V. Beaucoup de fonctions publiques sont insuffisam
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ment rétribuées. Il serait important qu'une revue sévère Fût passée ayant pour double objet l'extinction successive des sinécures et la juste rémunération des serïices.
La forme démocratique et la concurrence industrielle imposent à notre gouvernement l'obligation de payer cher le droit d'être sévère sur les conditions de capacité qu'il est tenu de prescrire à ses agents, au nom et dans l'intérêt de sa conservation. L'induslrie met la supériorité aux enchères et croit ne jamais la payer trop chèrement. Un organisateur habile, un administrateur vigilant, rapportent toujours infiniment plus qu'ils ne coûtent, en raison des faux-frais qu'ib diminuent et des moyens qu'ils simplifient. Rien n'est plus dispendieux que de payer mal les hommes que l'on emploie, non-seulement parce qu'il faut en prendre quatre au moins et souvent plus pour faire l'oa- Trage d'un seul, mais encore en raison de l'accroissement de dépense du matériel qui en est le résultat. — Personnel mal rétribué, matériaux ruineux, est un axiome dont l'exactitude est reconnue par l'industrie. Les hommes éminemment doués de l'esprit d'organisation et d'administration, c'est-à-dire ceux qui po^ sèdent les connaissances nécessaires à l'exercice du commandement et du contrôle, sont infiniment rares ; d'une part, l'industrie les recherche avidement, d'autre part un gouvernement démocratique ne peut subsister qu'à la condition de les absorber, et s'il n'a pas les moyens de soutenir la concurrence, c'est-à-dire de les payer, que deviendra-t-il?... Carcen'est plusen France, où la difiamation usurpe trop souvent le nom
(]e liberté de la presse, que les fonctions publiques compensent la modestie des trailemeots par la considération et l'importance sociales. Une opposilion iocoaséquente avec le principe démocratique qu'elle défend, à force de déblatérer contre les fonctions publiques, aura bientôt fini par n'en plus faire que le pis-aller des intrigants et le refuge des incapables. Aussi est-il juste de reconnaître que si la royauté n'a pas d'ennemis plus dangereux que ses courtisans, il est également vrai de dire que la démocratie n'a pas d'adversaires plus redoutables que ses apôtres ; les flatteurs de la démocratie et ceux de la royauté sont égaux en
A ce double point de vue du principe démocratique et de la concurrence industrielle, le traitement des fonctionnaires publics est une grosse question dont il serait opportun de s'occuper sérieusement si le gouvernement se mettait un jour en voie de réformes et d'améliorations. Le traitement de certaines fonctions publiques, principalement de celles de premier et de second ordre, recevrait donc une juste et utile augmentation.
VI. Après s'être donné le moyen pécuniaire de soutenir la concurrence avec l'industrie pour le choix du meilleur personnel possible, il serait à désirer qu'à l'aide de ce qui lui resterait encore de disponible sur les deux cents millions dont il a été précédemment parlé, le gouvernement, passant des personnes aux choses, s' occupât d'alléger l'impôt foncier, — qu'on no saurait trop ménager pour les temps de guerre, de crises et de calamités; — et de supprimer quelques taxes.
(elles (]ue le droit aniversitaire et le (imbre des imprimés, qui ont le double inconvénient de lui rnpporter peu d'argent et de lui susciter de dangereux ennemis. Les impdls qu'on doit conserver sont ceux qui, d'une perception facile et peu coûteuse, ayant le grasd nombre pour base de réparlition, sont à la fois légers et productifs; ce sont surtout ceux qui produisent d'antant plus qu'ils sont moins sensibles. Les impâts qu'il est babile de supprimer sont ceux qui, n'étant assis que sur un petit nombre de contribuables, pèsent lourdement sur eux, rapportent peu à l'État, lui coùteol cher à percevoir, et fournissent contre lui de justes et bruyants sujets d'accusations.
Ces impôts seraient donc abolis.
A ces améliorations, dont l'importance aurait en besoin d'ôtre moins sommairement exposée , mus dont les conséquences n'échapperont pas à votre esprit aussi prompt à concevoir que patient à exécuter; à ces améliorations il faut ajouter les autres résultats non moins importants d'un système mixte, notant ni la garde nationale ni l'armée ; n'ayant pas en temps de paix les graves inconvénients des armées permanentes trop considérables, mais en ayant en temps de guerre tous les avantages au moins ; système qui permettrait à la France :
D'armer, si ce nombre était nécessaire, un million d'hommes sans les enlever au travail et sans nuire à la richesse publique ;
De compléter en peu de temps l'ensemble de ses voies de communication, — roules, — canalisation des rivières, — canaux, — chemins de fer ;
De meure dans le meilleur état toutes celles de ses places fortifiées dont sa politique, après un mûr examen, exigerait la conservation ;
D'améliorer ses ports, d'en creuser de nouveanx s'ils étaient nécessaires ;
De multiplier le nombre de ses ponts ;
De renouveler tout son casernement d'après te plan que vous avez conçu ;
De construire en peu de temps les bAliments réclamés par la réforme de son régime pénitentiaire ;
D'opérer ceux des défrichements et des dessèchements d'une étendue trop grande pour que l'industrie réduite à ses seules forces les veuille entreprendre ;
De changer rapidement toute la fece du pays ;
De résoudre au moins en partie un grand problème, celui de l'organisation du travail;
Enfin, de réduire considérablement les dépenses que lui impose l'occupation de ses possessions en Afrique.
n me tarde de vous exposer les moyens d'application du système que j'ai conçu ; mais avant de le faire, quelques observations sur l'institution des armées permanentes, sur les sommes considérables que coûte à la France l'entretien de ses armées de terre, enfm sur les tentatives vaines jusqu'à ce jour qui ont été faites pour en alléger le poids, me paraissent nécessaires.
Ces observations seront l'objet de ma seconde lettre; la troisième et dernière sera consacrée à l'examen du mode actuel de recrutement, au développement et à la rédaction de ma proposition.
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L'iDstitution des armées permanentes date de l'an 1444; elle eut pour origine uu traité d'alliance conclu avec les cantons suisses par le dauphin de France, fils de Charles VIL
La Tormation des /^^l'onj date de l'an 1534, règne de François I", celle des régiments, de l'an 1558, règne de Charles IX.
L'organisation de l'infanterie en bataillons et de la cavalerie en escadrons date de l'an 1635. Elle appartient au règne de Louis XIII.
La formation d'un corps d'étal-mejor date du règne de Louis XIV : alors seulement les bataillons, les escadrons, les compagnies, se composèrent d'un nombre d'hommes déterminé. Ce fut sous le ministère de Louvois que fut reconnue la nécessité de pourvoir d'une manière régulière au recrutement de l'armée. En 1688 s'opéra la première levée des milices perpétuelles ; la seconde et la troisième eurent lieu en 1701 et 1719, sous les ministères de Chamillart el de Leblanc. Mais alors ces milices n'étaient point encore enrégimentées. Elles ne servaient qu'à recruter les troupes réglées.
Avant 1653, les régiments ne se composaient que de nombreuses compagnies ou bandes de SOO à 2,000 hommes.
Sous le règne de Louis XIV, le recrutement des troupes deligne avait lieu par «ir()/CTnen(jî»v:eouuo/Mitaire. Les bataillons se recrutaient dans chaque pro-
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vince par la voie du tirage au sort et en proportion do la population. La durée du service, d'abord fixée à 6 ans, fut ensuite portée à 8 ans.
