQsamment démontrées, elles seront de perpétuels sujets de discussion politique, de défiance civile, de mécontentement militaire.

Les proportiims d'une armée ne sauraient élre trop

— i36 — soigneusement étudiées, trop sévèrement observées, car c'est à propos d'eltes surtout qu'on peut dire que la pesanteur s' allège par l'équilibre.

Proportionnellement trop considérables, ou numériquement trop faibles, les armées ont également pour conséquence de mettre l'ordre et ta pais en question.

Trop considérables, elles éveillent la défiance, elles créent des coalitions puissantes ou ténébreuses; trop faibles, elles exposent au dédain, elles suscitent des agressions injustes ou téméraires.

Dans les Etats constitutionnels surtout, le chiffre de l'armée a une grande importance politique; car pour peu qu'il soit suspecté d'eiagération, il rend aussitôt les partis plus ombrageux, plus insatiables de garanties légales, plus difficiles à gouverner; il a pour effet d'exposer l'armée à des débats parcimonieux qui la découragent, la blessent et l'indisposent contre les institutions et les formes représentatives.

La plus grande force d'une nation réside dans la confiance qu'elle s'inspire à elle-même et dans le respect qu'elle commande. Ce sont deux avantages qu'une bonne constitution de ses armées peut seule lui donner.

La constitution d'une armée est bonne : lorsqu'elle tire moins sa supériorité du grand nombre de soldats qui la composent que de la perfection de leur instruction sous le double rapport du développement des forces du corps et des facultés de l'esprit ; lorsque le nombre des soldats est en juste proportion avec celui des officiers , et que les premiers sont relativement nombreux, et les seconds suffisamment rétiibués pour qu'ils

puissent attendre patiemment les effets de l'avancement; lorsque les lois de l'avancement ne sont jamais transgressées, et que le droit et la mortalité le règlent exclusivement ; lorsque le grade et l'emploi restent toujours inséparables ; lorsque l'arbitraire et la faveur rencontrent pour invincibles obstacles un système et un code militaires se prêtant un mutuel appui ; lorsque la durée du service est longue, que les conlingents annuels sont faibles et les réengagements nombreux ; lorsqu'à défaut de gloire à recueillir sur les champs de bataille, le sentiment du patriotisme et de l'honneur est constamment entretenu par l'émulation du savoir ; lorsque, enfin, sans nuire au dedans à l'abondance du travail et au développement du crédit public, la force militaire élève au dehors à leur plus haule expression le crédit et la prépondérance politiques d'une nation, quand elle lui permet de tenir constamment un langage imposant, quand elle assure le succès de ses négociations diplomatiques, quand elle facilite la conclusion de traités avantageux à son commerce, quand enfin elle peut se dire, sans se faire illusion, que les forces dont disposent ses alliés lui appartiennent par la confiance qu'elle leur inspire.

L'organisation d'une armée est mauvaise : lorsque le pied de paix est destructeur du pied de guerre ; lorsque les cadres des officiers, sans proportion avec l'effectif des soldats, enlèvent au commandement l'étendue, l'action et le prestige qui lui sont nécessaires; lorsque, dans un état démocratique, il est arithméliquement impossible à l'officier de subsister honorablement avec sa solde; lorsque enfin le principe sur lequel

— io8 — repose l'autorité militaire est une violation de l'esprit général des institutions du pays.

La toi peut imposer au citoyen qu'elle fait soldat des devoirs plus impérieux et plus nombreux, mais elle ne saurait prudemment lui en prescrire de contraires aux droits qu'il tient de la constitution politique. Le soldat et le citoyen français ne sont plus qu'un seul homme : une discipline trop absolue qui voudrait en faire deux, en s'obstinant à mettre de cAté le citoyen enrégimenté et à ne voir exclusivement en lui que le soldat passif, «Homettrait une faute grave; car, dans l'ordre des éventualités qu'elle doit prévoir la guerre malheureusement ne vient plus qu'après la répression de l'émeute et de l'insurrection. Sincèrement observée, une constitution politique ne permet, sous aucun prétexte, à aucune loi de se soustraire au plus conservateur des principes, à celui de l'homogénéité. Tout doit fléchir sous son empire, même la discipline militaire, qui ne saurait être la même dans un gouvernement représentatif et dans un État absolu.

