III. — DÉPARTEMENT DES SERVICES PUBLICS
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C'est ici, je l'ai prévu, que vont s'amonceler toutes les objections contre mon plan de réforme, mais je le présente avec la ferme conviction que rien n'est impossible à la division du travail, soumise à l'unité de direction, il la hiérarchie du commandement et à la permanence du contrAle.
La proposition de réduire les départements de la justice, delà guerre, de la marine, de l'intérieur, des travaux publics, de l'agriculture et du commerce, de l'instruction publique à n'être plus que de grandes directions générales, paraîtra, je m'y suis attendu, étrange, inadmissible, impraticable. J'aurai done à démontrer le contraire. Les esprits sérieux à qui ce travail est soumis ne le jugeront certainement pas sans en avoir Soigneoàemént examiné leà développements et les cou-
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séquences. Concentrer dans une même main tous les services publics m'a paru le seul moyen de rompre toutes les traditioDs ricieuses, de mettre l'union à la place delà rivalité, et de n'accorder à chacun des départements ministériels que la juste importance qu'il doit avoir pour ne pas enfreindre l'unité. Dans l'élat actuel des choses, chaque ministre tend à s'exagérer l'importance de son déparlement, et méconnaît ainsi celle des autres ministères. C'est un mal qui ne parait avoir d'autre remède que celui que je propose ; ce mal aurait moins de gravilé si l'administration publique avait été organisée pour une époque de paix, de liberté et d'industrie; mais il n'en est pas ainsi ; de 1791 à 1815, elle a dû subordonner tout ou à peu près tout aux nécessités impérieuses de la guerre. Aussi comparez la part qu'ont prélevée, depuis trente-neuf ans, sur le budget des recettes de l'État, les seuls départements de la guerre et de la marine, avec celle faite aux trois départements de la justice, de l'intérieur et de l'instruction publique. Cela est douloureux à supputer ! Depuisl816 seulement, combien de millionsa coûté l'entretien d'une force permanente exagérée, qui auraient pu être plus utilement appliqués à sillonner la France de canaux, de routes et de chemins, à répandre dans toutes les classes une instruction convenablement graduée, judicieusement appliquée à chacune d'elles, qui les pénétrât profondément du sentiment du devoir, et les préparât prudemment à l'exercice de droits politiques qui, dans la réalité, sont de véritables fonctions sociales. On sait déjà ce que je pense de l'instruction publique : je crois fermement que c'est le seul frein à
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l'aide duquel les gouternements représentatifs, lorsqu'ils sont habiles et eiercés, peuvent facilement contenir et diriger les peuples ; que c'est le seul moyen de créer au sein de la démocratie la hiérarchie sans laquelle il est impossible à l'ordre et à la prévoyance de s'établir, de s'affermir dans la société. Je crois que, depuis vingt ans, nous faisons à la possibilité de guerres peu probables des sacrifices trop considérables, et que nous en faisons trop peu pour prévenir ou détourner des révolutions perpétuellement imminentes et désastreuses dans leurs conséquences, alors même qu'elles s'accomplissentsans se souillerd'une seule tache de sang ! Je crois que noussommes dans une faosse voie, que nous accordons aux armées trop d'importance et trop peu à l'instruction publique et à la presse périodique. Ces deux puissants leviers qui, jusqu'à ce jour, par suite de l'ignorance des moyens de s'eu servir, ont été plutAt des obstacles que des instruments de gou~ vernement, attendent encore l'homme d'État qui saura comprendre tout le parti politique, toute la force motrice qu'il est possible d'en tirer.
