II. Marine
ni. Garde nationale.
I. Armées db tkbek. Réduire aui proporlioos d'une direction générale un aussi vaste département que celui de la guerre, c'est opérer plus qu'une réforme administrative, c'est accomplir presque une révolution sociale ; cependant c'est tout uniment se montrer conséquent avec le système de la paix, c'est vouloir qu'il porte enfin ses fruits.
Lorsqu'une guerre générale se prolonge, toutes les ressources de l'Etat lui sont consacrées, tout lui est sacrifié sans tiésiter, pour la terminer rapidement par une victoire ; pourquoi la paix aurait-elle des exigences moins impérieuses ; pourquoi les mômes sacrifices ne seraient-ils pas faits à sa conservation ? n'est-il donc pas aussi important d'étendre la durée d'une paix féconde que de mettre fin & une guerre meurtrière ?
Comme la guerre, la paix est un art qui a ses lois et ses règles, et qui veut des éludes profondes et des connaissances variées ; comme la guerre, la paix a ses nécessités, ses périls, ses conquêtes ; comme la guerre, enfin, la paix a son génie et sa gloire 1
Ses nécessités, ce sont : — de donner du travail aux bras désœuvrés, un aliment aux imaginations ardentes.
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— Sises périls, ce sont : — l'excès d'une production déréglée, l'insuffisance d'une consommation restreinte par des transports trop coûteux, l'encombrement de certaines professions, l'abus de la concurrence, le nécessité de satisfaire à des besoins chaque jour plus divers et plus étendus, enfin la fermentation des esprits dans le repos.
Ses conquêtes, ce sont : — les tributs qu'elle prélève sur les autres nations, grâce aux découvertes, aux perfectionnements, aux progrès qu'elle fait faire à l'intelligence et à l'industrie de l'homme, à la science du crédit, à la culture du sol, enfin à tous les arts utiles.
Son génie et sa gloire : — ils consistent à répandre parmi le peuple l'instruction et le bien-être, à diminuer sa misère et à adoucir ses fatigues, à dissiper ses préjugés et è réprimer ses mauvais penchants, à ennoblir ses instincts, aie rendre enfin meilleur et plus heureux.
Voilà un quart de siècle écoulé que la paix règne en Europe, qu'a-t-elle produit en France, qu'a-t-elle entrepris de grand, qu'a-t-elle achevé de solide? où sont ses œuvres ! où sont ses trophées ? Ah ! si l'on ebt fait pour la glorifier autant de sacrifices et d'efi'orts que pour la conquérir, que de grands travaux publics seraient maintenant exécutés, que de grands problèmes sociaux seraient maintenant résolus ou sur le point de l'être !
Hais on a suivi trop servilement cerie maxime d'un autre temps:
Si vous voulez la ptùi, préparez-vous à la guerre.
En eSét, tout ce qui avait été organisé pour la dé-
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fense ou pour l'agres^on a été soigneusement «itretenu; on s'est beaucoup occupé du passé, peu de l'avenir; on n'a pas assez réâéclii que nous vivons dans un temps où des rapports entièrement nouveaux se sont établis de nations à nations et de gouvernements à peuples, où le précepte qui précède doit désormais faire place au suivant :
Si vous voulez la paix, sactiez la rendre féconde et glorieuse.
Que tout soit bien constitué pour le mwutien de la pMX, et tout sera bien préparé pour l'éventualité de la guerre. Moins elle entrera dans nos prévisions, et moins elle aura de probabilité en sa faveur; moins on fera d'apprêls contre elle, et plus on aura de forces pour la repousser lorsqu'elle éclatera.
Depuis vingt-cinq ans que fait-on ? — On lève annuellement des contingents exorbitants; on enlève à la culture des champs et à l'industrie des villes des bras qui leur sont nécessaires, pour les dresser péniblement au désœuvrement. Depuis vingt-cinq ans plus de six milliards ont été dépensés, deux millions d'hommes ont été successivement arrachés à leurs familles, k leurs professions ; n'auraient-ils pu être mieux employés ?