Il importe essentiellement que le sort de l'armée soit justement réglé pour qu'en temps de guerre sa prépondérance ne soit pas exagérée ; pour qu'en temps de paix son utilité ne soit pas injustement contestée, impm^ demment déprédée; pour qu'enfin elle reste toujours fidèle au pouvoir et ne soit Jamais hostile à l'ordre.

Chez un peuple régi par la forme représentative, c'est à la liberté surtout qu'il importe que jamais l'armée n'ait de justes motifs de plaintes, car son mécontentement pourrait être un poids considérable jeté dans

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159 — la balance du pouvoir absolu si la royauté n'appartenait h la constitution que par un dévouement douteux.

Nul doute qu'une réorganisation de l'armée qui se proposerait pour but la réalisation de vos idées n'eût pour effet d'accroître considérablement ta force militaire et d'en réduire notablement la dépense, sans blesser aucun droit fondé, sans exciter aucune réclamation légitime; car TOUS l'aTcz dit (i) : a Toute réforme qui a pour doubla conséquence de profiter à l'état dans ravenir et d'être préjudiciable dans le passé à des droits acquis ou à des intérêts privés respectables, ne peut ni ne doit jamais s'opérer qu'autant qu'elle fait au présent la part qui lui est due.

a Les révolutions seules méconnaissent les droits légitimes, tes réformes véritables et durables ne s'accomplissent qu'à la condition de les respecter ; elles ne sont Jamais rétroactives, s

Dans votre système de réformes, l'économie qui résulterait d'une juste réduction des cadres permettrait l'incorporation d'un plus grand nombre de soldats. C'est ce que vous avez clairement établi dans un tableau comparé qui commence par la suppression de 13 colonels et qui finit par une augmentation de 102,000 fantassins;

Un nouveau mode de casernement vous donnerait les moyens d'instruire plus rapidement vos recrues et moins incomplètement vos soldats;

Une augmentation de la solde des officiers serût la

(1) ObtenaliOM nir la eoniliUtUon det armiti de terre it la France en 1835, par le lieutenaat-géniSral comie Alsiandre de Girardin.

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base nouvelle que vous donneriez à h liquidation de leur pension.

De telles améliorations, accomplies avec l'esprit d'ordre, l'énergie de volonté et la rare persévérance dont vous êtes doué-, auraient assurément une grande importance; mais je ne pense pas que leur accomplissement fût une raison de rejeter la prise en considération de l'idée que je viens soumettre au contrôle de votre expérience, si je parviens à vous démontrer qu'elle est théoriquement juste et pratiquement profitable.

L'application de l'armée aux grands travaux d'utilité publique, tel est le problème économique dont je me suis proposé la solution sans m'en dissimuler aucune des dillicullés.

J'ai lu tout ce qui a été écrit à cet égard sans y trouver rien autre que des considérations générales plus ou moins bien exprimées.

Je sais que tous les essais entrepris de nos jours ont échoué. Je ne me suis point laissé abuser par les raisons qui ont été données pour pallier un insuccès que j'avais prévu.

J'ai la conviction profonde que, dans les ternies où il a été posé, le problème est insoluble ; il a pour obstacle invincible le principe même de notre loi de recrutement.

J'ai donc cbercbé à atteindre le but par une autre voie.

Sans doute l'idée dont je me propose de vous entretenir ne peut encore être que très-imparfaite, car pour l'étendre ou la rectifier en beaucoup de points.

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16! — il m'a manqué des conaaissances spéciales; mais û elle est juste, peu importe qu'elle soit incomplète. Si le principe est vital, son développement et son triomphe ne sont pas douteux : il survivra aux jugements précipités qui le condamneront, il vaincra les résistances qui lui seront opposées; les obstacles le fortifieront, les objections le perfectionneront.