La formation d'un corps royal du génie date seulement de l'année 1738.
En 1589, à l'avènement de Henri IV au trône, les forces militaires de la France ne s'élevaient pas au-delà de 8,100 hommes.
Ainsi s'est développée successivement en Europe l'institution des armées permanentes.
On pourrait dire qu'elle s'est développée jusqu'à l'abus, car la progression de la dépense a toujours été en raison de l'accroissement de l'effectif. Nulle part la double nécessité de ménager le crédit public et de protéger l'indépendance nationale n'a fait nailre encore aucun perfectionnement. Par ce temps de progrès, rien n^a ètè imaginé qui fît que la paix ne fût presque pas aussi dispendieuse que la guerre.
La paix armée, ainsi qu'a été appelé l'état actuel de l'Europe, est une aggravation du système des armées permanentes.
Et encore, de tous les sujets de reproches adressés par l'économie sociale à l'exagération du principe des armées permanentes, le plus grave n'est pas celui de coûter il tous les Etats modernes des sommes exorbitantes et disproportionnées avec leurs revenus; il en est d'autres dont on peut dire qu'ils sont un monument de l'état de barbarie dans lequel est resté jusqu'à ce jour l'art de gouverner les peuples, une protestation contre l'incomplète civilisation dont noire siècle s'enorgueillit.
La puissance relative des nations ne s'accroît pas en
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raison des sacrifices qu'elles s'imposent pour élever à l'envi les unes des autres le cliiffre de leurs armées respectives. Un tel système, non, uue telle erreur, n'aboutil qu'à les charger d'un poids qui les écrase. Préférer une communauté de sacrifices k une mutualité d'intérêts, c'est de la part des gouveruemenls un acte qui ne saurait se justiâer par aucune raison politique.
Lorsqu'un pays comme la France, par exemple, se vante d'avoir en temps de paix trois cent mille hommes sous les armes, qui lui cohtent annuellement plus de deux cents millions, que fait-elle? Est-elle plus forte, plus prépondérante, plus respectable, plus respectée, plus assurée contre l'éventuahté de la guerre, que sa son effectif n'était que de cent cinquante mille hommes, et sa dépense de cent millions seulement? Non, l'unique conséquence d'un tel effectif est d'obliger les nations qui sont ses rivales à lui en opposer un proportionnellement égal. La question maintenant n'est donc plusde savoir quel Etat comparativement possède l'armée la plus considérable, mais lequel a le crédit le plus solidement constitué, le plus capable de soutenir le plus longtemps le poids d'une telle charge sans atteinte trop sensible à sa prospérité.
Telle est ma conviction sur ce point, quesî j'avais à raisonner dans l'hypothèse d'une guerre lointaine et peu probable, que je fusse responsable des destinées de mon pays, de son indépendance et de sa gloire, et que j'eusse à choisir entre deux systèmes, l'un qui con* sisterait à maintenir un pied de paix ruineux; l'autre, à le réduire de moitié au moins, en appliquant l'importante économie qui résulterait de cette réduction, d'à-
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bord au plus grand perfectionnement du matériel militaire, ensuite à ta juste augmentation de la solde des officiers, enfin au dégrëvement de l'impût foncier, je
n'hésiterais pas un instant Seulement, dans ce cas,
je voudrais que, selon votre excellent précepte, le perfectionnement de l'instruclion des soldats compensât la réduction du nombre.
De nos jours, l'Angleterre a prouvé que le principal élément de la prépondérance politique des peuples n'était plus la force militaire, mais la richesse publique résultant d'un bon système de crédit financier.
Assurément le désarmement européen serait une grande mesure que réclame impérieusement l'intérêt de tous les gouvernements, celui de la civilisation, celui de l'ordre et de la paix, celui même de la conservation du principe monarchique. Nul doute qu'une si grande, si utile, si urgente mesure ne fût accomplie déjà, si chacun de ces gouvernements avait pensé qu'il pût sans imprudence agir isolément, et qu'il n'était pas nécessaire que le désarmement fût le résultat d'une convention générale.
Pourquoi la France ne prendrait-elle pas l'initiative d'une telle mesure? Pourquoi n'aurait-elle pas la gloire d'apprendre au monde qu'en temps de paix une nation de premier ordre n'a pas besoin de l'assentiment de ses rivales pour réduire à de plus justes proportions son effectif militaire ; qu'aussitôt qu'elle donne l'exemple du désarmement, elle impose par ce seul fait aux autres gouvernements, dans leur propre intérêt, l'obligation de l'imiter î car tous les peuples, sans exception, se composent de contribuables. Enfin, pourquoi la France,
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qu'on soupçonne injustement d'aimer le désordre et l'inslabilité, ne proclamerait- elle pas la première cette vérité civilisatrice, k savoir : qu'en temps de paix, les armées trop considérables ont pour unique efEet d'énerver les nations et d'affaiblir leurs gouvernements?
Cela fait, ne serait-il donc pas possible que, dans un esprit de conservation, les gouvemementSt au moins ceux qui sont unis par la communauté d'inléréts, s'entendissent un jour pour convenir que désormais leurs armées respectives auront toutes une base commune, celle, par exemple, d'un chiffre proportionnel à la population de leurs territoires?
Il est un point sur lequel, de nos jours, tous les hommes d'Etat sont d'accord : c'est que Fart de gouverner les peuples est devenu partout infiniment plus difficile : là, chez tel peuple, depuis que l'invasion ou le commerce ont fait pénétrer un nouvel esprit et contracter de nouveaux besoins j ici, chez tel autre, depuis que les lumières se sont plus généralement répandues, que la presse périodique traite de pair avec le pouvoir responsable, que la concurrence règne arbitrairement ,' que le travail opère incessamment des révolutions dans ses moyens d'exécution et dans les relations commerciales d'Etat à Etat. Dans toute l'Europe, depuis vingtaimées, la durée de la vie moyenne s'est sensiblement accrue; partout le chiffre des populations s'élève dans une progression soutenue ; partout les guerres tendent à devenir plus difficiles et les fléaux plus rares ; partout les causes de la mortalité s'affaiblissent, mais nulle part l'abondance des moyens de subsistance ne s'accroit as. sez rapidement ; partout le prixdes objets de luxe tend
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à s'avilir, nulle pai't celui des denrées de première nécessité ne s'abaisse ; d'où il suit que partout se propage le goût contagieux d'un luse prématuré, et que partout devient plus incurable et plus bideuse la plaie de la misère.
La misère a changé de face ; elle n'est déjà plus généralement l'élat grossier d'une population superstitieuse et rustique, ne ressentant presque aucun besoin ; elle est l'extréniité terrible d'une multitude incrédule et corrompue supportant impatiemment des privations nombreuses.
Partout maintenant l'avantage de conserver la paix n'est donc plus qu'une question secondaire qui vient après la nécessité de maintenir l'ordre. Les gouvernements modernes s'estimeraient fort heureux s'ils n'avaient cbacun d'autres ennemis à craindre que ceux de l'extérieur; ce qui les préoccupe et les inquiète bien autrement que l'arabilion de leurs rivaux, est la difficulté de satisfaire les besoins et de contenir les prétentions plus ou moins fondées de leurs sujets.
Si tous les gouvernements savaient exactement avec quelle somme d'embarras inextricables chacun d'eux est aux prises, nul doute que cette connaissance mutuelle ne leur donnât une commune confiance dont le premier acte serait la réforme radicale el générale d'un abus qui aggrave leurs difficultés intérieures.