Si tant d'argent avait servi à mettre en parfait état nos fortifications, nos arsenaux, nos ports, à faire des canaux et des ratls-roufes, qui rapprochant pour ne citer qu'un exemple, le minerai du combustible, eussent réduit le prix de la houille et du fer... du fer, dont la paix et la guerre ont également besoin ; si tant d'argent avait servi d'abord à exécuter les voies de communication et de transport indispensables à la
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prospérilé de notre commerce intérieur, ensuite ^ étendre à l'esléneur les relations de notre industrie, entîn à lui ouvrir partout de nouveaux déboucliés, la guerre survenant, la France n'aurait-elle pas été mieux préparée pour la soutenir qu'elle ne l'était en i830 et qu'elle ne l'est encore î
Les monarchies n'ont plus qu'un moyen de retarder leur chute, c'est de gouverner au meilleur marché possible. Tout ce qui coûte cher et n'est pas rigoureusement indUpensable mérite donc de leur part un trèssérieux examen. Nous vivons en un temps où l'on ne saurait trop s'appliquer à rendre plus simples et plus économiques les rapports nécessaires entre les gouvernements et les gouvernés. Tout contribuable maintenant veut recevoir, au moins, l'équivalent de ce qu'il paye : l'impAt est la première de ses économies ; aussi, lorsqu'il la voit dilapider ou par ignorance ou par prodigalité, le vertige démocratique s'empare-t-il facilement de lui. L'impôt dont on abuse est le plus puissant des leviers révolutionnaires ; or, il n'y a pas en France d'impôt plus lourd que celui que prélève l'entretien de notre armée ; à ce titre donc, il n'en est aucun qui mérite à un plus haut degré l'attention des hommes pour qui la politique est autre chose que l'art de s'emparer des affaires par l'intrigue.
Lorsque les guerres tendent à devenir plus improbables et plus difficiles, ne saurait-on concevoir rien de mieux que ce qui se fait ; ne saurait-on s'y préparer autrement qu'en appelant chaque année quatre-vingt mille hommes à venir se placer sous les drapeaux, où ils restent trop peu de temps pour se former sufhsam-
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ment à l'état militaire, mais assez pour y perdre l'habitude du travail ? S'est'On jamais occupé de rechercher s'il n'existerait pas un autre, système d'instruction militaire, plus simple, plus espéditif, plus économique, qui n'exigeât pas qu'on détournât de l'exercice de leur profession deux ou trois millions d'hommes pour avoir un effectif de trois cent mille soldats, ne sachant guère que ce que tout garde national est obligé d'apprendre ? Pense-t-OD qu'il soit impossible de trouver un autre mode de recrutement qui ne violftt pas la liberté individuelle et qui n'eût pas les effets désastreux que j'ai décrits ailleurs ? Les armées permanentes ont-elles donc existé en tous pays et en tous temps, qu'il paraisse chimérique de s'enquérir des moyens d'en alléger le lourd fardeau, et étrange d'en révoquer en doute la nécessité absolue t J'ai médité sur ce sujet, et je pense qu'une grande partie des trois cents millions que nous coûte annuellement l'entretien de noire armée ne sert qu'à appauvrir la France, qu'à l'affaiblir et qu'à l'exposer au danger qu'où veut prévenir, car désormais l'esprit de révolution allumera plus de guerres que l'esprit de conquête.
Ces considérations m'amènent à l'examen de la question de savoir si de grandes et utiles réformes pourront jamais réussir à se faire jour dans le département de la guerre, tant que l'administration en restera confiée, telle qu'elle existe, à un officier général ou à un maréchal de France ? — Je ne le crois pas, et ma conviction à cet égard se fonde sur des motifs plausibles. Naturellement un militaire ne s'occupera jamais que de l'éventualité de la guerre, et, à moins qu'il ne
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soil doué d'nn rare génie, il ne Concevra pas qu'on puisse s'y préparer autrement que par des lerées d'hommes ainsi qu'on l'a tait jusqu'à ce jour, ou à peu près. Il ne regardera jamais que comme secondaire ce qui aujourd'hui est devenu principal, je veux dire le crédit public et le commerce qui, par le fait de la durée de la paix, ont établi entre toutes les nations une solidarité difficile à rompre. Chez aucun peuple maintenant, la plus petite guerre ne peut éclater au dehors, sans produire, au dedans, une grande perturbation financière et industrielle; aussi partout les velléités belliqueuses sont-elles fortement comprimées par la puissance des intérêts matériels, puissance qui tend è s'accroître indéfiniment.