Je prévois que les critiques les plus sévères lui viendront de l'armée : c'est un fait reconnu que toutes les professions ont des traditions qu'elles n'abandonneraient jamais si elles n'y étaient pas contraintes par la concurrence ; mais si l'armée n'est pas passible de ce genre de lutte, il est une autre obligation imposée au gouvernement : c'est celle de trouver sur le budget annuel de ses dépenses une économie. de deux cents millions, qui, sans désorganiser aucun service public, lui donne les moyens de réaliser d'indispensables améliorations que je range dans l'ordre qui suit :

I. Une dotation annuelle de trente-deux millions environ est nécessaire è l'instruction élémentaire, qui, selon d'importantes considérations sociales et politiques que j'ai développées ailleurs (1), doit être générale et GB&TDITE.

Cette dotation pourrait alors lui être accordée.

II. Le traitement du clergé est trop faible ; son exiguïté l'oblige à se faire du casuel une ressource qui a le grave inconvénient, par ce temps où l'on compte plus exactement qu'on ne raisonne logiquement, où l'arithmétique l'emporte généralement sur

(I) De f instruction publique en France.

la piété, d'affaiblir l'autorité religieuse et de déconsidérer le caractère ecclésiastique. S'il est -vm, comme je le crois, que la force intellectuelle soit la seule qu'on puisse opposer victorieusement au principe démocratique lorsqu'il a prévalu, qu'elle seule peut le contenir et le diriger, un prêtre et uu instituteur éclairés et considérés importent plus au maintien de l'ordre moral et matériel que quelques soldats désœuvrés.

Le clergé recevrait donc une augmentation de traitement.

■II. La solde des officiers est insuffisante. Le sousofHcier de cavalerie lorsqu'il est promu officier ne reçoit que la moitié de la somme nécessaire à l'acquisition de son équipement. L'officier qui n'a d'autres ressources que sa solde, même en s'imposant de dures privations, est placé dans une condition iïkcheuse qui nuit à la considération du grade. L'officier supérieur et l'officier général ne sont pas dans une position beaucoup meilleure. Leur traitement n'est pas en rapport avec les obligations auxquelles ils sont tenus et le rang qui leur est assigné dans la hiérarchie sociale. Si l'économie qui devrait d'abord résulter de la réduction à de justes proportions du nombre des officiers, ne sufBsait pas pour subvenir à une augmentation convenable de la solde, il y pourrait encore être pourvu au moyen de la somme de deux cents millions devenue libre.

IV. Notre matériel militaire, incomplet et imparfait, aurait besoin qu'on le complét&t et qu'on l'améliorAt d'autant plus que le nombre des soldats serait plus

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diminné et qu'es tout le principe de la qualité serait reconnu devoir l'emporter sur celui de la quantité ; notre matériel militaire devrait toujours être l'égal du meilleur, ce qui présentement n'est pas ainsi : aussi serait-ce en temps de guerre une cause d'infériorité fâcheuse, que la Franco ne doit plus laisser subsister. Cet objet appelle toute son attention. Le perfectionnement continu du matériel de guerre est l'un des soins et des devoirs les plus impérieux de l'état de paix. Dans beaucoup de cas le désavantage d'un mauvais fusil à l'égard d'un bon ne saurait être compensé par la supériorité du courage militaire ; plusieurs de nos échecs n'ont pas eu d'autre cause que l'impossibilité démontrée où lé iîisil français s'est trouvé de soutenir l'épreuve de la comparaison avec le fusil anglais, qui porte plus juste et plus loin. En ce qui concerne donc l'amélioration de notre matériel militaire, je pense avec vous qu'aucun sacrifice ne devrait être épargné ; car toute économie sur ce point serait mal entendue et pourrait devenir désastreuse. Non, ce n'est pas une chose indifférente et sans importance que les poudres, par exemple, fabriquées en Angleterre, soient d'une qualité supérieure à celles manufacturées en France par l'Etat. Ne sait-on pas que plus le matériel de guerre sera parfait et moins le courage du soldat connaîtra d'obstacles, et plus sa confiance sera grande, et son obéissance profonde ?

La dépense qu'exigerait le perfectionnement de notre matériel militaire devrait donc être mise au rang des plus urgentes et des plus utiles.

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