L'excès de la dépense, ai-jc déjà dit, est le moindre des reproches que fait l'économie sociale à l'exagération du principe des armées permanentes; ceux plus graves qu'elle lui adresse en ce qui concerne la France sont :
De ne pas se borner à prélever un impôt exorbitant sur le travail, mais encore de lui enlever des bras d'autant plus précieux que la loi de recrutement donne le droit de les choisir;
De dépeupler plus particulièrement les campagnes, et conséquemment de nuire à la culture du sol qui ne saurait être trop encouragée, attenda que, pour rejoindre l'industrie qui l'a devancée, elle a besoin de faire de prodigieux efforts;
D'arracher violemment tous les ans h leurs familles et k leurs travaux quarante mille hommes laborieDi, choisis parmi les plus robustes et les mieux constitués, pour les rompre péniblement k l'habitude du désœuvrement, les envoyer se corrompre l'esprit et le corps dans les faubourgs infects des villes de garnison, et les rendre ensuite à leur première profession et à leur commune, généralement déshabitués àa travail, énervés, dépravés, le plus souvent atteints d'un vice incorrigible, l'habitude de la débauche, et d'un virus héréditaire plus funeste au principe de la reproduction que s'il les frappait entièrement de stérilité;
Enfin d'étioler et de démoraliser la population.
L'état exagéré des armées permanentes exige donc impérieusement une réforme. En France , divers moyens ont été tentés dans ce but, mais toujours sacs succès, ce qui pourtant n'équivaut pas à dire qu'il n'eu fAt absolument aucun autre que celui que je me sais réservé de proposer.
Bien que, depuis l'avènement des formes représentatives, nos hommes politiques se succèdent rapidement aux affaires, il ne s'est pas encore trouvé dans
le nombre un seul homme d'État qui comprit qu'il était tel système politique dont l'adoption permettrait à la Fraoce de réduire de moitié les dépenses de ses armées de terre, tel autre au contraire dont la continuation a pour inévitable conséquence une augmentation d'effectif toujours croissante ; que ce qui importe avant tout à la politique d'un grand peuple, c'est de bien connaître quels sont ses amis sùtb, ses rivaux dangereux, ses ennemis impuissants; c'est de ne contracter d'alliances que celles qui portent avec elles la garantie d'intérêts communs. Il est tel traité de commerce avantageux à deux nations dont la conclusion pourrait avoir pour conséquence de permettre à chacune d'elles de désarmer cinquante mille hommes. Hais la diplomatie moderne ne se doute pas de l'importance de sa mission. Veut-on s'en convaincre, qu'on regarde généralement à quels négociateurs la paix et la prospérité du monde sont confiées. L'éclat de leur nom, la splendeur de leur fortune, l'illustration d'anciens services les font généralement choisir, mais on ne leur demande pas des études approfondies, des qualités reconnues, des idées arrêtées, enfin une aptitude éminente.
Voilà ce qui explique pourquoi vingt-trois ans de paix ont porté si peu de fruits. La force des choses a fait durer la paix en Europe, mais aucun système ne l'a consolidée.
C'est là ce que vous avez parfaitement démontré dans un de vos écrits (1), où vous avez établi que la
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suprématie européenne, dont l'Angleterre s'est emparée de fait, reviendrait à la France, à qui elle appartient de droit, le jour où, mieux éclairée sur ses véritables intérêts, elle saurait leur faire le sacrifice de sympathies passagères, entretenues par un journalisme ignorant ou soldé (1) ; le jour où elle se dé-
(I) Qu'Urne soit permis de rappeler ici en qucU termes je me suis déjà exprimé à cet égard danslaPmMduIsrévrier IBST:
• Le système d'alliances dans lequel il nous larde de voir eoSa s'engager la France d'un pas ferme et sans bésilations, doU reacontrer aécessairemeut pour apposants Mus les esprits superflcieU, DOnrris depuis vingt années de tous les lieux commuDS qui ontélé dits contre la sainte alliance. lljalODgieaps que le joarnalisme en France n'a d'autre régulateur que la presse briianni' que; comment eu serait-il autrement?.,. Presque toutes ses informations lui parviennent par celte «oie. Les journaux quotidiens n'ont, à Londres, que des rédacteurs infiniment médiocres; mais par contre, ils ont dans lonies les grandes villes de l'Europe des correspondants bien placés, qu'ils payent fort chèrement . C'est le coDiraire à Paris; les journaux françsis n'accordent qu'une importance fort secondaire aux nouvelles etauiiuformalionade l'étranger; ce qu'ils consiilèrent comme ëlanl le principal, ce sont les dissertations que chaque matin ils brochent sur toutes les questions à l'ordre du jour, sans en approfondir jamais aucune; d'où il suit qu'ils ne peuvent avoir sur les événements et les faits extérieurs que l'opinion qu'ils empruntent à la presse étrangère, et parti culièreme Lit â la presse britannique. De ces deux façons difi'érentes d'entendre le journalisme en France et en Angleterre, il résulte un fait éminemment grave : c'est que la presse française, pour toute la partie relative k nos relations extérieures, n'est qu'une traduction servile et aniinationale de la pressa britannique. Delà beaucoup d'opinions fausses et de préjugés graves qu'il sera difficile de détruire, parce que voilà plus de vingt années qu'ils creusent leur ornière. La presse française, en lSll,n'a donc conquis sa liberté que pour se traîner à la suiie de la presse britannique, sans s'informer et sans voir où celle-ci la conduisait « ptrjtdemenl, • pour nous servir de l'ancienne expression consacrée tontes les fois qall était question de la politique anglaise. •
ciderait enfin à choisir àe préféreoce pour alliées les nalions auxquelles l'ordre et la paix sont nécessaires, au lieu de s'unir à un peuple qui ne peut subsister et prospérer que par les révolutions qu'il s'efforce de susciter à ses ennemis et qu'il entretient chez ses alliés.
La politique essentiellement subrersive de la Grande- Bretagne n'est plus un mystère diplomatique, les faits et les événements l'ont assez pleinement révélé.
L'alliée naturelle de la France est sans contredit la Russie }
Entre ces deux pays l'obstacle d'une rivalité commerciale n'existe pas encore ;
L'industrie de la France, qui est en arrière sur celle de l'Angleterre, est en avance sur celle de la Russie ;
La Russie est intéressée h la consolidation du gouvernement qui a su maintenir en France, depuis 1850, l'ordre et la paix; tandis qu'au contraire la Grande Bretagne n'aurait qu'à gagner à l'anarchie, qui serait la conséquence d'un nouveau renversement. L'Angleterre n'a-t-elle pas toujours su habilement tirer parti de DOS discordes civiles pour étendre l'influence de son mercantihsme?
La première conséquence d'une alliance sincère entre la France et la Russie serait le bienffût d'im désarmement général. L'accord de ces deux puissances consoliderait systématiquement la pux du monde. C'est vainement que l'Angleterre et l'Autriche tenteraient de s'unir pour la troubler. L'Autriche est condamnée à l'immobilité, et l'Angleterre le serait à l'im-
La France, in&dële à la grande pensée contmentale de Napoléon, s'est formé sur ses alliances une opinion aveugle et contraire à ses propres intérêts; elle s'est empressée de faire cause commune avec son ennemi vainqueur i Waterloo, quittant ainsi les traces de l'aigle pour se tratner sur celles du léopard.