L'innovation que je propose consisterait d'abord à séparer l'administration de la guerre du commandement de l'armée, ce qui aurait des avantages que je crois importants. Son chef, toutes les fois qu'il commencerait à la bien connaître et à exercer sur elle Faulorité que donne la confiance, né lui senùt plus enlevé par de continuels changements de ministère, instabilité qui crée une désorganisation permanedle, et dont les effets sont d'autant plus désastreux qu'ils sont moins apparents.
Des lois sont faites sur l'avancement de l'armée, son chef n'aarait qu'à en proposer la stricte application à qui de droit. Toute promotion aurait ainsi une triple sanction : présentation d'un chef compétent, contrôle du ministre responsable, approbation du roi ; les droits légitimes jouiraient de plus de garanties, et ceux qui ne le seraient pas rencontreraient plus d'obstacles.
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Un iUugtre guerrier peut n'être ni un habile admînistrateur, ni un bon orateur, et cependant eiercer une grande autorité militaire.
Le moyen que je propose permettrait à l'État de le mettre convenablement à sa place. — On ne verrait plus alors ce qu'on voit aujourd'hui, la tribune parlementaire être plus meurtrière que le champ de balailte à DOS réputations militaires.
Un homme politique dégagé de tout esprit étroit de spécialité, et à la hauteur des exigences et des difficultés de notre temps, pourrait alors être mis à la tête de l'administration de la guerre, qui, ne formant plus qu'une branche du département des services publics, rentrerait ainsi facilement dans ses justes limites et n'absorberait plus que sa part du budget.
Jenem'eppesantiraipaspluslonguementsurcepoint, ce n'est pas un système que j'expose ici, c'est un germe que je dépose pour être fécondé par de plus habiles.
Ce qui ne parait pas douteux, c'est que l'administration de la guerre exige de grandes réformes et qu'il ne sera possible de les accomplir qu'à l'homme à qui on laissera le temps de les étudier, de les mûrir, c'est-àdire qui échappera, à l'aide de la modestie de son titrCi à l'instabilité ministérielle. Sous ce rapport un simple directeur général pourra souvent exécuter ce qu'un ministre n'aurait jamais pu entreprendre.
Ce que je viens de dire pour l'administration et le commandement des armées de terre est également ap^ plicable au département de la marine. La même division devrait être établie entre le matériel et le personnel, radministralion et le commandement.
L'institution de la garde nationale se rattache étroitement à l'organisation de l'armée de terre; placer la première dans les > attributions du ministre de l'Intérieur, et la seconde dans celles du ministre de la guerre, c'est mettre à nu le défaut d'unité, c'est prouver qu'on n'a jamais arrêté sa pensée sur la constitution de la force publique. Aussi l'institution de la garde nationale ne parait-elle, à beaucoup d'esprits, qu'une siiperfétation ; ses avantages ne se démontrent pas suffisamment par eux-mêmes, tandis que les inconvénieiils qu'elle a et les dangers qu'elle peut avoir sont maniiestes; qu'est-ce que cela prouve? sinon qu'on n'a pas su établir encore, entre la garde nationale et l'armée, leurs rapports nécessaires.
Si l'une servait d'école à l'autre, l'utilité de la première s'expliquerait par l'économie qui se poun'ait faire sur la seconde ; mais il n'en est pas ainsi ; le rétablissement de la garde nationale n'a diminué ni d'un homme, ni d'un écu l'effectif et la dépense de l'armée. On a ajouté au gaspillage du temps, voilà tout. Ce qui est remarquable c'est que dans ce pays, qu'on dit la patrie de la centralisation, l'unité n'existe nulle part. On y complique tout, on n'y simplifie rien, ce qui devrait s'allier s'exclut ; aussi les doubles emplois y sont-ils innombrables; il s'ensuit des déperditions de force ou des dépenses d'argent qui sont préjudiciables aux contribuables, sans être profitables au gouvernement. Il serait temps d'en faire robjet d'un examen sérieux. Nous résumerons par un mot ce qui précède : la force publique est un trident dont il faut se garder de briser les branches. L'armée de terre, la marine et la garde
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natiouale doivent se combiner étroitemeol, car elles Goitt Texpression de la même pensée, et les isoler c'est s'esposer à ce que leur action se contrarie.