Si, depuis vingt-cinq ans, la moitié des fonds qui ont été absorbés, sans nécessité, par le seul budget de la guerre avait reçu cette double destination : premièrement de doter le territoire français d'un système complet de voies de communication ; deuxièmement d'élever dans le respect religieux de nos institutions les générations qui se sont succédé ; aujourd'hui nous serions mûrs pour deux libertés, la liberté commerciale el la Uberté politique ! Nous n'aurions plus besoin d'abriter encore notre industrie derrière des ta-
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— aO — rifs exorbitants; nous pourrions élargir le cercle électoral. Tout contribuable, âgé de vingt-cinq ans, pour exercer le droit d'électeur, n'aurait plus qu'à justifier du diplôme inaptitude électorale, à lui conféré à sa sortie de l'école primaire. Chaque année le nombre des électeurs s'accroîtrait ainsi dans une progression sensible, mais sans perturbation et sans danger. Le piiocipe de l'égalité civile et politique serait alors amplement et rationnellement satisfait : je dis rationnellement, car ma raison n'a jamais pu considérer comme an suffrage sérieusement exprimé le bulletin d'électeurs et de jurés ne sachant pas écrire un mol, lire an nom? On voit qu'il s'agit là d'un ordre d'idées tout nouveau qui diffère autant des doctrines proclamées par l'opposition que des principes attaqués par elle. Mais le moyen de faire prévaloir une idée qui ne se renferme pas étroitement dans les limites d'un seul département ministériel, ei qui empiète sur un autre ! Cela est impossible. Jamais un ministre ne souffrira que son budget soit réduit pour grossir d'autant celui de son collègue ; il lui semblerait que son importance en serait diminuée, et qu'il aurait trahi les intérêts de son département. Tenter cela ce serait une œuvre vaine plus difBcile mille fois que de réaliser ce que je propose. 11 en est malheureusement ainsi des révolutions, qui rencontrent moins de résistance que les réformes : un jour sufiSt pour accomplir les unes, il faut des années pour opérer les autres. Cela est déplorable. Voulez-vous enfin que lés peuples cessent d'être révolutionnaires t — Soyez hardiment réformateurs ; abjurez hautement et à toujours la fatale doctrine qui cmtsîste i
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séparer des intérêts inséparables, ceux du pouvoir de ceux de la société. Aucune doctrine n'est plus pernicieuse, ne favorise plus ouvertement riusurrection, n'est plas ennemie de l'autorité, plus subversive de l'ordre. Un ministre qui ne voit en sa personne que le chef de ses bureaux, qui conséqnemmenl fait cause commune avec eux et se croit obligé d'accepter la solidarité de leurs actes, est le premier de ses commis, mais il n'en est pas ce qu'il en devrait toujours être, le conlr^ïleur rigoureux. Vu ministre est le tuteur d'une nation, non Tbomme d'une administration ; il doit aspirer à personnifier des intérêts, non des abus. Malheureusement c'est le contraire qui a lieu trop souvent.
Le premier sentiment d'un ministre le porte presque toujours à penser que les fonctionnaires qui composent son administration ne peuvent avoir tort et k prendre parti pour eux contre le public. De là ce déplorable antagonisme qui existe entre le pouvoir et la société ; de là ce germe récond de révolutions incessantes, qui ne seradélruitqu'aprèsqu'unpremierministre,douéd'une volonté opiniâtre, aura, dans l'intérêt même du pouvoir, hautement prescrit qu'avant les commis doivent passer les contribuables, ceux qui payent avant ceux qui sont payés, les maîtres avant les serviteurs, la démocratie avant la bureaucratie, ainsi que cela se pratique, non-seulement aux États-Unis, mais encore en Angleterre. Le jour où il serait de notoriété que nos ministres ont admis en règle générale que tout contribuable qui se plaint d'un agent salarié a la présomption pour lui, d'abord énormément d'abus se réformeraieut d'eux-mêmes, ensuite les plaintes seraient très-rares et
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très-réservées ; car on n'est pas la cause de la destitution injuste d'un employé sans encourir une grave responsabilité morale et sans s'exposer à toutes les sévérités de l'opinion publique, plus ennemie encore de la dénonciation que de l'arbitraire. Alors les contribuables ne confondraient plus deux choses essantiellement distinctes : le pouvoir et l'administration, l'autorité et ses agents, ils s'accoutumeraient à mettre leur confiance dans le souverain et dans ses ministres. S'il est un fait incontestable , c'est que généralement, en France, les fonctionnaires se font de leur importance une idée exagérée ; il n'y aurait pas d'inconvénient it ce qu'elle fût réduite à sa juste valeur ; loin d'en être affaibli, le principe d'autorité en serait au contraire fortifié ; tout abus est nuisible au pouvoir, sans exception de ceux-là mêmes qui lui paraissent profitables ; c'est là une vérité méconnue, que l'expérience aurait dû rendre banale, surtout dans les pays où règne la liberté de la presse. Les ministres sur qui pèse une si lourde responsabilité ne sauraient jamais être trop sévères à l'égard de leurs subordonnés, car la rigidité systématique a cet avantage qu'imprimant une terreur salutaire qui pénètre profondément chacun du sentiment de son devoir, l'occasion de s'exercer lui est rarement donnée. La sévérité la plus excessive est moins redou* table, moins dangereuse que l'alternative de la mollesse et de la rigueur; celle dernière seule fait des victimes, parce qu'elle ne réprime le relâchement qu'après l'avoir encouragé.
L'inlérét de la société est d'abord de se conserver et de se défendre contre les agressions du dehors ou
du dedans ; aussi au premier rang des services publics doit-on mellre les trois directions générales ciaprès, qui se lient étroitement et qui constituent la
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