Ce que Napoléon avait si bien compris en 1800, avant la mort de Paul I^, lorsqu'il faisait attacher et flotter ensemble à Florence le drapeau français et le drapeau russe ; ce qu'il eut plus tard le tort de vouloir fonder par la guerre, ud cabinet éclairé le pourrait maintenant facilement établir par la paix. Le système continental, qui échoua par la force et la violence, réussirait infailliblement par la raison et la persévérance. Le résultat de son adoption serait l'avènement d'une politique nouvelle qui rendrait simples et sincères tous les rapports politiques et commerciaux des deux mondes avec la France, et, sans rompre aucun lien utile, dénouerait beaucoup de difficultés politiques, industrielles et commerciales qui paraissent inextricables et rendent son avenir précaire.
Forte d'alliances nombreuses et puissantes, ayant :
Pour base la communauté d'intérêts identiques ;
Pour lien la solidarité du principe monarchique ;
Pour but le maintien de l'ordre et de la paix.
Alors la France n'aurait plus besoin d'armées considérables et coûteuses ; alors toute l'activité de son esprit, toutes les ressources de son crédit, pourraient presque exclusivement s'employer à réaliser les nombreuses améliorations que son état administratif, agricole, industriel et commercial laisse encore à désirer.
et qui jusqu'à ce jour ont rencontré pour priocipaux obstacles le défaut de sécurité politique et la routine des budgets.
L'entretien de son armée eu temps de paix a coûté à la France, depuis 1830 seulement, plus de deux milliards (1). 911,420,970 francs, telle est la somme pour laquelle le département de la guerre est compris dans celle de 1,178,690,703 francs, à laquelle s'élève le budget des dépenses pour l'année 1859.
Ainsi donc, le département de la guerre absorbe à lui seul à peu près autant d'argent que les sept autres départements ministériels ensemble. Cependant, l'effectif disponible de l'armée ne dépasse pas 300,000 hommes, et le traitement des officiers, loin de pouvoir supporter aucune réduction, réclame au contraire une augmentation.
L'organisation sur le papier d'une prétendue armée de réserve composée de recrues renvoyés eu congé et de conscrits laissés dans leurs foyers; — la création d'une garde nationale mobile — (deux projets qui en réalité n'en font qu'un seul, puisque l'un et l'autre consistent uniquement à donner le nom de soldats et à considérer comme tels des hommes dépourvus de l'instructioD militaire, dont ne saurait tenir heu le plus ardent courage); — l'établissement d'un pied de paix plus ou moins désorganisaleur du pied de guerre, et
(1) Il Rstaul pas oublier que ce iravail remonte à l'année 1S3S. Bepuis celte époque la dépense de l'armée, loin de s'affaiblir, n'a Tait que a'accrolire dans une proportion telle qu'aujourd'bui celle dépense pour la période comprise entre 1830 cl 1848 dépasse sii miltiardB ei demi.
180 ~ se résumant & congédier les soldats pour économiser leur pwe et à s'encombrer d'officiers et sous-ofBciers privés à la fois de cominaDdement et d'avancement ; — enfin quelques tentatives d'application des troupes au percement de routes stratégiques dans les départements de l'ouest, tel est exactement tout ce qui a été imaginé et pratiqué dans le but de réduire la dépense des armées de terre de la France.
La question de savoir s'il était possible en temps de paix d'utiliser l'armée en l'employant à l'exécution de grands travaux publics, avait été mise k l'ordre du jour par la presse périodique, qui n'avait pas hésité à la trancher affirmativement.
Cette question avait acquis d'autant plus d'importance, que depuis 1830 les forces militaires de la France avaient dû prendre infiniment plus de développement.
Les chambres législatives ayant voté en 1833 une somme de douze millions pour l'établissement de trois cent deux lieues de routes stratégiques dans plusieurs départements de l'ouest, il fut d'abord entendu que Tadministration profiterait de l'agglomération des troupes dans ces contrées pour faire des eipérieaces qui ont été commencées et poursuivies pendant les campagnes de 1 83!S et 1856.
Les divers états de travaux que la direction des ponts et chaussées a distribués aux chambres législatives ont fait connaître les résultats suivants : — sur les quatre tentatives exécutées dans la première campagne , eu 1833, trois ont donné lieu à des dépenses supérieures de 13, 15 et 30 p. 0/Oà ce qu'elles eussent été avec des ouvriers civils ; une seule a produit une légère écono-
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mie de 5 p. 0/0 ; sur les cinq leotatives de la campagne de 1836, trois ont présenté une augmenta lion de dépenses de 10 et 23 p. 0/0; une autre des prii à peu près semblables ; la cinquième, une économie d'un peu plus de 1 p. 0/0 ; mais ce bénéfice n'a jamais été qu'apparent, car il était plus que compensé par les frais de campement, de vêlement et de nourriture laissés k la charge du département de la guerre, allendu qu'il les eût toujours payés, que les troupes eussent été employées ou non h ces travaux.
Ainsi donc, d'après les expériences faites, il n'y aurait d'avantages à employer l'armée que dans un seul cas, celui où il s'agirait de travaux urgents, pour l'exécution desquels il serait impassible de réunir un assez grand nombre de bras sans faire augmenter considérablement les salaires.
A la vérité on a protesté contre l'insuccès. Pour le justifier on a dit qu'il avait eu pour causes, d'abord le règlement portant que les troupes ne pourraient être détachées des corps que par bataillons ou tout au moins par compagnies avec leur personnel complet d'officiers : ensuite on a prétendu que les soldats ne devaient pas être rétribués doublement comme militaires et comme ouvriers civils; que si le soldai continuait à recevoir sa solde, il était juste de la défalquer du salaire qui lui était alloué pour son travail ; enfin on s'est élevé contre l'exagération des frais de direction et de surveillance qui, dans la campagne de 1836, ont dépassé 42,000 fr. sur une masse de travaux montant à une somme totale de 2J6,609 fr.
En ce qui est relatif à la première des trois causes
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qui viennent d'être rapportées, il me paratt qu'il eût été effectivement impossible de permettre que des bataillons ou des compagnies fussent soustraits à l'autorité et à la surveillance de leurs officiers ; car l'eùt-on fait, on n'aur^t réussi qu'à désorganiser l'armée sans organiser le travail.
Je pense donc que s'il est vrai que les soldats ne |>euvent être employés avantageusement k des travaux publics qu'en les détacbant du personnel des officiers et qu'àla condition de les choisir, ainsi que l'a demandé l'administration du chemin de fer de Saint-Germain, l'autorité militaire a eu raison dans la résistance qu'elle a opposée aux prétentions d'entrepreneurs et d'ingénieurs qui, en résumé, sbmblent ne voir dans le travail du soldat que le moyen d'en tirer un bénéfice analogue à celui qui s'obtient du travail des détenus, par un système de rabais que condamnent sévèrement et l'humanité et la science économique.
Ce qui confirme l'exactitude de l'induction qui précède, ce sont les prétentions de ces mêmes entrepreneurs et ingénieurs qui, en même temps qu'ils voudraient réduire l'énormité des frais résultant de la direction et de la surveillance exercée par le contr6Ie des officiers, désireraient s'attribuer le bénéfice résultant de l'économie de la paye du soldat travailleur.
Ces entrepreneurs et ingénieurs, formés à l'école de Saint-Simon, voudraient que l'État leur concédât les trois points suivants :
Droit de choisir parmi les soldats ;
Droit d'écarter les officiers;
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Droit de prélever snr le salaire de Vouvrier la paye du soldai.