La force matérielle ainsi ramenée à son unité, le inénie travail est à faire pour la force morale, qui se trouve partout et nulle part ; elle est disséminée, elle n'a qu'à gagner k être fortement concentrée. Les Cultes, riastruclion publique, la Justice, l'Administration départementale et municipale, les Hospices et établissements de prévoyance, les Prisons et maisons de détention, ce qui concerne la Santé et la Salubrité publique; tout cela se lie étroitement, doit se prêter un concours mutuel, et former un tout systématique. Ce sont des rouages qui sont préparés, mais qui ne sont pas encore montés; il leur manque un principe commun qui les mette en mouvement. La prévoyance sociale ne peut naître que de leur assemblage, et elle est à créer ; la répression judiciaire est la seule force morale qui soit encore constituée tant bien que mal.
A ceux qui se récrieraient contre l'idée de réduire à de simples directions générales le ministère de l'instruction publique et celui de la justice, je répondrai que l'administration des cultes ne forme déjà plus qu'une direction générale, bien que le budget de ses dépenses s'élève à plus de trente-cinq millions, tandis que celui de l'instruction publique n'est que de quinze millions et celui de la justice de vingt millions seulement. Donc, ce qu'on a pu faire sans inconvénients pour lareli^on, on le pourrait également eiéculer pour l'instruction publique et la justice. Ni l'une ni l'autre n'y perdraient de leur importance et de leur gian-
deur ; plus loin on verra ce qu'elles y gagneraient.
L'adminislration départementale et coromunale forme présentement, au département de l'iatérieur, une direction qui comprend et confond tout ce qui se rattache 1° à la voirie et à la police, à la comptabilité et au contentieux des communes ; 2° aux hospices, bureaux de bienfaisance, monts-de^piété ; 3" aux prisons, maisons de détention, maisons centrales, de force et de correction ; je propose d'en faire trois directions générales distinctes, en me fondant sur ce principe que plus on centralise l'admmistratioD d'un grand pays, plus il est nécesswre d'en diviser judicieusement le travail, sous peine de tomber dans la langueur et l'immobilité. C'est la division des fonctions dans la centralisation qui constitue le mouvement dans l'unité, produit ta force et économise le temps. Les affaires relatives au contentieux, à la comptabilité, à la voirie et à la police des communes ne sauraient s'expédier avec trop de célérité. Il ne faut pas perdre de vue que l'admiDistration de 86 préfectures et de 37,000 communes vient aboutir à cette direction. Le chef qui eo comprendrait bien toute l'importance spéciale et qui, au lieu de recevoir l'impulsion des extrémités, aurait à cœur de la leur donner, ne manquerait assurément ni de travail ni de responsabilité.
Les mêmes observations s'appliquent non moins justement :
Premièrement, aux établissements de Inenfeisance et de prévoyance ;
Deuxiëmfflnent, aux établissements de répression et de correction.
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Ce sont deui unités distinctes : elles doivent conséquemment former deux directioiis générales. Ce n'est qu'en procédant méthodiquement ainsi qu'on parviendra à établir en réalité dans l'administration l'ordre qui n'y existe qu'en apparence.
Les établissements de bienfaisance et de prévoyance se tiennent-ils tous entre eux comme les anneaux d'une chaîne? sont-ils le développement d'une même pensée? forment-ils enfin un système ? ou ne sont-ils que des insiitutions isolées, incohérentes, incomplètes? Il y aurait là, sous le double rapport des principes et des faits, de graves questions à approfondir, dont l'étude ne saurait être confiée à un économiste trop éclairé, à un administrateur trop habUe. 11 y a assez longtemps que dure le règne des commis routiniers : il est temps que vienne celui des hommes spéciaux !
Ce que je viens de dire pour les établissements de bienfaisance et de prévoyance, je le dis également pour les étabUssements de répression et de correction.
Il existe au département du commerce un conseil supérieur de santé et à la préfecture de police un con< seil de salubrité. Je proposerais qu'on créAt une direction générale de la santé publique et de la salubrité du royaume. Partout où l'action du gouvernement doit être bienfaisante, il est politique de la faire pénétrer. Tout ce qui se rattache directement aux questions de population a une importance qui n'a besoin que d'être indiquée pour être comprise.
Pour saisir les rapports qui lient entre elles les sept directions générales qui, dans l'ordre de mes idées, re-
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présentent la constitution de la force morale, il suffit de les rappeler ici :