Alors pour eux, a la question de savoir si l'on peut utiliser l'armée en temps de paix, en l'employani à de grands travaux publics, a serait pleinement résolue.
Hais est'Ce ainsi que la question doit être posée? Réduite à ees termes , je vois bien le bénéfice que fertùt l'entrepreneur, mais non l'économie que retirerait l'État. Si c'est ainsi que le saint-simonisme, lorsqu'il exaltait les travaux miraculeux dont l'exécution pourrait et devrait être conâée aux armées désœuvrées, entendait la solution du problème, cela n'attestait pas de sa part une grande puissance d'imagination et de réalisation ; et s'il ne devait pas y avoir une autre solution, en vérité le soin de la chercher ne serait pas digne d'un esprit sérieux.
Ma troisième et dernière lettre vous soumettra le projet que j'ai conçu ; l'intérêt général est le seul but qu'il se soit proposé, et ce but le voici :
Concilier les doubles exigences d'une guerre possible et d'une paix durable ;
Améliorer l'institution des armées permanentes, qui n'est plus en harmonie avec l'état politique de l'Europe, la tendance industrielle du siècle, le progrès général de la science économique et le développement univers sel de la puissance financière, qui régit les gouvernements modernes ;
Réduire considérablement la dépense des armées de terre;
Organiser le travail sans désorganiser l'armée.
Ce dernier point n'est pas le moinsimportant, car dans
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— !84 — tous les pays où la fortune a cessé de se transmettre par voie de substitution, le travail est devenu une loi universelle, absolue, régénératrice, qui n'admet plus ni royauté fainéante, ni aristocratie oisive, ni soldatesque désœuvrée ;
Élever au travail des statues dans nos villes ;
Le mettre en honneur dans nos lois ;
L'ériger en rédemption dans notre pénalité ;
Le consacrer en principe dans nos armées ;
Telle est la base fondamentale de la politique pacifique et nouvelle, dont j'étudie les ressources puissantes et dont je souhaite ardemment que la France saclie prendre la glorieuse initiative.
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Si de tontes 1^ dépenses portées en France au budget de l'État, la plus considérable est l'enti-etieo de l'armée, de tous les impôts aussi le moins également réparti et le plus généralement redouté est celui du recrutement, dont voici l'historique en peu de mots :
181i. — La conscription est abolie par la charte.
I81i à 1818. — L'enrAlement volontaire est le seul mode en vigueur. '
1818. — Une loi, celle du 10 mars, fiïe la durée du service militaire à six années et statue que l'armée se recrutera d'abord par engagementâ volontaires, et subsidiairement, en cas d'insuffisance, par appels.
1824. — Une nouvelle loi, celle du 9 juin, porte de six à huit années la durée du service militaire actif, et de quarante à soixante mille hommes le contingent annuel.
1830. — La nouvelle charte déclare qu'à l'avenir le contingent de l'armée sera voté chaque année par les chambres législatives.
1832. — Toute la législation antérieure relative au recrutement de l'armée est abrogée par la loi du 21 mars.
Le recrutement ne diffère plus alors de la conscription que par le nom.
D'après les termes de laloi du 10marsl818, l'armée se recrutait :
D'abord par des enraiements volontaires;
Ensuite, en cas d'insuffisance, par des appels;
D'après ceux de la loi du 21 mars 1833, l'armée se recrute maint£Dant :
D'abord par des appels ;
Ensuite par des enraiements volontiûres.
Ainsi le mode subsidiaire de la loi àe 181 S est devenu la base fondamentale de la lot de 1832, dont je croîs nécessaire de rapporter ici les principales dispositions.
' Aux termes de cette lai.
L'armée se compose, dans les proportions qui résultent des lois annuelles de finances et du contingent :
1° De reffectif entretenu sous les drapeaux ;
2° Des hommes qui sont laissés ou envoyés en congé dans leurs foyers.
La répartition entre les départements du nombre d'hommes à fournir annuellement est réglée par un tableau annexé à la loi ;
Ud tirage au sort a lieu chaque année dans tous les cantons entre les jeunes Français qui ont atteint l'âge de vingt ans révolus dans l'année précédente;
Les premiers numéros sont attribués àe droit aux jeunes gens qui auraient essayé de se soustraire frauduleusement à l'obligation du tirage ;
Chacun des jeunes gens appelés dans l'ordre du tableau prend dans l'urne un numéro, qui est immédiatement proclamé et inscrit ;
Une liste par ordre de numéros est dressée au fur et à mesure du tirage, les cas et motifs d'exemption y sont mentionnés ;
Sont exemptés et remplacés dans l'ordre des ntuné-
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ros subséquents, les jeunes gens désignés par le sort pour Élire partie du contingent, mais placés dans certains cas prévus, au nombre desquels se trouve le premier énoncé, celui de n'avoir pas la taille d'un mètre cinquante-six centimètres ;
Les opérations du recrutement sont rerues, les réclamations auxquelles elles ont pu donner lieu sont enteodues, les causes d'exemption et de déduction sont ensuite jugées en séance publique par un conseil de révision ;
Les jeunes gens compris définitivement dans le contingent cantonal peuvent se faire remplacer à des conditions déterminées ;
Les jeunes gens définitivement appelés ou ceux qui ont été admis à les remplacer sont immédiatonent répartis entre les corps de l'armée et inscrits sur les registres matricules des corps pour lesquels ils ont été désignés; ils sont ensuite divisés, d'après l'ordre de leurs numéros et les proportions déterminées par les lois annuelles du contingent, en deux classas, composées : la première, de ceux qui devront être mis en activité ; et la seconde, de ceux qui seront laissés dans leurs foyers ;
La durée du service des jeunes soldats appelés est de sept années ;
Lorsqu'il y a lieu d'accorder des congés illimités, ils sont délivrés dans chaque corps aux mîlitwres les plus anciens du service effectif, de préférence à ceux qui les demanderaient ;
Les hommes laissés ou envoyés en congé peuvent être soumis à des r^vueset à des exercices périodiques ;
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Tout Français est reçu à contracter, dès V&%e de dix-huit ans pour l'armée de mer, et de seize aiis pour l'armée de terre, un engageineat volontaire ï des coodittons déterminées;
La durée de l'engagement volontaire est de sept ans;
L'état sommaire des engagements volontaires de l'année précédente doit être communiqué aux chambres lors de la présentation de la loi du contingent annuel ;
Les réengagements ont un minimum et un maximum de durée, le premier fixé à deux et le second à cinq ans ;
Les réengagements donnent lieu à une haute paye ;
Autant que le permet le service militaire des corps, l'instruction prescrite par les écoles primaires doit être donnée aux jeunes soldats qui en sont dépourvus.
Telles sont les principales dispositions de la loi du 21 mars 1832, lesquelles se résument à faire du sernce militaire une obligation civile dont le sort décide et dont l'argent rachète.
Il me serait facile de prouver que cette loi, qui consacre le principe de l'égalité dans une de ses dispositions, la viole dans une autre ; qu'elle contredit hautement l'esprit de nos institutions ; qu'elle pèse exclusivement sur ceux qui n'ont d'autre fortune que le travail de leurs hras; qu'elle jette malencontreusement la perturbation dans toutes les professions, et porte atteinte à la liberté des vocations. Hais si des critiques tranchantes et stériles , quelque fondées qu'elles pussest être d'ailleurs, -avaient dû être le
principal objet de ces lettres, ce n'est pas à vous que je me fusse permis de les adresser; je sais que votre esprit profondéiuent améliorateur fait de ces gens impitoyables autant qu'impuissants, sans compétence, sans imagination et sans autorité, qui dénigrent tout sans jamais proposer rien, le peu de cas qu'ils valent. Exposer avec impartialité ce qui est, proposer avec bonne foi ce qu'on croit mieux, donner avec clarté les moyens de transition et d'exécution, telle est votre règle, et j'en ai fait la mienne.
La loi du recrutement du fO mars 1S18 me paraît de beaucoup préférable, sauf ie chiffre du contingent qu'elle fixait, à celle da21 mars 183â, en ce que l'enrôlement volontaire était le principe fondamental de la première de ces lois, et qu'il n'est plus dans la dernière qu'une insignifiante faculté.
Je sais quels arguments ont prévalu en faveur de ce changement. On a prétendu que l'expérience avait démontré l'insuffisance des engagements volontaires pour l'entretien régulier de l'effectif de l'armée ; je ne conteste pas l'exactitude de l'allégation, mais que
prouverut elle-même la vérité matérielle du fait ?
L'expérience est un mot de la majesté duquel on abuse fréquemment. L'expérience n'est pas un tribunal sans appel, il le prouve chaque jour par ses arrêts contradictoires ; il peut condamner souverainement un mode d'exécution vicieux, mais non un principe juste.
Lorsque le législateur a substitué le régime des appels à celui des engagements volontaires, lorsqu'il a proclamé ce dernier mode insufdsant et impuissant, préalablement avail-il bien profondément réfléchi sur
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la question de savoir si ce mode était en effet tout ce qu'il devait être, et s'il n'existait aucun autre moyen de le rendre plus efficace t J'ai, pour douler qu'on ait ainsi procédé, la raison tirée de principes vrais, d'améliorations utiles, d'innovations ingénieuses qui ont heureusement survécu à des condamnations inconsidérées et sévères rendues au nom de l'expérience, cet oracle muet à qui l'ignorance prête trop communément son langage.
C'est après avoir attentivement observé quelle était l'affluence des jeunes gens qui se pressaient pour arriver aux emplois les plus pénibles et les moins rétribués du service des douanes, des contributions directes et indirectes et des postes ; c'est après m'étre assuré qu'on décuplerait le nombre des places de gendannes, de sergents de ville, de gardes forestiers et champêtres, de facteurs iniraux, d'employés des octrois, etc., que cela ne suffirait pas encore pour satis- &ire toutes les demandes, que j'ai réfléchi et que je me suis convaincu qu'il ne serait pas impossible de trouver un mode de recrutement volontaire qui permettrait sinon de détruire le régime des appels, au moins de le faire redescendre au rang secondaire qu'il occu' pait dans la loi de 1818.
La composition d'une armée est à son mode de recrutement ce que le fruit est à l'arbre qui le porte; lorsque les fruits qu'on recueille ne sont pas ceux qu'on désire, on grelfe une autre tige. C'est cet exemple que j'ai suivi.
Un demi-million de Français est soumis à l'obligation du service militaire. Lorsqu'on compare la vie
pénible de labeurs et de privations que mènent les jeunes conscrits qu'il faut arracher violemment à leurs champs, avec l'existence — proportion gardée — de loisirs et de bien-être qui les attend dans les casernes, on s'étonne d'une aversion si générale et si profonde pour l'état militaire ; elle ne s'explique que parce qu'il a cessé d'être libre ; qu'il est une contrainte sans être une carrière ; qu'il interrompt l'exercice d'une profession sans la remplacer; qu'il ne tient aucun compte des services qu'il exige et des sept années qu'il enlève au jeune homme à l'époque de la vie où il est dans sa plus grande vigueur, où se décide tout son avenir, où son travail et ses épargnes porteraient les meilleurs fruits.
Un exemple rendra ma pensée plus facile à saisir : Deux jeunes gens, âgés de vingt ans, sains de corps et ayant la taille prescrite, appartenant au même canton et à la même profession, n'ayant ni l'un ni l'autre te moyen de se f^e remplacer, viennent de tirer au sort, pour me servir de l'expression consacrée : l'un est tombé; l'autre, plus favorisé, reste libre de continuer l'exercice de sa profession.
Plusieurs années se sont écoulées :
Le dernier des deux s'est perfectionné dans la pratique de son art ; il a su faire des épargnes qui lui ont permis de contracter un mariage plus ou moins avantageux : pendant ce temps, au contraire, le second n'a rien pu amasser : obligé à son retour de recommencer un second apprentissage, comment pourra-t-il lutter contre un concurrent qui a sur lui l'avantage d'une clientèle faite, d'un crédit établi î
La difficulté de répondre à cette question est la meilleure démonstration de l'atteinte grave portée m principe de la concurrence par le régime des appels ; elle met à découvert le désordre resté inaperçu que ce mode de recrutement jette dans toute noire organisation Sociale ; elle explique la résistance qu'opposent au service militaire les classes pauvres.
Lorsque l'on pense que si leurs portes restaient ouvertes, nos hôpitaux et uos prisons seraient combles et nos casernes vides ; lorsque d'une part on voit des malheureux se faire condamner à l'emprisonnement afin d'abriter leurs têtes et d'assouvir leur faim ; lorsqu'on suppute le nombre des mendiants que repoussent les bospices et que, d'autre part, on sait qu'il existe des jeunes gens qui se mutilent cruellement, d'autres qui simulent d'horribles infirmités afin de se soustraire aux effets de la loi du recrutement, on ne peut s'empêcher de s'arrêter à ce grave sujet de méditation, on ne peut s'empêcher de reconnaître que la société ne repose pas encore sur ses véritables bases, que l'ordre n'y règne que faiblement, et qu'en même temps que la Providence nous protège, le hasard et l'ignorance nous gouvernent.
De grands monarques et de grands ministres ont tenu dans leurs mains les destinées de la France, de grands écrivains ont traité les plus hautes questions de l'économie sociale, et cependant il semble que jamais aucune grande pensée n'ait dominé nos institutions, nos lois, nos mœurs, nos établissements. J'aperçois des anneaus épars qui se rouillent, se heurtent, s'entassent, s'égarent, se tordent, se brisent ; mats je
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ne vois pas la chaîne qu'ils devraient former, et ]e prévois que si jamais une main vigoureuse entreprend de river et de souder ensemble tous ces anneaux, le plus grand nombre sera jeté au rebut ou succombera dans l'épreuve qu'il devra subir, car la force de (raction réside moins dans l'excès de pesanteur que dans l'égalité de porportions.
Si jamais un homme d'État, doué d'un vaste génie, parvient à faire prévaloir en France l'esprit de déductions rigoureuses, s'il parvient jamais à contenir l'ensemble dans l'unité, à fonder enfm l'ordre moral, qui est à l'ordre matériel ce que la profondeur et l'étendue sont à la superficie, ce que la prévoyance politique est k la répression judiciaire ; il faudra opter alors entre le principe de l'égalité démocratique et le privilège du remplacement militaire (1), entre la liberté des professions et l'obligation d'être soldat ; il faudra admettre ou rejeter en son entier le principe de la concurrence, réformer l'état général de la société ou le mode actuel de recrutement, car ce sont autant de contresens et d'antinomies ; or, ce qui aide surtout à distinguer l'erreur de la vérité, c'est que l'une est souple, et l'autre inflexible.
On peut dire de la loi de recrutement de 1832 qu'elle ne voit ni plus haut ni plus loin qu'elle ; elle n'est pas moins aveugle que le sort qu'elle a choisi
(1) En Prusse, la fortuDe ne dispense personne de l'élaL mililaire ; la loi est égale pour loul le monde ; seulement, quanti la carrière des armes n'est pas celle que l'on se propose de suivre, on n'eit lenll tjn'à une seule année de service efFcclif, mais à la condilion, dans ce cas, de supporler tous les frais de son équipemenl.
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pour auxiliaire; les perlurbations sociales qu'elle cause et l'action fâcheuse qu'elle exerce sur les lois en vertu desquelles les générations se reproduisent l'inquiètent peu. Les incorporations ont lieu sans distinction des professions : aussi lorsqu'un régiment est employé à des travaux de terrassement ne doit-on pas s'étonner que l'ouvrage qu'il exécute coûte plus cher que s'il avait été fait spécialement et exclusivement par des ouvriers terrassiers.
11 y a pour cela plusieurs motifs.
D'abord il est facile de comprendre que d'anciens tailleurs, cordonniers, tisserands, etc., n'excellent pas tout de suite dans des travaux fatigants auxquels ils sont toujours restés étrangers, et pour lesquels il est possible même qu'ils aient de la répugnance ;
Ensuite là loi de recrutement ne contient aucune disposition qui astreigne les citoyens dont elle a fait des soldats à d'autre obligation que celle du service militaire proprement dit ;
Enfin l'aiguillon de la nécessité n'a pas sur le soldat travailleur que le gouvernement nourrit, loge, Jiabille et chausse, la même action que celle qu'il exerce sar le journalier auquel le pain de sa journée est nécessaire pour vivre et faire subsister sa famille. Le journalier opère individuellement pour son compte, le soldat travailleur opère collectivement pour le compte de son régiment ou de sa compagnie ; le journalier est velu de haillons qu'il craint peu d'endommager ; il n'en est pas ainsi du soldat travailleur, il est obligé de prendre soin de ses vêtements qui ont une durée prescrite : toutes choses de peu d'importance apparente, maisqui
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cepenrtaDt veulent être relevées et prises en considération, car lorsqu'il s'agit de grands Iravaui il n'y a pas de petits détails.
Ces seuls motifs sufEraient pour expliquer comment les essais qui ont été faits en 1855 et 1856 dans les déparlemeats de l'Ouest, n'ont pas eu le succès qu'on en avait espéré; mais il est encore un autre obstacle qui n'existerait pl^ si vos idées sur t'inslrucliou des officiers avaient été adoptées.
L'instruction que reçoivent les officiers d'infanterie n'est ni assez profonde, ni assez variée ; elle se circonscrit trop étroitement dans les limites de la théorie élémentaire ; l'art de conduire de grands travaux avec intelligence, ordre, économie, exige d'autres connaissances, d'autres facultés que celles qui peuvent suffire pour commander quelques manœuvres, tons les jours les mêmes.
Et puis enfin, si les officiers dont les réj^iments sont chargés de l'exécution de certains travaux, ne retirent d'un surcroît de peine et de surveillance aucun avantage, est-il raisonnable d'espérer qu'ils déploieront le zèle qui serait nécessaire au succès? Or, si les officiers montrent peu de zèle, les soldats n'auront pas d'émulation ; car en matière d'industrie et de travaux publics, c'est de l'impulsion que vient la force.
Ainsi s'explique pourquoi n'ont pas réussi les essais d'application des troupes aux travaux publics ; si le problème économique n'a pas été résolu, ce n'est point, je le répète, par Les motifs qui ont été allégués et que j'ai rapportés dans ma seconde lettre; c'est que d'abord l'armée n'a jamais eu d'intérêt à ce qu'il le fât :
c'est qu'ensuite les termes en ont été mal posés.
Une armée ne saurait passer sans préparations, sans transitions, sans modifications, de l'habitude du désœuvrement è la fatigue du travail , de l'art de liier à l'art de créer : telle est la première réflexion qu'il me semble qu'on aurait dû faire, et qui parait cependant n'avoir jamais été faîte par personne. Celte réflexion eût conduit uaturellement k l'examen de la question de savoir si, dés que l'armée recevait deux destinations, l'une guerrière, l'autre pacifique, au lieu d'une seule pour laquelle elle avait été jusque-là exercée, il n'y avait aucun changement à faire subir à son mode de recrutement. Cette question en eût alors soulevé d'autres ; lés esprits sérieux et logiques, les hommes sensés et pratiques se fussent demandé :
1° Si la légalité permettait d'employer forcément les soldats aux travaux publics, lorsque la loi de recrutement ne leur en imposait pas l'obligation ;
3f Si cette obligation était compatible, — et s'il était possible qu'elle fût profitable, — avec le régime des appels et l'arbitraire des incorporations ;
5" Si une loi de recrutement, sur des bases entièrement nouvelles, ne devrait pas être la conséquence nécessaire du but qu'on se proposait d'atteindre ;
i" Si cette loi ne devrait pas organiser le travail des soldats, c'est-à-dire déterminer : — d'abord les avantages qu'ils en retireraient, — ensuite l'économie que ce travail procurerait à l'État, — enfin la part à faire à la prévoyance et à l'épargne ;
5" Si d'importants changements ne devraient pas être introduits dans le mode d'instruction, dans te
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— i97 — sysiëme de casernement et dans i'IiabiUemeDt des soldats;
6° Si enfin l'instruclioR des officiers ne devrait pas alors recevoir d'urgentes améliorations, et si leur traitement ne devrait pas être considérablement aug* mente.
D'aussi importantes questions ne se tranchent pas sans donner lieu à de vives controverses et sans exiger de mûres réflexions. Les convictions que déjà je me suis faites dans le sOence de la méditation sont celles-ci, que je vous soumets :
La mdme loi de recrutement ne peut imposer en même temps l'obligation d'être soldat et celle d'être ouvner ; si le service militaire est forcé, le travail des troupes en temps de paix doit rester volontaire; la loi, au nom de l'intérêt général, peut bien faire d'un bon commis ou d'un excellent coiffeur, un médiocre soldat ; mais elle ne saurait, sans violer la raison, le contraindre au métier de terrassier. Or, si le travail des soldats reste volontaire, s'il n'est pas une loi'commune imposée à toute une compagnie, à tout un régiment, il sera préférable d'y renoncer, sous le double rapport du maintien de la discipline et de l'économie ; car, ainsi que je l'ai déjà dit, on ne réussirait qu'à désorganiser l'armée sans organiser le travail. Si au contraire le traviùl des soldats est une obligation de la loi du recrutement, s'il est forcé, les enraiements devront ètrevolontairea : mais des enraiements vcdontaires suffiroDt-^s au recrutement de l'u-méet Celte question, je l'ai prévue, et lorsqu'elle viendra à son ordre, vous verrei comment je propose de la résoudre ; quant à
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celle de Bavoir quelle sera l'allematlve que devra préférer la loi de recrutement, voici ma concluàoD : — Enrôlement wlontaire et travail obligatoire ; car alors, mais alors seulement, le travail militaire pourra, sans porter atteinte à la discipline, soutenir la concurrence, et la soutenir avec avantage ; le soldat produira plus qu'il ne consommera ; le budget de la guerre éprouvera un allégement considérable ; l'institution des armées pennanentes aura entièrement changé de base, puisque la paix n'en tirera pas moins de services que la guerre. Autrement, le travail des troupes sera toujours imparfait et dispendieux, funeste à la discipline militaire sans être profitable au trésor public. Ainsi donc, nécessité d'une loi de recrutement entièrement nouvelle et d'un système d'incorporation tout différent.
Je passe au second point, celui de l'organisation du travail :
Dès que le travail des troupes serait légalement obligatoire, dès qu'il s'opérerait ainsi que je l'ai conçu, l'organisation en serait facile et les produits assurés ; trois paris alors pourraient en être faites : la première rembourserait à l'État ses avances pour frais de nourriture, de campement , de vêtement, de chaussure et d'entretien des soldats; la seconde formerait la paye ou la retenue de chaque semaine ; la troisième, versée au crédit du compte de chaque soldat dans une caisse d'épargne spéciale, formerait un fonds CMumun dont les intérêts cumulés seraient mensuellement capitalisés.
Lo fonds d'épargne de chaque soldat travailleur ne serait remisa lui, ou exclusivement à ses père et mère,
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qu'après qu'il aurait cessé d'appartenir à l'armée.
Le fouds commuD hériterait des placeurs dans certains cas prévus ; il profiterait de toutes les retenues encourues pour cause d'insubordination ou d'inconduite; ce qui permettrait d'amender le code pénal militaire, de l'adoucir sans le rendre moins efficace. Les officiers, qui contribueraient au fonds commun en proportion de leur traitement, y participeraient en raison de leur grade. Ainsi, en mâme temps que s'établirait pour les officiers un mode de pension conforme à vos idées et que s'organiserait un système de pécule pour les soldats, je voudrais donner à tontes les professions l'exemple d'un établissement modèle dont le travail et l'épargne seraient la base et où seraient réunis tous les avantages de la communauté et de la mutualité.
De cette façon, l'armée deviendrait facilement la meilleure école normale du travail et de la prévoyance, rinstrument le plus parfait d'instruction et de moralisation publique, l'un des moyens les plus efficaces de la réforme sociale que j'appelle de mes vosux.
Au lieu de rendre annuellement au pays un contingent d'Iiommes ayant plus ou moins perdu la pratique de leur profession, habitués au désœuvrement des casernes, l'armée au contraire le recruterait périodiquement de bons travailleurs, instruits, économes et disciplinés, formés sous ses drapeaux, et rapportant dans letu's communes un pécule qui leur permettrait de s'y marier et de s'étabHr avantageusement. Alors l'armée deviendrait nu actif moteur de civilisation ; elle répandrait l'mBance au lieu de la tarir, elle extirperait les
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jargODs barbares, les préjugés absurdes qui dans le& campagnes sont encore la honte de notre siècle.
Je passe au troisième point, celui relatif aux changements que devraient subir le casernement et l'habillement des slodals.
Votre système de caseraemeul, qui conùsie d'abord dans la construction de nouvelles casernes, disposées de lelle sorte que peu de mois suffiraient aux recrues pour apprendre et savoir la théorie élémentaire, et ensuite dans l'établissement de champs de Mars, où les soldats s'accoutumeraient à bivouaquer, à braver les intempéries des saisons et s'exerceraient à tous les travaux propres à développer chez eux la force, la souplesse et l'agilité du corps, la dextérité des mains, le bon sens et la réflexion ; votre système de casernement s'accorderait si bien avec mon mode de recrutement et de travail que je voudrais que l'un servit de preuve à l'autre, en chargeant de la construction de vos casernes et de l'établissement de vos champs de Mars mes soldats travailleurs.
Leur habillement donnerait lieu à la question de savoir si l'uniforme militaire devrait être simplifié afin de servir à deux fins, ou s'il ne serait pas préférable d'y joindre en double emploi une lenw de travail ; mais c'est un point que résoudraient des expériences faites avec l'ordre rigoureux d'une comptabilité intelligente et l'esprit judicieux d'une enquête désintéressée.
J'arrive enfin aux améliorations que devrait recevoir l'instruction des officiers, dont le traitement, je l'ai dit, pourrait alors être considérablement augmenté. A
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cet égard, il su£Brait de faire subir de faciles modiâcations et d'utiles additions aux programmes d'études du Collège royal Militaire de La Flèche, de YÉcale spéciale Militaire de Saint-Cyr et de X Ecole d'application d'État-Major, afin que leur enseignement se rapprochât aussi étroitement que possible de celui de Y École Polytechnique el de VEcole d'Artillerie et du Génie. Plus i' esprit des officiers sera cultivé, plus les connaissances qu'ils auront acquises seront variées, plus ils s'avanceront dans la direction d'études qui fait la science de l'ingénieur, et plus ils se rendront indépendants de la profession militaire en devenant moins impropres à la carrière induslrielle, dans le cas oii il leur conviendrait jamais de quitter l'une pour embrasser l'autre.
Maintenant que vous pouvez déjà pressentir que l'idée que j'ai conçue innove sans détruire, qu'elle améliore tout sans rien bouleverser, qu'elle consiste prinipalement à rendre volontaire l'enrAlement forcé des toyens, et à rendre obligatoire le travail volontaire des troupes, je puis aborder avec franchise et liberté l'entier développement d'un système qui, s'il est démontré praticable, tirera l'officier et le soldat du désœuvrement, détournera l'un de l'estaminet et l'autre de la cantine où ils passent leurs journées, ajoutera à l'instruction du premier et en améliorera la condition, accroîtra la force musculaire du second et le fera jouir du bienfait de l'épargne, enfin ne changera radicalement qu'une seule chose, — la loi du recrutement.
Jusqu'à présent, les sainls-simoniens et les jour-
naux, les publicïstes et les administrateurs qui ont proposé d'appliquer l'armée aux travaux publics, ont pris, si je puis m'exprlmer ainsi, le contre-pied de la question; la faute grave qu'ils ont commise a été de vouloir faire descendre l'institution militaire au rang de l'industrie, tandis qu'il s'agissait d'élever l'industrie à la hauteur de l'institution militaire et de profiter des avantages d'une hiérarchie et d'une discipline fortement organisées.
Aussi ne doit-on pas s'étonner que les ofiBciers les plus expérimentés, interrogés sur la question de. savoir si l'emploi judicieux des forces de l'armée, en temps de paix, pouvait en balancer la dépense et produire même un excédant de recette aient répondu négativement. J'ajouterai que je crois que les expériences ordonnées dans les départements de l'Ouest par M. !e maréchal Soult n'ont jamais été, dans la réalité, qu'une innocente concession faite par lui k la popularité et à la presse périodique. Heureuse la France si ces deux tyrans n'avaient jamais obtenu d'autre concession des hommes d'État qui l'ont gouvernée, elle ne porterait pas tous les douloureux stigmates des révolutions qui l'ont meurtrie !
Rien de plus simple que ma proposition : elle consiste i" à rétablir l'article 1" de la loi du 10 mars 1818 qui posait en principe le système des engagements volontaires et n'admettait que subsîdiairemenf le régime des appels ; 2° à maintenir, amender ou supprimer les divers articles de la loi du 21 mars 1832; 3° à renverser enân les termes de la question, c*est-k-dire à faire des onvriers-soldais, au lieu de faire des soldats-oa'vrieTS.
Voici k peu près en quels termes elle devrait Èlre . conçue :